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Rapport annuel des évêques

Année: 1915
Pays: Malaisie
Mission: Malacca
Rédacteur:Mgr Barillon

II. — Malacca

Population catholique 33.562
Baptêmes d’adultes 1.254
Baptêmes d’enfants de païens 1.013
Conversions d’hérétiques 20
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« C’est par un miracle de la Providence que notre chère mission n’a pas été entièrement désorganisée, écrit Mgr Barillon : Misericordiœ Domini quia non sumus consumpti. En effet, sur 42 missionnaires qui formaient le bataillon apostolique du diocèse de Malacca au mois d’août 1914, il n’en reste que 22 actuellement pour faire face à tous les besoins du saint ministère. La mobilisation nous a pris 12 confrères, et la mort nous en a enlevé 4 : MM. Méneuvrieur, mon vicaire général, Cesbron, Terrien et Rivet, âgés tous de 50 à 60 ans, c’est-à-dire au moment où leur longue expérience les rendait si utiles à la mission. Les voilà partis pour un monde meilleur ! Ils nous continueront, du haut du ciel, leur dévoué concours, je n’en doute pas ; mais, si de pareils vides sont difficiles à combler en temps ordinaire, comment y arriver dans la crise que nous traversons ?
« D’autre part, la maladie et les infirmités ont mis hors de combat, du moins pour un temps, plusieurs de nos confrères ; de sorte que ceux qui restent sur la brèche, sont accablés de travail et doivent se donner beaucoup de mal pour faire face aux exigences de la situation. Je redoute chaque jour que le surmenage ne les épuise et ne finisse par triompher de leur courage et de leur dévouement. Mais, à la grâce de Dieu !
« L’indomptable énergie, avec laquelle ils se sont efforcés de ne rien laisser en souffrance, a été largement récompensée, comme il est facile de s’en convaincre par les chiffres des résultats obtenus, qui ne diffèrent pas sensiblement de ceux de l’année dernière. Les baptêmes d’adultes, il est vrai, ont été un peu moins nombreux ; nous en comptons, néanmoins, 1.254, chiffre très appréciable. Par contre, les confessions et les communions ont encore augmenté ; les premières atteignent un total de plus de 150.000 ; et les secondes, de près de 300.000.
« Nos quatre paroisses de Singapore comptent ensemble plus de 7.000 fidèles ; la paroisse portugaise en compte environ 3.000, ce qui donne un total d’au moins 10.000 catholiques pour toute la ville. Dès le premier moment de la mobilisation, M. le vicaire général de Macao, qui réside à Singapore, comprenant le grand embarras dans lequel nous allions nous trouver après le départ des confrères rappelés en France, est venu spontanément mettre à ma disposition ses services personnels et ceux du clergé portugais de Singapore et de Malacca. Dans cette dernière ville surtout, nous avons largement profité de l’offre généreuse du vénéré vicaire général.
« La chrétienté de Serangong, située à quelques milles de Singapore, prend une importance de plus en plus considérable : les catholiques y atteignent le chiffre de 1.000. Les enfants qui fréquentent les deux écoles sont devenus tellement nombreux, que M. Laurent a dû construire une grande bâtisse, solide et spacieuse, qui sert en même temps de maison de doctrine et d’école pour les garçons, tandis que l’ancien local scolaire est réservé aux filles.
« Il en est de même du poste de Johore, situé dans le sud de la presqu’île et administré par le titulaire de Serangong. Peu à peu, les nouveaux convertis ont formé là plusieurs agglomérations d’agriculteurs, qui donnent un total de 600 chrétiens. Il faudrait à ces néophytes un missionnaire qui résidât au milieu d’eux ; mais je n’ai personne sous la main, en ce moment, et je dois remettre l’exécution du projet à des temps meilleurs.
« Le missionnaire chargé de la ville et de tout le territoire de Malacca s’occupe aussi de la partie nord de l’Etat de Johore. Il s’absente assez souvent pour administrer les postes d’Ayer Salak, de Tanjong Kling et de Muor. Dans ces circonstances, un prêtre portugais le remplace à l’église et au couvent, sans quoi, Frères et Sœurs seraient privés de la messe et de la sainte communion.
« Quoique le district des Negri Sembilan soit encore plus étendu que le territoire de Malacca, il est administré par un seul missionnaire qui réside à Seremban. Quand ce missionnaire visite les stations de Martin et de Titi, qui comptent chacune 250 à 300 chrétiens, il n’a personne pour le remplacer à Seremban, où nous avons cependant des établissements de Frères et de Sœurs. De plus, il y a bien un millier d’Indiens catholiques dans les plantations de cette région ; mais c’est M. Renard qui, à des jours déterminés, vient de Kuala-Lumpur pour fournir aux fidèles l’occasion de s’approcher des sacrements.
« Un incendie avait détruit, en grande partie du moins, la vieille église de Kuala-Lumpur. Il n’y a pas encore deux ans qu’elle a été restaurée, et déjà il faut l’agrandir. En effet, la population catholique de la capitale des Etats Malais Fédérés ne cesse d’augmenter. Jusqu’en 1904, elle ne possédait que l’église de Saint-Jean, qui servait pour tous les catholiques, anglais, chinois et indiens. En décembre 1904 fut inaugurée l’église de Notre-Dame du Rosaire, bâtie par le regretté M. Terrien pour les chrétiens chinois, qui sont actuellement 1.350. En 1913, M. Le Mahec construisit l’église de Saint-Antoine pour les 3.000 Indiens catholiques de la ville et des environs. L’église de Saint-Jean est réservée aujourd’hui aux 1.200 chrétiens de langue anglaise.
« Dans l’Etat de Pérak, il n’a pas encore été possible de reconstruire l’église de Teluk-Anson, entièrement détruite par un incendie, le 24 février 1914. Dès le lendemain de la catastrophe, M. Perrissoud s’était courageusement mis à l’œuvre pour se procurer les fonds nécessaires à la reconstruction de l’édifice, et il avait déjà recueilli une jolie somme ; mais son rappel en France, par suite de la mobilisation, a tout arrêté. M. Sausseau est chargé d’administrer les postes indiens de ce district, en plus de ceux dont il s’occupait déjà. Ce surcroît de travail l’empêche de relever les ruines de l’église brûlée.
« L’Etat de Kédah est relié depuis peu à la Province Wellesley par une ligne de chemin de fer, qui va de Bukit Mertajam à Alor Star, la capitale. Cette contrée est remplie de plantations, où travaillent de nombreux coolies indiens. Au mois d’avril dernier, M. Auvé, qui réside à Nibong Tebal, envoya d’abord un catéchiste faire une tournée dans plusieurs de ces plantations, qu’il parcourut lui-même peu après pour se rendre un compte exact de la situation. Or, il découvrit des groupements de 30, 50 et 90 chrétiens, qui avaient leur petite chapelle, voire même des chars pour les processions religieuses si chères aux Indiens. Nul doute que si un missionnaire pouvait s’établir dans quelque contre bien choisi à la portée de ces divers groupements, il y exercerait un ministère non moins consolant que fructueux.
« Le décès de M. Méneuvrier, mon vicaire général, a été tout à la fois un grand deuil et une grosse perte pour la paroisse de l’Assomption à Penang, où il avait travaillé sans relâche pendant 12 ans, et où il avait acquis une influence considérable par son zèle et son dévouement aux intérêts de ses paroissiens. Son successeur, M. Louis Duvelle, après avoir longtemps lutté contre la fatigue et le manque de sommeil, a dû, sur l’ordre formel des docteurs, cesser tout travail et aller se reposer à notre sanatorium de Hong-Kong. J’espère que le changement, l’air frais et les bons soins le remettront vite en parfaite santé. En attendant son retour, M. Pierre Perrichon, curé de la paroisse voisine de Pulo Tikus, le remplace à l’Assomption avec l’aide toujours si charitable de M. Laumondais.
« Un agrandissement d’église va se faire à Balik Pulau, où les chrétiens chinois atteignent maintenant le chiffre de 1.200. Ils aiment beaucoup leur église et leur missionnaire ; aussi souscrivent-ils généreusement pour que les travaux puissent être exécutés dans le plus bref délai possible. C’est à M. Germane, titulaire de ce poste, que, depuis quelques années, je confie ceux de nos jeunes gens qui demandent à étudier le latin, pour devenir prêtres un jour, Car nous n’avons pas encore de petit séminaire . Je lui suis très reconnaissant des soins dévoués qu’il prodigue à ces enfants. Trois de ceux qui ont passé par ses mains sont actuellement au Collège de Pinang, et deux autres les ont remplacés à Balik Pulau. Puissent-ils tous persévérer jusqu’au bout !
« Les établissements des Frères et des Sœurs sont en pleine prospérité et rendent d’incalculables services à la mission. Pour le prouver, il suffit de dire que les six écoles des Frères ont 3.835 élèves, et que les sept couvents des Sœurs instruisent 2.824 enfants et abritent 2.122 orphelines. Daigne le Divin Maître continuer de répandre ses plus abondantes bénédictions sur ceux et celles qui se dévouent ainsi sans compter à la bonne formation de cette chère jeunesse, qui est l’espoir de notre mission ! »



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