Présentation Recherche Photothèque Liens Informations Formulaire de contacts Plan du site
 
Rapport annuel des évêques

Année: 1896
Pays: Malaisie
Mission: Malacca
Rédacteur:Mgr Délouette

II. — Malacca.

Population catholique 17.796
Baptêmes d’adultes 2.110
Conversions d’hérétiques 19
Baptêmes d’enfants de païens 400
___


Nous ne pouvons mieux commencer le compte rendu de Malacca qu’en transcrivant ici les lignes suivantes, relatives au sacre du nouvel évêque. « Il est bien difficile, écrit M. Délouette, de trouver, dans un pays de mission, quelque chose qui surpasse en grandeur, en beauté, en édification, notre belle fête du 22 novembre. Tout le diocèse a voulu montrer à Mgr Fée combien on a été heureux du choix fait par le Saint-Père. Sa Grandeur a dû être heureuse, elle aussi, de la manifestation qui a eu lieu en ce jour.
« Longtemps avant la cérémonie, la cathédrale était comble : Européens, Eurasiens, Chinois, Indiens, etc., se côtoyaient et occupaient jusqu’aux plus petits coins qu’ils pouvaient trouver. On a évalué à 2.000 personnes au moins le nombre des fidèles remplissant l’édifice, et il y en avait autant dehors. N’en soyez pas surpris, car Pinang et Malacca, Johore et les États malais, avaient voulu se faire représenter, et toutes les paroisses de Singapore étaient là en masse.
« Le gouverneur, bien que protestant, et lady Mitchell, ont voulu assister à la consécration. Ils étaient accompagnés par les Consuls des différentes nations représentées à Singapore, ainsi que par des membres du Conseil législatif et du Conseil municipal.
« A huit heures, Mgr Fée entra à la cathédrale, conduit par le prélat consécrateur, Mgr Gandy, archevêque de Pondichéry, et les deux évêques assistants, Mgr Dépierre et Mgr Cardot, et précédé de deux longues lignes de prêtres et d’enfants de chœur.
« Tous les missionnaires du diocèse avaient voulu prendre part à la fête ; Pondichéry, Saïgon et Rangoon étaient représentés par plusieurs membres de leur clergé ; les quatre prêtres dépendant de Mgr de Macao étaient là aussi ; 45 prêtres, c’était vraiment une belle couronne pour Mgr Fée !
« Aussitôt que la procession fut entrée dans l’église, de doux accords se firent entendre à la tribune ; c’était l’orchestre de la cathédrale qui unissait sa joie à la joie publique. Les cérémonies furent parfaites ; la Société de Sainte-Cécile exécuta, d’une façon admirable, la messe de Lambillotte. Malgré la chaleur et la longueur de l’office, qui dura trois heures, personne ne se plaignit de la fatigue. Quand la cérémonie fut terminée, le cortège retourna à l’évêché dans le même ordre qu’il en était venu le matin. Alors, de tous les cœurs s’éleva pour le nouvel évêque le souhait que lui-même venait d’adresser à son consécrateur : Ad multos annos !
« Le soir, à sept heures, illumination aux alentours de l’église et bénédiction solennelle donnée par Mgr Fée. En cette circonstance, Mgr Bourdon, adressant la parole à la foule, lui rappela les gloires du diocèse de Malacca et félicita le nouveau titulaire de ce siège de l’héritage qui lui était échu. »
Nous allons maintenant entendre Mgr Fée lui-même, car voici ce qu’il nous écrivait au lendemain de son sacre :
« En vous envoyant le compte rendu de la Mission pour l’année écoulée, je récolte ce que je n’ai point semé. Les chiffres des résultats obtenus sont le plus bel éloge du regretté Pasteur que nous avons perdu. Puisse son successeur marcher sur ses traces ! C’est toute son ambition.
« Quand Mgr Gasnier prit l’administration de la Mission de Malacca, elle comptait à peine 7.000 chrétiens ; la population catholique actuelle est de plus de 17.000. Le nombre des chrétientés a doublé ; les Sœurs ont été installées dans des hôpitaux où, en soignant les corps, elles guérissent les âmes et font admirer, aimer et bénir notre sainte religion ; les écoles tenues dans les villes par les Frères des écoles chrétiennes et les Sœurs de Saint-Maur ont des résultats meilleurs que jamais, et font l’admiration de tous ceux qui les visitent ; des églises propres et convenables se sont bâties de tous côtés et là, où naguère régnait la solitude des forêts vierges, des milliers de fidèles chantent les louanges de Dieu. Certes, lorsque sur son lit d’hôpital, Monseigneur retraçait, dans son intéressant compte rendu de l’an dernier les principaux traits de ce magnifique tableau, il pouvait être fier et remercier Dieu d’avoir béni de la sorte son administration ; et quand, quelques mois plus tard, Dieu l’appelait à lui, il put répondre, comme le bon serviteur : Domine, quinque talenta tradidisti mihi, ecce alia quinque superlucratus sum.
« Nous qui avons recueilli son héritage, nous tâcherons de le conserver, de l’augmenter de plus en plus, et nous comptons sur le secours de vos prières, pour obtenir de la grâce de Dieu ce que nos pauvres forces ne sauraient faire.
« Malgré tous les progrès réalisés, il reste encore du champ pour développer l’œuvre de Dieu en ce pays. D’ici peu, une nouvelle église pour les Chinois deviendra nécessaire à Singapore, afin de subvenir aux besoins spirituels d’une population toujours grossissante et de langues différentes.
« La colonie chinoise de Johore augmente rapidement. Les conversions gagnent de proche en proche et tout fait concevoir, pour l’avenir de la religion dans ce royaume, les plus belles espérances. Il y a déjà là une chapelle ; une ou deux autres seront nécessaires avant longtemps.
« A Selangore et Seramban, la Mission prend une extension extraordinaire. Les Chinois, mineurs et cultivateurs, demandent le baptême par centaines ; tout fait espérer, de ce côté, l’établissement de belles chrétientés, surtout si les néophytes ont la sagesse de préférer la culture de ces beaux pays aux mines toujours plus ou moins aléatoires. Dans le même territoire, des centaines d’Indiens chrétiens travaillent, soit aux routes et chemins de fer du gouvernement, soit aux plantations de café qui s’ouvrent de toutes parts. Il devient urgent qu’un prêtre, sachant leur langue, soit chargé de visiter ces pauvres coolies et, si possible, construise une ou deux chapelles à leur usage. C’est là un ministère difficile et qui n’est pas toujours consolant, mais qui est bien méritoire. Groupés en colonie et appliqués à la culture, les Indiens répondent mieux aux soins qu’on leur donne. Ce que l’on a fait à Souseypaléam, on pourra essayer de le faire ailleurs, quand les circonstances s’y prêteront et que nos ressources le permettront. Mais en attendant, nous ne pouvons laisser périr, faute de prêtres, tant de pauvres brebis errantes. Les deux nouveaux confrères qui viennent d’arriver, attaquent avec enthousiasme les rudiments de la belle langue tamoule, et, dans quelques mois, pourront donner un coup de main.
« Faut-il vous parler de nos sauvages Sakaies ? Perdus dans les forêts de l’intérieur, ils ont été, jusqu’à présent, inaccessibles à toute influence civilisatrice ou religieuse On sait qu’ils existent ; on en rencontre un peu de tous côtés, à la limite des forêts. Mais combien sont-ils ? on l’ignore. Ils ne sont point mahométans comme les Malais ; leur naturel est très doux, si doux qu’une mère ne battrait pas son enfant. Voilà le témoignage que rendent d’eux, ceux qui ont pu les voir de près. L’essai d’évangélisation fait naguère sur la tribu des Mantras, près de Malacca, n’a pas été encourageant. Malgré cela, depuis déjà longtemps plusieurs confrères songent à entreprendre la conversion des Sakaies. Étant à Tapah, plus à même que personne d’entrer en relation avec eux, je me croyais presqu’arrivé à mon but, quand il m’a fallu dire adieu à ma solitude et à mes beaux rêves. Ce qui est différé n’est peut-être pas perdu. L’entreprise présenterait sans doute de grandes difficultés, mais de là à l’impossible, il y a loin.
« Inutile de parler de chaque poste en particulier ; chacun travaille de son côté à faire fructifier la part qui lui est échue, et Dieu récompense le zèle en donnant le succès. Tous les confrères de la Mission se trouvaient réunis, le 22 novembre, pour la consécration du nouvel évêque de Malacca. Cette réunion de famille, si cordiale et si franche, n’est peut-être pas ce qui a le moins édifié nos illustres hôtes. A présent, chacun est retourné à son poste, pour préparer la moisson de l’an prochain. Puisse-t-elle valoir celle de cette année et mieux encore, s’il plaît à Dieu ! »



~~~~~~~


<< Retour page précédente



© Mepasie (missions étrangères de Paris en Asie) - Toutes les archives disponibles dans 15 pays : Birmanie, Cambodge, Chine, Corée du Nord, Corée du Sud, France, Inde, Indonésie, Japon, Laos, Malaisie, Singapour, Taiwan, Thaïlande, Vietnam