| Année: |
1930 |
| Pays: |
Malaisie |
| Mission: |
Malacca |
| Rédacteur: | Mgr Perrichon |
II. — Malacca.
Population catholique 67.570
Baptêmes d’adultes 1.384
Baptêmes d’enfants de païens 3.004
Conversions d’hérétiques 76
« Les missionnaires du diocèse de Malacca, écrit Mgr Perrichon, remercient Dieu d’avoir béni leurs travaux durant l’exercice écoulé.
« Il y a, en effet, une augmentation notable sur tous les chiffres d’administration. La population catholique de la Mission passe de 63.247 à 67.570. Sur les chiffres de baptêmes d’enfants de chrétiens, l’augmentation est de 263, ce qui est bien consolant, car cela montre que nos chrétiens, Chinois ou Indiens venus dans ces pays-ci, tiennent de plus en plus à la famille, et d’autre part, les planteurs, qui emploient bon nombre d’Indiens, comprennent eux-mêmes qu’il est de leur intérêt d’avoir des ouvriers attachés à la vie familiale. M. Souhait, en particulier, explique de cette façon le fait que la population catholique de son district a doublé en six ans : « Le chiffre des baptêmes d’enfants de chrétiens, dit-il, qui était de 72 en 1924, est « monté cette année à 170. Cette augmentation s’explique ainsi : beaucoup de jeunes gens ne « pouvant se marier aux Indes faute d’argent, viennent travailler en Malaisie, où, au bout d’un « an ou deux, aidés d’une avance substantielle des planteurs, ils ont de quoi faire un mariage « convenable. Ce fait se produit depuis trois ou quatre ans et il explique la hausse subite des « baptêmes, bien que la population n’ait pas augmenté en proportion. »
« Au cours de l’exercice, une église a été bénie à Matang-Tingghy, poste chinois non loin de Pinang. Elle fait honneur à M. Seet qui en a été l’architecte et l’entrepreneur. Deux autres églises ont reçu un agrandissement qui double leur capacité .
« Grâce à Dieu, la santé des confrères a été bonne. M.Goyhénètche est revenu de France bien rétabli ; M. Auguin, obligé de prendre quelques mois de congé à Hongkong, en est revenu aussi avec de nouvelles forces. Je dois cependant ajouter que deux d’entre nous, MM. Dérédec et Duvelle, ont dû aller en France ; ils reviendront l’année prochaine. Malheureu-sement, la santé de Mgr Mérel nous a donné des inquiétudes. Sa Grandeur ne peut plus s’occuper des chrétiens comme par le passé. Les missionnaires de Malacca demandent tous à Dieu de leur conserver longtemps encore Mgr de Craina.
« Le Séminaire marche toujours bien. Je pense que l’année prochaine quatre de nos élèves pourront aller commencer leur philosophie à Pinang, où nous avons déjà huit séminaristes.
« Pendant le dernier exercice, nos bonnes Religieuses ont ouvert quatre nouvelles écoles, à Balek-Pulau, à Kajang, à Butterworth et à Katong dans la banlieue de Singapore. Sauf à Balek-Pulau, où elles vont le dimanche soir pour rentrer au couvent de Pinang le vendredi soir, elles partent le matin et rentrent le soir à leur communauté.
« Deux Pères Rédemptoristes de Manille ont prêché pendant deux mois des mission dans les paroisses de langue anglaise, et même dans une paroisse chinoise dont beaucoup de cbrétiens connaissent l’anglais, mieux que leur propre langue. Ces Pères ont fait beaucoup de bien. Je me contenterai de citer le rapport de M. Périssoud, ce qu’il dit pouvant s’appliquer aussi aux autres postes où a eu lieu la mission . « Je crois, dit-il, que la mission a été un succès « à tous points de vue. L’assistance aux sermons fut nombreuse et régulière, à la grande « satisfaction des prédicateurs ; il y eut de nombreux retours de catholiques, comme aussi un « certain nombre de catéchumènes, soit protestants, soit païens. Une mission de ce genre est « vraiment une grâce de choix pour une paroisse ; elle donne de l’élan aux catholiques et fait « germer la bonne semence dans les âmes païennes. C’est grâce aussi à la mission que le « nombre des communions a augmenté cette année de près de 5.000. »
« Les paroisses de langue anglaise ont été favorisées sous ce rapport. Il serait bien à désirer que les Chinois et les Indiens pussent profiter aussi d’un si grand bienfait. Ils ont bien de temps en temps des prédications extraordinaires faites par des confrères de la Mission, mais on est d’avis généralement qu’un prédicateur étranger ferait encore plus de bien. J’espère que l’année prochaine nous pourrons faire quelque chose sous ce rapport et que nos bons Chinois et Indiens n’auront plus rien à envier à leurs frères Eurasiens.
« Je vais maintenant glaner dans les rapports des missionnaires, dont plusieurs malheureusement n’ont envoyé que des chiffres. M. Ruaudel, Vicaire Général et curé de la Cathédrale, déplore que le déplacement de la population catholique n’ait pas cessé : « Chaque « semaine, dit-il, nous apprenons le départ de quelques familles vers des terrains et des « maisons à meilleur marché. Les difficultés que nous traversons en ce moment ne sont pas « pour arranger les choses. Dans ces conditions, il devient difficile de suivre les paroissiens. « Le travail se fait à l’église, au presbytère, ou dans la visite des malades. Combien « cependant auraient besoin d’être visités à domicile ! »
« Les difficultés auxquelles fait allusion M. Ruaudel ne sont pas spéciales à Singapore ; elles se font sentir également, et d’une façon aiguë, dans toute la Mission. Elles sont dues à la mévente de l’étain et du caoutchouc, les deux principaux produits du pays. Les prix sont tombés très bas et dans bien des cas ne sont plus rémunérateurs. Plusieurs mines d’étain et plusieurs plantations de caoutchouc ont cessé ou ont diminué la production. Le nombre des sans-travail, même parmi les Européens, est grand. Le Gouvernement, pour remédier un peu à la situation, a défendu l’immigration dans la presqu’île des travailleurs venant de Chine ou des Indes et rapatrie ceux qui veulent retourner dans leur pays. En particulier, le bateau qui va aux Indes emporte chaque semaine des milliers de coolies. Parmi eux, il y a des catholiques, et je crains que le prochain exercice ne marque une diminution de notre population catholique.
« M. Goyhénètche est tout à la joie d’avoir une école de filles à Pajang, une de celles que les Dames de Saint-Maur ont ouvertes dernièrement. Il y a là de très bons chrétiens, il y en a aussi qui ne se soucient guère de leurs devoirs religieux. Grâce à Dieu, l’influence de la bonne éducation donnée par les Sœurs s’y fait déjà sentir. Le missionnaire y dit la messe tous les samedis et, chaque fois, les enfants catholiques de l’école assistent ensemble au saint sacrifice et y reçoivent la sainte communion. Petit à petit, les indifférents et les endurcis ouvriront les yeux et suivront le bon exemple donné par ces enfants.
« M. Hermann, qui a 6.000 Indiens sous sa houlette, raconte la conversion d’un Bengali. Les Indiens qui viennent du Bengale ne sont pas très nombreux par ici et jusqu’à présent on ne connaissait aucun chrétien parmi eux. Le néophyte de M. Hermann a eu beaucoup à souffrir pour devenir chrétien. Même après sa conversion, les difficultés n’ont pas cessé : parents, amis, compatriotes, se sont ligués contre lui et l’ont dépouillé de tout son avoir. Notre néophyte persévère et il édifie tout le monde par son courage et son bon exemple.
« A Ipoh, M. Fourgs, qui avait fait un intérim dans ce poste il y a dix-neuf ans, y a trouvé bien du changement. La ville s’est agrandie, la paroisse a suivi le mouvement : Chinois, Eurasiens et Européens sont bien plus nombreux et les œuvres se sont développées. L’église, agrandie il y a quatre ans par M. Coppin, est de nouveau trop petite.
« M. Cardon mentionne l’agrandissement de l’école des Frères et le baptême de trois jeunes gens, anciens élèves de cette école. C’est là un fait bien consolant et qui se produit dans d’autres endroits. Son voisin,. M. Olçomendy continue à faire des conversions parmi les Télégous. Malheureusement il n’y a nulle part de groupe important de ces Indiens. Der-nièrement, une douzaine de Télégous protestants lui ont demandé d’aller les voir dans la plantation où ils travaillent.
« M. Belet est content de ses chrétiens de Bagan-Seraï, tout en leur reprochant d’abandonner la culture de leurs rizières pour aller chercher du travail en ville. Somme toute, les chrétiens conservent leurs bonnes habitudes, mais sans trop perdre leurs mauvaises : bien rares sont ceux qui, à l’occasion, ne boiront pas leur petit coup de « callou ».
« Comme je l’ai dit plus haut, les Dames de Saint-Maur ont ouvert une école à Butterworth. Elles ont pris une décision rapide afin d’arriver premières dans cet endroit, qui a des chances de devenir très important. M. Devals aurait bien voulu avoir une école de garçons ; l’école de garçons s’ouvrira, mais ce sera une école du Gouvernement.
« M. Riboud a envoyé un rapport très intéressant, et je ne puis résister au plaisir de le citer presque en entier. « Nous avons, dit-il, inauguré l’an dernier, en novembre, une retraite pour « les catéchistes du district. Les résultats ont été satisfaisants et les retraitants attendent avec « impatience de connaître la date de la prochaine réunion. La retraite comporte les exercices « ordinaires, mais présente ceci de particulier que les instructions du matin se rapportent à un « sujet purement spirituel, tandis que celles de l’après-midi roulent sur un sujet technique en « rapport avec le travail du catéchiste. Le résultat de la retraite précédente est palpable. Le « travail du catéchiste à l’hôpital a donné, l’exercice précédent, 31 baptêmes d’enfants de « païens et 39 d’adultes, tandis que l’exercice actuel donne 96 baptêmes des premiers et 100 « des seconds, dont deux de « poussaries » in articulo mortis.
« Une autre œuvre, créée par la Rév. Mère Saint-Tarcisius, c’est l’œuvre des catéchistes. « Les élèves tamoules du couvent apprennent à enseigner le catéchisme, pour l’époque où « elles sortiront du couvent. A Kédah, elles m’ont procuré de grandes consolations, lorsque « arrivant dans une plantation, je trouvais les enfants prêts à recevoir la communion .
« Je tiens à signaler, à la gloire de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, un miracle fait en sa « chapelle de Kulim . Une femme de cet endroit, très malade depuis longtemps, était à toute « extrémité, ne pouvant plus s’alimenter ; le médecin conseilla le recours à une opération « chirurgicale. La malade et son mari demandèrent que cette opération fût remise à une « dizaine de jours plus tard. La fête de sainte Thérèse tombait justement le dixième jour. Une « neuvaine fut commencée le jour même de la fête, le mari entendit la messe et pria « longtemps dans la chapelle. Rentrant chez lui, il trouva sa femme debout et demandant à « manger. Le médecin ne put que constater l’entière guérison, et donna un certificat dans ce « sens. Gloire et merci à sainte Thérèse ! »
« L’état de santé de Mgr Barillon est resté stationnaitre. La date du 18 septembre était le vingt-cinquième anniversaire de la consécration épiscopale de notre vénéré Supérieur et Père. Sa Grandeur a voulu le célébrer dans l’intimité. Les confrères de la ville de Singapore lui ont offert leurs vœux, et tous, présents et absents, ont remercié avec Elle le bon Dieu pour toutes les grâces qu’Il a daigné lui accorder.
« Nos bons Frères et nos Religieuses se sont dévoués comme par le passé. J’ai mentionné plus haut les quatre nouvelles écoles ouvertes par celles-ci. Une autre œuvre à laquelle elle se dévouent, c’est l’œuvre des baptêmes d’enfants de païens. Des 3.004 baptêmes d’enfant in articulo mortis accusés plus haut, 2.406 ont été administrés par les Religieuses. Ce sont des enfants qu’on leur apporte, le plus souvent dans un état pitoyable. La plupart de ces petits s’en vont droit au ciel ; quelques-uns, qu’elles réussissent à sauver, restent à l’orphelinat. Ces enfants sont tous des Chinois. »
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