| Année: |
1924 |
| Pays: |
Malaisie |
| Mission: |
Malacca |
| Rédacteur: | Mgr Barillon |
II. — Malacca
Population catholique 45.637
Baptêmes d’adultes 1.168
Baptêmes d’enfants de païens 1.614
Conversions d’hérétiques 43
En nous adressant son compte rendu, Mgr Barillon, avec la joie d’apprendre une amélioration très sensible dans son état de santé, nous donne l’espoir fondé d’une guérison complète et prochaine. Tous les lecteurs de ce compte rendu demanderont à Dieu que cet espoir se réalise.
« Dieu merci, écrit Mgr de Malacca, mes confrères se sont bien gardés de suivre mon mauvais exemple. Ils ont continué de travailler de tout cœur, et, en général, les santés sont restées assez bonnes. Toutefois, M. Auriol, étant allé jusqu’au bout de ses forces, a dû retourner en France pour se soigner. Mais, d’autre part, M. Auguin nous est revenu et Mgr Perrichon ainsi que M. Renard doivent aussi rentrer avant la fin de l’année pour se remettre au travail avec un nouvel entrain.
« Au point de vue matériel, la situation générale dans la Presqu’île de Malacca est loin d’être brillante. L’année dernière avait vu un renouveau d’activité commerciale ; aujourd’hui, la gêne semble s’accentuer de plus en plus. Beaucoup de personnes ne peuvent plus trouver de travail ; les produits du sol, le caoutchouc en particulier, se vendent à des prix très inférieurs, et pendant ce temps, la vie reste toujours chère... Rien d’étonnant que, non seulement les victimes du chômage, mais aussi les petits employés des villes et surtout les agriculteurs se trouvent, plus ou moins dans la misère. Or, un très grand nombre de nos chrétiens appartiennent à ces deux dernières catégories.
« Au point de vue spirituel, nos baptêmes d’adultes sont d’une quarantaine inférieurs à ceux de l’année dernière ; par contre, les baptêmes d’enfants de païens ont augmenté de plus de deux cents. La progression des communions de dévotion s’est encore accentuée et a atteint un total de 521.95. Sans doute, elles proviennent en grande partie de nos communautés religieuses, avec leurs pensionnats et orphelinats où la communion quotidienne est en honneur ; mais il y a aussi de simples paroisses, comme celle de SS.-Pierre et Paul et celle du Sacré-Cœur à Singapore, qui en enregistrent plus de 25.000, tandis que plusieurs autres dépassent 10.000.
« Je recueille maintenant dans les rapports de nos confrères les détails les plus intéressants sur la vie de leurs postes et le progrès de leurs œuvres.
« La chapelle de la Sainte-Famille ; construite dans un quartier du bord de la mer à Singapore, a été bénite et inaugurée le 11 novembre. On n’a pas tardé à constater combien elle répondait à une véritable nécessité. La messe y est célébrée deux dimanches par mois et même tous les dimanches pendant les vacances scolaires, par les soins de M. Ruaudel, curé de la cathédrale, et grâce au dévouement de M. Ouillon, Procureur de la Société à Singapore qui veut bien nous aider autant qu’il peut pour assurer le service des messes. M. Ruaudel nous fait remarquer que la Société de Saint-Vincent de Peut voit le nombre de ses clients augmenter chaque mois, à cause de la vie chère et du manque de travail.
« Aux deux églises chinoises existant déjà dans la ville de Singapore, le grand désir de M. Mariette serait d’en ajouter une troisième pour les Fokinois, qui sont très nombreux et très influents. Nous comptons plusieurs centaines de chrétiens parmi eux, mais les conversions seraient moins rares s’ils avaient une église séparée. La grande difficulté est de trouver un emplacement assez spacieux, pas trop éloigné et... pas trop cher. La solution du problème a été confiée à la petite Sœur des Missionnaires, et il n’est pas douteux qu’elle saura bien la trouver.
« Depuis plusieurs années, c’était le presbytère de Sarangong, à sept milles et demi de Singapore, qui servait provisoirement d’école préparatoire pour l’enseignement du latin à nos candidats au Sacerdoce, avant leur entrée au Collège de Penang. Ce provisoire va cesser car nous avons fait bâtir, dans cette même localité, un Petit Séminaire proprement dit. Sa construction vient d’être terminée. Il reste maintenant à aménager cet établissement, à l’organiser et à en assurer le bon fonctionnement.
« Les noces d’or sacerdotales sont excessivement rares dans notre Mission. Aussi, ce sera un privilège exceptionnel pour notre cher doyen, M. Belliot, de célébrer les siennes le 15 septembre prochain. Il y a six ou sept ans, sa santé laissait à désirer ; elle s’est grandement améliorée depuis, et nous avons l’espoir fondé que, pendant bien des années encore, il pourra prendre soin du poste Saint-Joseph de Bukit Timah, dont il est chargé depuis si longtemps.
« Dans le territoire de Malacca, M. François a eu deux inaugurations : l’une à Ayer Salak et l’autre à Merlimau. Ayer Salak est une chrétienté fondée par le frère du Bienheureux Borie. En 1871, il fut remplacé par M. Galmel qui dota ce poste d’une jolie petite église en forme de croix avec deux clochers à la façade. Cette miniature de cathédrale était depuis longtemps insuffisante pour les 500 fidèles d’Ayer Salak, et elle avait besoin d’être réparée de fond en comble. Restaurer et agrandir, tel a été donc le double but de notre confrère et tout le monde s’accorde à dire qu’il y a parfaitement réussi. Sans détruire entièrement l’ancienne construction, c’est pratiquement une nouvelle église qu’il a fait surgir de terre et qui a tout à fait bonne apparence.
« Par contraste avec Ayer Salak, Merlimau est une chrétienté de fondation toute récente, composée de chinois baptisés dans ces dernières années ; elle compte bon nombre de catéchumènes. Les uns et les autres ont toujours à lutter contre les sociétés secrètes, et comme ils sont trop éloignés de Malacca pour s’y rendre facilement, il leur fallait un lieu de réunion bien central. M. François y a pourvu en acquérant un terrain à proximité du village, sur lequel il a bâti une chapelle école. »
« De Seremban, ville principale des Negri Sembilan, M. Fourgs écrit : « Nous avons eu quelques cas bien intéressants de conversions parmi les adeptes de la secte méthodiste. Naturellement leur Pasteur a fait tout son possible pour mettre des bâtons dans les roues et les empêcher de venir à nous, mais la grâce de Dieu a été plus forte, et huit d’entre eux ont fait leur abjuration. D’autre part, de jeunes chinois qui ont fait leurs études sont aussi entrés dans le bercail. On sent chez la jeunesse un besoin de religion. La difficulté pour eux est de savoir laquelle choisir. A ce point de vue, nos jeunes gens catholiques pourraient faire beaucoup pour les éclairer et les mettre sur la voie. Mes anciens orphelins qui travaillent aujourd’hui dans les offices du gouvernement m’en ont amené deux ; ceux-ci sont maintenant baptisés et tout heureux d’être chrétiens. Puisse leur bonheur devenir une prédication et amener de nombreuses recrues. »
« M. Baloche, qui est chargé de tous les Indiens du Negri Sembilan et du territoire de Malacca, continue de visiter les nouvelles plantations. Il a pu ainsi faire beaucoup de bien parmi des groupes de chrétiens qui n’avaient pas vu le prêtre de plusieurs années, et il estime qu’il y en a bien 1.100 dans le Negri Sembilan.
« Après avoir été de longues années curé de l’Assomption à Penang, M. Louis Duvelle a été transféré à la paroisse Saint-Jean de Kuala Lumpur. Ici les nuits sont moins chaudes, et la santé de notre confrère s’y est grandement améliorée. Dans cette ville de Kuala Lumpur, le curé des Indiens a pu enfin se bâtir un presbytère très convenable. C’est le complément de l’installation de ce poste de Saint-Antoine, dont l’église a été construite, il y a une dizaine d’années, et M. Le Mahec doit être félicité d’avoir mené tout cela à bonne fin.
« Ecoutons maintenant M. Souhait : « Cette année, écrit-il, a été une année bénie pour le nouveau poste de Klang. D’abord, trois nouvelles chapelles ont été construites dans le district, sans que le missionnaire ait eu à délier les cordons de sa pauvre bourse. La première est à Jeram, la seconde à Kapar et la troisième vient de s’ouvrir à Batu Tiga. Elles sont dues à la bienveillance et à la générosité des planteurs de ces localités qui s’intéressent aux coolies chrétiens : Je puis ainsi leur porter les secours de la religion tous les deux ou trois mois. D’autres chapelles seraient nécessaires à Morib et à Batang Berjuntai, mais les planteurs y sont moins bien disposés et les pauvres chrétiens ainsi que le missionnaire ne sont pas en fonds. D’autre part, ce qui m’a causé la plus grande joie et est d’une importance capitale pour mon poste, c’est la fondation à Klang d’une école de filles par les Dames de Saint-Maur, qui en ont fait une annexe de leur grand établissement de Kuala Lumpur. C’était si triste de voir nos pauvres enfants aller chez les méthodistes ! Cette école des Sœurs est déjà fréquentée par 65 élèves, et ce nombre ne fera qu’augmenter. »
« M. Maury a profité d’une occasion très avantageuse pour doter, lui aussi son poste de Batu Gajah d’un nouveau presbytère. La maison en planches qu’il habitait n’était plus guère solide ; elle avait été construite, il y a plus de trente-cinq ans, par celui que tout le monde appelait alors « le bon vieux Père Allard ». Maintenant M. Maury va travailler à transporter sa chapelle de Kapar dans un endroit plus abordable que le sommet de la colline où elle est perchée actuellement, et il tâchera de l’établir d’une manière solide et durable.
« C’est exactement ce que M. Coppin vient de faire à Sungei Siput, dans le district d’Ipoh. Une vraie petite église y a été inaugurée le premier avril ; elle est située sur un terrain bien central. Parmi les conversions qu’il a obtenues dans cette région, notre confrère cite celle d’un chinois du nom de Tchong You qui s’était voué à une déesse appelée Ho Sien Kou. Plus tard, il étudia la doctrine chrétienne et fut admis au baptême. Mais avant de le recevoir il subit une sorte de possession diabolique. Ho Sien Kou avouant devant les païens qui l’interrogeaient que cet homme lui appartenait, qu’elle était toujours vaincue par le Dieu des chrétiens, que la Religion catholique était la seule vraie, etc. Le pauvre Tchong You retrouva enfin le calme, reçut le baptême et fut désormais à l’abri de ces tracasseries.
« M. Hermann raconte le fait suivant : « Lors de ma dernière visite dans les plantations, je rencontrai un chrétien indien qui n’avait pas été toujours exemplaire : A une certaine époque il s’était même fait pasteur protestant. Je l’exhortai de mon mieux et l’engageai à venir faire ses pâques. Il me répondit qu’il était sourd ; il l’était, mais plus de cœur que d’oreille. Or, il y a trois semaines, je fut appelé à l’église et ne fus pas peu étonné d’y trouver mon sourd. Il me dit qu’il se sentait très mal, qu’il allait mourir, et demandait les derniers sacrements. J’entendis volontiers sa confession, mais pour la communion en viatique et l’extrême-onction, je ne le croyais pas assez malade. Lui et ceux qui l’accompagnaient insistèrent tellement que je cédai. Le surlendemain, il était mort. »
« Le poste indien de Bagan Serai compte à peine 606 chrétiens dans le voisinage de l’église, mais il y en a plus de 1.400 dispersés dans tout le district. M. Riboud, afin de les atteindre tous autant que possible a partagé ce district en différents groupements avec des centres déterminés qu’il visite régulièrement pour y faire l’administration. « Une double épidémie, écrit-il, a visité mon poste : une de grippe d’abord, puis une autre de choléra. Chaque fois nous avons eu recours à la prière publique ; nous avons porté en procession la statue de saint Sébastien et ces épidémies ont vite disparu. »
« M. Devals a succédé à M. Louis Duvelle comme curé de la paroisse de l’Assomption à Penang ; il écrit ce qui suit : « Cette année a apporté à la paroisse un grand sacrifice et un grand deuil. Elle a vu partir avec regret celui qui a été pendant treize ans son pieux et très aimé pasteur. D’autre part, le décès de Mère Sainte Herminie, Supérieure du couvent de Penang et Visitatrice de tous les couvents de la Mission, a provoqué un deuil universel. Les neuvaines pour obtenir sa guérison, l’immense foule présente à ses obsèques, les nombreuses messes offertes pour le repos de son âme, les témoignages de sympathie venus de tous les rangs de la société, sans distinction de nationalité ni de religion, prouvent en quelle haute estime elle était tenue par tous, et combien est appréciée l’œuvre de charité et d’éducation que les Dames de Saint-Maur accomplissent parmi nous. A côté de nos tristesses, il y a aussi nos joies : Une nouvelle chapelle a été ouverte à Sungei Patani, au centre de Kedah. Elle est dédiée à Saint-Laurent. Lors de ma dernière visite, il y avait près de cent personnes présentes à la sainte Messe. La chapelle de Saint-Michel à Alor Star a été agrandie et embellie. Là aussi les chrétiens se multiplient et le besoin d’une école catholique s’est fait sentir. »
L’an dernier, M. Devals était chargé de la paroisse chinoise des Sept-Douleurs à Penang : il avait ouvert une souscription parmi les chrétiens pour couvrir les frais de réparations urgentes et de construction d’une nouvelle maison de doctrine. M. Goyénèche qui l’a remplacé est en train de faire exécuter tous ces travaux. Il est heureux d’avoir un bon nombre de catéchumènes qui se préparent au baptême, et il espère que d’autres viendront les rejoindre dans le courant de l’année.
« Je ne veux pas clore ce compte rendu sans dire, en mon nom et au nom de mes missionnaires, la profonde reconnaissance que nous garderons fidèlement à la si regrettée Mère Sainte Herminie, pour tout le bien qu’elle a fait dans notre Mission pendant les vingt années qu’elle y a travaillé. Elle était vraiment une femme admirable ; pleine de cœur, d’intelligence et de jugement, toujours calme et infatigable, elle se rendait compte de tout par elle-même, examinait et aplanissait les difficultés, veillait au maintien de l’ordre et de la discipline et possédait à un rare degré les dons de bon conseil et de bon gouvernement ; aussi elle exerçait autour d’elle une influence considérable. Elle était surtout une sainte religieuse, animée d’un grand esprit de foi au service de Dieu, et d’un dévouement sans bornes au service du prochain. Quand elle voyait une bonne œuvre à accomplir, elle n’hésitait pas à l’entreprendre, et encourageait ses filles à aller toujours de l’avant sans craindre les obstacles. Dans ses doutes, elle recourait à son évêque, avec la simplicité d’un enfant, et se montrait heureuse de suivre ses directions. Aussi Dieu s’est plu à répandre sur ses longs travaux et sur tous les établissements de son Institut en Malaisie, d’abondantes bénédictions qui sont certainement, le gage de la couronne qui l’attendait au Ciel. Opera enim illorum sequuntur illos. »
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