| Année: |
1909 |
| Pays: |
Malaisie |
| Mission: |
Malacca |
| Rédacteur: | Mgr Barillon |
II. ─ Malacca
Population catholique 27.807
Baptêmes d’adultes 1.020
Baptêmes d’enfants de païens 687
Conversions d’hérétiques 48
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« Au cours du présent exercice, nous écrit Mgr Barillon, le diocèse de Malacca, qui fait partie de la hiérarchie des Indes, a eu l’honneur de recevoir la visite de Mgr Zaleski, délégué apostolique des Indes Orientales. Arrivée à Pinang pour les fêtes de Noël, auxquelles sa présence donna un éclat tout à fait exceptionnel, Son Excellence se rendit à Singapore juste à temps pour le commencement de la nouvelle année. Aussi, clergé et fidèles furent très heureux d’offrir, à cette occasion, au représentant du Souverain Pontife leurs vœux les plus sincères et l’hommage de leur profonde vénération.
« Avant de venir dans notre mission, le délégué avait fait une tournée très longue et très fatigante dans plusieurs diocèses des Indes. Il résolut donc de profiter de son voyage à Singapore pour prendre quelque repos au bord de la mer.
C’est ainsi que nous avons eu la faveur de le posséder pendant plusieurs semaines. Au jour de la solennité de l’Épiphanie, il célébra les offices pontificaux, dans la cathédrale du Bon-Pasteur, et les églises chinoises eurent leur tour les dimanches suivants.
« Il y a dix ans, Mgr Zaleski avait dû borner sa visite aux villes de Singapore et de Pinang. Cette fois, grâce au chemin de fer, il fut heureux de pouvoir, en la compagnie de l’évêque de Malacca, s’arrêter dans plusieurs de nos principales chrétientés échelonnées du sud au nord de la presqu’île. Malheureusernent, la section de la voie ferrée, à travers l’État de Johore, ne devait être inaugurée que quelques semaines plus tard, autrement il eût été facile de prendre le train à Singapore, de traverser en steamer le détroit de Johore, puis de se laisser transporter jusqu’à Prai, en face de l’île de Pinang, sur un parcours de 472 milles.
« Dans la sphère polilique et coloniale, il nous faut noter un événement d’une importance consiérable pour toute cette contrée ; c’est le traité anglo-siamois du 10 mars 1909, en vertu duquel le gouvernement de Siam cède au gouvernement anglais tous ses droits sur les États de Kélantan, Tringganu, Kedah, Perlis, et les îles adjacentes. Comme tous les autres États malais de la presqu’île, à l’exception de Johore, ces territoires ont donc passé sous le Protectorat anglais. Sur la côte est, la frontière est reculée jusqu’à Kuala-Tabar, c’est-à-dire du quatrième au sixième degré de latitude nord, et, sur la côte ouest, jusqu’à Kuala-Perlis, du cinquième au sixième degré et demi. La grande île de Langko-wi avec son magnifique port, au-dessus de Pinana, fait partie de cette nouvelle acquisition. Il n’y a pas de doute que, dans quelques années, le chemin de fer reliera toutes ces provinces à Singapore d’une part, et à Bangkok de l’autre, les ouvrant ainsi du même coup et à la colonisation et à la propagation de 1’Évangile.
« Quand il y a tant à faire dans le présent et tant de travail en perspective pour l’avenir, il nous faudrait pouvoir conserver tous les ouvriers apostoliques en pleine activité de service, et surtout n’en perdre aucun. Mais, hélas ! sous ce double rapport, les épreuves ne nous ont pas manqué dans le courant de cette année.
« Au mois d’août, notre cher confrère, M. Bès, nous était enlevé en moins de quinze jours par une fluxion de poitrine compliquée de fièvre typhoïde. Il n’avait que 42 ans. C’était vraiment un saint prêtre et un missionnaire au zèle infatigable. Depuis quatre ans et demi il était en charge de la paroisse Saint-Pierre et Saint-Paul à Singapore, la plus importante de nos chrétientés chinoises. C’est assez dire la grandeur de la perte que nous avons faite.
« Cinq mois auparavant Sœur Saint-Stanislas, du couvent de Pinang, était morte presque subitement d’une maladie dont personne ne soupçonnait la gravité. Enfant du pays et d’un caractère très doux, elle s’était toujours montrée excellente religieuse. Elle était une véritable mère pour les tout petits garçons qui fréquentent l’école des Sœurs à Pinang. Sa disparition a été un grand deuil pour cette maison et a causé de profonds regrets chez tous ceux qui l’avaient vue à l’œuvre.
« Enfin, au mois d’octobre, l’école de Seremban, confiée aux Frères depuis cinq mois seulement, perdait son directeur, le Frère lsidore. Ce bon Frère, quoique affaibli par le diabète, s’était dévoué corps et âme à la prospérité de son établissement. Mais il a plu à Dieu de le rappeler à Lui, et au ciel il continuera de protéger sa chère école.
« D’autre part, M. Renard a dû nous quitter pour aller chercher en France la guérison de son estomac délabré ; il a voulu travailler jusqu’au bout et, avant son départ, il a encore préparé les enfants à la première conununion et à la confirmation.
« Heureusement, M. Mariette d’abord, puis M. Nain nous sont revenus pleins de force et de santé. Aussi le travail ne leur a pas été épargné. Après le décès de M. Bès, c’est M. Mariette qui a été chargé de la paroisse chinoise de Singapore. Quant à M. Nain, à peine débarqué, il vient d’être nommé curé de la cathédrale en remplacement de M. Rivet que son état de santé mettait dans l’impossibilité de porter plus longtemps un si lourd fardeau.
« Nous avions espéré que la nouvelle église chinoise du Sacré-Cœur à Singapore pourrait être inaugurée avant la fin de 1909. Mais les travaux n’ont avancé que très lentement et il faudra encore patienter plusieurs mois. Dieu seul connaît tous les pas et toutes les démarches de M. Gazeau pour mener son œuvre à bonne fin. Quand elle sera achevée, on pourra dire, en toute vérité, qu’il a bien mérité de la mission.
« Ne quittons pas Singapore sans mentionner que deux jeunes Chinois de cette ville vont prochainement entrer au collège de Pinang dans le but de devenir prêtres. S’ils persévèrent dans leurs bonnes dispositions, comme, celui qui les a précédés et qui est maintenant minoré, leur exemple contribuera certainement à susciter d’autres vocations, car nous avons d’excellentes familles chinoises qui pourraient fournir de bonnes recrues au clergé indigène.
« M. Saleilles, toujours infatigable, travaille à fonder un nouveau petit centre à Johore. Notre jeune confrère, M. Laurent, lui a été donné pour l’aider dans l’administration de son beau poste de Sarangong.
« Tout à fait au nord de ce même État de Johore, non loin de la frontière du territoire de Malacca, M. Henri Duvelle a réussi, après bien des difficultés, à obtenir un petit terrain à Muar, ville située sur le bord de la rivière de même nom. Il y a construit une maison-chapelle dont la bénédiction aura lieu vers le milieu de décembre. C’est donc une nouvelle fondation. La chrétienté naissante compte une cinquantaine de fidèles dont 38, tous Chinois, ont été baptisés cette année. Ce qui manque à ce petit poste, c’est un catéchiste sérieux et, zélé, d’autant plus nécessaire que le missionnaire ne peut résider habituellement dans cet endroit. Espérons que M. Duvelle trouvera enfin un homme sur lequel il puisse compter et que, petit à petit, une chrétienté solide se formera dans ce centre populeux.
« La vieille ville de Malacca commence à redevenir un lieu fréquenté par les Européens à cause des plantations de caoutchouc qui s’établissent partout sur son territoire. Une des grandes banques de Singapore vient même d’y ouvrir une succursale. Tout cela dénote un regain de vie et d’activité.
Cette ville, illustrée jadis par les travaux de saint François Xavier, est celle que le délégué apostolique tenait le plus à visiter dans son voyage à travers la presqu’île. M. Ruaudel, qui en est le curé, va céder sa place à M. Rivet pour prendre celle de M. Nain à Seremban. Sa prédilection pour les Chinois et son zèle pour leur conversion pourront se donner libre cours dans toute l’étendue des Negri-sembilan.
« A Kuala-lumpur, M. Louis Duvelle, qui fait l’intérim de M. Renard, a eu trop d’ouvrage sur les bras pour s’occuper comme il l’êut désiré de l’affaire qu’il a tant à cœur, la construction d’une église pour les Indiens. D’ailleurs, il est toujours arrêté par la même difficulté, le manque de fonds ; et il ne peut presque rien obtenir de ceux auxquels la future église est destinée. Ils sont pourtant plus de 2.000, soit dans la ville, soit dans les plantations disséminées sur tous les points de l’État de Selangor. Aussi les trois missionnaires qui s’occupent d’eux sont toujours en campagne pour leur procurer, autant que possible, les secours de la religion.
« Dans la même ville de Kuala-lumpur, à l’église chinoise du Rosaire, M. Terrien a enregistré le beau chiffre de 57 baptêmes d’adultes, sans compter ceux administrés in articulo mortis. Confiant en la Providence, il a pris à sa charge 21 enfants pauvres, fils de chrétiens et de païens. La bonne Providence ne lui a pas manqué, car il a pu intéresser au sort de ces enfants plusieurs riches païens qui l’aident dans cette œuvre de charité chrétienne.
« La population de Kampar, au district de Kinta, est maintenait évaluée à 20.000 habitants. C’est là que l’année dernière nous avons inauguré une jolie petite chapelle. M. Chevauché continue d’y obtenir des conversions. Mais son grand ennui est de ne pouvoir atteindre bon nombre de chrétiens dispersés dans toute cette région minière. Beaucoup de ces chrétiens arrivent de Chine sans se faire connaître. Ils s’en vont travailler au loin, dans le fond de quelque vallée, et vivent ainsi éloignés de tout secours religieux. Le missionnaire et ses catéchistes tâchent bien d’en découvrir le plus possible et de les ramener à la pratique de leurs devoirs, mais combien d’autres restent inconnus et meurent sans sacrements ?
« Grâce à sa situation tout à fait centrale, Ipoh est décidément devenue la ville la plus importante de l’état de Perak. Sa population dépasse 30.000 habitants. Elle verra prochainement l’inauguration, par le gouverneur, d’un monument érigé en mémoire de James Birch, le premier résident anglais de Pérak, assassiné par les Malais le 2 novembre 1875. A cette occasion, une grande pétition signée, dit-on, de plus de dix mille personnes, sera présentée à Son Excellence pour demander, entre autres choses, qu’Ipoh soit relié directement à la mer par une ligne de chemin de fer. Cette ligne existe déjà sur un parcours de 15 milles, d’Ipoh à Tronch, et il n’y a que 26 milles de Tronch à Lumut. Or la baie de Lumut est la plus vaste et la plus sûre de toutes celles qui existent sur la côte ouest, entre Pinang et Singapore. Les plus gros bateaux peuvent y entrer et elle deviendrait un magnifique port pour toute la vallée de Kinta. Mais ce beau port pourrait être un rivai sérieux pour ceux de Singapore et de Pinang, et d’aucuns prétendent que, pour cette raison, la pétition risque fort de ne pas aboutir.
« Nos deux paroisses chinoise et indienne d’Ipoh comptent chacune plus d’un millier de chrétiens. Le couvent des Dames de Saint-Maur, qui n’a pas trois ans d’existence, a déjà dû être agrandi. A la première bâtisse on en a ajouté une seconde beaucoup plus spacieuse et qui vient d’être terminée. Cela montre assez la prospérité de cet établissement et la faveur dont il jouit auprès du public.
« Les chrétiens de Taïping ont beaucoup regretté le départ de M. Mariette, dont ils avaient su apprécier le zèle et le dévouement. Ils s’attacheront de même à M. Faucillou qui lui a succédé, car ils ont très bon esprit et se font remarquer par leur assiduité aux offices de l’Église et la fréquentation des sacrements. Plusieurs conversions ont été recueillies parmi les pêcheurs de Matang, l’ancien port de Taïping supplanté par Port-weld.
« Nibong-tebal, au sud de la province de Wellesley, a une population de 600 catholiques indiens. M. Auvé, chargé de ce poste, écrit : « Mes deux écoles n’ont pas donné tout le « résultat qu’il était permis d’en attendre. Malgré tout, Nibong-tébal se maintient avec 126 « élèves et Parit-buntar avec 50. J’ai eu la bonne fortune de baptiser un musulman. C’est un « homme qui approche de la quarantaine et qui, depuis plus de vingt ans, cherchait la vérité. « Jusqu’ici mon district s’était fait remarquer par son petit nombre d’Extrêmes-Onctions. « Cette année, c’est le comble, je n’en ai eu qu’une. Encore, c’est une vieille de 90 ans que « j’ai administrée, et elle n’est pas morte. De sorte que je n’ai pas eu un seul enterrement « d’adulte dans toute l’année. Qu’on aille dire après cela que ce pays ne convient pas aux « Indiens ! »
« M. Maury a été nommé récemment au poste de Matang-tinghi avec mission de s’occuper des Chinois du sud de la province et du nord-ouest de Pérach. Il vient de faire un voyage à l’embouchure de la rivière Kurao où se trouve un gros village de 3.000 pêcheurs. Ces braves gens l’ont très bien accueilli et bon nombre d’entre eux ont manifesté le désir de se faire instruire.
« L’église de l’Assomption de Pinang a perdu, à cinq mois de distance, deux de ses plus anciens et de ses meilleurs paroissiens, M. Charles Athean et Mme Johnson.
« M. Athean est mort à l’âge de 85 ans. Il était déjà attaché au service de l’église de l’Assomption du temps de Mgr Bou-cho, et il aimait à répéter qu’il avait bien connu notre vénéré M. Delpech, lorsque celui-ci était directeur au collège de Pinang. Mme Johnson était admirable de dévouement pour les œuvres de charité. On la rencontrait constamment au chevet des malades et elle a bien souvent aidé les missionnaires à ramener à Dieu des âmes qui, depuis longtemps, s’étaient éloignées de Lui.
« Le mouvement de conversions, signalé l’année dernière, parmi les jeunes gens chinois de l’école des Frères à Pinang, ne s’est pas ralenti ; 5 d’entre eux ont été baptisés cette année.
L’année 1909 a été pour l’évêque de Malacca celle du vingt-cinquième anniversaire de son ordination sacerdotale. Le clergé et les fidèles n’ont pas voulu laisser passer ces noces d’argent de leur évêque sans leur donner tout l’éclat et la solennité possible. De mille manières ils lui ont renouvelé l’expression de leur religieuse vénération et de leur filial attachement. Je suis heureux de leur redire une fois de plus que j’ai été profondément touché de tous ces témoignages d’affectueux dévouement et qu’en retour je prie Dieu de les combler de ses bénédictions. »
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