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Rapport annuel des évêques

Année: 1898
Pays: Malaisie
Mission: Malacca
Rédacteur:Mgr Fée

II. — Malacca.


Population catholique 18.284
Baptêmes d’adultes 1.786
Conversions d’hérétiques 13
Baptêmes d’enfants de païens 498
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« Le chiffre des baptêmes est un peu inférieur à celui de l’exercice précédent, écrit Mgr Fée. Cela ne prouve pas que le zèle de nos confrères se soit ralenti ; cette diminution est plutôt la conséquence des pertes si sensibles que la mort nous a causées l’année dernière et des changements qui s’en sont suivis. Malgré toute sa bonne volonté, un confrère nouvellement arrivé dans un poste, surtout un jeune confrère, n’hérite pas du jour au lendemain de l’influence de son aîné. Somme toute, l’année a été bonne ; si elle a eu ses jours de tristesse, ils ont été moins monbreux qu’en 1897, et puis nous avons eu aussi nos joies et nos consolations. »
Parmi ces dernières, Mgr de Malacca mentionne tout particulièrement la solennité qui s’est accomplie le dimanche 9 janvier 1898. Ce jour-là, toute la population catholique de Singapore était en fête : on célébrait les noces d’argent épiscopales de Mgr C. A. Bourdon, évêque de Dardanie et ancien vicaire apostolique de la Birmanie septentrionale. Durant les dix années qu’il a déjà passées dans cette ville, où il remplit les fonctions de chapelain militaire et d’aumônier des hôpitaux, le vénéré prélat s’est attiré l’affection et le respect de tous par son zèle et son inépuisable charité. Aussi, à l’occasion du vingt-cinquième anniversaire de sa consécration épiscopale, les chrétiens ont tenu à donner à Sa Grandeur un solennel témoignage de leur profonde vénération et de leur reconnaissance. L’éclat de la fête était encore rehaussé par la présence de Mgr Zaleski, délégué apostolique des Indes orientales, et par l’assistance d’un clergé d’autant plus nombreux que Mgr Fée avait fixé à cette époque la retraite de ses missionnaires. C’est à l’issue des exercices spirituels qu’a eu lieu la cérémonie jubilaire.
« Avant de nous séparer, reprend Mgr de Malacca, nous tînmes deux réunions où plusieurs questions furent étudiées et réglées, afin de mettre plus d’unité dans l’administration. Chacun ensuite reprit le chemin.de son poste. Plusieurs confrères que la maladie avait forcés à s’éloigner rentrèrent bientôt, et tout nous promettait une année bien meilleure que la précédente.

« Cependant, la mort devait encore éclaircir nos rangs. Le 4 juin, M. Allard, doyen de notre Mission, mourut à Hong-kong, au cinquantième anniversaire de son ordination. Depuis plusieurs années, le vénérable vieillard ne pouvait plus travailler activement, mais ses prières on peut dire continuelles, ses infirmités et souffrances si patiemment supportées ne contribuaient pas peu à attirer la bénédiction de Dieu sur la Mission qui lui était restée si chère. Nous pouvons bien compter qu’il ne nous oubliera pas là-haut.
« La mort du bon M. Allard, vieux et usé par cinquante ans de travail, ne pouvait étonner personne. Celle de M. Diridollou, un mois et demi plus tard, fut un coup aussi inattendu que pénible. Ce confrère encore tout jeune, — il n’avait que trente-cinq ans, — semblait doué d’une constitution à toute épreuve ; il était bien acclimaté et n’avait jamais été sérieusement malade. En arrivant à Pinang, le 22 juin, je le trouvai souffrant depuis deux jours d’un violent mal de tête et d’une grande fatigue. Le docteur qui avait été appelé, essaya durant plusieurs jours de le soulager, mais vainement ; il conseilla alors de le conduire à l’hôpital tenu par les religieuses. Là, on déclara que sa guérison était une affaire de huit à dix jours, mais que je ferais bien, ensuite, de lui donner quelques mois de repos. Je pensais l’envoyer à Hong-kong ; le docteur ayant déclaré que ce ne serait pas suffisant, je pris toutes les mesures voulues pour un voyage en France. Son passage fut arrêté et il devait s’embarquer le 22 juillet. Or, ce jour-là, notre confrère rendait son âme à Dieu, à une heure du matin, laissant dans notre Mission déjà tant éprouvée un nouveau vide bien difficile à combler.
« Un mois plus tard, la maladie forçait encore deux confrères à partir, de sorte que, malgré les renforts que nous avons reçus, non seulement nous n’avons pu rien faire de neuf, mais nous pouvons à peine conserver nos anciennes positions. A la grâce de Dieu ! espérons que ce qui est retardé n’est pas perdu.
« Un coup d’œil jeté sur la Mission fera voir que si tous nos beaux rêves ne se sont pas réalisés, le terrain a été préparé et quelques jalons plantés qui permettront, le jour venu, un progrès plus rapide.

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« A la cathédrale, la santé chancelante de M. Mazery ne lui aurait pas permis de porter longtemps seul le poids de l’administration de ses 2.000 chrétiens. Depuis le mois de juin, il a dans M. Nain un assistant zélé et plein d’ardeur, qui ne tardera pas à être à même de seconder activement ses projets d’amélioration dans cette importante paroisse.
« J’avais mentionné, l’année dernière, la nécessité d’une nouvelle église chinoise pour répondre aux besoins d’une population toujours croissante et de langues différentes. Un grand pas a été fait dans ce sens par MM. Vignol et Gazeau, chargés de cette intéressante chrétienté. Voici ce que M. Vignol écrit à ce sujet : « Dès que la division de la paroisse chinoise eut été « décidée, nous nous mîmes, le P. Gazeau et moi, à la recherche d’un terrain convenable. « Après avoir couru tous les quartiers de la ville et examiné différents endroits, nous jetâmes « notre dévolu sur un terrain situé de l’autre côté de la rivière, en plein quartier Pounti. Le « terrain était à vendre, mais le propriétaire étant absent, il nous fallut attendre huit mois, « jusqu’à son retour. Cet homme nous demanda, tout d’abord, un prix tellement exorbitant « que nous fûmes près de renoncer à notre projet. Le P. Gazeau ne se décourage jamais : il se « mit à faire force neuvaines qui furent bientôt couronnées de succès. Alors que tout semblait « désespéré, le premier vendredi de juin, le propriétaire devenu plus accommodant, vint lui-« même parler de l’affaire. On s’entendit, pour un prix convenable, et le 17 juin, fête du « Sacré-Cœur, on signait l’acte d’achat. Le Sacré-Cœur nous avait si visiblement aidés que « nous promîmes de lui dédier la future église.
« Un moment, continue M. Vignol, j’avais espéré que Notre-Dame du Rosaire ferait pour « les Fokienois ce que le Sacré-Cœur avait fait pour les Pounti, et qu’elle nous donnerait une « chapelle. Mais probablement parce que je ne sais pas, aussi bien que le P. Gazeau, faire les « neuvaines, je n’ai pas réussi. Peut-être aussi la sainte Vierge veut-elle se faire prier « davantage ; en tout cas, je prie et j’attends. Heureux serai-je, le jour où je pourrai élever à « Notre-Dame du Rosaire une modeste chapelle et ainsi donner à nos chrétiens Fokienois un « lieu de prière. »
« La chrétienté chinoise s’est encore enrichie, cette année, d’un bel asile pour les vieillards et les veuves. Le besoin d’un pareil établissement se faisait sentir depuis longtemps, et M.Vignol avait, à cette intention, acheté un terrain attenant à celui de l’église. Un chrétien aisé a bien voulu prendre à sa charge les frais de bâtisse et élever au prix de 5.000 piastres une belle et vaste maison, que j’ai bénite le jour de la fête de saint Joseph et qui abrite maintenant une centaine de pensionnaires.
« Cette chrétienté a donné 90 baptêmes d’adultes. Les projets en voie de réalisation ne pourront que multiplier les conversions au milieu de notre immense population chinoise. Malheureusement la maladie a forcé M. Gazeau à s’absenter, et les progrès rêvés sont encore ajournés.

« Dans le service des Indiens, le missionnaire n’est pas riche ; non pas que l’Indien manque de générosité, mais la plupart du temps il est pauvre comme Job. Leur missionnaire peut donc à loisir méditer le beati pauperes. C’est une consolation ; mais quand on a une église à réparer et une maison qui menace de tomber ; quand on voit le bien qu’on pourrait faire avec un peu plus de ressources, on se dit que, malgré tout, si l’argent est un mauvais maître, c’est un bon serviteur. C’est ce que se dit, sans doute, le missionnaire indien de Singapore. Cela ne l’empêche pas de faire contre mauvaise fortune bon cœur, et il a la joie de voir Dieu bénir ses travaux. Quinze adultes ont reçu le baptême, d’autres s’instruisent ; plusieurs vieux pécheurs se sont convertis, et le nombre de baptêmes d’enfants montre que cette petite chrétienté se développe.

« A Serangoon, M. Saleilles voit enfin s’accomplir son vœu depuis si longtemps formé. A force d’industrie, d’économies, de privations, il a pu réunir argent et matériaux pour une nouvelle église. La première pierre a été posée par Mgr Bourdon, le 2 août dernier ; les murs montent rapidement, et avant, un an tout sera terminé. Les tracas de cette construction n’empêchent pas M. Saleilles de visiter, plusieurs fois par semaine, le grand hôpital situé entre Serangoon et Singapore.
« Outre les 408 moribonds, baptisés et tous, ou presque tous, passés à une meilleure vie, il y a dans cet hôpital, comme une petite chrétienté d’incurables lépreux et aveugles. Ces pauvres gens naguère ingouvernables sont devenus, depuis leur conversion, des modèles d’édification. Le même missionnaire fait encore une fois par mois une visite à Johore, où il y a une jolie chapelle et un bon noyau de chrétiens chinois.

« A Malacca, M. Meneuvrier est fier de son école de garçons qui a eu, cette année, de magnifiques examens. Le rapport de l’inspecteur est très élogieux. Cette école a l’avantage de nous faire un nom et des amis parmi les païens qui la fréquentent en grand nombre. Elle servira aussi à relever le niveau moral d’une partie de la population chrétienne, descendants plus ou moins directs d’anciens Portugais. Réduits pour la plupart, malgré leurs grands noms, à vivre de la pêche, ces gens sont pauvres et bien ignorants de la religion. La jeune génération, mieux instruite, pourra prétendre à une situation plus élevée ; mais les places étant rares à Malacca, ils devront émigrer vers les Native states, plus prospères.
« L’école des filles tenue par les Dames de Saint-Maur a eu aussi de beaux succès aux examens : malheureusement, le nombre des élèves n’est pas ce qu’il devrait être. Bien des enfant pauvres sont retenues au logis, soit par manque d’habits, soit pour garder la maison ou gagner quelques sous par travail quelconque.
« Au mois de janvier dernier, la bénédiction d’une belle chapelle au couvent et la profession ou prise d’habit de sept religieuses furent l’occasion de fêtes, comme Malacca n’en avait pas vues depuis longtemps et n’en reverra peut-être pas de sitôt.

« Si Malacca baisse d’année en année, les Native states augmentent au contraire à vue d’œil. Aux Negri-Sembilan, M. Catesson qui, l’an dernier, n’avait que 550 fidèles, en compte aujourd’hui 1.000. Cette augmentation est due, partie aux baptêmes, soit d’enfants, soit d’adultes, partie à l’immigration. La population chrétienne est disséminée sur une grande étendue. Les principaux centres sont : Seremban, Port-Dikson et Brojo.
« Seremban a une belle église depuis l’année dernière. Le missionnaire, d’accord avec le gouvernement, travaille actuellement à y installer deux écoles. Le gouvernement contribue pour une part, la Mission pour l’autre. Ces écoles procureront l’instruction à la jeunesse et nous donneront en outre une grande influence, en attirant les enfants des principales familles dans toutes les classes et dans toutes les races. M. Catesson espère aussi un grand bien d’un orphelinat déjà ouvert et qu’il compte développer le plus possible.
« Port-Dikson, port de mer et tête de ligne du chemin de fer, semble appelé à devenir une ville importante. Nous y avons un terrain sur lequel le missionnaire songe à bâtir sous peu une chapelle.
« Brojo est un centre minier considérable. Le chef de l’exploitation étant catholique, les païens ont plus de facilité de se convertir, et les chrétiens de pratiquer leur religion. « C’est là, « dit M. Catesson, que j’ai obtenu les meilleurs résultats de l’année. Beaucoup de nouveaux « chrétiens s’approchent de la sainte Table une fois par mois, et je ne passe pas de fête sans « avoir 80 à 100 communions. Les Coolies surtout se montrent fidèles observateurs de leurs « devoirs. Cherchant moins le pourquoi de la religion, ils ont la foi plus vive ; ils pratiquent « avec plus de désintéressement et suivent plus volontiers les avis du missionnaire. Beaucoup « de chrétiens que le respect humain tenait enchaînés dans des mines païennes, ont retrouvé, « dans ma chapelle provisoire, la vie de la grâce et repris des habitudes de piété.
« Brojo est à 24 milles de Seremban, et le missionnaire regrette de ne pouvoir s’occuper plus régulièrement de ce champ d’action. Tout en y passant régulièrement un dimanche par mois, une semaine tous les deux mois pour la retraite des catéchumènes, et les fêtes d’obligation qui tombent sur la semaine, il croit que des soins plus assidus produiraient de beaux résultats, tant parmi les catéchumènes que parmi les néophytes.
« Le district a fourni cette année le beau chiffre de 123 baptêmes d’adultes, dont 9 seulement in extremis.

Kwala-Lumpur, chef-lieu de Selangor et capitale des États malais confédérés, sentait depuis longtemps le besoin d’un établissement religieux d’instruction pour les jeunes filles. L’école laïque du gouvernement est loin de donner satisfaction, même à la population non catholique. Les Sœurs vont s’y établir prochainement, et tout fait espérer qu’elles réussiront non seulement à établir une école prospère, mais encore orphelinat, crèche, ouvroir, refuge, en un mot, toutes les oeuvres de charité dont elles ont le secret. Sous tous les rapports, un couvent de religieuses sera là une bénédiction et un bienfait inappréciable.
« Comme celle de Negri-Sembilan, la population de Selangor est très dispersée. Les principaux centres, outre Kwala-Lumpur, sont Klong, port de mer à 24 milles de la capitale, Kajang, Soumounié, Rawang et Kwala-Kubu. Plusieurs de ces localités, ayant déjà de bons noyaux chrétiens, pourraient, si nous avions l’argent et le personnel voulus, devenir de nouveaux centres d’évangélisation.

« De Kwala-Kubu, deux routes partent, l’une se dirigeant sur Kwala-Lipis, l’autre sur Tapah. En suivant la première, on rencontre Raub, centre des mines d’or. Nous devrons nous établir là ainsi qu’à Kwala-Lipis, aussitôt que possible. Les circonstances, d’ailleurs, ne sauraient être meilleures ; le résident, très bon catholique, nous demande et a déjà promis les terrains dont nous pouvons avoir besoin. M. Letessier doit y faire bientôt un voyage de reconnaissance. Raub et Kwala-Lipis font partie de l’État de Pahang.
« L’autre route non encore terminée part de Kwala-Kubu pour aller à Tapah en passant par Tanjong-Malim, Slim, Songny, Bider ; distance : 80 milles.
« M. Louis Perrichon, curé le Tapah, le même qui était mourant l’année dernière à pareille époque, a fait le trajet à pied au mois d’août dernier. Partout il a rencontré quelques chrétiens, surtout des Indiens. Tanjong-Malim et Songny lui paraissent avoir de l’avenir, et il se propose d’y acquérir quelques terrains propres à l’établissement de nouveaux postes. Outre ces pays neufs, ce même confrère a parcouru, pendant un mois, le territoire de Negri-Sembilan et Selangor, pour y administrer les Indiens qui n’y ont pas de missionnaires sachant leur langue. Il y a relevé une liste de 480 chrétiens Indiens.
« Le district de Tapah compte environ 500 chrétiens, presque tous de nationalité hindoue. Ces gens, coolies pour la plupart, sont très dispersés et changent sans cesse de place, ce qui en rend l’administration très difficile et très dispendieuse. Il faudrait être continuellement en course, d’un côté ou de l’autre. Malgré ces difficultés, M. Louis Perrichon, rentré à son poste seulement au mois de mars, a réussi à visiter tous les coins et recoins de son immense district et même à explorer quelques parages encore inconnus. A 40 milles de Telok-Anson, à l’embouchure de la rivière Perak, se trouve l’île de Pankore. Cette île, ainsi que les Dindings, bande de terre qui lui fait face, est territoire anglais. En arrière des Dindings, il y a un petit district dépendant de Pérak et dont le chef-lieu est Stiawan. Jusqu’à présent, aucun missionnaire n’avait encore visité ces lieux. Le mois dernier, M. Perrichon y fit un voyage et trouva une quarantaine de chrétiens, soit à Stiawan, soit à Lumut, capitale des Dindings. « Je « ne saurais décrire, dit-il, la joie de ces chrétiens, lors de la visite que je leur ai faite ; « quelques-uns étaient venus à Telok-Anson, d’autres étaient allés à Pinang faire leurs « Pâques. Tous ont profité du passage du missionnaire pour s’approcher des sacrements. « Trois qui n’avaient pas fait leur première communion l’ont faite, et deux païens ont reçu le « baptême.
« J’ai là un catéchiste extraordinaire dans la personne de Mme Kaniky Marie, femme du « tandel Arokiam. C’est elle qui avait préparé les premières communions et les baptêmes, et « je vous assure que mes gens étaient bien instruits. Ils m’ont récité leurs prières, y compris le « Confiteor et 1’Angelus, et le catéchisme sur le bout du doigt. Elle a encore d’autres « catéchumènes qu’elle instruit.
« Les chrétiens travaillent par-ci par-là : ils possèdent presque tous à Stiawan un lopin de « terre planté de cocotiers, bananiers, caféiers et autres arbres. Je leur ai promis une chapelle, « lorsqu’ils seraient installés cinquante à Stiawan. Le gouvernement donne à qui le veut le « terrain abandonné par les Malais. »

« Les chrétientés chinoises de Batu-Gajah et Ipoh continuent d’aller leur train sans rien de bien saillant. M. Pierre Perrichon voudrait établir à Ipoh une école de filles et un orphelinat ; ce serait à coup sûr une excellente chose, espérons qu’il réussira. « Les conversions, dit-il, « deviennent de plus en plus rares et difficiles. Cela tient à deux causes. D’abord, les « jardiniers sur qui on avait le plus d’influence deviennent de moins en moins nombreux ; ils « trouvent davantage à gagner dans les mines. Ensuite, les mineurs, surtout ceux qui « travaillent dans les mines païennes, ne songent guère à se faire chrétiens ; du reste il leur « serait très difficile, pour ne pas dire impossible, de venir étudier la doctrine. » A ces causes, il faut ajouter les prédications souvent intempestives des méthodistes qui ne contribuent pas à rendre la tâche du missionnaire plus facile. Les mêmes obstacles et difficultés se rencontrent à Batu-Gajah où M. Faucillon voit aussi avec grand’peine tout le monde déserter la culture pour courir aux mines. A Taiping, M. Grenier se prépare à installer un couvent de Religieuses, et il en espère, avec raison, le plus grand bien. Les travaux d’installation provisoire sont prespue terminés.
« La population indienne de Taiping, environ 200 âmes, est assez forte pour avoir une église à part. C’est à ce nouveau poste que va travailler M. Louis Duvelle. Il a déjà une école dans le quartier indien, école qui compte 62 enfants et en aura bientôt 100. Une demande a été faite pour un vaste terrain joignant celui de l’école. Dès qu’il l’aura, M. Duvelle s’y installera et commencera la construction de la nouvelle église Saint-Louis. Quand il aura cette église, le missionnaire compte à bon droit voir augmenter le nombre des conversions. L’esprit de foi et de piété des chrétiens y gagnera aussi. Jusqu’à présent, n’ayant pas d’église à eux, les Indiens sont obligés d’aller à celle des Eurasiens, où ils sont méprisés et considérés comme gênants. Les prières tamoules ne peuvent pas se faire pendant la messe ; or, généralement l’Indien ne prie bien qu’à haute voix et dans sa langue. Le couvent des Sœurs sera aussi d’un grand secours au missionnaire. Leurs écoles et orphelinats pourront recueillir nombre de jeunes filles qui, ne sachant pas lire, arrivent souvent à 12 ou 14 ans sans même savoir faire le signe de la croix.

« Souseypaleam a été éprouvé cette année par la perte de M. Diridollou. Ce bon et zélé missionnaire, dans les huit ans qu’il a passés là, a su, avec des ressources on peut dire nulles, bâtir maison, orphelinat, écoles solides et une vaste église provisoire qu’il rêvait de remplacer par un temple plus monumental. Il avait, en outre, acquis sur la population une très grande influence ; il était le roi du pays. M. Le Mahec, qui le remplace, n’est pas sans trouver quelques petites difficultés. « Mais, écrit-il, elles ne me découragent pas, car il y a aussi le « beau côté de la médaille. Ainsi durant tout le mois d’octobre, j’ai eu plus de 100 personnes, « sans compter les enfants, qui, chaque matin, venaient entendre la messe, réciter le chapelet « et suivre les exercices du Rosaire. Les hommes étaient les plus nombreux. » Cette piété fait l’éloge du défunt pasteur et promet pour l’avenir. J’espère que M. Le Mahec sera bientôt à même de diriger sans trop de peine, et de développer ce district qui, tout compris, compte déjà au moins 1.200 chrétiens.
« A Matang-Tinghy, M. Bouhéret, après avoir, ces années passées, bâti et installé sur un bon pied une école de filles, vient de réparer son église et de construire un catéchuménat. Il a la joie de voir prospérer la colonie chinoise de Jawee, qui paraît appelée à se développer, « C’est là seulement, écrit-il, qu’il faut compter que la population chrétienne pourra « s’accroître, soit par de nouveaux baptêmes, soit par des jeunes gens qui, arrivant de Chine, « sont très heureux de s’installer définitivement et de fonder une famille. Il y a déjà plus de 40 « jardins de chrétiens ; c’est le commencement d’un petit pays chao chou. Il est à regretter « seulement que les premiers travaux soient pénibles à cause du climat et exigent en outre « beaucoup d’argent. La bonne volonté ne suffit pas toujours. » Cependant les gens commencent à avoir de quoi vivre, et le missionnaire espère compter là, avant deux ans, 15 ou 20 ménages. Actuellement encore, beaucoup de gens demandent des terrains. Aussi M. Bouhéret m’écrivait dernièrement qu’il va demander encore 200 ou 300 acres de terrain. Que Dieu bénisse et fasse prospérer cette colonie ! C’est le moyen le plus sûr de christianiser ce pays.


« A Pinang, M. Rivet, chargé de l’église de l’Assomption, a eu le bonheur de recevoir dans le sein de l’Église catholique le chef de la police. Il se plaint de sa santé qui ne lui permet pas de réaliser tout ce que son zèle lui inspirerait.
« Les catéchismes, dit-il, n’ont pas été faits aussi régulièrement qu’ils auraient dû l’être, « parce que je suis tout seul et que ma santé exige des ménagements. Pour la même cause, je « crois que les confessions et communions de la paroisse auraient été plus nombreuses, si « j’avais eu un assistant. Je dois de grands remerciements aux confrères voisins et surtout à « M. Renard et aux Pères du collège qui, malgré leur travail personnel, sont venus « généreusement à mon secours, toutes les fois qu’il y a eu surcroît d’ouvrage, et qui, en me « remplaçant à différentes reprises, m’ont permis de prendre le repos que le mauvais état de « ma santé réclamait. »
« M. Renard a pris en main, depuis février, l’administration de l’importante chrétienté indienne de Saint-François-Xavier. Cette chrétienté compte au moins 1.500 fidèles, dont 300 sur le continent. Là aussi, la construction d’une nouvelle église s’impose. L’église actuelle ne tient plus debout ; d’ailleurs elle est beaucoup trop petite pour la population. La difficulté sera de trouver des fonds. A Pinang, comme ailleurs, les Indiens sont de bien pauvres capitalistes. Mais la Providence n’abandonne pas ceux qui se confient en elle.
« A Notre-Dame des Sept-Douleurs, paroisse chinoise, M. Sorin qui a échangé son poste de procureur pour le ministère actif, fait des plans pour l’agrandissement de son église ; il projette aussi l’établissement de quelques catéchuménats dans la campagne, où il espère trouver des cœurs mieux préparés à recevoir la bonne nouvelle. Cette paroisse a acquis, cette année, grâce à la générosité d’un chrétien, une vaste maison qui sera pour le prêtre un presbytère convenable.
M. Brignon est comme le poisson dans l’eau au milieu de ses Chinois de Balek-pulau. Il compte sous peu entreprendre la visite générale de tous ses chrétiens, visite qu’il considère comme le meilleur moyen de se mettre au courant de leurs nécessités, spirituelles et temporelles, et en même temps, de gagner leur confiance. Ce district a donné 21 baptêmes d’adultes. L’administration, presque toute en pays de montagnes, est pénible ; que Dieu conserve au nouveau pasteur la force et la santé voulues pour continuer et développer l’œuvre de ses devanciers !

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« Je serais injuste si j’omettais de mentionner le concours dévoué que nous ont fourni, cette année comme les précédentes, nos bons Frères des Écoles chrétiennes et les Dames de Saint-Maur. Grâce à ces précieux auxiliaires, nos écoles luttent avantageusement avec les écoles gouvernementales et hétérodoxes. Nos enfants sont bien instruits, et nombre d’hérétiques et de païens, de tout rang et de toute race, apprennent à respecter notre sainte religion, à fréquenter ses temples et à connaître et aimer ses ministres. Nos couvents de Singapore, Malacca, Pinang sont, on peut le dire, autant de ports du salut pour un nombre incalculable d’âmes.
« Un exemple entre bien d’autres. Un Anglais protestant de Bornéo avait confié à l’orphelinat de Singapore deux petits garçons, qu’il avait eus d’une jeune Indienne. Au bout de quelques années, ce monsieur songeant à se marier légitimement, congédia l’Indienne en lui donnant une assez bonne somme et l’autorisant à prendre ses enfants qui, d’ailleurs, lui appartenaient légalement. La supérieure des religieuses, avisée de cet arrangement, fut bien peinée de se voir sur le point de perdre ces deux enfants déjà grands et instruits de notre religion. Mais le bon Dieu sut si bien arranger les choses que ce fut le contraire qui arriva. La mère païenne se présenta en effet, mais au lieu de lui remettre ses enfants, on me l’amena. Je n’eus pas de peine à la décider à rester elle-même chez les Sœurs. Elle s’instruisit très vite, et fut baptisée avec ses deux petits garçons. Depuis, elle l’ait l’admiration de tout le monde par une foi et une piété qui ne se sont pas démenties un seul jour.
« Je le répète, ceci n’est qu’un exemple entre beaucoup d’autres, du bien qui se fait par nos religieuses. On le sait ; aussi les païens eux-mêmes s’empressent-ils d’apporter aux Sœurs leurs enfants malades. Trois cents enfants d’infidèles ont ainsi reçu le baptême à Singapore et 150 à Pinang. C’est pourquoi je considère comme très utile l’établissement des religieuses à Kwala-Lumpur et à Taiping.
« Espérons que Dieu bénira ces deux nouvelles fondations, ainsi que tous les autres projets formés pour l’extension de son règne en cette terre de Malaisie.»



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