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Rapport annuel des évêques

Année: 1904
Pays: Malaisie
Mission: Malacca
Rédacteur:Mgr Vignol

II. — Malacca


Population catholique 22.847
Baptêmes d’adultes 1.284
Conversions d’hérétiques 20
Baptêmes d’enfants de païens 535
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« Bien tristes ont été pour nous les premiers mois du présent exercice, écrit M. Vignol, supérieur intérimaire de la mission de Malacca. Alors que rien ne le faisait prévoir, Mgr Fée s’est vu contraint par la maladie de partir pour la France. Sa Grandeur était alors à Pinang ; les docteurs exigeaient un départ immédiat : leur avis fut rigoureusement suivi. C’est à peine si notre évêque bien-aimé put passer quelques heures à Singapore et recevoir les adieux de ses missionnaires, avant de monter à bord du paquebot qui devait le conduire à Marseille. Nous espérions tous que l’absence de Sa Grandeur ne serait pas longue : Monseigneur lui-même partageait cette illusion ; mais Dieu en avait décidé autrement, et le 20 janvier, Il rappelait à Lui son fidèle serviteur.
« De Mgr Fée on peut dire : Tous l’aimaient, car il était bon ; aussi tous l’ont-ils beaucoup pleuré.

« En juin dernier, un télégramme de Paris nous annonçait la nomination de Mgr Barillon au siège de Malacca. Appelé par les vœux de tous, le nouvel élu nous vient sous les plus heureux auspices : aussi sommes-nous persuadés que le diocèse de Malacca n’aura qu’à s’applaudir du choix du Saint-Siège.

« Le présent compte rendu indique une légère augmentation du chiffre des baptêmes d’adultes. J’en ai été surpris, car nos confrères sont tellement, absorbés par les soins à donner aux anciens chrétiens, et par la surveillance qu’exigent de nouvelles constructions, absolument indispensables, que je n’osais espérer un tel résultat.
« Un aperçu rapide sur les différents districts fera connaître les travaux de nos confrères, leurs espérances, et les difficultés qu’ils rencontrent.

Pinang. — « L’école des garçons, tenue par les Frères des Écoles chrétiennes, écrit M. « Méneuvrier, est devenue trop petite ; jamais il n’y avait eu autant d’élèves. La paroisse se « montre très généreuse. L’an dernier, une souscription faite parmi les chrétiens m’a permis « d’agrandir l’église ; depuis, un bel orgue a été acheté. Une troisième souscription a pour but « de créer une bibliothèque, où nos fidèles trouveront de bons journaux, d’excellentes revues « et aussi des livres utiles.
« Les religieuses, grâce à la coopération des protestants et des païens, espèrent bientôt « pouvoir bâtir une crèche et un refuge. »
« M. Damais, à Pulo-tikus, se félicite de la piété de ses ouailles, et surtout de leur fidélité à entendre la sainte messe.
« La mission indienne de Pinang compte environ 1.200 chrétiens, dispersés dans tous les coins de l’île. Que de patience ne faut-il pas à M. Perrichon pour écouter leurs histoires et arranger leurs différends ! Quoi qu’il en soit, notre confrère a sous sa direction une des plus belles paroisses indiennes du diocèse.
« M. Letessier vante l’amabilité et la courtoisie des docteurs de l’hôpital et de la léproserie à son égard. « L’œuvre la plus intéressante de ma paroisse, dit-il, est la léproserie de Pulau-« Yerajah, où le très regretté Mgr Fée fit, l’année dernière, sa dernière fonction épiscopale, en « confirmant 17 lépreux. L’officier administrateur de la léproserie et le médecin de « l’établissement, quoique protestants, me donnent l’hospitalité la plus cordiale : le premier, « dans sa propre maison où je reste quelquefois deux jours, et le second, sur son bateau. »
« M. Faucillon a dû ouvrir une école anglaise pour ses Chinois ; les païens eux-mêmes la fréquentent, et le missionnaire est très satisfait de leur conduite.

Province Wellesley. — « Cinquante adultes ont été baptisés, cette année, par M. Bès. Tout en se dépensant corps et âme pour le bien spirituel de ses anciens chrétiens, répartis en trois postes, notre confrère n’a pas oublié les païens et Dieu a béni ses efforts.
« Le chiffre de 2.151 confessions, atteint dans une paroisse de 650 âmes, prouve que M. Mariette a su inculquer à ses chrétiens des habitudes de foi et de piété.
« Avec M. Auvé, nous quittons les Chinois pour retomber parmi les Indiens. Le missionnaire donne aux intérêts matériels de ses paroissiens toute l’attention qu’ils réclament ; aussi la confiance de tous lui est-elle assurée. Grâce aux bons offices qu’il rend, même aux païens, il pourra plus facilement les amener à la connaissance du vrai Dieu.

Perak, Kurau, Bagang-serai. — « La colonie, fondée il y a vingt-quatre ans par Mgr Fée, où le vénéré défunt a tant souffert et tant peiné, est administrée par M. Le Mahec. « Tout
« marche à souhait, dit-il ; les écoles sont très fréquentées et les chrétiens s’approchent « régulièrement des sacrements. Il n’y a qu’un seul point noir : c’est le manque d’église. »
« Depuis plusieurs années, M. Le Mahec économise sou par sou pour avoir son église, mais il n’est pas encore en mesure de commencer les travaux. Il pourra peut-être le faire, l’an prochain.
« Rien de bien spécial à Thaïping. M. Hermann est heureux d’avoir enfin une école, où ses petites Indiennes apprennent à lire et surtout à prier.
« Je me fais bien vieux, dit de son côté M. Grenier ; c’est le cœur qui laisse à désirer : « tantôt il bat trop vite, et tantôt trop lentement. » Notre zélé confrère n’en continue pas moins à administrer seul les différents postes de son district. La joie de revoir son ancien vicaire, Mgr Barillon, va sans doute le rajeunir.
« Notre ministère dans le Grand Perak, s’est exercé sans incident bien marquant. A Batu-gajah, les confessions et les communions ont, été nombreuses. Quelques brebis égarées sont revenues au bercail. En ce qui concerne les païens, il y a toujours des catéchumènes ; malheureusement, ils ne persévèrent pas tous.
« Ipoh est administré par M. Coppin. Les Chinois de ce poste avaient besoin d’une direction suivie et ferme : ils l’ont trouvée, à la grande satisfaction de tous.
« M. Sausseau, qui est chargé des Indiens, nous dit : Depuis deux ans, je suis préoccupé « uniquement de la construction d’une église indienne, qui s’impose au plus tôt à lpoh . « Quand j’arrivai ici, j’y trouvai 150 chrétiens environ : or, ils sont au moins 400 aujourd’hui.
« A Tapah également, la chapelle, bâtie autrefois par Mgr Fée, est devenue trop petite. Au « mois de décembre dernier, j’ai reçu une petite cloche de 120 kilos. Les fidèles pourront « venir plus régulièrement aux offices. Ils n’auront plus à consulter le soleil pour savoir « l’heure de la messe. Par suite de la mort de Mgr Fée, la cloche n’a pas encore été bénite, « mais j’ai mis en pratique le conseil qu’on m’a donné : « Que votre cloche imite les petits « enfants qui crient bien, même avant leur baptême. » Et, depuis quatre mois, Mana-Johanna « fait entendre sa jolie voix aux échos de Tapah. »

Kwala-lumpur. — Depuis son arrivée à Kwala-lumpur, M. Renard souffrait de voir ses jeunes gens dans la nécessité d’aller à l’école protestante, faute d’école catholique. Les jeunes filles allaient au couvent, et leurs frères au Victoria Institute. Le missionnaire se mit à l’œuvre, et, malgré les dépenses considérables qu’il devait faire pour agrandir son église, malgré la fièvre qui le tient bien souvent couché sur sa natte, il a fini par trouver les fonds nécessaires à la construction d’une école. En janvier dernier, j’avais la joie de bénir la nouvelle école des Frères de Kwala-lumpur. La fête fut très belle ; musique, discours, gâteaux, etc., rien n’y manqua. M. Renard était aux anges ; ses vœux étaient comblés ; le nombre des élèves augmentait chaque jour. Mais, à présent, la joie de notre confrère est mêlée d’inquiétude. Il n’y a pas un an que son école est ouverte, et, l’an prochain, il devra bâtir de nouveau : l’école est trop petite. M. Duvelle, assistant de M. Renard pour les Indiens, a été obligé, lui aussi, de construire. Une gracieuse chapelle s’élève maintenant au port de Klang, et permet aux chrétiens de se réunir chaque dimanche.
« Si nous traversons la ville de Kwala-lumpur, nous apercevons, près de la gare, un bâtiment en construction et, sur les échafaudages, deux « gentlemen », truelle en main, qui remuent chaux, ciment et mortier, travaillent corniches, moulures et chapiteaux : le tout, avec une précision mathémathique et d’après les règles de l’art. Ce sont MM. Terrien et Lambert. Comment ont-ils pu se faire à un pareil métier ? Je me le demande. Le bon Dieu a béni leurs efforts et, dans deux ou trois mois, Mgr Barillon bénira la plus belle, je crois, de toutes les églises de la mission. Notez que ces travaux matériels n’ont pas fait oublier à nos confrères le soin des âmes, puisque la plus belle gerbe de baptêmes d’adultes, offerte cette année au divin Moissonneur, est celle de MM. Terrien et Lambert : 154 baptêmes.

Seremban. — « Bien belle fête, le mois dernier, à Seremban. Ouverture solennelle et bénédiction du nouveau couvent bâti par M. Catesson. M. Nain avait tenu à bien faire les choses et lancé des invitations un peu partout. Aussi tout Seremban était-il présent : Européens, Chinois, Malais, Anglicans, Calvinistes, Catholiques, tous étaient venus admirer le nouveau couvent, saluer et remercier les religieuses qui allaient ouvrir la première école de jeunes filles dans la ville.
« Le résident, en déclarant le couvent ouvert, a rappelé l’énergie déployée par M. Catesson pour réunir les fonds et pour bâtir ce couvent, l’ornement et l’orgueil de Seremban. Il a beaucoup regretté « l’absence de ce Père énergique et dévoué, qui n’est plus là pour jouir de son œuvre ».
L’inspecteur général de toutes les écoles des « Federated Malay States » prit à son tour la parole, et, tout protestant qu’il est, s’exprima ainsi : « Vous admirez les œuvres catholiques « dans les Negri-sembilan : église à Seremban, église à Port-Dikson, mission chinoise, « mission sauvage, tout cela nous le devons à l’énergie, au zèle et au dévouement de M. « Catesson. Pour moi, ce que j’admire surtout, c’est son zèle pour l’éducation. L’école de « garçons de Seremban, aujourd’hui si florissante, est son œuvre ; et c’est encore lui qui vient « d’élever ce couvent que vous admirez. Nous regrettons infiniment son départ. Mais nous « connaissons déjà son successeur, M. Nain, et nous ne doutons pas qu’il ne marche sur ses « traces. »
« Pour ma part je ne vois qu’un mot à ajouter : « M. Catesson et ses deux assistants, MM. Brossard et Fourgs, ont bien travaillé. »
« M. Brossard, chargé maintenant du poste de Kajang, va mettre en pratique les conseils et suivre les exemples de son ancien curé. M. Fourgs s’est donné de tout cœur à la mission des sauvages ; la seule chose à redouter pour lui, c’est la fièvre.
« Que de bien à faire dans ces pays de Selangor, Perak et Negri-sembilan ! Il ne manque que des ouvriers.

Malacca. — « Malacca, la vieille cité portugaise, reste toujours endormie ; peut-être, quand un embranchement de la grande voie ferrée Pinang-Singapore viendra aboutir dans son enceinte, le sifflet des locomotives réussira-t-il à la tirer de son sommeil. Ce qu’il nous faudrait, présentement, à Malacca, c’est une vaste école, à la place du local étroit, où nous avons peine à caser nos élèves, car les élèves ne manquent pas. Les Frères des Écoles chrétiennes ont la direction de l’établissement. Il faut bâti ; hélas ! l’argent fait défaut, et M. Perrichon se désole de ne pouvoir réunir la somme nécessaire pour cette œuvre capitale.

Singapore. — « Malgré ses rhumatismes et autres maladies, M. Belliot continue avec succès d’administrer son gentil poste de Bukit-timah.
« De son côté, M. Saleilles s’est vu obligé, pour cause de santé, de remettre aux confrères de la ville la charge du grand hôpital chinois, où il travaillait seul, depuis vingt-cinq ans. Il s’y rendait deux ou trois fois par semaine et y passait toute la journée ; aussi était-il connu et aimé des pauvres malades. Chaque année, il baptissait de 200 à 300 adultes. Il a dû lui en coûter beaucoup de se séparer de ses infirmes, surtout de ceux qu’il affectionnait particulièrement : les aveugles et les lépreuses. De ces dernières, on peut dire que « M. Saleilles les avait trouvées en une prison, et qu’il les laisse en un monastère ».
« Notre confrère a un beau poste à Seranggong ; cependant tout porte à croire qu’il en aura sous peu un plus beau à Johore, Si l’on en juge par les résultats obtenus jusqu’ici. Pour aller d’une station à l’autre, il faut franchir une distance de 25 milles. Heureusement, M. Saleilles, malgré ses vingt-huit ans de mission, aime toujours les longues courses. Seranggong lui a donne 19 baptêmes d’adultes, et , Johore 45. Voilà bien la meilleure récompense de son zèle infatigable.
« Dans la ville de Singapore, la paroisse de la cathédrale a continué de progresser sous la direction de M. Rivet et de M. Nain. M. Rivet s’est occupé surtout de son « Catholic Club », et M. Nain, de la chapelle du couvent, qu’il devait bâtir.
« M. Burghoffer remercie Dieu en considérant le bien immense réalisé dans sa paroisse, grâce à la dévotion au Sacré-Cœur. Chaque premier vendredi du mois, ses Indiens se pressent nombreux et fervents à la sainte table.
L’église chinoise a été très éprouvée par l’absence de M. Gazeau, qui est allé refaire sa santé au sanatorium de Hong-kong. Sans compter la multiplicité des dialectes chinois (on en compte sept dans la paroisse de M. Gazeau), une grosse difficulté se fait sentir de plus en plus. En effet, il y a trois classes de Chinois bien distinctes à Singapore : ceux qui sont nés en Chine ; ceux qui sont nés à Singapore et conservent les usages de la Chine, et les Straits-Born Chinese. Plusieurs, parmi ces derniers, ont déjà supprimé la tresse de cheveux et portent faux-col et manchettes. Pour des peuples nouveaux, il faut des méthodes nouvelles ; l’unité de direction, en effet, avec des éléments si divers, est impossible, et le temps n’est peut-être pas loin où il nous faudra, là aussi, un « Catholic Club ».

Établissements communs. — « C’est du fond du cœur que je remercie les chers Frères des Écoles chrétiennes et les Dames de Saint-Maur des grands services qu’ils ne cessent de rendre à la mission. Leur zèle, leur dévouement, le soin qu’ils apportent à l’éducation de la jeunesse, sont appréciés de tous, chrétiens et païens. Cette année, l’école des Frères à Singapore, et celle de Pinang, n’ont pu recevoir tous les élèves qui se présentaient. C’est cette année aussi, rappelons-le, qu’ont été ouvertes l’école des Frères à Kwala-lumpur, le couvent et l’école des Sœurs à Seremban. En ce qui concerne le couvent de Singapore, le grand événement de l’année a été la bénédiction de la nouvelle chapelle. Les plans en ont été dressés par M. Nain et exécutés sous sa direction. Elle est magnifique et fait grand honneur au talent de l’architecte.

« Mgr Bourdon, évêque de Dardanie, est toujours, pour les malades de l’hôpital européen, un ami et un consolateur ; pour les soldats, un aumônier intrépide, et pour tous les missionnaires, un modèle accompli du bon et saint prêtre. Que Dieu daigne conserver Sa Grandeur, de longues années encore, à notre affectueuse vénération, pour le bien du diocèse et pour notre édification à tous ! »



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