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Rapport annuel des évêques

Année: 1897
Pays: Malaisie
Mission: Malacca
Rédacteur:Mgr Fée

CHAPITRE VI
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GROUPE DES MISSIONS DE L’INDO-CHINE

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S. G. Mgr Vey, que la maladie avait ramené en France, a repris le chemin de sa Mission trop tard pour nous envoyer à temps le compte rendu des travaux de ses missionnaires. Par suite, nous avons été obligés de supprimer le paragraphe concernant le Vicariat apostolique de Siam. Les chiffres insérés au tableau de l’Etat général de la Société sont ceux de 1896.

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I. — Malacca.


Population catholique 17.636
Baptêmes d’adultes 2.048
Conversions d’hérétiques 16
Baptêmes d’enfants de païens 410
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C’est au commencement de l’exercice, le 22 novembre 1896, que Mgr Fée reçut la consécration épiscopale des mains de son métropolitain, Mgr l’archevêque de Pondichéry, assisté des Vicaires apostoliques de la Birmanie méridionale et de la Cochinchine occidentale. On n’a pas oublié la belle et touchante manifestation dont cette solennité fut l’occasion de la part des missionnaires, des religieux, des religieuses et des chrétiens vis-à-vis du nouveau pontife.
On comprendra donc très bien cette parole que Mgr de Malacca a insérée dans les premières lignes de son compte rendu de 1896-1897 : « Entouré de tant de cœurs sympathiques, on oublie presque les inquiétudes et l’on sent, malgré tout, son courage et sa confiance renaître. »
« Nos illustres hôtes du 22 novembre, ajoute Sa Grandeur, nous avaient à peine quittés que Son Excellence Mgr Zaleski, délégué apostolique des Indes Orientales, venait, à son tour, nous apporter les encouragements et les bénédictions du Saint-Père. Il arriva à Singapore le 1er janvier 1897, après avoir passé un jour et demi à Pinang où missionnaires et chrétiens lui firent une réception dont la cordialité le toucha profondément ; les mêmes sentiments l’attendaient à Singapore, et l’on peut dire que tous, Européens, Chinois, Indiens, prêtres portugais et français s’unirent dans un même élan d’enthousiasme pour acclamer et fêter le représentant du Père commun des fidèles. Tous s’étaient portés en masse à la jetée magnifiquement pavoisée et décorée. Le chef des marguilliers de la cathédrale, au nom de tous, harangua Son Excellence, qui répondit très aimablement ; puis le cortège se dirigea vers la cathédrale où le Délégué, entouré du clergé de la ville, assista à ta messe dite par son secrétaire. L’église était comble, comme aux plus grands jours. Après la messe, la foule se rendit à l’évêché et chacun put exprimer, de vive voix, ses sentiments et ses vœux. Le dimanche suivant, messe pontificale et confirmation de plus de 100 enfants ou adultes chinois. Son Excellence fut heureuse d’avoir cette occasion de faire connaissance plus intime avec les enfants du Céleste Empire et emporta d’eux, je crois, une idée très favorable. Elle visita avec grand intérêt les établissements, écoles et orphelinats des Frères et des Sœurs. Le second dimanche, solennité de l’Epiphanie, Mgr le Délégué officia pontificalement à la cathédrale, et le soir, je l’accompagnai à l’église portugaise, où nous assistâmes aux vêpres et là, comme ici, Son Excellence fut acclamée avec un enthousiasme sans pareil. Après douze jours de séjour à Singapore, Mgr Zaleski donna une dernière bénédiction aux fidèles réunis sur la place de la cathédrale et reprit le chemin de Kandy, sa résidence, en nous laissant, de sa visite, le meilleur souvenir, et emportant de nous, j’ose l’espérer, une impression qui ne pouvait être que favorable.

« Un mois plus tard, 14 février, je consacrais solennellement la cathédrale du Bon Pasteur. Bâtie, il y a une cinquantaine d’années, par le bon M. Beurel, cette église avait été considérablement agrandie par Mgr Gasnier qui désirait ardemment pouvoir en faire la dédicace. Dieu ne lui accorda pas cette consolation ; la mort nous l’enleva alors que tout allait être prêt, et cette cérémonie qu’il avait rêvé de faire, son successeur l’accomplit au milieu d’un immense concours de peuple.
« Vers la même époque, plusieurs confrères que la maladie avait éloignés de la Mission, revinrent avec une santé restaurée ; deux nouveaux missionnaires apprenaient la langue avec ardeur ; nous nous trouvâmes presque au grand complet, forts comme une armée rangée en bataille, et pouvant rêver toutes les campagnes et toutes les conquêtes.

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« Les jours de deuil allaient venir à leur tour et se succéder aussi rapides que les jours de fête. Le 9 mars, à 9 heures du soir, j’étais déjà rentré dans ma chambre, quand on frappe à ma porte : c’était un télégramme de Pi-nang ; deux mots seulement : Leymet mort... Je faillis tomber à la renverse.
« M. Leymet avait 28 ans ; depuis 3 ans qu’il était dans la mission, il n’avait jamais été sérieusement malade ; je l’avais eu deux ans comme vicaire, et, sans être très fort, il supportait bien la fatigue. Quelle pouvait être la cause d’une mort aussi subite ? Deux jours plus tard, la poste nous apportait des détails, hélas ! bien pénibles. Le pauvre confrère avait été, 18 mois auparavant, mordu par un chien que personne n’avait cru enragé ; et c’était cependant des suites de cette morsure qu’il était mort. L’avant-veille seulement, il s’était senti envahi par une sorte de fatigue générale ; enfin une crise épouvantable se déclarait et l’emportait après quatre heures de terribles souffrances.

« Quinze jours plus tard, M. Délouette, vicaire général et curé de la cathédrale, se sentit fatigué, à la suite d’une journée de catéchisme et de confessions ; la nuit fut mauvaise et nous appelâmes le docteur ; le lendemain, celui-ci constata une maladie de cœur et des reins, et déclara l’état du malade très grave. M. Délouette ne voulait rien en croire ; nous-mêmes, voyant les bons résultats produits par les soins dévoués des sœurs de l’hôpital, nous pensions en être quittes pour une fausse alerte. Hélas ! ce mieux était trompeur ; le lundi 29 mars, le mal empira tout à coup. Notre confrère eut le temps de recevoir les derniers sacrements avec grande dévotion, et le soir, à 5 heures, il expirait doucement, presque sans agonie.
« Deux morts en 20 jours ! outre la tristesse causée par la perte d’amis dévoués et zélés, c’en était assez pour me mettre en grand embarras. Les choses s’arrangèrent cependant, grâce au dévouement des confrères. M. Mazery accepta de remplacer M. Délouette, comme vicaire général et curé de la cathédrale. Je l’installai le dimanche du Bon Pasteur ; quelques semaines après, je partais pour une première tournée dans le nord de la mission. C’était un plaisir pour moi que ce voyage qui allait me permettre de revoir tant de confrères amis et de lieux bien connus. Je ne savais guère ce qui m’attendait.

« En arrivant à Pinang, je trouvai réunis tous les missionnaires des environs, excepté M. Page ; il m’écrivit deux jours après que la fièvre l’avait retenu au logis, mais qu’il viendrait le lendemain dimanche. Il ne vint pas ; le lundi, ayant reçu une dépêche alarmante, je partis avec M. Rivet pour Balek-Pulau.
« Nous trouvâmes le cher Père bien fatigué, très agité ; mais le médecin de l’endroit nous déclara qu’il n’y avait rien d’inquiétant et, de son avis, nous le transportâmes à l’hôpital de Pinang où nos bonnes religieuses pouvaient lui donner des soins plus réguliers. Il parut bien supporter le voyage ; le lendemain matin, il semblait mieux ; le soir, après une crise inattendue, je lui donnais les derniers sacrements et j’avais la douleur de recevoir son dernier soupir. Cette mort me fut, peut-être, encore plus sensible que les deux autres. En perdant M. Page, je perdais non seulement un bon missionnaire plein de zèle et d’expérience, mais encore un ami particulièrement cher. Ordonnés ensemble, nous étions partis le même jour pour la Malaisie, et depuis plus de 18 ans, nous travaillions côte à côte, lui parmi les Chinois, moi parmi les Indiens. Que j’étais loin de m’attendre à une séparation si brusque !

« Quant à cette première tournée que je me promettais si agréable, elle ne pouvait être bien gaie, vu les circonstances ; elle fut cependant intéressante. Je passai deux mois, du 20 juin au 20 août, à parcourir toutes les chrétientés de l’île de Pinang, de la province Welesley et du royaume de Perak. Partout, je pus admirer le zèle de nos confrères pour développer le bien déjà fait et étendre le règne de Dieu. Malheureusement, notre nombre, déjà insuffisant, se trouva encore réduit par la maladie. MM. Cesbron et Terrien se voyaient obligés de quitter leurs postes au commencement de septembre ; les premiers jours d’octobre, M. Saleilles se trouvait à son tour forcé de partir pour Hong-kong. Maintenant c’est M. Louis Perrichon que nous embarquons pour le même sanatorium ; heureux encore d’en être quittes à si bon marché !
« Il fut pris, voilà six semaines, d’une sorte de paralysie, qui mit sa vie tellement en danger que, durant trois longs jours, il resta entre la vie et la mort. Les docteurs l’avaient condamné ; Dieu eut pitié de nous et nous le conserva ; le malade a été sauvé contre tout espoir, et s’il part maintenant pour Hong-kong, c’est avec l’espérance fondée d’en revenir bientôt aussi fort que jamais.
« En attendant, nos cadres se trouvent réduits à la plus simple expression. C’est merveille qu’au milieu de tant d’épreuves, nous ayons pu obtenir à peu près les mêmes résultats que l’année dernière ; ce qui prouve, encore une fois, que la grâce de Dieu fait plus pour le salut des âmes que tous les efforts humains.
« Après ce coup d’œil jeté sur l’histoire de nos joies et de nos peines durant cette dernière année, une revue rapide des divers postes de la Mission achèvera de mettre au courant de notre situation. Commençons par Singapore pour remonter ensuite vers le nord.

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« Singapore, chef-lieu de la colonie, ville de 200.000 habitants, a trois églises. La cathédrale du Bon Pasteur, église de la population de langue anglaise et en général de tous les Européens, compte environ 2.000 paroissiens. Nous avons vu combien elle a été éprouvée cette année par la mort de M. Délouette.
« L’église Saint-Pierre et Saint-Paul a été récemment doublée ; malgré cela, elle ne peut contenir la chrétienté chinoise toujours grossissante. Sans parler d’une centaine d’adultes baptisés annuellement, le nombre des baptêmes d’enfants de chrétiens suffit pour montrer la vitalité de cette paroisse. Il était de 33 en 1891, de 36 en 1894 ; il est de 76 cette année. Cette chrétienté demande à être divisée ; la diversité des langues l’exige, plus encore que le nombre des fidèles. Tous les Chinois sont loin de parler le même dialecte ; une instruction faite pour les uns, est de l’hébreu pour les autres ; nous avons donc pensé à construire une nouvelle église dans un autre quartier de la ville. M. Gazeau avait été chargé de cette fondation et s’y était mis de tout cœur ; la mort de M. Page m’a forcé à l’envoyer pour un temps à Balek-Pulau. Dès que M. Brignon pourra voler de ses propres ailes, il viendra reprendre et, j’espère, mener à bonne fin l’œuvre interrompue.
« La troisième église est Notre-Dame de Lourdes, gracieux monument gothique qui a coûté à M. Meneuvrier bien des soucis et des déboires. M. Burghoffer y fait ses premières armes. La paroisse est moins nombreuse que celle des Saints-Pierre et Paul ; mais elle est composée exclusivement d’Indiens et leur pasteur ne manque ni de travail, ni de tracas. Les conversions sont difficiles parmi eux ; la plupart ne rêvent que d’amasser un peu d’argent, puis de retourner au plus vite au pays ; dans ces conditions, on comprend qu’ils soient peu disposés à faire un pas qui les séparerait à jamais de la caste et de la famille.
« Outre ces trois chrétientés, il y a encore, dans l’île, deux autres postes chinois. Buket-timah, à 9 milles de Singapore, n’est plus que l’ombre de ce qu’il fut autrefois. Les terrains appauvris par des cultures trop fortes ne peuvent plus nourrir les habitants qui désertent le pays pour aller chercher fortune ailleurs. Sarangong, à 7 milles de la ville, augmente au contraire d’année en année. L’église est deux fois trop petite ; M. Saleilles se proposait de la remplacer par une plus vaste et plus solide, quand la maladie l’a forcé à partir pour Hong-kong. Je n’ai pu le remplacer et sa chrétienté souffre de son absence, ainsi que l’hôpital qu’il visitait régulièrement et où il administre chaque année 400 ou 500 baptêmes.

« Traversant le détroit qui sépare l’île de Singapore du continent, on trouve Johore, capitale de l’Etat de même nom, qui s’étend jusqu’à 20 milles de Malacca. Cet Etat appartient à un sultan soi-disant indépendant, qui mange à Singapore l’argent de son domaine et celui que les Anglais lui prêtent libéralement, espérant bien se rembourser un beau jour en confisquant le royaume. En attendant, l’administration laisse à désirer, et ce nous est un grand obstacle pour y faire quelque chose de sérieux.
« La petite chapelle de Notre-Dame de Lourdes, à la capitale, est le seul établissement que nous ayons à Johore. Les chrétiens sont pourtant assez nombreux ; la population chinoise monte à plus de 200.000 et le jour n’est peut-être pas éloigné où la situation changeant et le pays s’ouvrant, nous y pourrons prendre une place plus importante.
« Johore est borné au nord par le territoire de Malacca et l’Etat de Pahang.
« Malacca, l’ancienne reine de l’Est, est bien déchue et n’a guère que le souvenir de sa splendeur d’autrefois ; son port s’ensable de plus en plus ; le trafic diminue et la population abandonne le pays pour aller chercher ailleurs des moyens d’existence. La plupart de ceux qui restent sont pauvres ; bien des enfants s’absentent de l’école, soit parce qu’ils n’ont pas d’habits propres, soit parce que leurs parents les font travailler pour gagner quelques sous ; leur instruction religieuse en souffre.
« La chrétienté d’Ayer-Salak, à 10 milles de Malacca, reste dans le statu quo. Les Mantras aiment trop vagabonder pour se plier à une vie sédentaire et laborieuse. L’élément chinois semble prendre le dessus ; il ne tardera sans doute pas d’absorber ce qui reste de sauvages.

« En sortant du territoire de Malacca, soit par l’est, soit par le nord, on entre sur les Native States ou Etats indigènes fédérés sous le protectorat de l’Angleterre. Ces Etats sont : Pahang, sur la côte est ; Negri-Sembilan, Selangor et Perak, sur la côte ouest.
« Pahang n’est que depuis dix ans sous le protectorat anglais et commence seulement à s’ouvrir. Pekan, la capitale actuelle, sur la côte orientale, va être abandonnée et le gouvernement transporté dans les montagnes du centre, à Kwala-Lipis, à plus grande proximité des mines d’or et d’étain qui sont regardées comme la richesse du pays. La nouvelle capitale sera reliée avec la côte occidentale, d’abord par une belle route déjà presque finie, et, plus tard, par un chemin de fer. Le gouvernement en prendra possession au mois de mai. Le résident est un bon catholique qui sera enchanté d’avoir un prêtre et une église dans son voisinage, quand le moment sera venu de nous établir de ce côté. Ce sera dès que l’élément chinois ou indien sera assez nombreux pour mous fournir un champ d’action ; avec les Malais musulmans, il n’y a rien à faire.

« Negri-Sembilan (les neuf pays) est la réunion de neuf petites principautés dont la capitale commune est Seremban à 56 milles nord de Malacca. Voilà deux ans seulement que M. Catesson y réside à poste fixe. J’ai bénit, le jour du Rosaire, une belle église près de laquelle seront bientôt installées deux écoles. Il y a bon espoir, m’écrit le missionnaire, de voir la station se développer rapidement
« A 22 milles nord de Seremban, se trouve une importante mine d’étain appartenant, au moins an grande partie, à un Chinois influent et chrétien zélé. 3.000 coolies travaillent dans cette mine. Les instructions du missionnaire et le bon exemple du maître en ont déjà converti plusieurs centaines ; bon nombre d’autres se préparent au baptême. Il y a là une jolie chapelle, où j’ai donné la confimation à plus de 120 néophytes. L’entrée solennelle que j’y fis, au milieu des drapeaux et des pétards, est un de ces spectacles qui ne s’oublient pas ; jamais tant d’yeux n’avaient été braqué sur moi. Qu’il serait pénible de voir, l’étain épuisé, tout ce monde se disperser a quatre vents du ciel ! Pour éviter pareil malheur, nous tâcherons de procurer à nos néophytes des terrains dont la culture les attachera au pays ; quelque chose a été fait dans ce sens et plusieurs familles sont établies à Somonié sur une plantation de café appartenant au même Chinois. La culture du café prend un grand développement dans les Native States et deviendra bientôt un des principaux revenus. Ce sera l’occasion d’une immigration considérable d’Indiens dont nous aurons à nous occuper. il y a déjà bien des chrétiens épars de côté et d’autre qui n’ont jamais ou que trop rarement l’occasion de voit un prêtre.
« Selangor a pour capitale Kwala-Lumpur, à 45 milles nord de Seremban. Cette ville est en même temps capitale des Etats fédéré et le centre de toute l’administration supérieure Il y a quelques années à peine, ce n’était qu’un village de paillottes, sans route ni voie de communication ; aujourd’hui, c’est une coquette petite ville, fière de ses monuments publics, les plus beaux de la colonie, de ses jardins, de ses villas et de ses chemins de fer. Nous ne sommes pas restés trop en retard sur le mouvement général ; nous avons à Kwala-Lumpur une église qui ne peut contenir la moitié de la population catholique et qui devra être agrandie au plus tôt. Un refuge établi par le gouvernement pour les femmes et les filles exposées au danger de se perdre, a été mis sous la direction du missionnaire, ce qui lui a permis d’en baptiser et d’en marier honnêtement un grand nombre. Les chrétiens, Chinois pour la plupart, sont dispersés aux quatre coins du territoire ; l’administration en est difficile et occasionne de grands déplacements ; la santé du missionnaire s’en ressent. Les bonnes routes et les chemins de fer améliorent heureusement la situation et les voyages d’aujourd’hui sont des parties de plaisir, comparés à ceux d’autrefois. La poésie y perd quelque chose, mais on s’en console, puisque le bien des âmes en profite.
« Perak est le plus grand et le plus riche des Etats fédérés ; c’est aussi celui où notre sainte religion a fait le plus de progrès. Nous y avons cinq églises ou chapelles qui sont du sud au nord : Tapah, Teluk-Anson, Batu-Gajah, Ipoh, Taiping, Saint-Paul et Souseypaléam.
« Une immense forêt sépare Tapah de Kwala-Lumpur ; c’était jusqu’à présent le domaine presque exclusif des sauvages. Mais un chemin de fer est déjà en construction pour traverser ces vastes solitudes, où planteurs et mineurs ne tarderont pas à affluer. Nous saurons, Dieu aidant, y prendre à temps notre place au soleil.
« Les deux chapelles de Tapah et Teluk-Anson ne datent que de deux ans. J’avais essayé de grouper autour de ces deux points les Indiens dispersés dans le pays. Depuis mon départ, ce pauvre district a été presque complètement abandonné. M. Louis Perrichon, que j’y avais envoyé au mois de février, fut obligé de le quitter presque aussitôt pour aller à Pinang remplacer M. Leymet.
« A 30 milles de Tapah, au nord, on trouve Batu-Gajah, et 10 milles plus loin, Ipoh. Ces deux postes continuent à se développer, malgré ce qu’ont d’aléatoire les mines d’étain qui sont la principale et à peu près la seule industrie du pays. Si nos amis les Chinois étaient fins et pratiques, ils placeraient une partie de leur argent sur des terrains qui leur donneraient plus tard de beaux et sûrs revenus ; mais pour eux c’est trop long ; ce qu’ils veulent, c’est gagner vite et beaucoup, quitte à tout perdre au moindre caprice de la fortune. Le Chinois est joueur par nature et l’aléa, au lieu de l’effrayer, le passionne. C’est, je crois, la raison pour laquelle il est si difficile de changer un mineur en cultivateur. Quelques Chinois chrétiens, cependant, surtout à Ipoh, ont planté du café qui réussit bien. Dans ces parages, les Méthodistes, peu exigeants en fait de dogme et de morale, et les sociétés secrètes soi-disant philanthropiques cherchent à enrôler païens et même chrétiens ; ils réussissent, au moins, à gêner l’action du missionnaire.
« Cinquante-six milles de belle route nous mènent d’Ipoh à Taiping, capitale de Perak et le plus ancien centre minier de la contrée. C’est une jolie petite ville bâtie au pied des grandes montagnes ; la population catholique est d’environ 1.200, dont la moitié sont Indiens, les autres, Eurasiens et Chinois. M. Grenier, chargé de ce poste depuis peu, songe à établir une école et un orphelinat tenu par des Sœurs ; ce serait un grand bienfait pour le pays. M. Louis Duvelle, qui a le soin de la partie indienne, veut faire de son peuple des chrétiens modèles ; c’est un grand travail qui ne lui donne pas que des consolations.
« A 7 milles de Taiping, sur une petite hauteur, à deux pas d’une station du chemin de fer, s’élève une modeste chapelle : c’est Saint-Paul. Quelques familles chinoises sont groupées à l’entour sur des terrains que le missionnaire leur a fait obtenir. Ce petit noyau en se développant pourrait devenir une belle et solide chrétienté ; les débuts en sont longs et difficiles.
« A 24 milles nord de Taiping et 17 de Saint-Paul nous trouvons Souseypaléam, la colonie indienne plantée là, il y a quinze ans, sous la garde de saint Joseph. M. Diridollou l’administre depuis 1890, et il est facile de constater que son zèle n’est pas stérile. Non seulement la station augmente d’année en année, mais l’esprit chrétien s’établit de plus en plus solidement parmi ces bons cultivateurs. On montre au doigt ceux qui manquent la messe le dimanche ; même les fêtes de dévotion sont sanctifiées par un grand nombre. Le côté matériel n’est malheureusement pas aussi brillant ; nos pauvres colons voient chaque année leurs rizières ravagées par les rats et en tirent à peine de quoi vivre. Espérons que ce temps d’épreuve ne durera pas toujours. La colonie s’est enrichie, pendant cet exercice, de deux belles écoles ; le missionnaire rêve maintenant quelque chose de plus monumental que la paillotte qui lui sert d’église. La population actuelle est de 900 âmes.

« A 8 milles de Souseypaléam, on sort de Perak pour entrer sur le territoire anglais de la province Welesley et quelques milles plus loin, près du village de Krian, on trouve une modeste chapelle dédiée à saint Antoine ; le missionnaire y vient tous les mois dire la messe aux trois ou quatre cents coolies chrétiens qui travaillent aux plantations de sucre des environs. Une messe par mois ! Cela ne semble pas exagéré et pourtant chaque fois combien d’absents ! Après le dur travail de toute une semaine, un trop grand nombre de ces pauvres coolies sont portés à céder aux tentations de la paresse et de l’indifférence, et s’habituent à vivre ainsi loin de l’église et des sacrements. C’est un sort bien triste que le leur. Le prêtre qui se dévoue pour eux a, au moins, à défaut d’autre, la consolation de pouvoir se dire qu’il travaille pour les déshérités de ce monde.
« A. 5 milles de Krian, en montant toujours au nord, on aperçoit sur la droite un groupe de petites collines dont les flancs, fraîchement déboisés, commencent à se couvrir de cultures de bananiers, d’ananas et d’arbres à fruits ; c’est la colonie chinoise de Jawee, l’œuvre favorite de M. Bouhéret, le missionnaire de Matang-Tinghy. Sans négliger son poste principal situé à 5 milles plus loin, il a réussi à établir là une cinquantaine de colons chrétiens, ou en voie de le devenir. Il leur a obtenu du gouvernement plus de 700 acres de terrain qu’ils sont en train de planter. S’il plaît à Dieu, il y aura là bientôt un bon noyau qui pourra plus tard devenir un grand arbre.
« Matchan-Bubo et Buket-Martajam, à 8 milles de Matang-Tinghy et à 5 milles l’un de l’autre, sont déjà d’anciennes chrétientés qui marchent régulièrement et se développent chaque année. Matchan-Bubo s’étend sur le territoire de Kédah, où les chrétiens ont de beaux et riches jardins. Eglise, presbytères, écoles sont sur un bon pied dans ces deux postes, grâce aux missionnaires qui sont passes là. M. Grenier étant parti pour Taiping et M. Terrien étant absent pour cause de maladie, M. Mariette a dû prendre temporairement la charge des deux postes, lourd fardeau qu’il ne pourrait porter longtemps.

« Si nous passons maintenant le détroit, nous abordons à Pinang, capitale de l’île du même nom. Là, comme à Singapore, nous trouvons trois églises, l’Assomption, Saint-François-Xavier et Notre-Dame-des-Douleurs.
« L’Assomption ressemble en tout point au Bon Pasteur de Singapore ; la population est la même avec les mêmes qualités et les mêmes défauts : beaucoup de foi, peu de tête ; ellé donne peu de consolation et beaucoup de tracas à son curé. M. Rivet, malgré sa santé ébranlée, réussit à porter seul le poids de l’administration de cette paroisse qui compte environ 1.200 âmes.
« Notre-Dame-des-Douleurs, église chinoise, est de fondation récente ; le missionnaire qui en est chargé, doit aussi s’occuper du grand hôpital de lépreux établi par le Gouvernement dans l’îlc de Pulo-Jeraja, à 5 ou 6 milles de Pinang. M. Mariette y bâtit, ces dernières années, une belle chapelle. M. Nain, son successeur, vient d’obtenir un cimetière séparé pour les catholiques et a l’espoir de moissonner bon nombre de pauvres âmes parmi ces délaissés du monde. Il songe aussi à établir une petite station, en dehors de la ville, au milieu des cultivateurs de la campagne plus simples et plus accessibles aux vérités de la religion que ceux des villes.
« Saint-François-Xavier, l’église indienne, a été cette année plus éprouvée que toute autre. Trois missionnaires y ont perdu la vie ou la santé. Actuellement, cette chrétienté de 1.500 âmes est sans pasteur, et mon cœur se serre en y pensant, car j’en ai été assez longtemps chargé pour savoir mieux que personne les soins qu’elle réclame.
« Pulo-Tikus, à 2 milles de Pinang, est une petite paroisse d’environ 500 chrétiens, tous Eurasiens. La plupart parlent encore le malais de préférence à l’anglais, et l’instruction de chaque dimanche se fait dans cette langue. L’église est la plus ancienne de Pinang, mais elle menace ruine ; les chrétiens ont souscrit généreusement pour la remplacer, et il y a lieu d’espérer que d’ici à l’année prochaine, le vieil édifice aura fait place à un gentil vaisseau gothique dont M. Renard vient de me soumettre les plans.
« Balek-Pulau, sur le revers des montagnes de Pinang, à 12 milles de la ville, chrétienté de 700 ou 800 Chinois, a fait une grande perte en M. Page qui en fut l’âme pendant 17 ans et l’a rendue, pour le spirituel et le matériel, une paroisse modèle. Presque personne qui ne vienne à l’église même de très loin ; peu de chrétiens, hommes ou femmes, qui ne s’approchent des sacrements au moins une fois tous les deux mois. Ecoles fréquentées régulièrement, église monumentale, école de garçons et presbytère solides et bien compris : telles sont les œuvres que M. Page laisse à Balek-Pulau. Cela ne s’est pas fait tout seul ; le missionnaires a eu ses déboires et ses contradictions ; le bien s’est fait malgré tout, un bien qui durera et que ses successeurs verront fructifier.

« Je n’ai point parlé, dans cette revue générale de la Mission parcourue du sud au nord, d’une œuvre qui nous donne, chaque année, de bien consolants résultats. Je veux dire l’œuvre des baptêmes in extremis. Chaque missionnaires se fait un devoir de visiter souvent les hôpitaux de son district et d’y passer souvent de longues heures ; ce temps n’est pas perdu ; bien des malades qui, pendant leur vie, ont plus ou moins entendu parler de notre religion sans avoir eu le courage de l’embrasser, sont mieux disposés à l’heure de la mort, demandent le baptême et arrivent au paradis comme les ouvriers de la onzième heure.

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« Je ne dois pas terminer sans rendre témoignage au précieux concours des Frères des Ecoles chrétiennes et des Religieuses de Saint-Maur.
« Les Frères ont une école à Singapore et une autre à Pinang. Dans les deux, nos enfants catholiques trouvent une instruction égale, sinon supérieure, à celle des écoles du gouvernement. Ils y reçoivent aussi l’enseignement religieux qui leur sera nécessaire plus tard pour les guider dans le chemin de la vie. Quant aux infidèles ou hérétiques qui fréquentent ces établissements, si tous ne se font pas catholiques, tous au moins gardent de notre religion et de leurs maîtres un souvenir qui ne peut qu’être utile au salut de leur âme.

« L’instruction donnée aux garçons par les Frères, les filles la reçoivent dans les couvents des Dames de Saint-Maur à Singapore, Malacca, Pinang. Souvent, outre l’instruction, elles y trouvent le pain qu’elles mangent et les vêtements qui les couvrent. Nombreuses sont celles de toute race et de toute condition qui peuvent se dire à plus d’un titre les enfants du couvent.
Les hôpitaux fournissent encore aux Sœurs une occasion de montrer leur charité et leur dévouement ; ceux de Singapore et de Pinang leur sont confiés depuis plusieurs années et, sous leur direction, ont acquis un renom qui s’étend même au dehors de la colonie. Le gouvernement anglais, au lieu d’être hostile comme certains ou aveugle comme d’autres, s’honore en reconnaissant le bien là où il se trouve. Il n’a pas craint, en maintes circonstances, de donner à nos religieux et religieuses les témoignages les plus flatteurs de sa sympathie et de son admiration. Je ne saurais mieux finir que par cette belle parole de notre Gouverneur, qui me disait un jour, en parlant des Sœurs des l’hôpital : « On vante les infirmières « diplômées ; pour moi, il n’y a point de diplôme qui remplace le dévouement. »


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