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Rapport annuel des évêques

Année: 1928
Pays: Malaisie
Mission: Malacca
Rédacteur:Mgr Perrichon

II. ─ Malacca.

Population catholique 59.431
Baptêmes d’adultes 1.405
Baptêmes d’enfants de païens 2.251
Conversions d’hérétiques 78
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Mgr Perrichon, Coadjuteur de Mgr Barillon, déplore au début de son compte rendu la perte de deux missionnaires : M. Mariette, Vicaire général, victime d’un accident survenu alors qu’il visitait les travaux de construction de sa nouvelle église ; et M. Brossard qui souffrant depuis plusieurs années, s’éteignit doucement à l’hôpital de Kuala-Lumpur le 22 août 1928.
Durant le dernier exercice, la population catholique a continué à s’accroître : de 55.522 elle a passé à 59.431, soit une augmentation de près de 4.000. Hélas, le nombre des missionnaires n’a pas augmenté dans la même proportion. Il est juste toutefois d’ajouter que la Mission compte trois prêtres chinois et trois prêtres eurasiens.
Malgré le petit nombre des prêtres, les chiffres d’adiministration sont satisfaisants : celui des baptêmes d’adultes dépasse de 293 celui de l’an dernier, celui des baptêmes d’enfants de païens est monté à 2.251, la grande majorité, soit 2.001, étant due au zèle des très dévouées Religieuses de Saint-Maur. Quant aux communions, elles sont en diminution de 16.000 sur l’an dernier ; mais les chiffres de l’an dernier étaient exceptionnels en raison des prédications et autres exercices du jubilé, dans la presque totalité des paroisses.
Mgr le Coadjuteur, après ces généralités, nous fait visiter en détail les différents postes de la Mission. La paroisse de la cathédrale est tenue par M. Ruaudel, Vicaire Général ; notre confrère se félicite de la facilité qui lui est accordée dans les hôpitaux du gouvernement : « Le prêtre, dit-il, y a ses entrées à toute heure. Les infirmières laïques se font un devoir d’avertir quand un malade est en danger. Ces visites nous donnent l’occasion de voir de près, et au moment critique, non seulement les paroissiens, mais aussi bon nombre d’étrangers. Et il est rare qu’un malade refuse de voir le prêtre. » Notre Benjamin, M. Bonamy, fait ses premières armes sous la direction de M. Ruaudel, travaillant la langue anglaise en attendant l’étude des dialectes chinois, à moins qu’il ne soit destiné aux Indiens de langue tamoule.
La mort de M. Mariette a laissé son assistant M. Stephen Lee sans aide pour la grande paroisse de Saint-Pierre et Saint-Paul de Singapore. M. Lee s’est donné tout entier à l’œuvre de la construction de la nouvelle église en l’honneur de sainte Thérèse de l’Enfant Jésus ; l’achèvement est prévu pour la fin de cette année. Dans son rapport, M. Lee mentionne les faits importants de l’année : bénédiction de cinq cloches pour la nouvelle église, mort de M. Mariette, arrivée des réfugiés de Swatow : ces malheureux, au nombre de mille environ, ont été casés, par les soins de M. Lee à peu près tous, les autres sont partis du côté de Malacca.
Le bon Mgr Mérel, aidé de M. Sy, continue à diriger la paroisse du Sacré-Cœur de Singapore. Sa Grandeur est heureuse de voir la majorité des fidèles bien assidue à l’assistance à la messe dominicale, mais voudrait que la pratique de la communion du premier vendredi fût plus appréciée et suivie. Paresse peut-être, mais il convient d’ajouter que l’église est quelque peu éloignée.
Le Curé de Serangoon trouve que l’année écoulée a été particulièrement calme. Ses écoles sont bien fréquentées ; elles ont donné deux vocations pour le Séminaire.
A Malacca, M. François a fort à faire avec ses 3.800 chrétiens desservis par quatorze églises ou chapelles. Il est secondé par quatorze catéchistes. En outre, il y a dans la ville de Malacca une importante école de Frères, et un couvent non moins important de Dames de Saint-Maur. M. Becmeur, de la Mission de Swatow, est venu visiter ses chrétiens réfugiés à Malacca et aider M. François durant quelque temps ; il a dû repartir dans sa Mission pour relever son poste détruit par les communistes
« A Seremban, M. Fourgs avait des espoirs sérieux du côté de Triang. Mais les événements de Chine, puis surtout certaines calomnies abominables portées contre les Catholiques, ont refroidi ses catéchumènes : plusieurs se sont retirés, d’autres hésitent. Il faudra un certain temps pour remettre les choses en place, calmer les esprits et affermir les volontés.
M. Baloche, socius de M. Fourgs, qui s’occupait de 2.400 chrétiens indiens occupés aux plantations de caoutchouc, a été envoyé à Telok-Anson, laissant ce gros groupe de fidèles sans prêtre parlant leur langue. En attendant qu’il soit possible de lui donner un successeur, le soin de cette chrétienté a été confié à M. de Silva qui a par ailleurs déjà fort à faire.
Kuala-Lumpur, petit village quand le premier missionnaire y arrivait en 1882, est maintenant une grande ville de 100.000 habitants. Les Frères et les Sœurs y tiennent deux grandes écoles avec 800 élèves. Le service religieux y est assuré par trois paroisses : l’une pour les Eurasiens, une autre pour les Chinois, la troisième pour les Indiens. Celle-ci est de beaucoup la plus importante : son pasteur, M. Hermann, trouve l’église trop petite, et la besogne trop absorbante pour un seul homme. Il n’oublie pas d’ailleurs de mettre en évidence le beau côté de la situation : « L’élite de la paroisse, dit-il, fait des efforts pour s’organiser. A Brickfields, gros centre chrétien, s’est fondée une association qui, pour n’être pas absolument nouvelle, fait preuve d’une activité inconnue jusqu’ici. Elle présente plusieurs sections : littéraire, sportive, dramatique, de tempérance, d’études religieuses. Une école a été fondée à ses frais, qui, en outre, sert de lieu de réunion pour différents exercices religieux. » L’église chinoise est desservie par M. Joseph Lee depuis la mort de M. Brossard. La paroisse eurasienne a pour pasteur M. L. Duvelle ; notre confrère, malheureusement, est pour l’instant à l’hôpital, et devra après guérison prendre du repos ; il est remplacé par M. Perrissoud.
Non loin de Kuala-Lumpur, à Klang, M. Souhait nous fait part de son bonheur à avoir église neuve et couvent flambant neuf. Le 27 juin, Mgr Perrichon bénissait la nouvelle école des Sœurs, et le lendemain, le Chief Secretary en faisait l’ouverture. Le 27 juillet, Mgr le Coadjuteur revenait à Klang pour bénir la nouvelle église, dont pasteur, et fidèles sont fiers à juste titre. Il ne manque plus qu’une école catholique pour les garçons : quand fera-t-elle pendant à l’école des filles ? M. Souhait ne nous dit pas que cette église est son œuvre personnelle : lui-même a fait le plan, en a surveillé la construction, au besoin mettant lui-même la main à l’œuvre.
M. Perrissoud vient de quitter son poste de Telok-Anson que prend M. Baloche. Le nouveau pasteur trouve une église neuve, un presbytère tout à fait confortable, le tout bâti par son prédécesseur qui n’a pas voulu partir sans doter un de ses districts d’une belle chapelle dédiée à saint François de Sales.
A Batu-Gajah, M. Maury nous dit que le grand événement de l’année a été le remplacement de la vieille église en bois par une église en briques, avec plafond en ciment, charpente en fer, toiture en tuiles de Marseille. La nouvelle église ne sera achevée que l’an prochain. D’autre part, notre confrère essaye de créer un « Chinese Settlement » pour les chrétiens de Batu-Gajah, qui ne peuvent plus trouver de terrain, et surtout pour ceux de Sitiawan continuellement tracassés par les Méthodistes.
Son voisin d’Ipoh, M. Goyénèche, grand blessé de guerre, trouve encore à récolter là où le regretté M. Coppin avait travaillé près de vingt-cinq ans. « Je puis dire, écrit-il, que je suis content de l’esprit de la paroisse. Un beau groupe de chrétiens connaît et pratique la communion fréquente. Ceci est dû au zèle de M. Coppin qui sans cesse exhortait à la dévotion au Sacré-Cœur et à la Sainte Vierge. »
A Taiping, M. Olçomendy est, comme un vieux missionnaire, absolument à l’aise au milieu de ses chrétiens. Il a trouvé paraît-il, un « filon » : il s’agit, en l’espèce, de Télugus luthériens, chez qui se produit un mouvement vers le Catholicisme. Notre confrère s’est donc mis à l’étude de la langue télugu. Voilà un nouvel idiome qui se recommande aux missionnaires du diocèse de Malacca : à Taiping et en beaucoup d’autres endroits, bon nombre d’Indiens parlent cette langue.
« Situation satisfaisante », voilà tout le rapport de M. Belet à Mgr le Coadjuteur, rapport aussi maigre, nous dit ce dernier, que le curé de Bagan-Seraï. Il est excusable, car il est accablé de travail. « Je donnais la confirmation, expose Sa Grandeur, tout dernièrement à Bagan-Seraï ; quelques jours après j’avais 170 confirmands dans un de ses postes à dix milles de sa résidence. Les braves gens de l’endroit me suppliaient de leur donner un prêtre à demeure. Dans la soirée je me rendais à Nibong-Tebal, poste indien vacant depuis la mort de M. Auvé, et confié à M. Belet. Là aussi on me suppliait de remettre un missionnaire à demeure. Je n’ai pu que leur dire de patienter. »
Même situation chez M. Seet, le doyen de notre clergé diocésain. Depuis 1914, il a à administrer trois postes dont chacun avait autrefois un missionnaire résidant.
Avant de traverser le détroit pour aller à Pinang, faisons une visite à M. Riboud. Notre confrère, sauf à la saison des pluies, est continuellement sur les chemins avec son auto-chapelle qu’il conduit lui-même. Il s’est bâti, au centre du royaume de Kedah, à Sungei-Patani, une résidence très convenable. Il lui faudrait maintenant une véritable église pour remplacer la chapelle actuelle, une ancienne fabrique de glace. Cette année-ci, il a pu faire monter de sept à quatorze le nombre de chapelles dans les plantations de caoutchouc. Au mois d’août dernier, M. Riboud avait la joie de faire bénir à Kulim par Mgr le Coadjuteur une fort jolie chapelle dédiée à sainte Thérèse. Cette chapelle, avec le terrain sur lequel elle est construite, est un don d’un Chinois païen. Daigne sainte Thérèse lui obtenir d’entrer dans la voie qui conduit au Ciel.
Cette année encore écrit M. Riboud, sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus s’est plue à protéger la roulotte. Au cours d’un orage très violent qui arrachait même les arbres d’une forêt voisine et enlevait les toits des maisons, la foudre est tombée à environ quatre-vingts pieds de la roulotte, tuant une vache et abîmant les arbres. Or la roulotte et ses habitants n’ont absolument rien eu, et les tentes de la roulotte n’ont pas subi le moindre dégât. »
L’île de Pinang compte cinq paroisses dont quatre sont comprises dans les limites le la ville du même nom. L’église de l’Assomption est considérablement agrandie, complètement transformée par les soins de M. Devals. Commencés en avril 1927, les travaux ont été terminés vers la fin de juillet 1928, et Mgr Perrichon a fait la bénédiction solennelle le dimanche 5 août. Deux vastes chapelles formant croix ont été ajoutées à l’ancienne église, elles pourront recevoir chacune 300 enfants. D’autre part, la vieille église a été débarrassée des énormes colonnes qui masquaient la vue de l’autel et occupaient beaucoup trop de place ; pratiquement, l’église actuelle peut contenir environ 1.300 personnes. Les paroissiens se sont montrés généreux, tous se sont fait un devoir de contribuer à cette œuvre, et le missionnaire n’a qu’à se féliciter de leur bonne volonté.
A l’occasion de la bénédiction de l’église, Mgr Perrichon a remis à M. Ben de Cruz, le dévoué organiste, la médaille « Bene merenti », que le Saint-Père a daigné lui accorder. Toute la paroisse s’en est grandement réjouie, et a trouvé que cette distinction était « bien méritée »
M. Renard a sur le territoire de la paroisse le Collège Général et le Noviciat des Frères. Il est content de ses ouailles, chez qui la fréquente communion est en honneur. Mais il y a le revers de la médaille : c’est que beaucoup d’enfants quittent l’école avant d’avoir terminé leurs études, et vivent dans l’oisiveté, ne pouvant trouver du travail à cause de leur instruction trop élémentaire.
Le poste chinois de Balek-Pulau ne compte guère que des cultivateurs. Ce sont de braves gens, excellents chrétiens pour la plupart. M. Auguin leur pasteur croit remarquer chez les enfants une tendance à l’indépendance ; de leur côté, les parents ne savent pas faire sentir leur autorité. Les événements de Chine ont eu leur répercussion jusqu’à Balek-Pulau, et plus d’un Chinois de la paroisse en est arrivé à dire : « Pourquoi serions-nous toujours gouvernés par des missionnaires étrangers ? » et même : « Pourquoi le Pape est-il toujours un Européen, un Italien ? »
La mévente du caoutchouc a fortement affecté la population de ce poste. Les écoles, anglaise et chinoise, pour les garçons, marchent bien. M. Auguin voudrait y ajouter une école de filles tenue par des Sœurs ; les temps qui sont mauvais, lui rendent la réalisation de ce projet fort difficile.
« Je ne veux pas clore ce compte rendu, ajoute Mgr Perrichon, sans remercier nos dévoués auxiliaires les Frères de Saint-Jean-Baptiste-de-la-Salle et les Dames de Saint-Maur. Sur les 13.490 enfants qui forment la population scolaire du diocèse de Malacca, les neuf dizièmes environ vont aux écoles des Frères, ou à celles tenues par les Sœurs.
« Les Frères, outre leur Noviciat, ont sept grandes écoles, et une annexe à leur école de Pinang pour les enfants de Pulo-Tikus.
« Les Dames de Saint-Maur ont dix couvents et quatre écoles-annexes dont l’une est pour les enfants qui apprennent l’anglais, les trois autres sont des écoles tamoules. Deux de ces dernières sont importantes, car elles comptent l’une et l’autre deux cents jeunes Indiennes. Les maîtresses qui enseignent dans ces écoles s’y rendent le matin et rentrent le soir au couvent. »


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