| Année: |
1927 |
| Pays: |
Malaisie |
| Mission: |
Malacca |
| Rédacteur: | Mgr Barillon |
II. ― Malacca.
Population catholique 55.522
Baptêmes d’adultes 1.113
Baptêmes d’enfants de païens 2.047
Conversions d’hérétiques 53
Mgr Barillon nous écrit : « Cette année, en moins de six mois, notre Mission a perdu trois de ses missionnaires : MM. Gazeau, Le Mahec et Coppin, chargés l’un et l’autre de postes très importants. C’est dire qu’elle a été pour nous une année de grand deuil et de douloureuses épreuves.
Pendant ce temps, l’accroissement de notre population catholique s’est accentuée plus encore que les années précédentes ; elle a passé de 52.161 à 55.522. D’autre part, dès le début de cette année, nous avons pu réaliser deux progrès notables : l’un dans le Territoire de Malacca, en désignant un missionnaire spécialement chargé des Indiens qui y sont dispersés ; l’autre dans le nord de la Mission, en donnant son autonomie au nouveau district de Kedah, avec poste central à Sungei-Patani. Dieu veuille maintenant que le manque de personnel ne vienne pas nous obliger à rebrousser chemin au lieu de continuer notre marche en avant !
Notre chiffre de 1.113 baptêmes d’adultes, quoique satisfaisant, est sensiblement inférieur à celui de l’an dernier. Les missionnaires sont unanimes à dire que c’est là un contre-coup inévitable des événements de Chine.
Si l’esprit révolutionnaire, anti-étranger et anti-chrétien n’ose pas se manifester bien ouvertement, on le rencontre partout à l’état plus ou moins latent. A Singapore en particulier, il y a un ramassis de véritables bolchevistes avec qui la police a fort à faire. Continuellement les journaux nous apprennent que des coups de revoler ont été tirés dans telle ou telle rue, ajoutant de nouvelles victimes à celles de la veille ; il y eut même une émeute à l’occasion d’une manifestation en l’honneur de Sun Yat Sen ; la foule devint si menaçante que la police dut tirer sur elle. Cette échauffourée fut suivie du boycottage des trams sans rails qui viennent d’être installés dans les principales artères de la ville. Pendant de longs mois, aucun Chinois n’osa s’en servir par peur d’être tué sur l’ordre des chefs secrets du mouvement.
Ce sont là des conditions nettement défavorables à l’évangélisation. Comme compensation pour cette diminution de baptêmes d’adultes, la bonne Providence nous a octroyé une consolante récolte de plus de 2.000 baptêmes d’enfants de païens. Pour notre Mission, c’est un très beau résultat, dû surtout à nos si dévouées. Religieuses de Saint-Maur qui ont agrandi leurs crèches ou en ont construit de nouvelles comme celle qui vient d’être inaugurée au couvent de Singapore.
Dans les derniers mois de 1926, deux Pères Rédemptoristes de Manille ont donné des retraites de Jubilé dans nos églises de langue anglaise, en commençant par la cathédrale de Singapore ; et aux exercices pour la paroisse, ils ont partout ajouté des retraites spéciales pour les enfants de nos écoles de garçons et de filles. Leurs prédications ont eu le plus grand succès. Un des résultats tangibles a été l’augmentation des communions de dévotion qui se sont élevées de 563.000 à 609.000.
Le dernier compte rendu signalait l’acquisition, dans la ville de Singapore, d’un terrain très bien situé pour l’érection d’une troisième église chinoise, sous le vocable de Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus. La première pierre de la nouvelle église a été bénite par Mgr Perrichon le lundi de Pâques, et maintenant la construction avance rapidement. En prévision de l’avenir, elle aura des dimensions plus considérables que toutes celles que nous avons bâties jusqu’ici.
Le décès de M. Gazeau a été un grand deuil pour la paroisse chinoise du Sacré-Cœur à Singapore, paroisse dont il fut le fondateur et le pasteur très aimé depuis plus de seize ans. Entre autres témoignages de leur affection et de leur reconnaissance, ses paroissiens ont non seulement fait célébrer de très nombreuses messes basses pour le repos de son âme, mais encore, chaque jour du 25 février au 10 juillet, ils ont voulu avoir au moins une messe chantée à cette intention. Le bon Mgr Mérel a bien voulu prendre la place de M. Gazeau. En se chargeant du soin de cette paroisse qui compte 1.300 chrétiens, il avait un assistant dans la personne de M. Joseph Li. Cet assistant vient de lui être enlevé pour aller combler un autre vide fait à Kuala-lumpur par la maladie de M. Brossard. Voilà un détail qui en dit long sur notre pénurie de missionnaires.
Par suite de la mauvaise volonté d’un inspecteur d’écoles, M. Bécheras s’est trouvé aux prises avec de grosses difficultés et a dû lutter pour l’existence même de son école anglaise à Serangong. Ces difficultés n’ont fait que stimuler son ardeur, et il en est sorti victorieux sur toute la ligne. Sans aucune aide du Gouvernement, il a réussi à construire une jolie bâtisse qui lui donne des classes spacieuses et bien aérées, de sorte que l’avenir de cette école se trouve assuré.
Il y a trois ans, les Religieuses de Saint-Maur ouvraient une nouvelle école dans la ville de Johore, capitale de l’Etat indépendant de ce nom. Ellles s’installèrent d’abord dans une maison de location. Mais ce provisoire ne dura pas longtemps, grâce à la généreuse sympathie du Sultan et de la Sultane. Celle-ci donna gracieusement aux Sœurs un vaste terrain très bien situé, et le Sultan fit voter un généreux subside par son Conseil d’Etat. Les travaux furent commencés sans retard et, le 20 janvier dernier, le nouvel établissement était inauguré par le Sultan en personne.
Cette année encore, M. François a pu recueillir une belle gerbe de 106 baptêmes d’adultes, dans ses différents postes du Territoire de Malacca et du nord de Johore. Mais il est un de ceux qui ont eu particulièrement à souffrir du nouvel état d’esprit parmi les Chinois. « Le fait saillant de l’exercice 1926-1927, écrit-il, au point de vue de l’évangélisation dans mon district, est la diminution très sensible des catéchumènes et de la ferveur de ceux qui continuent d’apprendre la doctrine. Nous subissons la conséquence du mouvement xénophobe de Chine. »
M. Fourgs, lui aussi, est heureux d’avoir enregistré 50 baptêmes d’adultes chinois. « De ce nombre, dit-il, il y en a 37 pour Triang, dans l’Etat de Pahang. Ces baptêmes furent administrés en août 1926, c’est-à-dire, après un an de préparation ; car c’est en août 1925 que nous faisions, le P. François et moi, notre première visite à ce district de Triang. Depuis nous avons continué d’y aller aussi souvent que possible. D’autres catéchumènes sont aussi pas mal avancés dans la connaissance de la doctrine, et il est probable que d’ici deux ou trois mois nous aurons le bonheur de lier une autre gerbe. Depuis le mois d’avril, Kuala-Pilah a sa petite église Saint-Joseph. Grâces à Dieu, j’ai pu combler une lacune en y installant un catéchiste qui parle les deux dialectes « hacka » et « fokinois ». Il a déjà un petit groupe de catéchumènes. »
De même que M. Gazeau, à Singapore, M. Le Mahec fut, à Kuala-Lumpur, le fondateur de la paroisse indienne de Saint-Antoine, qu’il dota d’une église et d’un prebytère et où il se dépensa sans compter pendant seize années pour ses nombreux chrétiens. Aussi sa mort y a fait un grand vide et sa mémoire y est en vénération. C’est M. Hermann qui, malgré un état de santé peu brillant, a bravement accepté cette lourde succession. « Avant d’envoyer mon compte rendu, écrit-il, j’ai voulu savoir le nombre au moins approximatif de la population catholique du district. J’en ai trouvé plus de 4.000 et le recensement n’est pas complètement terminé. Est-il étonnant que l’église Saint-Antoine, de grandes proportions cependant, soit devenue insuffisante ? Un agrandissement s’impose. La souscription a été lancée avec plein succès. Les gens souscrivent pour ainsi dire des deux mains...Pourvu qu’il leur en reste encore une quand il s’agira de payer ! »
Félicitons maintenant le brave M. Souhait, chargé de la ville et du district de Klang, de voir enfin ses efforts couronnés de succès ; il y a si longtemps qu’il travaille à amasser péniblement les fonds pour la construction d’une nouvelle église ! « Les travaux de la nouvelle église et de l’école des Sœurs sont commencés, écrit-il. Aux termes du contrat, les deux bâtiments doivent être finis et prêts à être occupés, au premier août 1928. Il ne manquera plus qu’une école catholique de garçons pour que le poste de Klang soit complètement établi. C’est une bien dure nécessité d’avoir à laisser nos enfants catholiques fréquenter une école méthodiste ! »
En continuant notre voyage vers le Nord, arrêtons-nous à Ipoh pour prier sur la tombe encore toute fraîche de notre cher confrère, M. Coppin, dont la mort si soudaine et si inattendue a comblé la mesure de nos épreuves. C’est en 1904 que M. Coppin fut chargé du poste Saint-Michel d’Ipoh. Il y travailla jusqu’à la fin, à part deux congés pour cause de santé qu’il passa en France. Il y avait donc quatorze ans que ce poste avait été fondé quand notre confrère en devint le titulaire ; mais c’est lui qui en fut le véritable organisateur : successivement il le dota d’une école de filles tenue par les Religieuses de Saint-Maur, et d’une école de garçons dirigée d’abord par des maîtres laïques, puis par les Frères des Ecoles Chrétiennes. Ces deux établissements, en pleine prospérité maintenant, ont une population scolaire de 532 garçons et 545 filles. Il y a trois ans, il agrandit considérablement l’église Saint-Michel ; enfin il rêvait à la fondation d’une école industrielle. Il était si populaire à Ipoh que même des ministres protestants voulurent assister à ses funérailles. Son successeur est M. Goyhénètche qui, pendant un intérim qu’il y fit en 1921, avait vite appris à aimer Ipoh et à s’y faire aimer.
Les braves Indiens de Taiping ont hautement protesté contre « l’ukase épiscopal » qui transférait à Kuala-Lumpur celui qui était leur curé depuis vingt-cinq ans. Dans une longue pétition, ils s’appliquèrent à prouver que M. Hermann était « l’homme nécessaire » à Taiping. Ils firent certainement grand plaisir à l’évêque en montrant ainsi leur attachement et leur reconnaissance pour celui qui s’était si longuement dévoué à leur service... D’ailleurs, ils furent vite hypnotisés par la gentillesse de leur nouveau pasteur, le jeune M. Olçomendy qui, après six mois d’étude du tamoul, a été chargé de ce poste. Voici quelques lignes de son premier compte rendu : « Votre Grandeur sait que M. Hermann m’a laissé une paroisse pleine de vie et bien organisée, avec une solide église qu’il venait d’enrichir d’un autel tout en marbre, d’un joli chemin de croix et de trois cloches venues de France. Mais son œuvre de prédilection était son école fréquentée par 150 enfants, sous la direction de Sœur Sainte Euphrasie aidée de cinq maîtresses. On y travaille si bien que, dans son dernier rapport, l’inspecteur l’a déclarée la première école tamoule de tout l’Etat de Pérak. »
Remplacé à la cathédrale par M. Arcand, M. Bélet a lui-même pris la place de M. Riboud comme curé de Bagan-Serai, Nibong-Tebal, Parit-Buntar et lieux circonvoisins. Il compte 1.805 chrétiens rattachés à Bagan-Serai et 1.357 pour Nibong-Tebal. Ce n’est donc pas le travail qui lui manque ; il s’y est mis de tout cœur.
C’est à M. Riboud qu’à été confiée l’organisation du nouveau district de Kedah.
Kedah est un des Etats malais non fédérés du nord de la presqu’île, situé sur la côte ouest en face de Penang, à l’arrière et au-dessus de la province de Wellesley, avec une longueur de cent cinquante kilomètres du nord au sud, et une largeur moyenne de cent kilomètres de l’est à l’ouest. Le siège du Gouvernement est à Alor-Star, mais Sungei-Patani est plus central et promet de devenir une ville importante. A Alor-Star, nous avons une petite chapelle dédiée à saint Michel, et une autre à Sungei-Patani, sous le vocable de Saint-Laurent. C’est cette dernière que nous comptons remplacer par une église quand le missionnaire-y aura sa résidence ; le petit presbytère est déjà en construction et sera terminé vers la fin de l’année.
En attendant, M. Riboud s’est installé à Bukit-Mertajam, petite ville de la province Wellesley où se trouve la jonction de la voie ferrée qui traverse Kedah dans toute sa longueur pour aller rejoindre la ligne siamoise conduisant à Bangkok. Depuis la construction de ce chemin de fer et d’autres voies de pénétration, la contrée s’est couverte de plantations de caoutchouc qui attirent des foules de coolies indiens, parmi lesquels notre confrère a déjà compté 2.570 catholiques. « Pour l’administration de mon nouveau district, écrit-il, je l’ai divisé en quatre grandes régions : Sungei-Patani, Alor-Star, Baling et Kulim. Grâce à l’auto-chapelle de Sainte Thérèse, j’ai pu facilement administrer tous les chrétiens éparpillés dans vingt-cinq groupes de plantations. La Petite Sœur m’a visiblement protégé en plusieurs occasions, particulièrement au passage d’un petit pont qui s’effondra complètement dès que l’auto l’eût traversé. »
A penang, M. Devals est en train d’agrandir et de transformer complètement l’église de l’Assomption. Elle était devenue tellement insuffisante pour cette paroisse de 2.000 âmes, que depuis quelque temps il avait fallu établir deux services chaque dimanche matin ; l’un pour les enfants, l’autre pour les grandes personnes. Cet inconvénient disparaîtra bientôt. M. Devals se félicite, lui aussi, du bon résultat des retraites données par les Pères Rédemptoristes à l’occasion du jubilé. « Bien des traînards, dit-il, se sont remis au pas et ont recommencé à fréquenter les sacrements. D’autres ont régularisé leur situation au point de vue du mariage, ce qui nous a procuré sept baptêmes d’adultes. »
Ecoutons maintenant M. Sausseau, curé de l’église indienne de Penang : « Le nombre de mes baptêmes d’enfants de païens a été bien plus considérable que d’ordinaire. Ces baptêmes ont eu lieu à l’hôpital. Parmi les immigrants de plus en plus nombreux, il en est qui arrivent des Indes avec femme et enfants. Beaucoup de ces pauvres gens, malingres et mal soignés, tombent malades sur le bateau. A leur arrivée à Penang, avant d’être envoyés aux plantations avec leurs parents, ils sont retenus au dépôt, puis, si cela devient nécessaire, transférés à l’hôpital ou une petite salle leur est réservée. Cette salle est presque toujours pleine. Nous ne manquons pas d’y faire de fréquentes visites pour le bonheur éternel de bon nombre de ces chers petits. »
Comme d’habitude, nous terminerons notre visite de la Mission par le vieux poste de Balik-Pulau, avec ses 1.400 agriculteurs chinois, échelonnés sur les flancs de la montagne de Penang. M. Auguin continue d’en être le bon pasteur, et il ne ferme pas les yeux sur leurs défauts, comme le prouve la description qu’il en donne. Malheureusement elle n’est point exagérée, surtout quand il parle de « l’esprit nouveau » chez les jeunes gens qui aiment bien mieux se promener et s’amuser que travailler la terre comme leurs grands-pères. « Pourtant, se hâte-t-il d’ajouter, il y a encore beaucoup de bon, ainsi que le montrent les 13.200 communions de dévotion que j’ai enregistrées. Ces communions doivent être bien méritoires devant Dieu, à cause de la distance à parcourir pour venir à l’église, ajoutée à la difficulté de descendre de la montagne et d’y remonter par des sentiers abrupts. D’autre part, mes écoles se maintiennent d’une façon très satisfaisante. »
Le couvent de Penang vient de célébrer le soixante-quinzième anniversaire de sa fondation, en 1852. Les quatre religieuses de Saint-Maur destinées à cette fondation par Mère saint François de Salos de Faudoas, s’embarquèrent à Anvers le 6 décembre 1851, sur un bateau à voiles, la Julie ; le voyage devait durer cinq mois par le Cap de Bonne Espérance. La religieuse désignée comme Supérieure mourut en mer, le 13 mars, presque en vue du détroit de la Sonde. Les trois autres arrivèrent le 29 mai 1852 à Singapore où elles pensaient rester ; mais Mgr Boucho les appela à Penang, qui était alors la résidence du Vicaire Apostolique. Elles se remirent donc en route, et la maison de Penang fut ouverte le 12 juillet 1852.
Ce fut à l’occasion de ces fêtes jubilaires que l’Inspecteur des écoles rendit publiquement témoignage au dévouement et à la compétence de nos bonnes Religieuses, en déclarant qu’il considérait l’école du couvent de Penang comme la meilleure de toutes les écoles de filles de la Malaisie.
Depuis le mois de juin, nous avons un Gouverneur catholique dans la personne de Sir Hugh Clifford. C’est un sujet d’édification pour nos chrétiens de voir Sir Hugh et Lady Clifford assister pieusement aux offices de la cathédrale.
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