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Rapport annuel des évêques

Année: 1907
Pays: Malaisie
Mission: Malacca
Rédacteur:Mgr Barillon

II. — Malacca

Population catholique 27.001
Baptêmes d’adultes 1.043
Baptêmes d’enfants de païens 593
Conversions d’hérétiques 16
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Sa Grandeur Mgr Barillon commence le compte rendu de la mission de Malacca par un coup d’œil général sur les principaux obstacles que les missionnaires rencontrent sur leurs pas, dans leur œuvre évangélique à travers la presqu’île, les besoins les plus urgents pour hâter et accroître le mouvement des conversions, les espérances de l’avenir et les consolations du présent, qui ne manquent point dans cette belle mission, où le travail se poursuit avec une rare intensité.
Le protestantisme nuit peut-être moins à l’évangélisation par ses œuvres de propagande que par l’esprit d’indifférence religieuse qu’il sème dans le monde païen, du moins vis-à-vis du christianisme dont il ne sait pas ou ne veut pas distinguer la vérité de l’hérésie. Il faudrait pouvoir multiplier les catéchistes et les maisons de doctrine, pour instruire les catéchumènes et armer les catholiques contre les erreurs du protestantisme.
Depuis une dizaine d’années, les naissances d’enfants de chrétiens ont à peu près augmenté de moitié. La population, formée d’éléments si divers, se fixe de jour en jour au sol. La vie chrétienne est plus intense. Les communions de dévotion se sont multipliées.
Mgr Barillon continue le compte rendu par un exposé succinct des modifications ou changements opérés dans les différents postes, durant ce dernier exercice, les améliorations apportées dans les œuvres diverses et dans les écoles en particulier. Plusieurs églises ont été construites ou restaurées. Des chapelles ont été élevées dans quelques nouvelles stations.
« La propagande protestante, écrit Monseigneur, nous porte préjudice et empêche un grand nombre d’âmes de venir à nous. Ce n’est pas à dire que beaucoup de gens se fassent anglicans, presbytériens, méthodistes ou anabaptistes, etc. Mais cette diversité de croyances parmi les chrétiens reste pour eux une énigme, et a pour résultat, de les retenir dans le paganisme.
« Cependant, je n’hésite pas à affirmer que si nous pouvions avoir de bons catéchistes, et en plus grand nombre, nous ferions, malgré tout, beaucoup plus de conversions. Nous en avons continuellement la preuve sous les yeux.
« Dans les postes où les missionnaires ont pu s’assurer le concours de quelques auxiliaires dévoués et zélés, il y a toujours une certaine quantité de païens qui viennent s’instruire des vérités de notre sainte religion. Nous sommes donc en face d’une véritable lacune, qui est loin d’être nouvelle dans cette mission, mais qui semble s’accentuer d’année en année. Pour la combler, mes prédécesseurs ont souvent pensé à établir une école de catéchistes. Ce désir est aussi le mien. Hélas ! je n’en vois pas encore la possibilité. Nous sommes ici en pays de colonisation, il ne faut pas l’oublier. Or, les immigrés de la Chine et de l’Inde, qui viennent s’y établir, nous arrivent, sinon avec des rêves de fortune, du moins avec la pensée d’amasser un petit pécule. La chose est d’ailleurs relativement facile pour les bons travailleurs. »
Le missionnaire, de son côté, ne peut offrir qu’un salaire très modeste. Il lui est donc difficile de trouver des hommes de bonne volonté, qui consentent à se mettre à sa disposition pour travailler avec lui à l’œuvre de la prédication évangélique. D’autant plus qu’avec les conditions d’instruction et de conduite exemplaire, qui sont requises pour ces fonctions, ils peuvent aisément se créer d’autres positions plus avantageuses pour les besoins de leur famille.
« Il nous faudrait donc nous procurer les ressources nécessaires pour offrir à nos catéchistes une situation acceptable. Si, d’autre part, nous pouvions aussi augmenter leur nombre, et établir des maisons de doctrine dans plusieurs endroits où la population chinoise est assez dense, nous obtiendrions, je crois, le double de conversions. C’est donc là un point capital, un but que nous devons nous efforcer d’atteindre malgré tous les obstacles.
« La population catholique suit une progression constante. Elle est aujourd’hui de 27.000 âmes. Le chiffre de 936 baptêmes d’enfants de chrétiens nous prouve que les familles se sont beaucoup multipliées depuis quelques années, où nous enregistrions une moyenne de 500 à 600 naissances seulement pour chaque exercice. Et quand on se souvient combien les familles chinoises et indiennes étaient rares dans le pays, il y a vingt ou vingt-cinq ans, on peut se rendre compte de la transformation qui s’y est opérée. Il en résulte que nos différentes stations renferment des éléments plus stables, bien qu’à côté de ceux-ci il y ait encore l’élément nomade, composé de travailleurs dans les mines et les plantations, qui passent facilement d’un endroit dans l’autre.
« Dans les tableaux d’administration fournis par mes confrères, je remarque un autre fait bien consolant : c’est le nombre très élevé des communions de dévotion, qui donnent un total de 91.471. Nous devons cet heureux résultat à l’habitude de nos chrétiens de s’approcher des sacrements à toutes les grandes fêtes, et surtout à leur dévotion envers le Sacré-Cœur de Jésus, dont le culte est établi dans toute la mission. Chaque premier vendredi du mois, les enfants catholiques de nos écoles, et bon nombre d’autres fidèles, ne manquent pas de faire la sainte communion. Les missionnaires s’efforcent de généraliser cette sainte pratique, et j’ai la douce confiance qu’elle attirera de plus en plus les bénédictions du divin Maître sur nos travaux.
« Parcourons maintenant la mission du nord au sud et notons en passant les changements qui sont survenus et les améliorations réalisées dans le cours de l’année.
« Dans l’île de Pinang, à la paroisse de l’Assomption, M. Méneuvrier, vicaire général, achève la construction d’une belle et vaste bâtisse, où seront établis un cercle catholique et une bibliothèque paroissiale. Elle servira, en même temps, de lieu de réunion pour tout autre objet relatif aux intérêts de la paroisse. De plus en plus, nous sentons la nécessité de créer de semblables lieux de réunion, dans les principales villes, pour les chrétiens de langue anglaise. Excellentes en elles-mêmes, ces institutions nous aideront à contrebalancer l’influence protestante, qui cherche, par les mêmes moyens, à se frayer un chemin parmi nos catholiques. On les invite à des meetings, à des conférences, à des sports, etc., où, presque sans s’en apercevoir, ils se ressentent vite de l’atmosphère anti-catholique qu’ils y respirent. Il est donc de notre devoir de faire tout notre possible pour les prémunir contre ce danger, qui n’est que trop réel. L’expérience le prouve.
« J’espère que cet établissement paroissial de Pinang aura un plein succès et fera beaucoup de bien.
« M. Letessier est tout à la joie d’avoir atteint son but, après bien des efforts : agrandir la chapelle de Notre-Dame des Sept-Douleurs. Bâtie en 1888, pour les Chinois de la ville et des faubourgs de Pinang, sur un plan aussi modeste que les ressources dont on pouvait disposer l’exigeaient, la voilà transformée aujourd’hui en une église spacieuse et suffisante pour la population catholique. Mais je désire la voir encore une fois trop petite, pour contenir les nouveaux convertis qui viendront augmenter le nombre des chrétiens de cette paroisse chinoise.
« L’école de Pulo-tikus est maintenant sous la direction des Frères de la doctrine chrétienne. Elle compte 114 élèves. M. P. Perrichon est heureux de constater les premiers résultats de la présence de nos chers Frères sur la tenue des enfants et leur assiduité aux offices de l’église.
« Cette paroisse est l’une de celles où la dévotion au Sacré-Cœur est le plus en honneur.
« Sur le continent, juste en face de l’île de Pinang, le village de Butterworth a déjà pris une grande importance. Les connaisseurs disent qu’il deviendra une véritable ville, quand le chemin de fer y passera. Actuellement, le terminus de la ligne est à quelque pas, sur la rivière de Prai. Mais on assure que d’ores et déjà il est décidé de la pousser jusqu’à Kuala-muda, à l’extrémité nord de la province de Wellesley, de manière à la relier à une ligne siamoise qui viendra de Bangkok, en traversant tout le Kedah, pour aboutir à ce même endroit. En considération du nombre de chrétiens qui se trouvent à Butterworth et dans les environs, aussi bien qu’en prévision de l’avenir, nous y avons fait l’acquisition d’un petit terrain sur le bord de la mer, pour y élever une chapelle.
« M. Sorin, le doyen de la mission, qui avait pendant de longues années évangélisé la province Wellesley, ne pouvait plus, à cause de ses infirmités, exercer le saint ministère, et s’était, depuis 1900, retiré à Telok-wang, petite chrétienté de la région, non loin de Buket-martajam. Il avait toujours eu une grande dévotion à sainte Anne. Cette bonne grand’mère est venue le chercher au soir de sa fête ; le 26 juillet 1907.
« M. Auvé, qui a sa résidence habituelle à Nibong-tebal, est chargé de tous les Indiens de la contrée. Depuis longtemps il a signalé la nécessité de faire une installation à Parit-buntar, première localité de quelque importance à l’entrée du royaume de Pérak et centre administratif de tout le district. Nons avons enfin pu réaliser son désir par l’acquisition d’une petite propriété, très bien située, avec maison en planches solidement bâtie et spacieuse. M. Auvé l’a immédiatement convertie en chapelle et en école pour les Indiens. Cette entreprise n’est qu’à son début. J’ai confiance qu’elle réussira sous l’énergique impulsion de celui qui l’a commencée.
« Nous avançons jusqu’au centre de Pérak, en passant par le poste indien de Bagan-serai et par Taiping, nous arrivons à Ipoh. L’école des Dames de Saint-Maur, qui était en cours de construction l’année dernière, est achevée depuis plusieurs mois. Faute de ressources, nous n’avons pu entreprendre que les deux tiers de la bâtisse projetée. Cependant le reste, nous l’espérons, ne tardera pas à se construire. Cette école a été inaugurée solennellement le 25 juin dernier, par M. Birch, résident de Pérak. Il a dit, à cette occasion, qu’il connaissait depuis longtemps les missionnaires catholiques, et qu’il avait toujours eu la plus grande estime pour eux, parce qu’ils font peu de bruit et beaucoup de travail, tandis que d’autres font peu de travail, et beaucoup de bruit.
« Le prodigieux accroissement de la ville d’Ipoh ne s’est pas ralenti : bien au contraire, il s’active de jour en jour. Des rangées entières de belles maisons toutes en briques s’élèvent comme par enchantement, tandis que la banlieue se couvre de chalets européens. On va commencer la construction d’un hôtel monumental, pourvu de tout le confort moderne : grands salons, ascenseurs, garage pour automobiles, rien n’y manquera de tout ce que le luxe et la commodité réclament. Tout cela nous donne une idée de la fièvre commerciale qui règne dans ces parages.
« A Batu-gajah, non loin d’Ipoh, M. Chevauché se félicite toujours de l’excellent esprit de ses chrétiens chinois, très assidus à venir à l’église et à fréquenter les sacrements.
« Il est encore en pourparlers pour l’acquisition d’un terrain à Kampar. L’affaire sera bientôt conclue. Tout est préparé pour l’érection immédiate d’une chapelle en ce lieu. Si ce cher confrère réussit également à se procurer un pied-à-terre à Pusing et à Tronoh, il pourra récolter une belle moisson de baptêmes.
« Cinq heures de train nous transportent de Batu-gajah à Kuala-lumpur, la capitale de Selangor. Là aussi, M. Renard a tout récemment entrepris la fondation d’un cercle catholique. Cette ville est, en effet, l’un des principaux centres d’action des Méthodistes américains. Il nous faut prendre des mesures spéciales pour protéger la foi de nos jeunes gens. C’est dans la banlieue de Kuala-lumpur, à 3 milles de la ville, que sont établis les Central Workshops, ou ateliers centraux des chemins de fer de la presqu’île. Ce sont d’immenses hangars, magnifiquement construits, renfermant tout l’outillage nécessaire pour la fabrication des wagons, et où tout marche à l’électricité. Ces ateliers forment une véritable cité ouvrière, de plusieurs milliers d’habitants, dont un bon nombre d’Indiens catholiques. M. Renard s’est procuré un petit coin de terre de ce côté, avec l’intention d’y établir une école et une chapelle, à l’usage de ces familles d’ouvriers. D’autre part, lui et M. Louis Duvelle ont beaucoup à faire pour l’administration des Indiens répandus dans les plantations de caoutchouc, qui s’ouvrent sur tous les points de Selangor et des Negri-Sembilan. J’ai sous les yeux la liste d’une trentaine de ces plantations, où ils ont découvert des catholiques en nombre plus ou moins considérable, formant ensemble un total de plus de 2.000. Et combien d’autres sont inconnus !
« Pour étendre et faciliter ce travail d’administration autant que possible, je viens d’envoyer M. Perrissoud à Seremban, avec charge de pourvoir aux besoins spirituels des Indiens des Negri-Sembilan et du territoire de Malacca.
« M. Terrien s’occupe avec grand zèle de ses chrétiens chinois de la paroisse de Notre-Dame du Rosaire. Ils sont actuellement au nombre de 900, soit en ville, soit dans les mines et villages environnants. Les mineurs ont été très éprouvés, dans ces derniers temps, par des pluies torrentielles qui ont succédé à une sécheresse prolongée. Leurs mines ont été inondées, de sorte que beaucoup d’entre eux ont dû cesser le travail et subir de ce fait des pertes considérables.
« De Kuala-lumpur transportons-nous à Seremban, la ville principale des Negri-Sembilan. Le grand événement de l’année a été l’inauguration de notre nouvelle école de garçons, faite le 19 août par le Gouverneur en personne. Son Excellence a beaucoup admiré l’élégance et la belle disposition du nouvel établissement. Elle a eu des paroles très aimables pour la mission en général, et pour M. Nain en particulier. Ce cher confrère les avait bien méritées, par la peine infinie qu’il a prise à diriger tous les détails de la construction, et à se procurer les ressources nécessaires afin de la conduire à bonne fin. Malheureusement, ce travail excessif l’a beaucoup fatigué. Les docteurs lui commandaient un repos absolu. Mais il ne voulait pas quitter son poste, avant que tout ne fût achevé, de telle sorte qu’à la fin il se trouvait absolument épuisé. Il a dû partir pour la France. Puisse-t-il se remettre tout à fait, et nous revenir bientôt !
« Il y a, dans les environs de Seremban et particulièrement à Mantin, un bon nombre de Chinois venus de l’île de Hainan. Depuis trois ans, un véritable mouvement de conversions existe parmi eux. Leur dialecte étant très différent de ceux qui sont parlés dans ces pays, MM. Fourgs et Devals se sont mis courageusement à l’étude de cette nouvelle langue pour s’occuper plus fructueusement de ces âmes de bonne volonté.
« A Kuala-pilah, les Chinois commencent à venir s’instruire, et peut-être que, d’ici peu de temps, nous y aurons une belle petite chrétienté.
« A Malacca, M. Ruaudel a enregistré 20 baptêmes d’adultes et compte 200 Chinois parmi ses chrétiens. Il cherche par tous les moyens à multiplier ces conversions, et, j’espère que Dieu bénira ses efforts. La nouvelle école des Frères, admirablement située sur le bord de la mer, a déjà plus de 300 élèves, qui, aux derniers examens, ont donné des résultats très satisfaisants.
« De son côté, le couvent des Dames de Saint-Maur a créé une école annexe dans le quartier de Tronquerat. Elle fonctionne très bien et est fréquentée par un bon nombre d’enfants appartenant aux riches familles chinoises.
« Nous arrivons enfin à Singapore, qui devient de plus en plus la ville cosmopolite par excellence. On dit que, depuis la guerre russo-japonaise, le commerce y est en souffrance. Elle est cependant toujours remplie de commerçants de toutes les nationalités. Quoi qu’il en soit, nos œuvres y suivent leur cours régulier. L’agrandissement de l’école des Frères a été mené à bonne fin. Le Gouverneur, qui a toujours témoigné un grand intérêt à l’institution Saint-Joseph, s’est montré heureux de présider l’ouverture officielle de la nouvelle bâtisse, qui est aujourd’hui remplie d’élèves.
« Le bon Frère Michel avait mis toute son énergie et tout son cœur dans cette entreprise. Il a magnifiquement réussi. Hélas ! en même temps, il a été victime du surmenage qu’il s’était imposé, pour arriver à ce résultat. Ses supérieurs l’ont condamné au repos pour quelque temps.
« Je ne veux pas terminer ce compte rendu sans payer un tribut spécial de respect et de profonde reconnaissance à la mémoire de Sœur Sainte-Jeanne, que Dieu a rappelée à lui cette année, à l’âge de soixante-dix-sept ans. Arrivée en mission en 1861 et attachée à la communauté de Pinang, elle y est restée jusqu’à la fin de sa vie. Elle s’occupait principalement des orphelines chinoises et indiennes. Ces dernières étant devenues très mombreuses, on dut les séparer, et Sœur Sainte-Jeanne fut exclusivement chargée de cette portion de l’orphelinat. C’est alors qu’on la vit, à l’âge de cinquante ans, se mettre à l’étude de la langue tamoule avec une telle ardeur, qu’elle put bientôt enseigner et expliquer le catéchisme à ses chères Indiennes. Elle était une vraie mère pour ces enfants et dans leurs maladies, les soignait elle-même avec un dévouement qui provoquait l’admiration des médecins. Mais surtout que de bien elle a fait à leurs âmes ! Quarante-cinq années d’abnégation, consacrées au service des petits et des humbles, lui auront valu une belle couronne dans le ciel.



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