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Rapport annuel des évêques

Année: 1906
Pays: Malaisie
Mission: Malacca
Rédacteur:Mgr Barillon

II. ─ Malacca

Population catholique 26.173
Baptêmes d’adultes 1.261
Conversions d’hérétiques 20
Baptêmes d’enfants de païens 560
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« Pour se rendre un compte exact des progrès réalisés dans la mission de Malacca depuis une dizaine d’années, écrit Mgr Barillon, il est nécessaire de se rappeler les différentes phases de la colonisation du pays. Jadis, quand on avait nommé Singapore, Pinang et Malacca, on avait épuisé la nomenclature des centres importants.
« Il y a vingt-cinq ou trente ans, les nombreux émigrés chinois commencèrent à exploiter les mines d’étain, sur plusieurs points des provinces situées entre la côte occidentale de la presqu’île et la chaîne de montagnes qui court du nord au sud. De nouvelles agglomérations se formèrent, petit à petit, dans tous les districts miniers. Les plus considérables furent bientôt reliées entre elles par des belles routes carrossables. Enfin la voie ferrée, allant de Pinang à Singapore et passant par tous ces nouveaux centres, acheva de les transformer en véritables villes.
« Les missionnaires s’y fixèrent dès le début, et eurent la joie d’enregistrer un bon nombre de conversions parmi les Chinois. C’est ainsi que, sous l’épiscopat de Mgr Gasnier, une dizaine de postes furent fondés dans les états de Pérak et Selangor, et les Negri-sembilan.
« Mais, par la force des choses, l’œuvre de l’évangélisation a dû, pour se développer, suivre les mêmes phases que l’œuvre de colonisation. Les premières installations des missionnaires avaient été faites d’une façon plutôt provisoire. Leurs petites églises étaient suffisantes pour des chrétientés en voie de formation ; elles ne devaient plus l’être pour des paroisses populeuses et florissantes. Il fallait aussi bâtir des écoles, rendues nécessaires par la multiplication et le développement des familles chrétiennes. Les postes principaux une fois solidement établis, on dut créer dans chaque district des stations secondaires, les pourvoir de petites chapelles et de maisons d’enseignement pour l’instruction des catéchumènes.
« C’est surtout à ces travaux de consolidation, d’extension progressive, que les missionnaires se sont appliqués depuis dix ans. S’il est consolant, pour le cœur du missionnaire, de fonder une nouvelle chrétienté, cela ne va pas tout seul ; il faut du temps, de la patience et des ressources, souvent plus difficiles à trouver que le reste.
« Passons en revue les postes de fondation récente, et voyons comment ils ont été transformés et complétés, grâce aux efforts persévérants des ouvriers apostoliques.

« Parmi les États malais de la presqu’île, celui de Pérak s’ouvrit le premier à l’évangélisation, et Taïping fut choisi comme poste central. La modeste église, construite par M. Allard, resta longtemps le seul endroit de réunion pour les nouveaux convertis. M. Mazery, qui succéda à M. Allard, la remplaça par un bel édifice en briques. Aujourd’hui, près de l’église, s’élève un grand établissement, dirigé par les dames de Saint-Maur et qui n’a été complètement achevé que cette année même. Il se compose d’une école de filles et d’un orphelinat. M. Mariette, titulaire du poste, veut aussi une école pour les garçons. Il ne l’a pas encore, mais j’espère que ses démarches pour trouver les fonds nécessaires seront bientôt. couronnées de succès.
« L’église de Notre-Dame du Sacré-Cœur est située à l’une des extrémités de la ville de Taïping ; presque à l’autre extrémité, nous trouvons Saint-Louis, l’église des Indiens catholiques, et, à côté d’elle, une école anglo-tamoule, fréquentée par 120 enfants. De petits postes ont été fondés à Krian-road-station, puis à Kuala-kangsar. Nous devons l’emplacement de ce dernier poste à la générosité d’un anglais catholique.
« Il y a quelques mois, M. Mariette et M. Cardon ont fait un voyage d’exploration dans la partie de l’état de Pérak, appelée New-territory. Là se trouvent Grit et Lenggong, villes naissantes, dont l’importance semble devoir s’accroître de plus en plus, M. Mariette a fait des démarches pour acquérir un terrain dans ces deux villes, en vue de nouvelles fondations.

« Kinta, est le district le plus important de l’état de Pérak, et c’est là aussi que les chrétiens se sont le plus multipliés. Deux postes y furent fondés à quelques années de distance : Saint-Joseph de Batu-gajah et Saint-Michel d’Ipoh. M. Chevauché, qui dirige le district de Batu-gajah, déploie une grande activité à visiter tous les chrétiens de la région. Il s’en trouve partout, mais en particulier dans les centres miniers de Tronch et de Kampar. Il est bien regrettable que les resources manquent au missionnaire, pour acquérir un pied-à-terre et placer un catéchiste dans ces deux localités. Il faudrait, coûte que coûte, y faire quelque chose ; mais d’abord à Kampar, où les protestants nous ont devancés et où, d’ailleurs, nous avons déjà un bon nombre de catholiques, chinois et indiens.
« Une grosse lacune va être enfin comblée à Ipoh. Cette ville, la plus importante de tout Pérak, n’avait pas encore d’école anglaise pour les enfants catholiques qui, s’ils voulaient étudier l’anglais, étaient obligés d’aller à l’école protestante. Une école pour les filles va être bientôt achevée : elle sera dirigée par les Dames de Saint-Maur. M. Coppin s’est donné beaucoup de mal pour recueillir les fonds nécessaires à la construction de ce nouvel établissement, et le bon Dieu à béni ses efforts. Nous avons acheté, en outre, un vaste terrain sur lequel sera bâtie une école pour les garçons. Les Frères des Écoles chrétiennes ont déjà accepté d’en prendre la direction.
« Les postes indiens sont plus nombreux que les poste chinois, dans l’état de Pérak. J’ai mentionné celui de Taïping. Je dois y ajouter la paroisse de la Nativité à Tapah, celle de Saint-Antoine à Télok-anson, celle de Notre-Dame de Lourdes, de fondation récente, à Ipoh : enfin, la plus considérable et la plus ancienne de toutes, celle de Saint-Joseph à Baganserai, avec sa jolie église et ses deux écoles qui fonctionnent parfaitement bien.

« Passons maintenant à l’état de Selangor. Kuala-lumpur, qui en est la capitale, a pris un développement extraordinaire. L’œuvre de l’évangélisation y a fait de grands progrès. L’église de Saint-Jean-l’Évangéliste, qui occupe un des sites les plus pittoresques de la ville, fut longtemps la seule église de toute la contrée. Le nombre des fidèles augmentant d’année en année, elle dut être agrandie. Ensuite, l’église de Notre-Dame du Rosaire fut bâtie pour les chrétiens chinois, dans un autre quartier de la ville. Notre désir serait d’établir à Kuala-lumpur une troisième paroisse, la paroisse indienne ; mais l’emplacement nous manque. Les terrains sont à des prix exorbitants et nos pauvres Indiens ne peuvent guère aider le missionnaire à faire une acquisition si dispendieuse.
« Sous le rapport des écoles, Kuala-lumpur n’aura bientôt plus rien à envier à Singapore et à Pinang. L’école des Frères, quoique installée d’une manière assez provisoire, a vite conquis les sympathies de la population et attiré à elle de nombreux élèves. Une souscription, lancée dans le public pour la construction d’un établissement définitif, a eu un énorme succès. La nouvelle école s’élève rapidement près de l’église Saint-Jean ; elle sera une des plus belles de la toute la colonie.
« Le couvent des Dames de Saint-Maur aurait également besoin d’être agrandi.
« En dehors de Kuala-lumpur, nous avons le poste de la Sainte-Famille à Kajang, et la chapelle de Notre-Dame de Lourdes à Klang. Depuis un an, l’immigration indienne a pris des proportions colossales. Ces Indiens viennent travailler dans les plantations de caoutchouc de Sélangor et des Negri-sembilan. Un bon nombre d’entre eux sont catholiques, et les missionnaires découvrent partout des dizaines et des centaines de ces nouveaux venus.
« Après Pérak et Selangor, les Negri-sembilan s’ouvrirent en dernier lieu à l’évangélisation. Secremban, capitale du pays, n’a pas l’importance de Kuala-lumpur ou d’Ipoh ; les chrétiens y sont aussi moins nombreux, mais les postes secondaires donnent un total de 1.245 catholiques. Ce sont : Port-Dickson, Mantin, Brogo, Titi, et Batang-labu chez les sauvages. La chapelle de ce dernier poste vient d’être reconstruite tout à neuf : elle fait l’orgueil et l’admiration de nos bons sauvages. Les parois et l’autel, chose étonnante, sont en écorce d’arbre très épaisse, qui résiste, mieux que n’importe quel bois, à l’action destructive des fourmis blanches.
« Nos établissements scolaires, à Seremban, occupent une situation privilégiée, c’est-à-dire qu’ils n’ont pas de concurrents. Le couvent des Dames de Saint-Maur pour les filles, et l’école Saint-Paul pour les garçons, sont les seules écoles anglaises de toute la contrée. Aussi l’école Saint-Paul était-elle devenue beaucoup trop étroite. Aidé par le gouvernement et la générosité publique, M. Nain l’a reconstruite sur un plan beaucoup plus vaste.

« Dans les anciens districts j’ai à signaler la reconstruction des églises de Matang-tinghi et Nibong-tébal : les vieilles bâtisses menaçaient ruine. MM. Auvé et Brossard ont bien mérité de la mission, en les remplaçant par des églises convenables.
« A Malacca, la nouvelle école des garçons est terminée, et les Frères en ont pris possession. L’école de ces excellents religieux à Singapore, qui compte déjà 800 élèves, pourra bientôt en recevoir 12 à 1.300, grâce aux travaux d’agrandissement qui sont en voie d’exécution.

« Les baptêmes d’adultes ont été, cette année, de 1.261, et la population catholique du diocèse dépasse maintenant le chiffre de 26.000.
« Daigne notre divin Maître conserver la santé aux ouvriers apostoliques et continuer de bénir leurs travaux ! Nous pourrons alors marcher à de nouvelles conquêtes et étendre, chaque année, le royaume de Dieu. Adveniat regnum tuum. »


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