| Année: |
1931 |
| Pays: |
Malaisie |
| Mission: |
Malacca |
| Rédacteur: | Mgr Perrichon |
II. — Malacca.
Population catholique 68.320
Baptêmes d’adultes 1.495
Baptêmes d’enfants de païens 3.107
Conversions d’hérétiques 74
« Dans le compte rendu de 1930 nous dit Mgr Perrichon, j’exprimais la crainte « que le « prochain exercice ne marquât une diminution de notre population catholique » Cette crainte ne s’est pas réalisée complètement, mais les résultats ne sont pas aussi satisfaisants que ceux de l’année dernière. La population catholique passe de 67.570 à 68.320, et s’il y a une augmentation assez sensible, sur le nombre des baptême in articulo mortis, il y a diminution d’environ une centaine sur le chiffre des baptêmes d’enfants de chrétiens, sur celui des adultes à l’église et sur celui des mariages. Les communions de dévotion sont plus nombreuses que l’année dernière.
« Au lieu de s’améliorer, la situation matérielle de la presqu’île de Malacca devient de plus en plus mauvaise. L’étain et le caoutchouc étant tombés à des prix dérisoires, beaucoup de mines et de plantations ont fermé, d’autres continuent à travailler avec une main-d’œuvre réduite. Le nombre des personnes qui n’ont pas de travail augmente de jour en jour, parmi les Européens, les Eurasiens, les Chinois et les Indiens. Au lieu de retourner en Angleterre, où ils augmenteraient le nombre des sans-travail, les Européens préfèrent rester par ici, attendant des temps meilleurs. Quant aux Chinois et aux Indiens, le Gouvernement rapatrie ceux qui veulent retourner dans leur pays et ne laisse plus venir de travailleurs des Indes ou de Chine. Ceux qui restent s’appliquent à pratiquer l’économie, car les salaires ont baissé. Dans plusieurs familles européennes, Monsieur a renvoyé le chauffeur et conduit lui-même sa voiture ; de son côté, Madame a renvoyé le cuisinier, va au marché et fait elle-même la cuisine. Les plus à plaindre sont peut-être les petits propriétaires de jardins fruitiers ou de légumes. Parmi eux, nous avons beaucoup de chrétiens chinois, et dans ma tournée de confirmations j’ai appris que certains d’entre eux ont de la peine à joindre les deux bouts ; quelques-uns même ne peuvent plus faire qu’un repas par jour.
« De son côté, le Gouvernement qui tirait le plus clair de ses revenus d’un impôt ad valorem sur l’exportation de l’étain et du caoutchouc, est obligé de chercher ailleurs, augmente les droits de douane existants et en crée de nouveaux. Les temps sont durs ; les confrères constatent que la quête du dimanche diminue et que leurs chrétiens ne donnent plus autant d’honoraires de messes qu’auparavant.
« Dans le courant de cet exercice, nous avons perdu un confrère, M. Sausseau qui avait travaillé pendant trente et un ans au milieu des Indiens, et nous en avons reçu un de France, M. Henri Valour ; M. Duvelle, parti en congé de santé, l’année dernière, nous est revenu au mois de juin dernier. Quelques jours après M. Duvelle, M. Baloche nous quittait sur l’ordre du médecin, pour aller en France. Le nombre des missionnaires reste donc le même que pendant l’exercice précédent.
« Le chiffre de nos séminaristes au Séminaire Pontifical de Pinang est de onze. Ils donnent toute satisfaction à leurs maîtres. J’espère que tous seront prêtres un jour, mais nous trouvons ce jour bien long à venir quand nous considérons le besoin immense que la mission de Malacca a de prêtres.
« MM. Becheras, Perrissoud et Devals ont eu le bonheur de célébrer le 25e anniversaire de leur ordination sacerdotale. Tous les missionnaires de Malacca se sont unis à eux pour remercier le Bon Dieu, et aussi pour Lui demander de leur accorder de travailler encore pendant de longues années. Hélas ! le temps est loin où la Mission de Malacca pouvait recevoir trois missionnaires la même année.
« Je n’ai pas à signaler, cette année-ci, de bénédiction de nouvelle église, mais je dois mentionner que deux églises de construction assez récente ont été considérablement agrandies : celle de Sarangon pour les Chinois, et celle de Saint-Antoine de Kuala-Lumpur pour les Indiens. L’une et l’autre peuvent maintenant contenir facilement 1.400 personnes. MM. Becheras et Hermann doivent être félicités pour avoir pu trouver les ressources nécessaires et pour avoir mené à bonne fin l’agrandissement de ces deux églises.
« A Singapore, Mgr Ruaudel, Vicaire Général et Curé de la Cathédrale, fait remarquer que le nombre des baptêmes des enfants de chrétiens est en augmentation considérable sur les années précédentes : 191 contre 147 pendant le précédent exercice. Mgr Ruaudel prévoit la construction à Katong, dans la banlieue de Singapore, d’une nouvelle église, en remplacement de l’actuelle qui est devenue insuffisante.
« La nouvelle église de Sainte-Thérèse est toujours sans prêtre y résidant. MM. S. Lee et Cordeiro y assurent le service le dimanche et les jours de fête. C’est un provisoire dont nous souhaitons vivement la fin, car les deux Pères ont assez à faire à l’église Saint-Pierre et Saint-Paul.
« M. Sy a pris à l’église du Sacré-Cœur la succession du vénéré Mgr Mérel, qui continue à habiter avec le nouveau curé. Sa Grandeur a presque perdu la vue, et le médecin lui a défendu de marcher et de manger de la viande ; Mgr ne vit plus que de légumes et de fruits. Je constate à l’église du Sacré-Cœur une augmentation considérable dans le chiffre des baptêmes d’enfants et d’adultes in artictulo mortis.
« A sept milles de Singapore, M. Bécheras a sous sa houlette 2.700 Chrétiens braves gens qui fréquentent les sacrements, donc qui donnent du travail à leur pasteur. Le curé se félicite du bon esprit de la paroisse. Il a trois écoles, une de chinois pour les garçons, une d’anglais également pour les garçons, et une de chinois pour les filles. Elles comptent 404 élèves. La direction de ces écoles, la surveillance des maîtres, la correspondance avec les Inspecteurs suffit pour occuper un homme, et le curé doit aussi veiller sur sa paroisses. L’année prochaine, les Sœurs de Singapore prendront la direction de l’école des filles. On a fait des démarches pour passer l’école anglaise de garçons à une congrégation enseignante et l’on avait espéré que les Frères de Saint-Gabriel viendraient à son secours ; mais la réponse de la Maison Mère a été négative.
« A Malacca, M. François a perdu son assistant, M. Dupoirieux, qui est maintenant à ses pièces à Batu-Gajah et qui a été remplacé par M. Girard. Le nombre de leurs chrétiens se monte à 4.805. Là aussi, le poste est trop étendu et compte trop de chrétiens : une division s’impose et serait bien nécessaire. Quand pourra-t-elle avoir lieu ?
« M. de Silva réside également à Malacca et s’occupe de 1.600 Indiens qui se trouvent sur le territoire de Malacca. En 1928, lors du départ de M. Baloche de Seremban, M. de Silva fut chargé provisoirement des 2.600 chrétiens de ce dernier, et le provisoire dure encore. Les cinq sixièmes au moins de ces chrétiens indiens travaillent dans les plantations.
« M. Maury, curé de Seremban, expose ses desiderata. Pour bien faire, il faudrait, tout « d’abord, non pas agrandir la seule église qui existe à Seremban, mais la démolir et en bâtir « une autre trois fois plus grande. L’église actuelle est trop petite, même les dimanches « ordinaires. Quant aux jours de fête, c’est intenable, et il n’y a pas moyen de circuler. Plus « tard, c’est-à-dire aussitôt que l’autorité pourra mettre un curé pour les Indiens à Seremban, il « faudrait bâtir une église spécialement pour eux ; ils sont assez nombreux pour rendre la « division, non seulement utile, mais nécessaire. Tout le monde, Eurasiens, Chinois et Indiens « s’en trouveraient mieux. Mais les fonds font défaut, et ce n’est guère le moment de les « augmenter à cause du « slump ». La vie paroissiale est très intense à Seremban. Si certains « fidèles sont faibles, tous semblent être de bonne volonté. »
« De Seremban, nous passons à Kuala-Lumpur, la troisième ville de la presqu’île et capitale des Etats Malais Fédérés. Là, comme à Singapore et à Pinang, chaque congrégation, eurasienne, chinoise et indienne a son église. Le curé des Chinois, M. Goyhénètche a eu la joie de voir revenir au bercail un Chinois qui avait oublié le chemin de l’église depuis vingt-six ans, et de baptiser sa femme et ses enfants. « Grâce à Dieu, écrit M. Goyénètche, l’année a « été consolante au point de vue spirituel. Les baptêmes d’adultes et d’enfants de chrétiens « sont plus nombreux que l’année dernière, et le nombre de communions a augmenté de plus « de 6.000 durant l’exercice qui vient de finir. Parmi les Fokinois de Klang, j’ai eu huit « baptêmes d’adultes. Il y a encore une dizaine de catéchumènes qui savent la doctrine et qui « sont prêts à recevoir le baptême. Mais les sociétés secrètes sont assez puissantes par là-bas, « et ces catéchumènes sont menacés d’être battus et de ne plus pouvoir trouver de travail, s’ils « se font catholiques. Aussi ils ont peur. Je fais des démarches pour les protéger et j’espère les « baptiser bientôt. »
« M. Auguin qui m’envoie le compte rendu de l’église eurasienne de Kuala-Lumpur, n’est là que depuis deux mois pour remplacer M. Perrissoud. M. Auguin trouve que tout va bien. « Pourtant, ajoute-t-il, plus tôt une situation stable sera rétablie, mieux cela vaudra. Il me « semble y avoir là-dedans pas mal de faux-fuyants hommes, et choses, qui à moins d’une « main ferme qui les retienne et maintienne, se faufileront et s’égareront de plus en plus loin, « en profitant de l’inexpérience de leur curé de passage qui ne les connaît pas encore. » Je puis ajouter que le provisoire dont se plaint M. Auguin prendra fin le mois prochain.
« M. Hermann, curé des Indiens de Kuala-Lumpur, constate une diminution dans le nombre de ses chrétiens. L’année dernière, il en avait 6.000, et cette fois, il n’en marque plus
que 5.000. Il est bien vrai qu’un bon nombre de ses chrétiens ont dû retourner aux Indes ou aller ailleurs, mais son compte rendu accuse encore 219 baptêmes d’enfants de chrétiens, et pendant le mois d’août qui appartient au prochain exercice, il en a eu 26. Depuis qu’il est ici, il a constaté, sans pouvoir en trouver l’explication, que le mois d’août lui donne un baptême d’enfant tous les jours. M. Hermann est tout à la joie de voir l’agrandissement de son église terminé. Tout le monde est d’accord pour trouver que l’église est bien belle et bien commode. Il n’aura plus le cauchemar de voir la moitié de ses paroissiens obligés de rester dehors pour assister à la messe. Le travail s’est fait dans de très bonnes conditions et à un prix que les experts s’accordent à trouver très favorable.
« M. Hermann a un assistant, M. Bonamy. Il est absolument nécessaire qu’il y ait deux prêtres pour cette église, car bon nombre de chrétiens se trouvent en dehors de la ville et il faut bien les visiter de temps à autre.
« De Telok-Anson, où il remplace pour quelques mois, le curé absent, M. Perrissoud écrit : « Dans la paroisse de Telok-Anson, le grand événement de l’année est l’agrandissement du « couvent, je devrais dire la construction d’une nouvelle et grande école avec huit grandes « salles de classes et un hall. La petite école primitive ne paraît plus qu’un appendice du « bâtiment actuel. D’autre part, les Religieuses qui auparavant devaient rentrer chaque « semaine à la ruche-mère d’Ipoh, forment maintenant un petit essaim autonome se suffisant à « lui-même. Telok-Anson est fier de son couvent et se réjouit des fruits spirituels qu’il produit « de plus en plus abondants. Le travail fait nous fait songer au travail qui reste à faire. Une « école catholique de garçons serait le complément nécessaire et désiré de l’école de filles « existante. »
« Après avoir constaté que la paroisse. Saint-Michei à Ipoh a continué sa marche religieuse ordinaire tout tranquillement, services à l’église bien suivis, sacrements bien fréquentés, M. Fourgs ajoute : « Cependant dans ce bas monde, rien n’est parfait, pas même à Ipoh. Durant cette deuxième-année, en faisant plus ample connaissance avec tous les coins de cette vaste paroisse, j’ai fait la triste constatation qu’il y a un certain nombre de chrétiens qui vivent loin de Dieu et de l’église, dans des situations irrégulières. Ce qui a été mal fait n’est pas toujours facile à défaire ou à raccommoder, et je me rends compte que pour tout remettre en bonne place, il faudra beaucoup de temps, de patience et surtout de prières pour attirer les grâces divines sur les conversions nécessaires. Que le Sacré-Cœur, en considération de la bonne tenue de la grande majorité, daigne avoir pitié des égards et les ramener dans le bon chemin. »
« Pendant deux années, M. Fourgs a eu comme compagnon un Père hollandais de la Congrégation de Picpus venu à Ipoh pour apprendre le chinois. Ce bon Père a été d’un grand secours pour M. Fourgs et un sujet d’édification pour la paroisse par son zèle et sa piété. Il est rentré dans sa Mission, mais nous espérons qu’il aura bientôt un successeur.
« La ville d’Ipoh a une autre églisé, réservée aux Indiens. Le Père Edmond, Indien lui-même, en est chargé depuis quatorze mois. Il se donne beaucoup de peine pour rechercher ses chrétiens, les instruire et les amener à la pratique des sacrements. Tout dernièrement, à mon passage à Ipoh, il m’a fait confirmer 287 personnes.
« En passant à Taiping, saluons de loin M. Cardon, qui vient de partir à Hongkong prendre quelques mois de repos absolument nécessaires. Son voisin, M. Olçomendy, chargé de la paroisse indienne, écrit : « L’année écoulée a été une année de misère matérielle pour la « plupart de nos chrétiens. Bon nombre d’entre eux ont dû rentrer aux Indes ; parmi ceux qui « sont restés, beaucoup n’ont plus de travail et ceux qui peuvent en trouver ne gagnent plus « qu’un maigre salaire. Cette situation est préjudiciable, même au point de vue religieux. « Plusieurs qui vivent loin de l’église ne peuvent plus comme autrefois faire les dépenses « nécessaires pour venir à la messe. Pour certains même, la misère peut être mauvaise « conseillère : Divitias et paupertatem ne dederis mihi, sed tantum victui meo tribue « necessaria.
« Par ailleurs, la fréquentation des sacrements a été bonne, et le nombre des communions « accuse une augmentation sensible sur le chiffre de l’année dernière. Je l’attribue aux « exercices des mois de mars, mai et juin, mieux suivis cette année, mais surtout à la création « dans ma paroisse d’un centre de la Croisade eucharistique, qui n’est autre chose que « l’Apostolat de la Prière adapté pour les enfants. Cette œuvre, bien conduite, se révèle « excellente et très formatrice. Pour le moment, je n’ai qu’un groupe d’une trentaine de « garçons à Saint-Louis, et un autre groupe d’une cinquantaine de filles au couvent des Dames « de Saint-Maur. Grâce au concours du Frère Directeur qui a bien voulu mettre un de ses « Frères spécialement en charge de la Croisade, un groupe assez important est en formation à « l’école Saint-Georges des Frères des Ecoles Chrétiennes. Les enfants paraissent aimer la « Croisade, sont fidèles aux réunions du mois et font des efforts sérieux pour assister à la « messe de communion qui, chaque semaine, est célébrée à la chapelle de l’école. J’espère « que cette œuvre fera beaucoup de bien. »
« Le Benjamin de nos prêtres indiens, le Père Aloysius, fait ses premières armes à Bagan-Serai et à Nibon-Tebal, deux postes qui n’en forment plus qu’un seul. Il s’y plaît, et les fidèles l’aiment beaucoup. Espérons que ses paroissiens, Parias et Paliers pour la plupart, bons chrétiens, mais portés à caresser la dive bouteille, ne lui causeront pas trop de soucis.
« Ces Messieurs du Nord, Pinang et la Province, trois Européens et trois Chinois, ne m’ont envoyé que des chiffres. Ils ont travaillé in angustia temporis. Quatre de ces postes sont composés de Chinois, petits cultivateurs, planteurs de cocotiers, durians, mangoustaniers, ananas, caoutchouc. Tous ces produits sont tombés à des prix dérisoires, et c’est surtout parmi ces chrétiens que la misère se fait sentir. Le nombre des mariages, et même celui des baptêmes d’enfants, y a diminué beaucoup.
« M. Riboud, déplore qu’à part les baptêmes in articulo mortis, les résultats ne soient pas brillants, et il ajoute : « Les baptêmes in articulo mortis (257 enfants et 209 d’adultes) ont été « donnés pour la plupart, non, pas dans les hôpitaux, mais dans les maisons. L’indigène « répugne à aller à l’hôpital, et c’est chez lui qu’on le trouve à l’article de la mort. Je parle des « Indiens qui vivent chez eux et non de ceux qui travaillent dans les Estates, car ces derniers « sont envoyés d’office dans les hôpitaux. Apprendre aux catéchistes à visiter les maisons « païennes, cela a un double but : découvrir des cas de danger de mort et apprivoiser les « païens avec la religion et ses ministres. C’est ainsi que plusieurs baptêmes d’adultes ont été « obtenus et que les distances se raccourcissent entre l’élément païen et l’église catholique.
« Nous avons commencé l’œuvre de l’Apostolat de la Prière, et nous avons l’heure sainte, « la veille du premier vendredi de chaque mois. »
« En terminant ce compte rendu il m’est très agréable de rendre hommage au zèle avec lequel nos Religieux et nos Religieuses se sont acquittés de leur ministère dans l’éducation des enfants. Leurs écoles continuent à prospérer. Pourquoi faut-il qu’ils souffrent, les Frères surtout, du manque de sujets ? »
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