| Année: |
1895 |
| Pays: |
Malaisie |
| Mission: |
Malacca |
| Rédacteur: | Mgr GASNIER |
II. — Malacca.
Population catholique 18.522
Baptêmes d’adultes 2.169
Conversions d’hérétiques 27
Baptêmes d’enfants de païens 604
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LETTRE DE MGR GASNIER, ÉVÊQUE DE MALACCA,
A MM. LES DIRECTEURS DU SÉMINAIRE DE PARIS.
« Singapore (Hôpital général), le 10 décembre1895.
« Messieurs et vénérés Directeurs,
« L’an dernier, le compte-rendu du diocèse de Malacca consistait en une page de chiffres, sans le moindre commentaire ; cette année, je vais essayer de vous mettre au courant des travaux de mes confrères. Les détails que je me propose de vous donner sont de nature à exciter votre intérêt toujours si bienveillant, mais je n’ose me promettre l’approbation du docteur et des excellentes religieuses, entre les mains desquels je suis depuis mon retour à Singapore. En effet, je me trouve condamné à un repos absolu ; néanmoins je ne crois pas faire d’imprudence en entreprenant ce travail que j’ai tant à cœur d’exécuter.
« Je commencerai par Singapore. Le 21 novembre 1895 fut un jour de grande joie : le paquebot des Messageries maritimes, parti de Marseille le 27 octobre, arrivait avec l’évêque de Malacca et le cher M. Vignol, curé de la belle paroisse de Saint-Pierre et Saint-Paul.
« Le débarcadère était couvert de monde, malgré l’heure matinale. Les Chinois surtout étaient fiers de monter à bord du bateau et personne n’osait rien leur dire : on savait qu’ils venaient au devant du « Tchou-kao » et du « Chen-fou ».
Quand je passai sous les fenêres du couvent, je fus salué par les cris joyeux des enfants. Je gagnai aussitôt la cathédrale, au son des cloches qui jetaient dans l’air leurs notes les plus gaies.
« La traversée m’avait un peu fatigué et il fallut me mettre, dès mon arrivée, à suivre de nouveau un traitement sérieux. Le médecin auquel je m’adressai était mon plus proche voisin.
« Le premier soin du bon docteur fut de mettre une affiche sur la porte de l’escalier principal de ma résidence pour avertir que l’évêque ne recevait personne.
« Précaution inutile, car je crois ne pas exagérer en disant que, du jeudi au dimanche, toute la paroisse de la cathédrale enfreignit la consigne. Le dimanche après la messe, les catholiques européens et eurasiens se rassemblèrent dans la grande salle synodale de l’Evêché et m’adressèrent un compliment des mieux tournés. Mais ils ne s’en tinrent pas là ; en effet, comme conclusion du discours qui venait de m’être adressé, on me remit, séance tenante, une somme équivalente à la dette contractée pour l’achèvement de la cathédrale. Mes diocésains ne pouvaient me causer une plus grande joie ; car désormais l’édifice pourra recevoir la consécration solennelle que tout le monde désirait avec moi.
« La musique annonça bientôt l’arrivée des Chinois : adieu de nouveau la consigne ! Le mardi, réception chez les Frères, puis chez les Sœurs. Alors comme ma santé ne s’améliorait pas, je pris le chemin de l’hôpital. C’est de là que je vous envoie ces notes éparses et sans ordre.
« Voilà donc terminée l’affaire de la cathédrale. Je m’en réjouis sincèrement. Quant aux Chinois, ils font l’impossible pour orner leur belle église. Ils voudront sans doute qu’elle soit consacrée elle aussi. On règlera la chose plus tard : pour le moment laissons-les fêter le retour de M. Vignol.
« M. Méneuvrier a pu enfin achever complètement l’église de Notre-Dame de Lourdes. Elle est très jolie ; mais il reste à notre cher confrère une dette de quelques milliers de francs qu’il me tarde de voir acquittée.
« Si vous assistiez à la messe de M. Saleilles, à Sarangong, vous verriez la moitié des chrétiens debout devant le portail. Les places intérieures sont occupées par les hommes, et les femmes sont obligées de se contenter de ce qu’on leur laisse. Les enfants suivent leurs mères ; ils ne s’en plaignent pas le moins du monde (sauf peut-être en temps de pluie), car ils en profitent pour crier à leur aise pendant que les fidèles chantent leurs prières.
« Mgr Bourdon a donné 75 confirmations dans le district de Johore. La cérémonie a été rehaussée par la présence des ministres du nouveau sultan.
« M. Belliot continue son travail à Buket-timah qui fut autrefois l’une des plus florissantes stations de la Mission.
« Passons à Malacca. A mon grand regret, je n’ai pu aller célébrer la fête de Saint-Francois-Xavier dans cette vieille cité malaise dont il fut l’apôtre ; mais mon vénérable collègue. Monseigneur l’Evêque de Dardanie, a bien voulu me remplacer.
« Je ne résiste pas au désir de proclamer ici très haut le mérite du Prélat que Dieu m’a donné pour collègue. Depuis sept ans qu’il me prête son concours, Mgr Bourdon a été pour moi un frère et un ami d’un inaltérable dévouement. Pendant mon absence, il veut bien exercer à ma place toutes les fonctions de l’Evêque. Malgré son grand âge et ses infirmités, je le vois se lever à quatre heures chaque matin ; dès cinq heures, il est à l’autel de la chapelle de l’hôpital. Après un frugal déjeuner, il parcourt les salles, donnant à chacun des malades une parole d’encouragement et de consolation.
« Le lieutenant-gouverneur, étonné de voir un Evêque qui aurait tant de droit au repos, employer si activement son temps, me disait un jour : « Ah ! que n’avons-nous des hommes de cette trempe dans notre Eglise ! »
« De l’hôpital, Mgr Bourdon passe à l’église de la garnison, entend les confessions des Frères et des Religieuses et visite les écoles.
« Mgr de Dardanie se rendit donc, le 30 novembre, à Malacca. Le mardi, Sa Grandeur officiait pontificalement, prêchait avant la messe, avant et après la communion, avant la confirmation. Le soir, Elle prenait de nouveau la parole pour la rénovation des promesses du baptême.
« Le lendemain, on célébrait à Malacca les noces d’argent du Père de Souza. Ce digne ministre de l’Evangile est âgé de 71 ans. Il avait 46 ans quand Mgr Bigandet l’ordonna prêtre. Son père était le catholique le plus fervent de Malacca. Grâce à son influence et à son prestige, il ramena à la vraie foi 300 ou 400 chrétiens de la ville qui sans lui, seraient demeurés schismatiques. Il éleva ses huit garçons dans la crainte du Seigneur. A 36 ans, celui qui est devenu prêtre depuis, était chargé d’une des sections de l’école dont son père avait la direction. Le professeur n’hésita pas, malgré son âge, à redevenir lui-même élève. Il étudia au collège de Pinang, à côté de tout jeunes gens, venus des différentes missions pour se préparer aux saints ordres. S’il ne brilla pas par la science, il se distingua par une piété profonde qui édifiait même ses directeurs.
« Depuis son ordination à la prêtrise, le cher Père a toujours travaillé à Malacca, soit à l’école, soit à la paroisse.
« Il y a quelques années, ce prêtre zélé remarqua sur ses mains des taches de lèpre blanche et demanda à se retirer du ministère. Mais les Religieuses ayant appris par le médecin que cette lèpre n’était point à craindre, furent heureuses de l’accepter pour aumônier. Elles admirent sa fidélité à célébrer tous les jours le saint sacrifice et à faire le catéchisme aux enfants. Mgr Bourdon a exposé dans un discours éloquent les vertus et les heureuses qualités de ce bon Père. Que Dieu daigne nous le conserver longtemps encore !
« A Ayer-salah, nous trouvons M. Galmel à moitié épuisé par les labeurs d’un long apostolat. Une maladie de foie est venue encore aggraver son état et l’a rendu presque incapable de faire le travail que réclame l’administration du poste qu’il occupe. Ce cher confrère vit au milieu des sauvages depuis bien des années. Il s’est épuisé dans ce ministère ingrat, avec un zèle au-dessus de tout éloge. Les sauvages occupent des terrains magnifiques et d’une fertilité prodigieuse ; ils seraient dans l’aisance, s’ils voulaient travailler. Mais le travail est une peine ; il fatigue, il réclame des efforts gênants. Les indigènes le savent, et c’est pourquoi, du matin au soir, ils passent le temps dans l’oisiveté, tant ils ont le travail en horreur. Leurs besoins sont presque nuls et la nature y pourvoit abondamment. Ont-ils réussi à la chasse, ils font ripaille. Sont-ils revenus bredouille, ils attendent avec un flegme imperturbable que la fortune les favorise de nouveau. Voilà les hommes qu’il s’agit de former aux pratiques chrétiennes : l’œuvre est difficile et demande beaucoup de patience et de dévouement.
« M. Galmel va faire prochainement un voyage en France pour rétablir sa santé. Son départ me met dans l’embarras et je ne sais comment le remplacer.
« Prenons maintenant le bateau et voguons vers le Nord. Après cinq heures de traversée nous débarquons à Port-Dickson. De là, le chemin de fer nous transportera chez M. Catesson à Seramban. Dans ce district se trouve un riche chrétien chinois, nommé A-gni. Cet homme commande à 2.000 travailleurs. Il a bâti une chapelle dans sa mine et y entretient un catéchiste.
« Je n’ai guère de confiance dans les mineurs, parce qu’il est à peu près impossible de les avoir sous la main aussi longtemps qu’il faudrait. Leur métier les rend forcément cosmo-polites. Aujourd’hui leur travail les enchaîne à Seramban ; survient un contre-temps, et les voilà partis chercher fortune ailleurs, sans jamais plus reparaître.
« Mais A-gni a acheté un vaste terrain, et il se propose de le faire exploiter par les chrétiens. Sûrs du lendemain, les néophytes se fixeront là et n’iront pas ailleurs. Tout porte à croire que le zèle industrieux de M. Catesson produira d’excellents fruits d’ici peu de temps.
« Son voisin, M. Letessier, a été malade dernièrement à Kualla-lumpor ; mais son district n’en a point souffert.
« Ce cher confrère me parle dans une lettre de ses rapports avec les autorités supérieures : « M. le Résident, me dit-il, accompagné de sa femme, est venu visiter mon couvent. Ces hauts personnages se sont montrés très gracieux et m’ont paru très satisfaits.
« M. Letessier est universellement estimé, aimé et respecté dans la ville. Quel changement depuis dix ans à Kualla-lumpor ! Jadis, on n’y voyait que de méchantes paillotes, à peine suffisantes pour protéger contre les ardeurs du soleil. Maintenant, de toutes parts, se dressent de belles maisons en briques avec tous leurs accessoires utiles et agréables : des promenades, des parcs, des jardins ont été ménagés avec un goût exquis. Plaise à Dieu que sa grâce renouvelle les âmes aussi bien que les hommes ont changé la face du pays.
« De là, passons à Pérak pour saluer M. Fée, et le féliciter du changement merveilleux qui s’est opéré dans l’état de sa santé. Il y a quelques mois, personne ne lui aurait donné 15 jours de vie ; aussi, en apprenant son départ pour la forêt, j’en fus stupéfait, et lorsqu’on me dit qu’il déploie une activité extraordinaire au milieu de ses néophytes, je ne puis que bénir le bon Dieu de la protection spéciale dont il entoure ce cher confrère. Il vient d’inaugurer des chapelles à Telock.-Anson et à Tapah.
« Les progrès matériels accomplis dans ces 2 nouvelles stations indiennes, témoignent de la foi des néophytes en même temps qu’ils présagent une véritable prospérité pour l’avenir. Le bon Dieu, qui a si providentiellement pourvu à la construction des églises ne les laissera pas vides. Il saura y amener de nombreux adorateurs !
« Si nous continuons notre voyage, nous descendrons à Batu-gaja chez M. Faucillon. Là encore l’église est trop petite. Le missionnaire travaille à l’agrandir, avec le concours de ses chrétiens chinois. On a élargi le chœur et allongé la nef ; malgré cela, elle ne suffit pas encore : nous en bénissons Dieu de tout cœur.
« A Ipoh, nous sommes accueillis par M. Pierre Perrichon ; là aussi, une église se bâtit à la gloire du Seigneur du ciel.
« La première église, naguère construite au milieu des ananas et des caféiers, est devenue trop étroite. Les conversions ont continué de s’y multiplier, et il faut dilater la maison de Dieu. Or les Chinois d’Ipoh se font un point d’honneur de ne pas se laisser surpasser par leurs frères de Batu-gaja : ils veulent une basilique belle et grande. Saint Michel, qui est le patron de ce poste, a vraiment fait des prodiges à Ipoh. Satan qu’il tient sous ses pieds perd du terrain chaque jour. Gloire à Dieu, honneur à saint Michel !
« Laissons ce beau pays de Kinta et allons à Taïping, la capitale de Pérak. M. Renard, qui est chargé de ce poste important, a réussi, cette année, à fonder une école pour les Indiens.
« Taïping est une grande et belle ville. Les autorités nous sont très favorables, la preuve en est qu’elles ont nommé M. Renard juge de paix. C’est un précieux avantage ; car il a le droit, à ce titre, de visiter les hôpitaux et les prisons et de recevoir officiellement les plaintes des malades et des détenus.
« De Taïping le chemin de fer nous conduit jusqu’à Saint-Paul, résidence de M. Bès. Comme ce cher confrère est à Montbeton, nous nous contenterons de prier pour le prompt rétablissement de sa santé et nous continuerons notre voyage jusqu’à Sousei-paléam (le village de Joseph).
« M. Diridollou nous attend avec tous ses colons indiens. Vous les voyez venir au devant de nous avec les 75 garçons et les 65 filles des écoles, sans compter les petits enfants qui courent d’un côté et d’autre comme de petits rats. On se croirait aux Indes, à Sousei-paléam, car tous les néophytes sont Indiens. Le missionnaire est content de son troupeau qui lui donne de grandes consolations.
« Il y a dix ans, les Indiens de M. Diridollou venaient à l’église, le dimanche, couverts de misérables guenilles et leurs enfants étaient nus comme des vers. Aujourd’hui, quand vous assistez à la messe à Sousei-paléam, les pagnes aux couleurs voyantes dont les chrétiens sont revêtus, attirent votre attention et vous impressionnent agréablement. J’ajoute que tous sont très attentifs aux prières et pourraient avec avantage être proposés pour modèles à beaucoup de nos chrétiens de France.
« Il y a pourtant une petite ombre au tableau. Une partie des colons appartient « à la main droite », c’est une manière polie de dire qu’ils sont « parias ». Affranchis, à ce titre, des lois de la caste, quelques-uns d’entre eux aiment un peu trop le vin de palmier, qui les enivre sans leur faire perdre la caste, puisqu’ils n’en ont pas.
« A la tombée de la nuit, ils s’acheminent à la dérobée vers le débit de « callou » (vin de palmier fermenté). Ils en prennent pour un sou, puis pour deux, et, comme la soif vient en buvant, plus ils dégustent, plus ils sont altérés, et bientôt les langues se délient. A ce moment les prudents se retirent !
« Mais il faut rentrer à la maison. Par malheur, le catéchiste est là, sur la route, qui prend les noms des délinquants. Le délit est impitoyablement puni, chaque fois, et la correction porte ses fruits.
« De Sousei-paléam, allons à Matcham-bobo. M. Terrien administre cette belle chétienté. De tous les postes chinois du diocèse, Matcham-bobo est celui qui nous donne le plus d’espoir, parce que le sultan de Quedah a promis de réserver tout un district pour les néophytes. Là du moins nous avons des chrétiens solidement attachés au sol. S’ils font un voyage en Chine, ce n’est que pour peu de temps, et souvent ils ramènent avec eux des immigrants qui se convertissent.
« A Buket-martajam, M. Grenier compte quatre cents chrétiens. Il espère faire quelques conquêtes, mais à une certaine distance de l’église ; car aux abords, il n’y a plus de terrains inoccupés. Les païens qui s’y sont établis sont riches, et leur aisance fait leur malheur.
« Cependant le missionnaire va construire un clocher : puisse la cloche réveiller ces pauvres infidèles et les faire sortir de leur léthargie !
« Avant de quitter la Province, n’oublions pas de visiter M. Bouheret. C’est à lui qu’est due la résurrection du vieux poste de Matang-tinghi. Il y a établi deux écoles et un catéchuménat.
« A Pinang, M. Rivet a perdu, cette année, son bras droit, dans la personne du P. Lô. Ce digne prêtre avait toujours conservé ses habitudes de séminariste. Dès cinq heures du matin, il était à l’église pour faire sa méditation. Il célébrait la sainte messe avec une ferveur qui nous édifiait. Il récitait presque toujours son bréviaire devant le Très Saint-Sacrement. Nous le voyions passer de longues heures en adoration. Les chrétiens l’aimaient et assiégeaient son confessionnat ; ils savaient qu’ils le trouveraient toujours à leur disposition, soit pour la confession, soit pour la visite des malades, soit pour donner un conseil ou régler un différend. Il a admirablement bien travaillé, qu’il repose en paix, et prie pour ses compatriotes et pour nous, ses frères dans le sacerdoce !
« La paroisse continue de prospérer ; mais M. Rivet est souvent surmené et ne suffit plus à la tâche.
« A Saint-Francois-Xavier, M. Leymet a dû regretter vivement l’absence de M. Fée ; car le travail ne manque pas dans ce poste. Tout y est d’ailleurs sur un très bon pied : écoles et orphelinat marchent admirablement.
« Cette année, M. Mariette a beaucoup fait à Pulo-jeraja. Avec l’assentiment du gouverneur, il a bâti dans ce « Molokaï des Détroits » une chapelle pour le service des lépreux. Le gouvernement prend soin du corps de ces malheureux, le prêtre s’occupe de leurs âmes. C’est pour leur permettre d’entendre la messe et se créer un pied-à-terre, que M. Mariette a construit cette maison-chapelle.
« A Singapore, M. Saleilles a converti la léproserie des femmes en un véritable monastère. Là, les malades passent de longues heures à chanter les prières du Rosaire. Les instructions qu’elles reçoivent les aident à supporter leurs souffrances. La pensée que Dieu ne les oublie pas et qu’à la mort elles seront admises comme les autres à jouir du Paradis, leur donne le courage et la résignation.
« Revenons à Notre-Dame des Sept-Douleurs, à Pinang ; là aussi bien des fidèles doivent se tenir en dehors de l’église, pour assister à la messe.
« L’île de Pinang étant divisée en deux par une chaîne de montagnes qui court du Nord au Midi, M. Mariette est chargé des chrétiens chinois de l’Est, et M. Page à Baleh-pulao s’occupe de ceux de l’Ouest.
« M. Allard, après avoir combattu sur la brèche pendant quarante-huit ans, se repose à Hong-kong et se prépare pieusement à rendre compte de son apostolat au Roi des Apôtres. Il est, depuis quelque temps, dans l’impossibilité de dire la sainte messe : c’est pour lui le plus dur des sacrifices.
« M. Mazery travaille toujours avec zèle à Pulo-tikus (l’île aux rats). Son église, la plus ancienne de Pinang, n’est plus solide, et il a fallu dernièrement l’étayer. Mais notre confrère a songé à tout. Il a dressé ses plans ; néanmoins il juge prudent de ne pas les mettre à exécution, avant de s’être assuré du succès de l’entreprise. A tout prix, il veut éviter d’être comparé à cet homme de l’Evangile qui, n’ayant pas supputé les frais de la construction qu’il avait commencée, fut obligé de la laisser inachevée.
« Les chrétiens de Pulo-tikus se trouvant groupés autour de l’église, la cloche les rassemble facilement au pied des autels. Les plus anciennes familles sont d’origine siamoise. Elles descendent d’ancêtres échappés au sac de Juthia qui fut prise et pillée par les Birmans. Plusieurs des martyrs de la Société ont exercé les fonctions du saint ministère dans l’église de l’Immaculée-Conception, à Pulo-tikus. Leurs signatures qui se lisent sur les registres en font foi.
« Je ne puis terminer ce compte-rendu, sans vous dire quelques mots de nos Religieuses. Les services qu’elles nous rendent sont bien précieux.
« Les écoles des Dames de Saint-Maur à Singapore, à Pinang et à Malacca, conservent toujours le haut rang qu’elles occupent depuis un certain nombre d’années. C’est d’ailleurs le jugement porté sur elles par la Gazette, organe officiel du gouvernement
« L’éloge du dévouement admirable de nos vaillantes sœurs des hôpitaux n’est plus à faire. Tous ceux qui ont reçu leurs soins proclament bien haut qu’ils ont été traités avec toute la diligence, l’intelligence et la charité possibles.
« Veuillez, Messieurs et vénérés Directeurs, excuser le décousu de cette lettre, écrite par un malade. Elle vous témoigne du grand désir que j’ai de vous être agréable.
« Recevez….
« † ÉDOUARD,
« Évêque de Malacca. »
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