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Rapport annuel des évêques

Année: 1921
Pays: Malaisie
Mission: Malacca
Rédacteur:Mgr Barillon

II. – Malacca.

Population catholique 41.760
Baptêmes d’adultes 1.367
Baptêmes d’enfants de païens 1.154
Conversions d’hérétiques 34


Monseigneur Barillon nous écrit : Je suis enfin rentré dans ma chère Mission. Dieu en soit mille fois béni !
Par une heureuse coïncidence le bateau qui nous portait inaugura la nouvelle escale des Messageries Maritimes à Penang, ce qui me valut le bonheur d’y voir bon nombre de mes confrères du nord de la Mission avant de me retrouver parmi ceux de Singapore. Les fatigues de la traversée furent ainsi bien vite oubliées ; d’autant plus que la bonne Providence m’avait ménagé deux grandes faveurs.
La première fut celle d’arriver à temps à Singapore pour y rencontrer le nouveau supérieur de la Société, Mgr de Guébriant, en route pour la France.
Quelques jours plus tard, un télégramme de Penang venait me combler de joie en m’annonçant que Mgr Perrichon acceptait enfin de recevoir la consécration épiscopale et de devenir mon coadjuteur. Mgr de Guébriant était, en effet, passé par là, et c’est à lui que nous sommes redevables de cette décision. Tout le monde s’accorde à dire que c’est un véritable miracle… En tout cas, nous lui en sommes profondément reconnaissants. Le sacre de Mgr Perrichon aura lieu le 27 novembre, premier dimanche de l’avent, et, ce jour-là, nous serons tous, selon sa devise « Cor unum et anima una » pour lui redire le souhait liturgique : ad multos annos !
Et maintenant, je me fais un devoir de remercier de tout cœur mon cher Vicaire général, M. Mariette, pour l’admirable dévouement avec lequel il a administré le diocèse pendant près de quatre années. Dieu l’a visiblement aidé en lui conservant la santé au milieu des travaux écrasants auxquels il a dû faire face ; tout en dirigeant la Mission, il a continué d’être seul en charge de la grande paroisse chinoise de Saint-Pierre et Saint-Paul qui occuperait facilement deux missionnaires très actifs. Mon retour lui a enfin permis de prendre un peu de vacances qu’il a cent fois méritées.

C’est au cours de la présente année qu’a eu lieu le recensement décennal qui nous fournit de très intéressants détails sur la population des différentes parties de la Presqu’île et celle de ses principales villes. Ainsi, dans la colonie proprement dite (Singapore, Penang et Malacca) nous trouvons en chiffres ronds, une population de 884.000 habitants. Les Etats Malais Fédérés (Perak, Selangor, Negri, Sembilan et Pahang) en donnent 1.325.000, et les Etats Malais non fédérés (Johore, Kedah, Perlis, Kelantan et Tringann), 1.124.000. Le chiffre global du recensement est donc de 3.333.000. Mais comme le diocèse de Malacca renferme aussi plusieurs provinces siamoises qui s’étendent jusqu’à l’isthme de Krah, sa population totale doit-être d’au moins 3.500.000.
Quant à la population des principales villes, elle est de 350.000 habitants pour Syngapore, de 123.000 pour Penang, et de 68.000 pour Kualalampur. Singapore a ainsi augmenté de 90.000 habitants pendant ces dix dernières années ; Penang et Kualalampur de plus de 20.000 chacune.
D’autre part, notre population catholique a continué, elle aussi, sa marche ascendante, avec une augmentation moyenne d’un bon millier par an. Elle approchait de 31.000 en 1911, cette année elle atteint presque 42.000.
Et cette progression ne pourra que s’accentuer désormais à cause de l’accroissement très sensible des baptêmes d’enfants de chrétiens. Il y a dix ans, nous en comptions 1.200, tandis que le dernier exercice nous en a donné 1.818. Ce seul fait met en évidence la grande transformation qui s’est opérée dans ce pays de colonisation où jadis les familles étaient si clairsemées. Maintenant la Mission de Malacca repose sur des bases solides parce qu’elle en possède de nombreuses bien établies. Aussi, dans les villes, nos écoles tenues par les Frères et les Sœurs regorgent d’élèves dont le nombre dépasse maintenant 10.000.
Il est vrai que tous ces élèves ne sont pas catholiques, mais la proportion des catholiques parmi eux grandit de plus en plus. A ce point de vue, c’est l’école des Frères à Singapore qui tient d’emblée le premier rang avec ses 800 élèves catholiques sur 1.300. Quant aux non-catholiques qui fréquentent ces écoles il est certain que pour la plupart d’entre eux, ce contact avec l’élément catholique est pratiquement le seul mode d’évangélisation qui puisse les atteindre.

Dans le comple rendu de l’année dernière, M. Mariette signalait déjà la pénible situation de la plupart de nos cultivateurs chrétiens à cause de la mévente du caoutchouc qui constituait la grande source de leurs profits. Cette situation loin de s’améliorer, n’a fait qu’empirer pendant toute l’année. Et alors il est facile de comprendre comment bon nombre de nos chrétiens autrefois dans l’aisance se trouvent maintenant dans la misère. La crise commerciale a vraiment de terribles contre-coups par ici ! Toutefois, je me hâte d’ajouter que des indices plus favorables semblent se manifester et annoncer un prochain relèvement. Puissent ces pronostics se réaliser pour la prospérité de ce pays et le soulagement de tant de familles chrétiennes !

Faisons maintenant une rapide tournée dans la Mission en remontant du sud au nord et en notant au passage les « faits nouveaux » qui appartiennent au présent exercice.
La paroisse de la cathédrale à Singapore a eu la faveur d’une série de retraites prêchées au couvent, à l’école des Frères et à l’Eglise par le P. Lynch, supérieur des Rédemptoristes de Manille. De Singapore, ce zélé religieux est passé à Kualalampur, puis à Penang où il a également donné des retraites, dans les paroisses de langue anglaise, à des auditoires que les églises pouvaient à peine contenir et qui ne se lassaient pas d’écouter ses instructions. Pendant plus de deux mois il s’est ainsi dépensé sans compter pour jeter à pleines mains la bonne semence dans les âmes de nos chrétiens. Nous le remercions de tout cœur pour la peine qu’il a prise et pour le grand bien qu’il a fait dans la Mission.
Avec sa population toujours croissante, la ville de Singapore voit aussi de plus en plus ses faubourgs s’étendre au loin, particulièrement le long de la côte qui fait face à son immense rade. Plusieurs centaines de nos chrétiens appartenant surtout à la paroisse de la cathédrale se sont fixés dans ce quartier et se trouvent ainsi à six ou sept kilomètres de l’église. Il s’ensuit qu’un trop grand nombre d’entre eux n’entendent pas souvent la messe le dimanche. Pour combler cette lacune, il nous faudrait non seulement bâtir une chapelle dans ces parages, mais aussi avoir un prêtre pour s’en occuper tout spécialement. Grâce à la générosité d’un de nos vieux catholiques, nous y possédons maintenant un petit terrain très bien situé pour cette future chapelle. Reste à trouver les fonds nécessaires pour la construire, et surtout un missionnaire disponible pour la desservir.
A la fin du mois de juin, M. Burghoffer a célébré ses noces d’argent comme prêtre et comme curé de l’église indienne de Notre-Dame de Lourdes à Singapore. Effectivement, depuis son arrivée en Mission, il n’a pas cessé d’être en charge de cette paroisse et n’en a été absent que pendant la durée de la guerre. Il venait juste de rentrer dans sa famille à Colmar pour refaire sa santé, quand la guerre éclata. Il s’y trouva donc comme prisonnier et ne recouvra sa liberté qu’avec la rentrée des troupes françaises à Colmar. Ses chrétiens ont profité de ses noces d’argent pour lui prouver de mille manières combien ils sont heureux de l’avoir de nouveau parmi eux, et avec quelle reconnaissance ils apprécient ses longues années de ministère pastoral.

« La clôture du présent exercice, écrit M. Bécheras, curé de Sarangong, coïncide avec l’achèvement d’une série d’améliorations qu’une souscription parmi mes chrétiens m’a permis d’entreprendre. C’est ainsi que mes deux maîtres d’école anglais ont maintenant leur maison d’habitation ; la toiture de l’église a été réparée et l’église elle-même enrichie d’une chaire et de fonts-baptismaux ; enfin l’école des filles délabrée et trop petite a fait place à une nouvelle bâtisse solide et plus vaste qui ouvrira bientôt ses portes à une nuée de bambines. Tous ces travaux ajoutés aux exigences quotidiennes du ministère et à l’enseignement du latin des trois séminaristes qui me sont confiés, m’ont empêché de faire la visite habituelle des chrétiens, facteur pourtant bien important pour secouer certaines nonchalances et déterminer quelques conversions de païens. J’y suppléerai le plus tôt possible. »
La belle et grande église de Johore est enfin terminée. Sa bénédiction a été fixé au 30 novembre, fête de saint André, c’est-à-dire trois jours après le sacre de Mgr Perrichon. Comme Johore est à la porte de Singapore, NN. SS. les évêques et bon nombre de confrères pourront ainsi prendre part à la cérémonie et en faire une fête religieuse dont nos braves chrétiens chinois se souviendront longtemps.

A Malacca, le Père François signale un mouvement de conversions qui se dessine nettement parmi les Fokinois et qu’aucune raison humaine ne semble provoquer. Etant seul à faire tout le travail dans cette ville de 30.000 âmes, avec ses écoles de garçons et de filles et ses chrétiens de différentes nationalités il n’est pas étonnant qu’il ne puisse pas s’occuper autant qu’il le voudrait d’Ayersalak et de Muar, surtout à cause de la grande distance qui le sépare de cette dernière chrétienté qu’il trouve pourtant bien intéressante et pleine de promesses.

Il en est de même pour le Père Fourgs resté seul dans les Negri-Sembilan depuis que le Père Goyénétche est allé remplacer M. Coppni à Ipoch. Mais cela ne l’effraie pas. « Je suis seul à Seremban, écrit-il, j’y ai beaucoup de travail, je m’y porte bien, j’y suis heureux. Grâce à Dieu, Mantin a maintenant son église toute neuve, depuis si longtemps attendue des braves chrétiens de ce poste. La bénédiction a eu lieu le 18 janvier dernier. Le vénérable et toujours dévoué Mgr Mérel voulut bien venir présider cette cérémonie à laquelle assistèrent également six missionnaires des districts voisins. La bénédiction fut suivie de la messe pontificale. Une messe pontificale à Mantin !… Ce fut tout un événement. Jamais les Mantinois n’avaient eu fête aussi grandiose. Cette église de Mantin peut contenir 500 personnes. Elle est simple mais bien comprise. Les chrétiens la trouvent si belle qu’ils ne croient pas qu’on pût faire mieux Ils n’ont qu’un regret : c’est de n’avoir pu faire face à leurs obligations spontanément contractées lors de la souscription ouverte pour couvrir une partie des frais de construction ; la débâcle du caoutchouc en est la cause. »

A Kualalumpur, M. Renard, curé de l’église Saint-Jean, a déjà bon nombre de ses familles catholiques qui ont fait l’intronisation du Sacré-Cœur à leur foyer, et il espère en avoir beaucoup d’autres. Je souhaite vivement que cette pratique se généralise dans toute la Mission.
M. Souhait qui avait fait l’intérim à l’église indienne de Kualalampur pendant l’absence de M. Le Mahec, travaille maintenant à établir une résidence à Klangklang. C’est une ville de plus de 10.000 habitants, non loin de Port-Swetenham. Elle forme le centre d’un district rempli de plantations de caoutchouc où l’on trouve partout des indiens catholiques. Il est devenu nécessaire d’y avoir un missionnaire en permanence. Après avoir bâti le presbytère, il faudra rebâtir l’église trop petite et qui menace ruine .

Voici maintenant un extrait du rapport de M. Perrisoud qui évangélise le Bas-Pérak : « Telokanson est encore sans église, car je n’ose appeler de ce nom le hangar en bois qui sert de chapelle depuis l’incendie de 1914. Dès mon retour de France au début de 1920, je me suis remis à l’œuvre pour trouver les fonds nécessaires à la reconstruction d’une église définitive. Malgré les temps peu propices que nous traversons, de généreux souscripteurs de Telokanson et d’ailleurs, soit catholiques, soit même païens, m’ont mis en mains une somme suffisante pour commencer les travaux. Pour le reste, je compte sur la bonne Providence, et je suis sûr que saint Antoine ne permettra pas que son église reste inachevée.
En attendant, malgré des déceptions et des contre-temps auxquels j’étais loin de m’attendre, j’ai pu arriver à construire une école de filles que j’ai mise sous le patronage de sainte Agnès. Elle a été officiellement ouverte au mois de mai de cette année par le District Officer. Maintenant nos catholiques de Telokanson à leur grande satisfaction et à la mienne ne sont plus obligés d’envoyer leurs enfants à l’école méthodiste qui, jusqu’ici, était la seule approuvée par le Gouvernement. L’école Sainte-Agnès a actuellement une soixantaine d’élèves, et leur nombre ira grandissant. »

M. Gardon, curé de la paroisse eurasienne et chinoise de Taïping, résume ainsi ses impressions : « La paroisse est bonne, car les chrétiens, à de rares exceptions près, sont fidèles à leurs devoirs. Mais je voudrais voir chez eux plus de ferveur. Au point de vue de l’extension de la Foi parmi les païens, je n’ai eu que quelques baptêmes de chinois que j’ai instruits moi-même. Mon cathéchiste actuel ne parle qu’un dialecte, ce qui réduit son champ d’action. Pourtant, il a eu d’assez nombreux baptêmes « in articulo mortis » à l’hôpital. Celà garnit le ciel, mais n’augmente pas la population paroissiale. »
M. Hermann, en charge de l’église indienne dans cette même ville depuis de nombreuses années, nous fournit cet édifiant récit : « Le 10 avril a été un beau jour pour ma paroisse, car, ce jour-là, nous avons eu seize baptêmes de nouveaux chrétiens grands et petits, parmi lesquels plusieurs enfants de Pennousamy dont je vais reconter la conversion. Pennousamy est un homme très influent parmi les gens de sa caste. Même avant sa conversion, il était plein de politesse envers le prêtre catholique et d’admiration pour nos œuvres. Mais rien ne faisait espérer qu’il serait un jour des nôtres, tout au contraire, car il était prêtre et sacrificateur de la déesse Khaly. Et il était si dévoué à cette déesse qu’il lui avait bâti un temple à ses frais. A cause de ses qualités naturelles, il avait pourtant des amis parmi nos catholiques. Ceux-ci l’observaient et, dernièrement, remarquèrent en lui une certaine tiédeur pour sa déesse. Ils redoublèrent leurs prières pour sa conversion. La lutte fut opiniâtre, mais enfin le triomphe de la grâce fut complet. Il me remit fidèlement les cloches, le couperet et tous les instruments du sacrifice païen. Aidé d’Ambroise, un de ses fils nouvellement baptisé, j’ai détrôné Mme Khaly de son autel pour la remiser dans un coin de mon grenier. Pennousamy a reçu le baptême avec sa femme le 7 juin. Quelques semaines après, il est tombé gravement malade et il n’y a guère d’espoir de guérison. Naturellement les païens n’ont pas manqué d’attribuer cette maladie à la vengeance de la déesse. Mais notre néophyte n’a cure de leurs sarcasmes et donne à tous un magnifique exemple de résignation chrétienne. »

A l’église de l’Assomption à Penang, M. Louis Duvelle a, lui aussi, célébré ses noces d’argent sacerdotales. Il est si entièrement dévoué à ses paroissiens et si aimé de tous, que son jubilé a été une grande fête de la famille. De plus, les Pinangais ont un bon cœur et sont pleins d’entrain. Aussi, quand il s’est agi de témoigner leur reconnaissance et leur affection à leur bien-aimé pasteur et père, ils n’ont pas fait les choses à-demi.
Les paroissiens de l’église indienne de Saint-François-Xavier sont fiers de l’élévation à l’épiscopat de Mgr Perrichon qui fut leur curé pendant plus de 21 ans, mais ils le regrettent beaucoup. Ils ont raison de dire que ce qui est un grain pour le diocèse est une perte pour eux ; M. Sausseau se montera le digne successeur de Mgr le Coadjuteur dans cette importante paroisse.
Les chrétiens de Pulotikus sont en deuil de leur missionnaire, M. Pierre Perrichon, décédé le 30 septembre 1920. C’était la bonté personnifiée. Il était universellement aimé. M. Tour qui le remplace : travaille de tout cœur à faire de cette paroisse une paroisse foncièrement chrétienne.

En terminant, je me plais à redire que notre Mission est une des plus favorisées sous le rapport des écoles tenues par les Frères des Ecoles Chrétiennes et les Sœurs de Saint-Maur.
Nos sept villes principales ont chacune leur école des Frères pour les garçons et leur école des sœurs pour les filles. Penang est même plus privilégié, puisque les frères et les sœurs y ont une seconde école à Pulotikus et les sœurs une troisième attachée à l’Eglise Saint François-Xavier. Nous prions Notre-Seigneur de récompenser le dévouement de nos religieux et de nos religieuses en répandant ses plus abondantes bénédictions sur leurs personnes, sur leurs établissements et sur leurs travaux.


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