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Rapport annuel des évêques

Année: 1910
Pays: Malaisie
Mission: Malacca
Rédacteur:Mgr Barillon

II. — Malacca.


Population catholique 28.961
Baptêmes d’adultes 1.122
Baptêmes d’enfants de païens 674
Conversions d’hérétiques 19
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Mgr Barillon fait précéder son compte rendu d’un intéressant aperçu sur la situation économique de la Presqu’île malaise.
« L’année 1910, nous écrit Sa Grandeur, restera fameuse entre toutes dans les annales commerciales de ce pays. Les Anglais l’ont déjà surnommée l’année du Rubber Boom, c’est-à-dire l’année de la grande vogue ou plutôt de la « fureur du caoutchouc ». La contrée est maintenant couverte de plantations de caoutchouc, nous sommes en plein dans l’ère du caoutchouc. Cette transformation est due, sans nul doute, aux progrès de l’industrie dans la fabrication des automobiles, des aéroplanes et autres produits similaires.
« Il est intéressant de rappeler, à cette occasion, les grandes phases de l’agriculture dans la Péninsule, depuis un quart de siècle.
« Il y a vingt-cinq ans, c’était encore le règne des épices et de la canne à sucre. De beaux jardins de muscadiers et de girofliers s’étageaient sur le flanc des montagnes, tandis que d’immenses plantations de cannes à sucre étalaient dans la plaine leur végétation luxuriante. Mais, petit à petit, le prix de ces denrées subit une décroissance telle que leur culture cessa d’être rémunératrice. On se rejeta alors sur le café. On en planta un peu partout, mais surtout dans les États Malais du centre qui s’ouvraient à la colonisation.
« Pendant tout ce temps, l’arbre à caoutchouc était pratiquement inconnu dans le pays. Quelques experts affirmaient pourtant que le sol et le climat de la Malaisie conviendraient parfaitement à cet arbre qui fait la richesse des forêts du Brésil. Des essais furent tentés qui réussirent à merveille.
« Sur ces entrefaites, il devint évident que la culture du café ne donnait pas les résultats qu’on en avait attendus. Les arbres étaient magnifiques et chargés de baies, mais les grains donnaient un café de qualité inférieure qui faisait assez pauvre figure sur les marchés européens. Ce fut alors que quelques compagnies plus entreprenantes et plus au courant des besoins de l’industrie se lancèrent dans les plantations de caoutchouc. Les prudents haussaient les épaules et prédisaient leur déconfiture. Ce fut tout le contraire qui arriva.
« Il y a quatre ou cinq ans, une première hausse se produisit sur le marché du caoutchouc, à Londres et en Amérique, et ces premières compagnies qui avaient déjà un bon nombre d’arbres, assez forts pour supporter l’incision par où coule le « latex » , réalisèrent d’énormes bénéfices. Dès lors tout le monde en voulut. Tout le monde se mit à planter des caoutchoucs.
« Naturellement, la hausse ne s’était pas maintenue ; mais, au commencement de cette année, elle reprit de plus belle et atteignit des proportions phénoménales. Quand le caoutchouc se vend quatre shillings, c’est-à-dire cinq francs la livre, sa culture donne déjà d’assez beaux profits. Or, dans cette année, le prix dépassa 15 francs, et certaines compagnies distribuèrent à leurs actionnaires des dividendes de plus de 200 pour cent. Le résultat ne se fit pas attendre. Une nuée d’agents, venus des quatre vents du ciel, s’abattit sur la Presqu’île, en quête de plantations à vendre et de concessions de terrains pour la formation d’innombrables nouvelles compagnies, dont les actions inondèrent les marchés de Londres, Singapore, Penang, Hong-Kong, Shang-Hai, etc., etc., et s’y achetèrent souvent à des prix insensés. La fureur du caoutchouc alla si loin que le Gouvernement se vit obligé de porter une loi défendant, sous peine d’amende, de couper les cocotiers pour les remplacer par des caoutchoucs. Inutile d’ajouter que le marché finit par reprendre son cours normal, et, ainsi qu’après une bataille à côté des vainqueurs il y a des blessés et des morts, de même, à côté des grosses fortunes réalisées, il se trouva bien des mécomptes et des ruines.
« Néanmoins, c’est réellement une nouvelle ère de prospérité qui s’est ouverte pour la Presqu’île Malaise. Combien de temps durera-t-elle ? Evidemment, jusqu’à ce qu’il y ait surproduction et que, l’offre excédant la demande, cette denrée si recherchée tombe, elle aussi, à des prix dérisoires. Mais on dit, d’autre part, que l’industrie trouve sans cesse de nouveaux emplois pour le caoutchouc.

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« Ce coup d’œil rétrospectif sur le développement matériel de notre Péninsule paraîtra, sans doute, bien terre à terre pour servir de préface au compte rendu de nos travaux pendant l’année 1910. Il me semble, pourtant, qu’il ne sera pas inutile pour donner une idée du monde dans lequel nous vivons. Comme dans tous les pays de colonisation, les chercheurs de fortune s’y donnent rendez-vous et cette fièvre du lucre n’est pas un des moindres obstacles au progrès de l’évangélisation. On a souvent l’occasion de se rappeler la parole d’un brave homme à son fils : « Faites de l’argent, mon fils, par des moyens honnêtes... si cela vous est possible ! »
« Et maintenant, je désirerais beaucoup pouvoir ajouter que nous avons eu aussi une hausse considérable dans le chiffre des conversions. Mais nous avons dû nous contenter d’une petite augmentation. Nous enregistrons en effet 1.122 baptêmes d’adultes, c’est-à-dire une centaine de plus que l’an dernier. D’autre part, nous avons le plaisir de constater un progrès continuel dans le développement de nos œuvres et dans la pratique de la vie chrétienne parmi les fidèles. Pour m’en rendre un compte plus exact, je me suis reporté à mon premier compte rendu, d’il y a cinq ans, et voici quelques-uns des chiffres que j’y ai relevés, en les comparant avec ceux du présent exercice.

1905 1910
Population catholique 24.200 28.961
Confessions 54.926 100.118
Communions 74.611 152.441
Garçons dans nos écoles 2.970 4.221
Filles dans nos écoles 1.396 2.732


« Après Notre-Seigneur, qui a bien voulu bénir et féconder les travaux de ses mission-naires, c’est au zèle de mes bien-aimés Confrères qu’il faut attribuer cette consolante progression.
« Mais il reste toujours dans notre Mission une grande lacune due au manque de clergé indigène. Et cette lacune est devenue plus évidente que jamais par la mort du dernier de nos prêtres indigènes, M. Maximilien de Souza, que Dieu a rappelé à Lui le 27 janvier dernier. Né à Malacca, le 8 septembre 1825, il fut ordonné prêtre le 5 novembre 1870. Il avait donc près de 85 ans d’âge et 40 de sacerdoce. Avant de devenir prêtre, il avait rempli les fonctions de maître d’école.
« Sa conduite exemplaire et sa grande piété avaient toujours fait l’édification des chrétiens de Malacca et, après avoir terminé ses études au Collège de Penang, c’est parmi eux qu’il revint exercer le saint ministère pendant tout le cours de sa longue carrière sacerdotale. On peut dire de lui qu’il était un vrai modèle de régularité et de fidélité aux devoirs de sa charge.
« Depuis plusieurs années, les infirmités le retenaient prisonnier dans sa maison, mais il tâchait encore de faire du bien à ceux qui vivaient autour de lui et qui, depuis si longtemps, étaient habitués à recevoir ses conseils et à profiter de sa longue expérience. C’est à Bangkok, où je m’étais rendu pour le Sacre de Mgr Perros, que je reçus la nouvelle de son décès. Quelques semaines auparavant, lors de ma visite à Malacca pour la solennité de saint François-Xavier, je m’étais encore entretenu longtemps avec lui, mais ses forces défaillantes ne faisaient que trop présager sa fin prochaine. Puisse-t-il, par ses prières, nous obtenir de nombreuses vocations !
« Je me hâte d’ajouter qu’il ne tardera pas, d’ailleurs, à être remplacé par notre jeune Chinois de Singapore qui est déjà sous-diacre et qui, bientôt, sera promu au diaconat. Plusieurs de nos enfants, Chinois, Eurasiens et Indiens, manifestent aussi le désir de devenir prêtres. Nous apporterons tous nos soins à cultiver ces vocations naissantes.
« Nous venons d’avoir, à Singapore, deux cérémonies bien consolantes. La première est la bénédiction de la nouvelle église chinoise du Sacré-Cœur, qui eut lieu le 11 septembre, juste avant l’ouverture de notre retraite annuelle. Ce fut un grand jour de triomphe, tout à la fois pour M. Gazeau qui, depuis bien des années, s’est donné un mal incroyable pour recueillir, sou par sou, les fonds nécessaires, et pour M. Lambert qui, avec son talent bien connu, avait soigneusement dressé les plans de cet édifice. Jusqu’au début du mois du Sacré-Cœur les choses traînaient en longueur, faute de ressources. Mais, à cette époque précise, il tomba du ciel une véritable pluie d’aumônes extraordinaires qui permirent d’activer les travaux et de les conduire à bonne fin.
« C’est M. Gazeau, assisté de M. Vey, qui est en charge de cette nouvelle paroisse. Nous prévoyons qu’une troisième église chinoise deviendra probablement nécessaire pour les chrétiens originaires du Fokien qui se multiplient de plus en plus à Singapore.
« A l’issue de notre retraite, le dimanche 18 septembre, nous avons célébré les noces d’or sacerdotales de notre cher et vénéré Mgr Bourdon. Il y a maintenant 21 ans que Monseigneur de Dardanie réside à Singapore et que tous ont pu apprécier les trésors de ce cœur d’ami et de père, si bien symbolisé dans ses armes et sa devise. La Mission de Malacca lui est très reconnaissante pour tous les services qu’il lui a rendus, comme chapelain des troupes et de l’hôpital général, et les chrétiens de Singapore, en particulier, ne peuvent oublier tous les témoignages de bonté et de dévouement qu’il leur a littéralement prodigués pendant son long séjour parmi eux. Aussi tous, évêque, missionnaires et fidèles, ont été heureux de pouvoir lui renouveler l’expression de leur vénération, de leur gratitude et de leur filiale affection. Mais ce qui a complété la grande joie de ce jour, c’est la bénédiction spéciale que le Saint-Père a daigné envoyer à l’heureux jubilaire, et que le Séminaire de Paris lui a transmise, en y joignant ses félicitations et ses vœux.
« Les noces d’or sont extrêmement rares dans notre Mission ; mais les noces d’argent commencent à se multiplier. Cette année, c’était le tour de MM. Pierre Perrichon et Terrien, qui ont été, aussi, très sincèrement félicités et fêtés. Espérons que, si tous n’atteignent pas la cinquantaine, tous du moins en approchent de très près.
« M. Saleilles a eu à lutter contre de grosses difficultés qui ont failli désorganiser sa chrétienté de Johore ; mais il a déployé une énergie indomptable qui lui a valu les honneurs de la guerre.
« D’autre part, le nouveau poste de Muar, au Nord de l’État de Johore, a aussi donné beaucoup de tracas à M. Henri Duvelle. Le Missionnaire ne peut pas y aller fréquemment, car
les communications avec cette petite ville ne sont pas aisées. Mais elle va bientôt être reliée directement à Malacca par une bonne route en voie de construction, et, alors, il sera plus facile de la visiter et de développer cette chrétienté naissante.
« A Malacca même, le toit de la belle église de saint François-Xavier menace ruine. M. Ruaudel avait déjà fait des réparations aux bas côtés ; mais celles de la nef avaient dû être différées, parce qu’il n’avait pas les moyens de l’entreprendre. Maintenant elles s’imposent. J’espère que M. Rivet pourra recueillir les fonds nécessaires à rajeunir ce sanctuaire qui nous est si cher à tous.
« M. Renard nous est revenu, au mois de septembre, plein de vie et de santé. J’ai la confiance que ses forces se maintiendront longtemps ; car il a beaucoup à faire dans son poste de Kuala Lumpur, où il a été reçu en triomphe par ses chrétiens, heureux de le posséder de nouveau parmi eux.
« J’ai le grand plaisir de mentionner, à cette occasion, que, à l’heure actuelle, nos cadres sont au grand complet et que nous n’avons plus un seul missionnaire en dehors de la Mission. Il serait à souhaiter qu’il pût toujours en être ainsi, car, lorsqu’un vide se produit, il nous devient difficile de le combler.
« M. Terrien, en charge des chinois de Kuala Lumpur, s’occupe beaucoup des lépreux qui peuplent, par centaines, l’un des hôpitaux de cette grande ville. Il a pu en convertir un bon nombre et il désirait depuis longtemps ériger une chapelle à leur usage dans l’enclos même de l’hôpital. La permission lui a été enfin accordée. La chapelle a été bâtie et bénie dans le cours de cette année et, au mois de juillet, j’ai eu la consolation d’administrer la confirmation à une trentaine de ces pauvres lépreux.
« Il y a deux mois, M. Auvé m’écrivait de Nibong Tebal : « Une bonne nouvelle ! Je viens « d’obtenir une faveur que je sollicitais depuis fort longtemps et que je n’osais plus espérer. « Le Manager de Caledonia Estate m’a enfin promis de grouper tous les chrétiens qui « travaillent dans la plantation, et de leur bâtir des maisons sur le grand terrain vague qui se « trouve en face de mon église. Déjà, 45 maisons sont en construction et doivent être finies « avant la fin d’octobre. Toutes ces maisons seront sur pilotis, avec des cloisons en planches « et une véranda de 12 pieds de large. Peut-on donner quelque chose de plus confortable pour « des Indiens qui n’ont, dans leur pays, que de misérables paillotes en terre dont les murs « lézardés servent de refuge aux serpents, aux scorpions et à toutes les vilaines bêtes des pays « chauds. D’autre part, Parit Buntar me fait faire de nouveaux plans pour l’avenir. Les « protestants viennent d’acquérir un terrain à côté du nôtre et sont en train de mettre les « fondations d’un temple qui, à les entendre, sera une des merveilles du Pérak. Style grange, « bien entendu ! Laissons-les faire, et prions N.-D. de Lourdes de nous procurer vite les fonds « nécessaires pour lui bâtir une belle petite chapelle qui parlera plus au cœur de nos braves « Indiens et aura plus d’attraits pour eux que le temple protestant. Nous avons déjà un « magnifique terrain. Les architectes ne manquent pas chez nous. Ce qui manque, c’est « quelques centaines de dollars. N.-D. de Lourdes aidant, je les trouverai. »
« Le beau poste chinois de Machang Bubok, situé aux confins de la Province Wellesley et sur la frontière de Kédah, a failli être victime de la fureur du caoutchouc dont j’ai parlé au commencement de ce compte rendu. Il s’y trouve un bon nombre de jardins d’aréquiers qui sont en plein rapport. Mais il y a des années où la noix d’arèque se vend à très bas prix, et, alors, les cultivateurs de ces jardins ont peine à joindre les deux bouts. Les promoteurs d’une compagnie de caoutchouc ayant offert à un certain nombre d’entre eux d’acheter leurs terrains, ils succombèrent à la tentation et signèrent une promesse de vente à l’insu de M. Cardon, qui est en charge de cette chrétienté. C’était le démembrement partiel de ce beau poste, et le Missionnaire en était désolé. Mais le Sacré-Cœur veillait sur cette paroisse qui lui est dédiée. Les futurs acheteurs ne purent réussir à former leur compagnie ; les promesses de vente tombèrent à l’eau et les chrétiens restèrent dans leurs jardins.
« J’ai dit plus haut que nous avions eu, cette année, une centaine de baptêmes d’adultes de plus que l’année dernière. Je dois ajouter que c’est surtout dans les baptêmes administrés à l’église que l’augmentation s’est produite. Le nombre des baptêmes in articulo mortis, dans les hôpitaux, tend plutôt à diminuer, parce que, comme le remarque un Missionnaire, certains mauvais génies se plaisent à persuader aux pauvres malades que le baptême les fait mourir. Quoi qu’il en soit, nos Confrères regarderont toujours comme une de leurs grandes obligations d’exercer leur apostolat parmi eux. Ces baptêmes in articulo mortis ne remplissent pas nos églises, mais ils envoient bien des âmes tout droit au Ciel. Pour cette raison, nous n’avons aucun doute qu’ils sont une source de bénédictions pour notre chère Mission.
« Les postes qui ont donné le plus de baptêmes d’adultes sont :

Saint-Pierre et Saint-Paul de Singapore 223
Notre-Dame-des-Sept-Douleurs de Penang 159
Le Saint-Rosaire de Kuala Lumpur . 139
Saint-Michel d’Ipoh 117
Batu Gajah et Kampar 92
Serangong et Johore 62
Ayer Salak et Muar 56


« Daigne le bon Dieu soutenir les forces de mes Confrères et continuer, de bénir les efforts de leur zèle, afin que nous puissions accentuer de plus en plus notre marche en avant. »



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