| Année: |
1905 |
| Pays: |
Malaisie |
| Mission: |
Malacca |
| Rédacteur: | Mgr Barillon |
II. — Malacca
Population catholique 24.200
Baptêmes d’adultes 1.312
Conversions d’hérétiques 19
Baptêmes d’enfants de païens 535
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C’est dans l’après-midi du 21 novembre 1904, fête de la Présentation de la très sainte Vierge, que Mgr Barillon, évêque de Malacca, est arrivé à Singapore, et qu’entouré d’un grand nombre de ses missionnaires, accourus pour le recevoir, et d’une foule énorme de fidèles, il a pris possession de son siège. Le nouvel évêque s’est présenté au clergé et au peuple de son diocèse, sous les auspices et la protection de la Mère de Dieu, la Reine des apôtres : en vérité, le jour ne pouvait pas être mieux choisi.
Il y avait déjà un peu plus d’un an que Mgr Fée, de si douce mémoire, s’était embarqué pour la France, dans l’espoir d’y trouver une guérison que les docteurs disaient encore possible ; et dix mois, qu’il avait succombé au mal terrible dont il souffrait, après avoir gouverné le diocèse de Malacca pendant sept ans et demi.
« En l’absence du regretté prélat, écrit Mgr Barillon, et pendant la vacance du siège, M. Vignol administra la mission avec le dévouement et la prudence dont chacun le savait si bien doué. Aussi, après ma prise de possession du diocèse, mon premier acte fut-il de le nommer mon vicaire général, comme il l’avait été de Mgr Fée. Ce m’était une grande consolation d’avoir près de moi un conseiller plein d’expérience, entièrement au courant de la situation et pouvant suppléer à ce qui me manquait après douze années d’absence. Hélas ! le bras droit, sur lequel je m’appuyais si volontiers et avec tant de confiance, devait bientôt m’être enlevé. Moins de quatre mois après mon arrivée, le cher M. Vignol était emporté, en quelques heures, par une attaque d’apoplexie. Il était si connu et si aimé dans toute la mission, que sa mort fut pleurée par tous ; mais principalement par ses chrétiens chinois de Singapore, qui le chérissaient comme un père.
« Plusieurs milliers de personnes assistèrent à ses funérailles, et le long cortège, qui se déroula dans les rues de Singapore pour se rendre au cimetière, prit les proportions d’une grandiose manifestation.
« Cependant, nos épreuves n’étaient pas terminées, car dans le courant de cette même année, Dieu a rappelé à Lui deux autres de nos confrères : M. Grenier, au mois de juin, et M. Damais, au mois d’octobre ; le premier après vingt-neuf ans, et le second après vingt-cinq ans de ministère apostolique. Leur perte m’est d’autant plus douloureuse que ces chers défunts comptaient parmi les missionnaires les plus expérimentés et les plus zélés.
« Quel dommage qu’il nous devienne ainsi très difficile, faute de personnel, d’aller de l’avant comme nous le voudrions, et de fonder de nouveaux postes, alors que les circonstances sont plus favorables ! En effet, le chemin de fer relie déjà Prai, en face de Pinang, à Malacca ; et, dans deux ou trois ans, traversant l’état de Johore, il aboutira à Singapore. De nouveaux centres s’ouvrent un peu partout, dans lesquels il nous faut prendre pied le plus tôt possible ; car plus nous tardons, moins nous avons chance de réussir.
« D’un autre côté, la diversité des langues et des nationalités nous oblige parfois à multiplier les postes, dans la même localité. Prenons pour exemple une ville où nous avons 2.000 chrétiens. Si tous étaient ou Chinois ou Indiens, une seule église suffirait ; mais il y a 1.000 Chinois et 1.000 Indiens : il faut donc une église pour les Chinois et une autre pour les Indiens, sous peine de voir l’une ou l’autre portion de la chrétienté décroître au lieu de progresser. Il en est de même vis-à-vis des chrétiens qui, n’étant ni Chinois, ni Indiens, ne parlent que l’anglais ou le malais.
« Nous nous trouvons en face de cette situation, dans presque toutes les principales villes du diocèse : à Singapore, à Pinang, à Kwala-lumpur, à Taïping, à Ipoh. Quant à la proportion de ces différents éléments dans l’ensemble de la population catholique, la voici : sur un total de 24.000 catholiques, nous comptons 11.000 Chinois de différents dialectes, 7.000 Indiens et 6.000 Européens, Eurasiens ou indigènes parlant anglais ou malais.
« C’est sur des éléments si divers que s’exerce le zèle de nos confrères, et Dieu bénit visiblement leurs travaux, puisqu’en réunissant les gerbes de tous, nous pouvons, cette année, offrir au divin Maître une belle moisson de 1.312 baptêmes de païens adultes et 19 conversions d’hérétiques.
« La population catholique, dans le diocèse de Malacca, suit une progression régulière et consolante. Sous l’administration de Mgr Gasnier, de 1878 à 1896, elle avait passé de 7.000 à 17.000 ; sous celle de Mgr Fée, l’accroissement fut encore plus sensible, car le recensement de cette année accuse 24.200 catholiques, marquant ainsi une augmentation de près d’un millier par an. Ma participation à ces résultats est toute indiquée dans ces paroles de Notre-Seigneur : « Aliilaboraverunt, et vos in labores eorum introistis. D’autres ont travaillé, et vous, vous recueillez le fruit de leur travail. »
« Après cette vue d’ensemble, jetons maintenant un coup d’œil sur les grandes divisions de la presqu’île de Malacca, dont les unes sont des colonies anglaises proprement dites ; les autres, des pays placés sous le protectorat anglais. Voici ces divisions : l’île de Singapore, l’état de Johore, le territoire de Malacca, les Negri Sembilan, Selangor, Pérak, la province Wellesley, l’île de Pinang et l’État de Pahang. Je ne fais que mentionner ce dernier État qui est situé sur la côte est, car nous n’y avons encore aucune chrétienté. Nous y pénétrerons par la voie de terre, et certains de nos avant-postes sont déjà très rapprochés de sa frontière.
Ile de Singapore. — « Nous y avons 6.850 catholiques de toute nationalité.
« La ville même de Singapore s’accroît de plus en plus. Ce magnifique port de mer va devenir place de guerre et acquérir ainsi une importance de premier ordre en Extrême-Orient.
« A la paroisse de la cathédrale qui compte 2.800 catholiques européens et eurasiens, il y a beaucoup à faire pour développer la vie chrétienne parmi les fidèles, et bien instruire les nombreux enfants qui fréquentent les écoles des Dames de Saint-Maur et des Frères des Écoles chrétiennes. Ces derniers viennent d’obtenir de beaux succès dans les examens pour les « Queen’s scholarships ». Deux de ces prix étaient mis au concours général ; or, ils ont été tous les deux emportés haut la main par les élèves de l’école des Frères à Singapore. Le gouverneur a félicité publiquement les fils de saint Jean-Baptiste de la Salle du succès de leur enseignement. Hélas ! nos bons Frères ont eu aussi leurs épreuves, et la mort a fait des vides dans leurs rangs. En moins de quinze jours, ils ont perdu deux des leurs, emportés dans la force de l’âge.
« Après le décès du regretté M. Vignol, M. Bès est venu se joindre à M. Gazeau pour administrer la nombreuse paroisse chinoise de Saint-Pierre et Saint-Paul. Ils ont eu la joie d’enregistrer 80 baptêmes d’adultes. Une seconde église pour les Chinois, dans la ville de Singapore, est déjà sur le chantier. Elle sera dédiée au Sacré-Cœur et destinée aux « Pountis » et aux « Hakkas » ; tandis que l’ancienne église restera aux «Tchao-tchou » et autres Chinois de dialectes similaires.
« M. Burghoffer, qui administre les 750 Indiens de la paroisse de Notre-Dame de Lourdes, a un excellent noyau de fervents chrétiens.
« A Sarangon, M. Saleilles va toujours de l’avant. Notre zélé confrère a recueilli 24 baptêmes d’adultes, et créé une nouvelle station à Purggol, où se voit dès maintenant une jolie chapelle bâtie dans un site ravissant, sur le détroit de Johore.
État de Johore. — « M. Saleilles prend soin également des 350 chrétiens chinois qui se trouvent dans cette partie de la péninsule. Le nombre des néophytes augmente à vue d’œil, et, cette année encore, 30 baptêmes d’adultes ont récompensé le missionnaire des fatigues inouïes qu’il s’impose pour protéger ses ouailles et convertir les infidèles. Le sultan de Johore lui est personnellement très favorable ; mais ce grand personnage est trop souvent absent, et alors les difficultés ne manquent pas à M. Saleilles. Heureusement, notre confrère n’est pas homme à reculer ni à se laisser intimider. Je crois qu’il passerait à travers le feu pour voler au secours du poste qu’il a fondé à Johore.
Territoire de Malacca. — « La vieille ville dormante, comme l’appelait M. Vignol, va-t-elle enfin se réveiller au sifflement des locomotives qui, avant la fin de 1905, doivent la mettre en communication avec la capitale des Negri Sembilan et le nord de la presqu’île ? Chacun se pose cette question. Pour moi, je me demande surtout si nous allons enfin voir augmenter le chiffre des 500 catholiques que nous comptons à Malacca même, et dans l’ancien poste mantra d’Ayer-salah. Il y a, en outre, dans la ville, quelques centaines de catholiques soumis à la juridiction de l’évêque de Macao.
« Nos deux écoles de Sœurs et de Frères, ouvertes aux enfants de l’une et de l’autre juridiction, continuent à Malacca leur œuvre d’éducation et de formation chrétiennes. Comme gage et élément de renouveau pour ce poste, une grande école va bientôt se construire, pour remplacer la vieille maison où les 200 élèves des Frères sont entassés les uns sur les autres.
Negri Sembilan. — « On désigne sous ce titre le groupe des petits états malais, dont Seremban est la capitale.
« Jadis, je n’avais jamais eu l’occasion de visiter les Negri Sembilan ni la province de Selangor. Je ne connaissais de cette dernière que le port de Khang, où je m’étais arrêté une demi-journée en allant de Singapore à Pinang sur un bateau côtier. Je me souviens en particulier, que, pendant que nous étions à l’ancre, notre bateau faillit être coulé à fond par un steamer en partance. Il n’y avait, à cette époque, dans les provinces centrales de la presqu’île, que quelques centaines de chrétiens et deux églises : l’une à Seremban, et l’autre à Kwala-lumpur.
« Or, aujourd’hui, dans les Negri-sembilan, nous avons 1.180 catholiques, avec 6 églises ou chapelles ; sans compter celle de Brogo, rattachée au district de Kajang (province de Selangor). A Seremban, nous possédons deux écoles de garçons et de filles, qui instruisent toute la jeunesse de la contrée. MM. Nain et Fourgs, chargés de toute cette région, ont recueilli 61 baptêmes d’adultes, principalement à Montin et à Titi. Au mois de mai, j’ai eu la consolation de bénir, dans ce dernier poste, une jolie petite église, dédiée à saint Augustin. Elle sera vite remplie, car les chrétiens sont fervents et les catéchumènes nombreux à Titi. Nos chers sauvages de Labu demandent, eux aussi, une chapelle plus spacieuse que la cabane où ils se réunissent actuellement. Enfin, nous avons acquis un terrain à Kwala-pilah, pour y fonder un nouveau poste. Mais il faudrait, de toute nécessité, un missionnaire de plus dans cette province. En effet, les distances à parcourir sont tellement considérables, que MM. Nain et Fourgs sont presque toujours sur les chemins et ne peuvent suffire au travail.
Selangor. — « Kwala-lumpur est le centre et la capitale des États malais confédérés. Par sa population, elle est devenue la troisième ville de la péninsule. Les deux premières sont Singapore et Pinang.
« Nous comptons dans le pays de Selangor, 3.150 catholiques et 6 églises ou chapelles. Parmi elles se trouve, à Kwala-lumpur même, la belle église gothique de Notre-Dame du Rosaire, bâtie pour les Chinois par MM. Terrien et Lambert, et que j’ai eu le bonheur d’inaugurer très solennellement, un mois après mon retour en mission. M. Terrien a baptisé 117 adultes ; il compte de nombreux catéchumènes à Khang et à Port-swetenham.
« Kwala-lumpur a donc maintenant deux églises. L’ancienne, dédiée à saint Jean l’Évangéliste, reste affectée aux 1.650 catholiques européens, eurasiens et indiens, administrés par MM. Renard et Louis Duvelle. A cette dernière paroisse se rattachent aussi le couvent des Dames de Saint-Maur et l’école des Frères. Celle-ci, de fondation toute récente, est déjà fréquentée par plus de 200 élèves ; et, quand la grande et belle école qui est en projet sera construite, ce chiffre sera facilement doublé.
Pérak. — « Après l’île de Singapore, c’est l’État de Pérak qui renferme le plus grand nombre de catholiques : 5.100, avec 9 églises ou chapelles ; et c’est la chrétienté d’Ipoh qui s’est le plus rapidement développée. Il y a treize ans, Ipoh n’était qu’un gros village ; il est devenu une très jolie ville et un centre commercial important. Nous n’y comptions en 1902 que 200 chrétiens chinois et quelques dizaines d’Indiens ; or, nous y avons actuellement un millier de Chinois et plus de 500 Indiens. Il était urgent de construire une église séparée pour ces derniers. Elle s’est élevée comme par enchantement, sous l’énergique impulsion de M. Sausseau, qui dirige les Indiens d’Ipoh et les postes de Tapah et Telok-anson. Nous avions Notre-Dame de Lourdes de Singapore, nous avons maintenant Notre-Dame de Lourdes d’Ipoh, que j’ai inaugurée tout dernièrement.
« Un mois auparavant, le 10 septembre, j’avais bénit la nouvelle église de Saint-Joseph de Bagan-serai. Il y avait si longtemps qu’on la désirait, et elle était d’ailleurs si nécessaire pour remplacer le grand hangar qui servait de lieu de prières aux 900 Indiens de la colonie Saint-Joseph ! Mgr Fée, fondateur du poste, et M. Diridollou avaient rêvé de la construire, mais n’y avaient pas réussi, faute de ressources. Leur successeur, M. Le Mahec, a été plus heureux, et son indomptable énergie a été couronnée de succès. Nos bons Indiens sont fiers de ce vaste édifice que couronnera bientôt un beau clocher. Le jour de la bénédiction, qui était aussi jour de confirmation et de première communion, plus de 400 chrétiens s’approchèrent de la sainte table.
Wellesley. — « Cette province compte 2.330 catholiques placés sous la houlette de MM. Auvé, Brossard et Cardon, et anciens chrétiens pour la plupart. Les conversions de païens sont rares dans ce pays ; il y a eu 25 baptêmes de Chinois à Matong-tinghi, et 25 d’Indiens à Mibon-tebal. M. Brossard dans la première de ces chrétientés, et M. Auvé dans la seconde, vont refaire leurs églises qui, outre qu’elles sont trop étroites, tombent de vétusté.
Ile de Pinang. — « Elle renferme 4.650 catholiques. J’ai été émerveillé d’y trouver, presque partout, des églises ou entièrement neuves, comme à Saint François-Xavier et à Pulo- tikus, ou considérablement agrandies, comme à Balekpulau et à l’Assomption. Le curé de cette dernière paroisse, M. Méneuvrier, a été nommé vicaire général, en remplacement de M. Vignol. Il se propose d’établir auprès de son église une bibliothèque paroissiale ; car nos catholiques de langue anglaise ont besoin qu’on leur procure de bonnes lectures pour les éloigner des mauvaises.
« J’ai aussi visité les lépreux de Pulo-jeraja, et administré la confirmation à une vingtaine de ces pauvres malheureux dans leur jolie chapelle. Ils sont confiés aux soins du curé de la paroisse chinoise de Notre-Dame des Sept-Douleurs, M. Letessier, qui s’occcupe d’eux avec la plus grande abnégation.
« Pulo-tikus a fait une perte bien douloureuse dans la personne de M. Damais. Je tiens à remercier ici très particulièrement nos chers confrères du Collège général, pour les soins dévoués et les attentions fraternelles qu’ils lui ont prodigués au cours de sa pénible maladie.
« Nos écoles de Pinang sont très florissantes. Celle des Frères est, de nouveau, en voie d’agrandissement et comptera bientôt un millier d’élèves. Le couvent des Dames de SaintMaur a perdu sa vénérée supérieure, Mère Saint-Anselme. Cette sainte religieuse a terminé sa féconde carrière dans sa quatre-vingt-sixième année, après une longue maladie héroïquement supportée. Elle comptait quarante-six ans de mission, et dirigeait le couvent de Pinang depuis vingt-sept ans. Femme pleine de cœur, de jugement et de distinction, religieuse d’une foi et d’un dévouement incomparables, elle était admirée et aimée de tous. Les protestants se sont mêlés aux catholiques pour assister à ses funérailles, qui furent comme un triomphe décerné à cette grande servante de Dieu.
« Dans ce compte rendu, j’ai fait remarquer que nos principaux centres avaient des écoles de garçons, tenues par les Frères des Écoles chrétiennes, et des écoles de filles, dirigées par les Dames de Saint-Maur. Je ne saurais assez remercier les Frères et les Sœurs de leur dévouement, et de tout le bien qu’ils réalisent dans le diocèse. Depuis dix ans, le nombre de leurs établissements a doublé. Les Frères de Singapore et de Pinang ont essaimé à Malacca. Aux couvents de Singapore, Pinang et Malacca, sont venus s’ajouter ceux de Kwala-lumpur, de Taiping et de Seremban. Et nous voudrions encore voir nos dévoués auxiliaires s’établir en plusieurs autres villes, où les méthodistes américains nous font une concurrence acharnée sur le terrain de l’éducation.
« La question est capitale pour nous, car, ici comme ailleurs, la formation chrétienne des fidèles doit marcher de front avec l’évangélisation des infidèles.
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