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Rapport annuel des évêques

Année: 1925
Pays: Malaisie
Mission: Malacca
Rédacteur:Mgr Barillon

II. — Malacca

Population catholique 49.432
Baptêmes d’adultes 1.148
Baptêmes d’enfants de païens 1.583
Conversions d’hérétiques 35


Mgr Barillon nous écrit : « Située à égale distance de l’Inde et de la Chine, avec de grandes facilités de transport par voie de mer, la Presqu’île de Malacca devient de plus en plus une colonie Indochinoise par excellence.
Il y a déjà bien longtemps que Chinois et Indiens se sont habitués à la regarder comme une autre terre promise où la fortune leur sourit ; mais ils y affluent surtout aux époques de plus grande détresse dans leur contrée ou de plus grande prospérité dans ces pays-ci.
C’est ainsi qu’en raison de l’état actuel d’anarchie qui désole certaines parties de la Chine, bon nombre de Chinois des provinces méridionales sont venus chercher en Malaisie la paix et la sécurité qu’ils ne pouvaient plus trouver chez eux. D’autre part, le retour de conditions plus favorables pour la culture du caoutchouc ramène les travailleurs indiens dans les plantations anciennes et nouvelles. Les missionnaires qui s’occupent d’eux rencontrent presque partout des groupes plus ou moins nombreux de chrétiens qui, la plupart du temps, se trouvent à de grandes distances des églises.
En conséquence, le chiffre des chrétiens a notablement augmenté dans quelques districts ; et tandis qu’en temps ordinaire les baptêmes d’enfants et d’adultes avec les recrues de l’immigration apportent un accroissement annuel de 1.500 à 2.000 au total de notre population catholique, celle-ci, dans ces derniers temps, a progressé de 45.637 à 49.432.
Il va sans dire que le travail d’administration augmente en proportion et surcharge nos confrères ; toutefois il ne leur fait pas perdre de vue l’œuvre capitale de l’évangélisation des païens. Au contraire, ils profitent de toutes les occasions favorables pour étendre le royaume de Dieu, et nous verrons dans le cours de ce compte rendu que de nouveaux postes sont en voie de formation dans les Etats de Johore, de Pahang et de Kedah. Quel dommage que le manque d’ouvriers apostoliques et de catéchistes nous empêche de pousser plus activement le développement de ces nouveaux centres de vie chrétienne ! Et pourtant, avec le retour de MM. Louis Duvelle et Devals qui sont allés se reposer quelques semaines au Sanatorium Saint-Théodore, nos cadres seront au grand complet. Le fait est assez rare pour mériter d’être signalé, et nous en remercions la Divine Providence.

Il est hors de doute que l’établissement d’une base navale va donner à Singapore une importance beaucoup plus considérable que celle qu’elle possède déjà comme centre commercial et comme point stratégique de tout premier ordre sur la grande route maritime de l’Extrême-Orient. Tandis que la ville occupe la partie méridionale de l’île, la base navale sera située juste à l’opposé, sur la côte septentrionale que baigne le détroit de Johore. Ces deux points sont déjà reliés ensemble par une route directe de six lieues. Jusqu’ici il ne s’agit encore que de travaux préliminaires, et un petit nombre seulement de nos catholiques qui y sont employés ont dû se transporter dans le voisinage de la future base. Mais à mesure que les travaux augmenteront en importance et en intensité, c’est une petite ville qui se formera de ce côté, et avant longtemps il nous faudra penser à la doter d’une chapelle.
M. Renaudel, curé de la cathédrale, se réjouit d’une augmentation sensible dans le nombre des communions, due à la dévotion au Sacré Cœur qui s’affermit de plus en plus parmi la jeunesse. Les vieux se montrent plus récalcitrants, bien qu’il y ait d’heureuses exceptions parmi eux. Un fait extraordinaire a grandement encouragé cette dévotion. Il y a quelques mois, un violent incendie dévorait la moitié d’un gros village dans la banlieue de Singapore. Une maison de chrétiens fut épargnée tandis que toutes les maisons voisines furent réduites en cendres. Après l’incendie, on remarqua qu’il y avait une belle image du Sacré Cœur au-dessus de la porte de cette maison, à l’extérieur. Les païens eux-mêmes n’hésitèrent pas à attribuer sa préservation à une protection toute spéciale.
« La paroisse chinoise de Saint-Pierre et Saint-Paul, écrit M. Mariette, est en deuil de son vieux catéchiste Tie-Tsiou, Jean Sih Toa Ti. Entré au service de l’église en 1881, il exerça ses fonctions avec conscience et dévouement pendant quarante-quatre ans. Homme de foi et de grande vertu, très dur pour lui-même et un peu pour les autres, il fut le catéchiste modèle et le bras droit du missionnaire. Profondément pieux, ses grandes dévotions étaient la sainte messe et la visite au Très Saint-Sacrement. Chaque matin, il entendait autant de messes qu’il pouvait dans les différentes églises de la ville, et passait une grande partie de l’après-midi devant le tabernacle. Jésus-Eucharistie le paya de retour en donnant la vocation sacerdotale à son plus jeune fils. Il était fier de « son prêtre ». Mais il ne manquait jamais de lui rappeler les obligations et responsabilités de son saint état. A chaque visite, M. Michel Sih devait écouter un petit sermon, donné avec l’autorité d’un père parlant à son fils, et le respect d’un chrétien s’adressant à un prêtre. »
A Seranggong, M. Bécheras a deux écoles pour les garçons, l’une chinoise et l’autre anglaise, comptant 183 élèves, et une école de filles qui en a 65. Il ne veut absolument rien négliger pour procurer lui-même à ses jeunes gens la faculté de faire de bonnes études, tout en recevant l’instruction et la formation religieuses qui leur manqueraient totalement dans les écoles du Gouvernement.
Notre petit Séminaire de Saint-François-Xavier, bâti sur un des terrains de l’église de Seranggong, fonctionne depuis le mois de février, et M. Auriol revenu de France en bonne santé vient d’en être nommé supérieur. Nous n’avons qu’à nous féliciter du bon esprit et de l’application de nos étudiants eurasiens, chinois et indiens. Au début de l’année prochaine, deux d’entre eux rejoindront le philosophe et le théologien que nous avons au Collège de Penang. De plus, nos deux minorés ont été ordonnés sous-diacres, et dans quelque temps ils porteront à six le nombre de nos prêtres indigènes. Mais après, il faudra attendre plusieurs années avant d’avoir de nouveaux prêtres.

Il y a quatre ans, M. Henri Duvelle dotait le poste de Johore d’une grande église, mais son presbytère tombait en ruines ; il vient de le remplacer par une bâtisse bien solide. Depuis longtemps aussi, il désirait faire quelque chose pour l’évangélisation de Batupahat, jolie petite ville dans l’Etat de Johore, située à vingt-cinq lieues de sa résidence sur le détroit de Malacca. Profitant d’une bonne occasion, il s’y est procuré un pied-à-terre et y a installé un catéchiste. Il visite cette localité tous les mois et y a déjà obtenu quelques baptêmes de Chinois.
C’est encore dans l’Etat du Johore, mais tout au nord, que M. François vient d’ouvrir un nouveau poste, à Segamat. Segamat est, sans contredit, la ville la plus importante de toute cette région. Située sur la grande ligne de chemin de fer de la Péninsule, elle est devenue la résidence d’un « assistant adviser » et un centre administratif. La Mission y a acquis, en bonne place, un terrain avec une maison assez spacieuse pour servir de chapelle provisoire et d’habitation pour un catéchiste. M. François dit qu’il y a près de 300 catéchumènes chinois à Segamat et dans les environs. S’ils persévèrent et deviennent de bons chrétiens, d’autres suivront leur exemple et petit à petit nous aurons là un bon centre chrétien.
A la sortie de Johore, un embranchement de la voie ferrée traverse la partie est de Negri Sembilan et pénètre dans l’Etat de Pahang, jusqu’à Kuala Lipis. Sur cette ligne se trouvent, les villages de Triang et de Mentakab, que MM. Fourgs et François accompagnés de deux catéchistes ont visités tout récemment. Triang est entièrement peuplé par des chinois du Fokien et soixante-dix d’entre eux se sont inscrits comme catéchumènes. A Mentakab, les Pères trouvèrent un groupe de vingt chrétiens chinois et indiens, et c’est là que pour la première fois la sainte messe fut célébrée comme prise de possession de cette contrée « in nomine Domini ». M. Fourgs ajoute : « Mentakab, je crois, deviendra un centre qui commandera tout le sud de Pahang. »
M. Baloche, chargé de tous les Indiens des Negri Sembilan et du Territoire de Malacca, remplit un ministère d’autant plus méritoire qu’il est plus difficile. Il estime à un minimum de 2.000 le nombre de ses chrétiens. « Dans le Territoire de Malacca, dit-il, mes chrétiens sont mieux groupés et ont de petites chapelles dans les plantations. Mais dans les Negri Sembilan, ils sont absolument dispersés, de sorte qu’il est impossible de leur donner la messe sur place. Ils ne peuvent venir à l’église qu’aux grandes fêtes, et encore les planteurs se montrent difficiles en raison du manque de main-d’œuvre. J’ai peu de baptêmes d’adultes en perspective ; cependant le bon Dieu m’a fait jeter un beau coup de filet qui m’a donné la conversion de toute une famille de luthériens. Deux grandes filles ont été déjà instruites et baptisées sous condition avant leur mariage, et il reste encore six personnes de cette famille qui apprennent le catéchisme et seront catholiques d’ici peu. »

Les « Central Workshops » ou Ateliers Centraux du Chemin de fer, sont situés à sept kilomètres de Kuala Lumpur. Plusieurs centaines de nos Indiens catholiques qui y sont employés habitent dans le voisinage et forment une véritable paroisse, annexe de celle de Saint-Antoine dans la ville même. C’est dans le but de pourvoir aussi bien que possible à l’instruction des enfants de cette localité, écrit M. Le Mahec, que les Religieuses de Saint-Maur y ont bâti une nouvelle école. Cette construction très simple mais vaste et bien aérée suffira pour de longues années aux besoins des Workshops. Elle a pourtant un inconvénient : celui de faire ressortir encore davantage la pauvreté du bâtiment d’à côté qui sert de chapelle. »
La liste déjà longue des écoles tenues par nos toutes dévouées Religieuses va encore s’augmenter d’une unité, car elles sont décidées à prendre, en janvier prochain, la direction de l’école Sainte-Cécile de Telok Anson, qui deviendra comme une annexe d’Ipoh. « Elles seront les bienvenues, s’écrie M. Perrissoud, et pour la population, et pour le pasteur. »
M. Maury écrit de Batu Gajah où il a sa résidence : « Cette année, j’ai pu enregistrer quarante baptêmes solennels d’adultes, grâce aux conversions obtenues à Sitiawan. Au mois de juillet j’ai visité tous ces braves gens et j’ai constaté avec plaisir qu’ils sont simples, sincères et très heureux d’être chrétiens. Quoiqu’ils soient entourés de méthodistes, j’espère qu’ils persévèreront et que leur nombre ira en augmentant. La construction de ma nouvelle église de Kampar est très avancée et j’espère qu’elle pourra être bénite en novembre. »
M. Coppin, malgré bien des ennuis et difficultés, a conduit à bonne fin les travaux d’agrandissement de l’église Saint-Michel. Elle était déjà spacieuse mais cependant insuffisante, parce qu’elle est l’église paroissiale des chrétiens européens, eurasiens et chinois de la ville et du district d’Ipoh. Notre confrère se plaint de ce qu’elle est encore trop petite pour les jours de fête. Au fond, il en est bien content, car quel est le pasteur qui n’est pas ravi de voir s’augmenter sans cesse le troupeau confié à ses soins ?
Dans la même ville, M. Dérédec se prépare à agrandir lui aussi son église qui aurait besoin d’être plus que doublée pour ses 1.500 Indiens catholiques.
M. Cardon nous écrit : « J’ai béni, à l’embouchure de la rivière de Taiping, dans un village en majeure partie chrétien, une maison d’école chinoise bâtie par les chrétiens eux-mêmes. Elle me servira de chapelle pour dire la messe, et je compte y aller régulièrement une fois par mois, car ces pauvres pêcheurs sont trop loin de l’église pour y venir fréquemment. Ils sont un peu turbulents, mais la bonne Sainte Anne que je leur ai donnée pour patronne les aidera à adoucir leur caractère. »
Cette année, M. Hermann a fait de nouveau et aussi exactement que possible le recensement des catholiques indiens de la ville et de la région de Taiping. Ils sont sensiblement plus nombreux qu’il ne pensait. Bon nombre d’entre eux possèdent un petit lopin de terre où ils ont construit une maison. Cette propriété ne leur rapporte pas grand’chose, mais jusqu’ici elle les a empêchés d’aller chercher fortune dans des endroits sans prêtre et sans église. Seulement, ces terrains contiennent, paraît-il, de l’étain et on leur en offre un bon prix. Combien vont résister à la tentation ?

En continuant de remonter vers le nord, nous arrivons à Saint-Joseph de Bagan Serai qui est le fief du brave M. Riboud. C’est de là qu’il rayonne au loin pour administrer les trop nombreux chrétiens dont hélas ! il reste seul chargé. En effet, depuis le décès de son voisin, M. Auvé, il a dû aussi prendre soin du poste de Nibong Tebal et d’une grande partie des fidèles qui en dépendaient ; de sorte qu’actuellement le nombre de ses chrétiens dépasse 4.000 ! Evidemment il y a là une situation tout à fait anormale, mais que faire en face de l’impossible ?
C’est pour la même raison de manque de personnel que Mgr Perrichon à dû aller remplacer lui-même à Penang M. Devals auquel il fallait absolument donner quelque repos, sous peine de le voir mis hors de service pour bien plus longtemps.
M. Sausseau, curé des Indiens de Penang, se réjouit de pouvoir enregistrer un accroissement du nombre de ses chrétiens, des communions annuelles et de dévotion, ainsi que des baptêmes d’adultes.
Au poste chinois de Notre-Dame des Douleurs, M. Goyénètche a non seulement achevé sa belle construction pour maison de doctrine et école, mais encore il a pratiquement refait à neuf le presbytère et ses dépendances. C’est une rénovation générale qu’il rêve de compléter — un peu plus tard — en dotant l’église d’un clocher. Il est très sympathique à ses chrétiens qui l’aident généreusement. « Parmi mes catéchumènes, écrit-il, il y a trois familles entières de Fokinois. Un jour, une Fokinoise, nouvellement baptisée, m’amène une de ses amies qui portait dans ses bras son petit enfant malade et me demandait de le baptiser avant qu’il mourût. J’accédai aussitôt à son désir. Dans la suite l’enfant guérit et les parents, au comble du bonheur se sont fait inscrire comme catéchumènes. Un peu plus tard ils m’amenèrent deux autres familles de leurs amis. Tous ces braves gens ont montré tant de bonne volonté à s’instruire que j’aurai sous peu le bonheur de les baptiser. »
Depuis son retour de France, M. Renard est chargé de la paroisse de Pulo Tikus. Il constate avec joie qu’il y a encore beaucoup de foi et de piété parmi ses paroissiens comme le prouve le chiffre de 15.500 communions pour une population de 650 catholiques. Mais il ajoute qu’il y a aussi bien des misères : un certain nombre de jeunes gens ne restent pas à l’école assez longtemps pour acquérir une éducation suffisante ; il s’ensuit qu’ils ne peuvent trouver d’emploi et, étant sans travail, leur conduite est loin d’être satisfaisante.
C’est aussi M. Renard qui s’occupe des chrétientés d’Alor Star et de Sungei Patani, dans l’Etat de Kedah. « A Alor Star, écrit-il, il y a une association catholique qui s’occupe de l’église, paie le catéchiste indien et les dépenses du prêtre quand il va les visiter. Il y a là 147 chrétiens, dont 55 Européens et Eurasiens, 71 Indiens et 21 Chinois. Leur nombre augmentera sans doute un peu, mais pas beaucoup, parce que autour de la ville ce ne sont que des rizières occupées par des Malais.
Le poste de Sungei Patani est bien plus important et le deviendra encore davantage. Le catéchiste a trouvé 617 chrétiens indiens dans les vingt-quatre plantations qu’il a visitées. De plus, il y a dans ce district 27 Européens catholiques, dont 20 adultes venant régulièrement à l’église. Là aussi, il y a une association catholique bien organisée et ce sont les chrétiens qui paient le catéchiste et les dépenses du missionnaire. Il faudrait à Sungei Patani un prêtre en résidence, et le plus tôt sera le mieux. » Ajoutons que nous sommes en train d’acquérir, dans cet endroit, un terrain plus vaste que celui que nous y possédons actuellement, en vue d’une installation plus complète quand elle nous sera possible.
Dans son nouveau poste de Ballik Pulau, M. Auguin ne manque pas d’ouvrage avec ses 1.300 chrétiens dispersés dans la montagne et ses écoles chinoises et anglaises de garçons et de filles. La construction d’une nouvelle école et la surveillance de son entrepreneur et des ouvriers lui ont causé beaucoup d’ennuis.

Depuis qu’il nous est revenu, Mgr Perrichon a été presque continuellement en voyages et en visites aux différents postes de la Mission, se mettant entièrement à la disposition des Confrères pour les confirmations et autres occasions extraordinaires. Daigne Notre-Seigneur lui conserver longtemps la belle santé et les forces qu’il a rapportées de France !


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