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Rapport annuel des évêques

Année: 1926
Pays: Malaisie
Mission: Malacca
Rédacteur:Mgr Barillon

II. — Malacca.

Population catholique 52.161
Baptêmes d’adultes 1.244
Baptêmes d’enfants de païens 1.732
Conversions d’hérétiques 35


Mgr Barillon nous écrit : « La plupart des colonnes de notre tableau d’administration accusent des progrès sensibles. Nos baptêmes d’adultes ont passé de 1.148 à 1.244 ; nos baptêmes d’enfants de païens ont été de 1.732 au lieu de 1.583 ; et nos communions de dévotion ont atteint le chiffre de 551.837, en augmentation de plus de 10.000 sur l’exercice précédent.
D’autre part, notre population catholique compte 2.729 fidèles de plus que l’an dernier et est maintenant de 52.161. Sans doute, l’immigration indienne de ces derniers temps est pour beaucoup dans cet accroissement ; toutefois, il repose aussi sur d’autres bases plus solides et plus permanentes, je veux dire les conversions de païens et les naissances d’enfants de chrétiens ; en 1920, ces dernières nous donnaient 1.659 baptêmes, elles viennent de nous en donner 2.202. C’est pour nous une constatation de la plus grande importance : elle montre clairement que non seulement le nombre de nos catholiques, mais aussi le nombre de nos familles catholiques augmentent notablement, de manière à doter nos communautés chrétien-nes d’une somme toujours plus grande de vitalité et de stabilité.
Les exercices du Jubilé ont déjà eu lieu dans un bon nombre de paroisses, et les retours à Dieu qui en ont été le résultat n’ont pas peu contribué à grossir le chiffre des confessions et des communions. Cependant la plupart des paroisses de langue anglaise attendent pour les mois d’octobre et de novembre des prédicateurs spéciaux qui y donneront de véritables missions. Nos gens aiment beaucoup ces prédications extraordinaires ; elles sont d’ailleurs nécessaires pour ramener les égarés, réveiller les endormis et infuser un regain de ferveur dans nos centres chrétiens. Le vénérable Mgr Mérel s’est montré absolument infatigable au cours des retraites de jubilé qu’il a prêchées dans six paroisses chinoises de Singapore et de la province de Wellesley. Je suis particulièrement heureux de me faire ici l’interprète de nos confrères pour le remercier de tout le bien qu’il a fait à leurs chrétiens et de la grande édification qu’il a laissée parmi eux.

Cette année encore, nos cadres se sont maintenus au complet. Mais nous avons eu des alertes, et il reste des points noirs à l’horizon. Ce fut d’abord M. Riboud qui dut interrompre ses courses apostoliques parmi les Indiens des plantations, en s’avouant vaincu par la fatigue, et se rendre à l’hôpital de Penang. Dieu merci, l’opération qu’il a dû subir a fort bien réussi et notre confrère s’est remis au travail avec une nouvelle ardeur.
Au mois de juillet, un de nos vétérans, M. Gazeau, eut une forte crise. Heureusement son Docteur qui le connaît depuis longtemps sut vite conjurer le danger ; mais il déclara formellement que, sous peine de rechutes fatales et à brève échéance, le Père ne devait plus continuer de travailler comme il le faisait depuis tant d’années. Sans plus tarder, nous lui avons donné un assistant tout dévoué dans la personne de M. Joseph Li.
A son tour, M. Le Mahec vient de subir une très grave opération à l’hôpital de Singapore. Quel en sera le résultat ? Nous ne le saurons que plus tard ; mais d’ores et déjà on nous avertis qu’il ne pourrait plus prêcher ni faire de travail fatigant. Voilà donc encore un poste où il va falloir mettre deux missionnaires au lieu d’un ; d’autant plus qu’il s’agit de la grande paroisse de Saint-Antoine de Kuala Lumpur, où. M. Le Mahec est seul pour plus de 3.000 fidèles.
Ce sont là deux échantillons des surprises qui nous attendent à l’avenir car, d’une part, plus de la moitié d’entre nous sont des jubilaires avec un minimum de vingt-cinq ans d’apostolat, d’autre part, beaucoup de postes ont un ministère très chargé à cause des établissements scolaires et du nombre des chrétiens qui augmente sans cesse.
Nous voulions profiter de l’envoi de deux nouveaux missionnaires pour installer des nouveaux postes, dont les éléments sont tout préparés, et nous prenions des mesures dans ce but ; malheureusement les nouveaux besoins urgents dont nous venons de parler nous forcent à ajourner encore la réalisation de ce projet. Mais nous savons que l’un des grands attributs de la bonne Providence est son inlassable persévérance à nous secourir et nous comptons sur elle de plus en plus.

Le compte rendu d’il y a deux ans signalait les efforts de M. Mariette pour acquérir, dans la ville de Singapore, un terrain destiné à l’érection d’une troisième église chinoise à l’usage des Fokinois. La grande difficulté était de trouver, du côté du port, un emplacement assez vaste et... pas trop cher. Le compte rendu ajoutait : « La solution de ce problème a été confiée à la Petite Sœur des Missionnaires, et il n’est pas douteux qu’elle saura la trouver. » C’est ce qui est arrivé, d’une manière inattendue, après bien des recherches et des tentatives infructueuses. M. Mariette écrit à ce sujet : « Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, la future patronne de la nouvelle paroisse, s’est décidément mise de la partie et a fait réussir l’acquisi-tion du « vingt-unième terrain » pour lequel nous avons été en marché. C’est incontesta-blement le meilleur de tous, c’est-à-dire le mieux approprié et de beaucoup le moins cher. Situé sur une colline que les Malais ont surnommée « la jolie », il se trouve à proximité du débarcadère et à la jonction de deux routes qui y conduisent. Sa superficie est bien suffisante pour y installer toutes nos œuvres paroissiales. Naturellement c’est par l’église que nous commencerons, et la souscription a été commencée dès les premiers jours de l’année. Mon zélé vicaire, M. Etienne Li y a mis tout son cœur et y dépense tous ses moments libres. Il a mobilisé pour cela toutes les forces financières de la paroisse : Commerçants, ouvriers, mères de famille, jeunes gens, enfants des écoles, tous rivalisent de bonne volonté et de générosité... »
M. François continue d’enregistrer de nombreux catéchumènes chinois dans le territoire de Malacca, et surtout dans la partie nord de l’Etat de Johore ; son compte rendu en compte 330. Au cours de cet exercice, il a recueilli la belle gerbe de 119 baptêmes d’adultes dans ses différentes stations. « Il y a quelques mois, écrit notre confrère, j’avais annoncé à Votre Grandeur un nouveau champ d’évangélisation dans le district de Muar. J’y suis aIlé et j’y ai laissé un catéchiste que, faute de maison de doctrine, j’ai installé chez un gros propriétaire. Or, à mon insu, ce richard avait deux femmes chez lui. La deuxième femme apprit par des ouvriers qu’un chrétien ne pouvait garder qu’une légitime et qu’en conséquence elle aurait à quitter la maison avant le baptême du propriétaire... Mon catéchiste dut s’enfuir devant l’attitude menaçante de la dame ! Le pire de l’histoire, c’est que plusieurs des principaux catéchumènes sont dans le même cas. J’espère cependant qu’il sera possible de faire quelque chose dans cette localité. Quant à mon catéchiste, je l’ai envoyé dans un autre endroit, où il y a deux groupes de catéchumènes, d’une quarantaine d’hommes chacun, qui semblent vraiment désireux d’apprendre la religion. Ils ont construit une maison de doctrine que j’ai bénite tout dernièrement.
M. Baloche prend toujours soin des Indiens catholiques des Negri Sembilan et du territoire de Malacca. Il réside habituellement à Seremban, capitale des Negri Sembilan, avec M. Fourgs qui est chargé des Chinois et des Eurasiens. Mais chaque mois, il va passer une dizaine de jours à Malacca, pour y faire l’administration des chrétiens des plantations, dans l’une ou l’autre des six chapelles qu’on y a construites. « Depuis six mois, écrit ce confrère, il est arrivé un grand nombre de chrétiens des Indes. L’année dernière j’estimais à 2.000 le nombre total de mes paroissiens ; cette année mon catéchiste en a déjà compté plus de 2.000 rien que dans le Negri Sembilan ; ceux du territoire de Malacca et du nord de Johore sont au moins 1.500. Il faudrait donc un autre missionnaire indien en résidence à Malacca pour s’occuper de ces derniers. »
M. Fourgs se plaint de ce que les Chinois hakkas se convertissent difficilement. « Les grâces de conversion, écrit-il, semblent avoir passé aux Fokinois. Voici à peu près un an que M. François et moi faisions notre première visite aux Fokinois de Triang, dans l’Etat de Pahang. Dès le début il y eut un bon nombre d’inscrits pour l’étude de la doctrine. Nous avons continué de les visiter une fois tous les deux mois, et maintenant le nombre des catéchumènes approche de la centaine. Il y a là une maison de doctrine, et le catéchiste qui en est chargé a fait de la bonne besogne. Tout prochainement nous allons en baptiser une trentaine… A Seremban, nous avons lancé la souscription pour la future église indienne, mais elle marche plutôt lentement... Nos Mantras de Labu ont rebâti, avec des matériaux de la grande forêt, leur petite chapelle de la Maternité de la Sainte Vierge. Tous les dimanches, le catéchiste Francis y réunit pour les prières les Sauvages des environs. Le mois dernier ils furent tout heureux d’avoir la messe dite dans leur petite chapelle par Mgr Perrichon. Enfin, Kuala Pilah aussi aura bientôt sa petite église. Les catholiques y sont déjà une centaine. Puis les Fokinois sont nombreux dans toute cette région et j’espèce que la vue d’un temple du « Maître du Ciel » les fera penser à autre chose qu’à leur commerce et à leurs piastres. »
Le district de Klang, dans l’Etat de Selangor, compte 1.600 catholiques indiens. La ville de même nom possède une petite église en planches, devenue tout à fait insuffisante pour un tel nombre de chrétiens. Depuis bien des années, M. Souhait travaille à recueillir les fonds nécessaires pour la remplacer par une grande église en briques. Il quête partout où il peut, sans jamais se rebuter et non sans succès. Mais les bâtisses coûtent si cher ! D’autre part, comme le terrain actuel aurait nécessité des fondations très dispendieuses, il a obtenu du Gouvernement son échange avec un terrain plus élevé. Actuellement, écrit-il, il semble que tout est arrangé et approuvé ; il ne reste plus qu’à faire l’arpentage du nouveau terrain, mais il faudra encore patienter. Le besoin d’une église assez spacieuse se fait sentir de plus en plus. Beaucoup de chrétiens, les Européens entre autres, se dispensent de venir à la messe sous prétexte qu’il n’y a pas de place à l’église. Combien je voudrais leur enlever cette excuse ! »
Ecoutons maintenant M. Perrissoud nous donner des nouvelles de son district : « Au début de 1926, la ville de Telok Anson a vu avec grande joie arriver les Sœurs de Saint-Maur, qui sont maintenant chargées de l’Ecole Sainte-Agnès. Depuis leur arrivée, le nombre des élèves a déjà augmenté sensiblement et, sans nul doute, la période de croissance ne fait que commencer… A Sitiawan, la chapelle est devenue trop petite ; de plus, c’est à Simpang Ampat deux milles plus loin, que l’on a construit les offices gouvernementaux. Il faut donc songer à y bâtir une nouvelle chapelle plus spacieuse et plus durable… »
En continuant notre tournée dans Perak, nous passons par Kampar, où M. Maury a achevé et béni une jolie petite église en novembre dernier. Il rêve maintenant de remplacer la vieille église de son poste chinois de Batu Gajah. Elle est vaste, mais elle a trente-cinq ans d’existence et est toute en bois ; les fourmis blanches y ont fait de tels ravages qu’il est à peu près impossible de les réparer.

A la liste déjà longue de nos « Jubilaires », l’année 1926 en a ajouté deux nouveaux : M. Coppin qui est le seizième et M. Hermann, le dix-septième. Tous deux, depuis bien des années, exercent le saint ministère dans l’Etat de Perak, le premier parmi les Chinois d’Ipoh et le second auprès des Indiens de Taiping. Ils ont toujours été d’excellents ouvriers apostoliques et c’est de tout cœur que leurs confrères et leurs chrétiens se sont unis pour souhaiter de les voir travailler « per multos amplius annos. »
M. Cardon nous écrit : « Le 4 février dernier, j’ai béni la petite chapelle de Grit, bâtie par les soins de M. H. Berkeley, Chef de District du Haut Pérak. Elle est dédiée à Saint-Wulstan, évêque de Worcester, et est suffisante pour le « pusillus grex » de Grit. Si plus tard la population chrétienne augmente, et elle le fera à mesure que se développera ce poste avancé et que les moyens de communication en rendront l’accès plus facile, alors il sera aisé de construire quelque chose de plus grand : le terrain de cette chapelle ne comprend pas moins de cinq acres, sans compter, non loin de là, un autre terrain de quinze acres affecté à la Mission catholique et propre à la culture. C’est aussi M. Berkeley qui a donné l’emplacement de la chapelle Saint-Patrick à Kuala Kangsar. »
Le vaste district indien de M. Riboud comprend trois sections : la première dans Pérak, la seconde dans Kédah, la troisième dans la province de Wellesley. On y compte un total de près de 4.000 chrétiens qu’un seul missionnaire ne peut administrer convenablement, tant à cause de leur nombre que de leur dispersion. Heureusement, nous avons pu venir au secours de M. Riboud de deux manières : D’abord, nous lui avons donné comme assistant un de nos deux nouveaux prêtres, M. F. de Silva. Voici le témoignage qu’il lui rend au début de son rapport : « Avant tout, je dois citer à l’ordre du jour l’excellent coopérateur que Votre Grandeur m’a envoyé dans la personne du P. de Silva. C’est grâce à lui que pendant mon séjour à l’hôpital le poste a marché normalement. » D’autre part, nous l’avons aidé à se procurer une chapelle automobile qu’il appelle « la Roulotte de Sainte-Thérèse de l’Enfant Jésus », pour lui faciliter l’administration des chrétiens dans les plantations. Il vient de l’utiliser pour une tournée de huit jours, et il en est enchanté.
Le P. Seet, qui a la charge des trois postes chinois de la province Wellesley, prend soin aussi d’un groupement de chrétiens établis à Changlun, dans Kédah. Il est en train de leur bâtir une bonne chapelle en planches. Les fidèles auront ainsi un lieu bien convenable pour leurs prières, et le missionnaire un logement quand il ira les visiter.
A la paroisse de l’Assomption de Penang, M. Devais se prépare à agrandir son église, en y ajoutant deux bras de croix où l’on pourra placer les enfants des écoles. Il a d’abord commencé par faire les dégagements nécessaires, puis il a lancé parmi ses paroissiens une souscription qui est en bonne voie et lui donne le ferme espoir de pouvoir bientôt mener son projet à bonne fin.
M. Goyhénèche, curé de l’église chinoise de Notre-Dame des Sept Douleurs, est tout heureux d’avoir obtenir 34 baptêmes d’adultes. « Ces nouveaux convertis, écrit-il, sont en général très fervents. Quelques-uns sont aussi pleins de zèle et amènent leurs amis à la maison de doctrine pour apprendre le catéchisme. Avec la grâce de Dieu, la moisson pour l’exercice qui commence sera encore bonne. »
J’avais promis à M. Renard de le décharger de l’administration des postes indiens d’Alor Star et de Sungei Patani, dans Kédah, qui lui sont confiés en plus de sa paroisse de Pulo Tikus, à Penang. Il ne peut, en effet, les visiter alternativement qu’un dimanche par mois et par conséquent ne peut pas s’occuper suffisamment des 1.500 chrétiens qu’ils renferment. A mon grand regret, je me trouve encore dans l’impossibilité d’envoyer un missionnaire spécialement chargé de cette région.
M. Auguin constate que le nombre des chrétiens de son poste chinois de Balik Pulao augmente lentement mais sûrement. Il a aussi remarqué que le nombre des mariages varie selon le prix du caoutchouc : si celui-ci augmente, les mariages se multiplient ; s’il descend, les mariages sont rares. « Voilà, dit-il, une conséquence à laquelle les commerçants ne pensent guère, »

Le nombre des élèves qui fréquentent nos écoles de garçons et de filles donne un total de 12.799 ; sur ce nombre, nous en comptons 5.530 dans les écoles tenues par les Frères et 5.529 dans celles des Sœurs. L’augmentation très sensible du nombre des élèves des bonnes Religieuses vient, en grande partie, de la multiplication de leurs établissements scolaires. Les Frères ont 8 écoles et les Sœurs en ont maintenant 13. Il y a, certes bien peu de Missions qui soient aussi favorisées que la nôtre sous ce rapport. Nous en sommes toujours profondément reconnaissants au zèle et au dévouement des uns et des autres. »


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