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Rapport annuel des évêques

Année: 1916
Pays: Malaisie
Mission: Malacca
Rédacteur:Mgr Barillon

II. — Malacca

Population catholique 35.298
Baptêmes d’adultes 1.175
Baptêmes d’enfants de païens 963
Conversions d’hérétiques 27
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« Les pertes de la mission de Malacca se multiplient d’une manière effrayante, écrit Mgr Barillon. Au cours du précédent exercice, la mort nous avait enlevé quatre confrères. Cette année, nous en avons perdu trois autres, dont deux, MM. Nain et Laurent, sont tombés en servant la France. Selon le témoignage de son frère prêtre, M. Nain est mort à l’hôpital militaire de Vichy, à la suite de fatigues contractées au service des blessés et mutilés de la guerre. Quant à M. Laurent, il était brancardier sur le front. Blessé très grièvement dans la matinée du 1er août, il expira le soir du même jour. C’est ainsi que notre mission a payé la dette du sang à la patrie.
« Les paroissiens de la cathédrale ont vivement regretté la perte de M. Nain, qu’ils avaient en comme vicaire de I898 à 1904, et comme curé de 1909 à 1913. Excellent prédicateur, il savait expliquer les enseignements de la religion en un langage clair et distingué. De plus, il avait un réel talent d’architecte, qui fut mis largement à contribution pendant son séjour à Singapore, pour l’érection de la chapelle du couvent, l’agrandissement des écoles des Frères et des Sœurs et la construction d’un nouveau presbytère.
« Les chrétientés de Serangong et de Johore sont doublement en deuil par la mort, à un mois et demi d’intervalle, de M. Saleilles et de M. Laurent, qui en furent successivement chargés.
« Sur quarante années de vie apostolique, M. Saleilles en a passé trente comme curé de Serangong. Il fut aussi le fondateur de la chrétienté de Johore qui compte actuellement 600 fidèles. Le sultan de cet Etat malais l’avait en si haute estime, qu’après sa mort il voulut en laisser un témoignage public sur deux tablettes funéraires, qui viennent d’être placées dans la petite église de Notre-Dame de Lourdes, bâtie à Johore, en 1883, par le zélé missionnaire.
« M. Laurent avait été donné comme vicaire à M. Saleilles en 1909. Quand celui-ci deux ans plus tard, dut cesser tout travail, M. Laurent lui succéda comme titulaire des deux postes de Serangong et de Johore. Et voilà deux carrières apostoliques, l’une à son couchant et l’autre à son aurore, terminées en même temps !
« Maintenant on comprendra facilement qu’avec un personnel réduit comme le nôtre, il nous soit impossible d’entreprendre de nouvelles fondations. Dans les postes secondaires où il n’y a plus de missionnaire, les confrères voisins s’efforcent de conserver les positions acquises, en visitant les chrétiens aussi souvent qu’ils le peuvent. Mais les grands centres, comme Singapore, Penang, Kualalumpur, Malacca, Ipoh, Seremban et Taiping, exigent d’un bout de l’année à l’autre une somme de travail considérable. Outre leur nombreuse population chrétienne, chacune de ces villes possède de beaux établissements d’éducation tenus par les Frères des Ecoles chrétiennes et les Dames de Saint-Maur. Il nous faut, coûte que coûte, pourvoir aux besoins spirituels de toutes ces œuvres si importantes. Or, cela même nous est parfois bien difficile. Lorsque l’un ou l’autre des titulaires de ces postes tombe malade, comme il est arrivé à diverses reprises dans le courant de l’année, je dois recourir à toutes sortes de combinaisons pour lui trouver un remplaçant.
« Si du moins nous avions sept ou huit prêtres indigènes ! Mais, nous n’en sommes pas encore là. Nous avons, il est vrai, des séminaristes qui nous donnent bon espoir pour l’avenir, toutefois bien des années devront s’écouler avant que leur préparation et leur formation soient achevées.
« La chrétienté de Kualalumpur a voulu célébrer très solennellement le 25e anniversaire de l’ordination sacerdotale de M. Renard. Il y a seize ans que notre confrère dirige la paroisse Saint-Jean de Kualalumpur. Pendant tout ce temps, il a travaillé avec un dévouement admirable au développement du poste qui est un des mieux organisés à tout point de vue : église plusieurs fois restaurée et considérablement agrandie ; magnifiques établissements scolaires situés très près de l’église ; cercle catholique, confréries, etc... Aussi, à l’occasion de ses noces d’argent sacerdotales, les catholiques de Kualalumpur ont-ils voulu lui prouver leur attachement et leur reconnaissance, par des fêtes qui ont duré plusieurs jours.
« Lorsque, l’année dernière, la pénurie de notre personnel me fit confier tout l’immense district de Seremban aux soins de M. Auriol, j’éprouvais de vives appréhensions pour la santé de ce jeune missionnaire qui, à ses débuts, était appelé à faire seul l’ouvrage de plusieurs. Il se mit de tout cœur au travail ; mais la lame eut vite usé le fourreau. Quelques repos temporaires n’amenèrent que de passagères améliorations, et, tout récemment, une grave rechute m’a obligé de l’envoyer au sanatorium de Hongkong. Heureusement, nous possédons Mgr Mérel. La santé du Prélat s’accommode fort bien du climat de la Malaisie et, lui permet de nous rendre de grands services. Je suis très reconnaissant à Sa Grandeur d’avoir accepté si volontiers de remplacer M. Auriol pendant son absence qui, je l’espère, sera d’assez courte durée.
« De son côté M. Auvé, après avoir souffert de violentes attaques de dysenterie, se trouvait très fatigué et avait besoin de repos. Mais il n’y avait personne pour prendre sa place dans le poste indien de Nibongtebal, qui compte une population chrétienne de 2.500 âmes. M. L. Duvelle, missionnaire à Pinang, voulut bien, malgré ses nombreuses occupations, se charger de pourvoir aux besoins les plus urgents de cette chrétienté distante de 20 milles. M. Auvé put ainsi, il y a deux mois, se rendre au sanatorium Saint-Théodore. Il est revenu après avoir grandement profité de son séjour aux Nilgiris. Pendant son absence, M. Duvelle fut appelé une quinzaine de fois pour administrer les sacrements à des malades du district de Nibongtebal.
« Le personnel des Frères et des Sœurs est aussi très éprouvé sous le rapport de la santé. On peut affirmer que, dans les pays chauds, il n’y a pas de travail plus fatigant que celui du professorat. Et quand on pense que parmi ces maîtres et maîtresses il en est qui enseignent depuis dix ans, vingt ans, même davantage, peut-on s’étonner que même les plus robustes se sentent parfois à bout de forces. Quoi qu’il en soit, tout le monde s’applique de son mieux à observer la consigne, qui est de « tenir bon » quand même, et le plus longtemps possible ; et nous n’avons qu’à nous féliciter des résultats obtenus. Les élèves qui fréquentent nos écoles sont plus nombreux que jamais : nous en comptons 8.359 ; et, dans plusieurs établissements, on refuse des admissions faute de place.
« Le chiffre de nos baptêmes d’adultes est un peu inférieur à celui des années précédentes ; mais les communions de dévotion augmentent d’année en année. Elles dépassent maintenant 300.000, et sont une preuve que la foi chrétienne s’affermit de plus en plus dans les âmes. »


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