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Rapport annuel des évêques

Année: 1932
Pays: Malaisie
Mission: Malacca
Rédacteur:Mgr Ruaudel

II. ─ Malacca.

Population catholique 66.465
Baptêmes d’adultes 1.324
Baptêmes d’enfants de païens 2.621
Conversions d’hérétiques 49
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M. Ruaudel, Vicaire général, nous envoie le compte rendu suivant : « L’annnée qui vient de s’écouler s’est terminée dans le deuil. Mgr le Coadjuteur de l’évêque de Malacca nous a quittés pour recevoir la récompense promise aux bons serviteurs. Mgr Perrichon a souffert, beaucoup souffert. La maladie de cœur dont il était affligé ne lui laissait que des intervalles très espacés de répit et lui rendait très pénibles ses déplacements ou les tournées de confirmation. Le malade cependant ne se plaignait jamais ; sa bonne humeur et son grand désir d’être utile à ses missionnaires donnaient le change. D’autre part, la responsabilité d’une charge qu’il n’avait acceptée que sur des instances amicales lui pesait beaucoup.
« L’événement de l’année a été, en Malaisie comme dans toutes les autres Missions, le passage du Supérieur Général de la Société. Une activité entraînante, un grand intérêt à tout ce qui touche les Missions, la sympathie et l’affection à l’égard des missionnaires, ont fait de ce passage une visite très utile et très réconfortante.
« L’étude comparée des rapports de 1930-31 et de 1931-1932 n’indique pas de grands changements dans l’état de la Mission. L’œuvre du bon Dieu s’est continuée sans bruit mais avec une persévérance admirable. Tous les missionnaires ont généreusement donné la somme de travail que le ministère apostolique demande en Malaisie. La diminution de la population catholique, prévue par Mgr Perrichon dans son dernier compte rendu, s’est produite. La crise dans les plantations de caoutchouc et dans les mines d’étain a privé de travail un nombre assez considérable d’Indiens et de Chinois qui sont rentrés dans leur pays ou ont été rapatriés aux frais du Gouvernement. Les baptêmes solennels sont en hausse sur l’exercice précédent ; par contre les baptêmes in articulo mortis sont en régression. Le ralentissement sensible des conversions s’explique par la difficulté des temps et le changement dans la mentalité des populations locales. L’appoint des communions montre l’intensité de la vie chrétienne. En résumé, si nous n’avons pas travaillé en profondeur, nous avons maintenu et fortifié les positions.
« MM. Baloche et Dérédec qui étaient en congé pour maladie sont revenus pleins de vie et de santé. L’arrivée de M. Snackers a permis de donner de l’aide au curé indien de Kuala-Lumpur. Ce jeune confrère apportait à la Mission une expérience et un savoir-faire qui lui ont permis de se rendre utile très vite. Ses progrès dans la langue furent rapides. Aussi le curé de la paroisse, M. Hermann, a-t-il jugé bon de lui en laisser la direction et de prendre lui-même un congé dont il avait grand besoin. MM. Devals et Souhait sont actuellement en France. M. Fourgs et Goyhénètche viennent d’aller les rejoindre pour se remettre l’un et l’autre d’une longue maladie. La Mission a donc cinq de ses missionnaires hors de combat. M. Cardon a dû, lui aussi, se reposer à Hongkong où il a représenté la Mission à la retraite de fin d’année.
« Son Excellence Mgr de Guébriant à son passage en Malaisie, a eu la bonté de faire une ordination au collège de Pinang, Mgr Perrichon se trouvant alors indisposé. Un jeune diacre, Louis Ashness y a reçu la prêtrise et a été nommé professeur à notre petit Séminaire. Il reste au Collège général de Pinang 10 élèves du diocèse dont l’un sera ordonné l’année prochaine.
« Le directeur du petit Séminaire, M. Auriol fait du bon travail, Mgr le Supérieur, lors de sa visite, lui a exprimé le désir d’y voir les élèves plus nombreux. La rentrée de janvier prochain s’annonce bonne et exigera l’agrandissement des bâtiments : les plans sont en préparation.
« Trois missionnaires ont célébré cette année leurs noces d’argent sacerdotales : M. Maury à Taiping. M. François à Malacca et M. Souhait en France. A Malacca toutes les sommités étaient présentes : ce fut vraiment un jour de gloire pour le curé.
« MM. Stephen Lee et Cordeiro sont en charge des deux églises chinoises SS.-Pierre-et-Paul et Sainte-Thérèse à Singapore ; le travail ne leur manque pas. Le curé trouve que les temps sont difficiles ; le nombre des indigents augmente tous les jours. Les orphelins qui souvent ne sont que des enfants de parents pauvres remplissent l’orphelinat. L’église SainteThérèse donne bien des ennuis à son curé, sa construction défectueuse a nécessité bien des réparations. Les contracteurs qui d’abord faisaient la sourde oreille semblent vouloir revenir à de meilleurs sentiments et le Père garde toujours grand espoir en la petite sainte qui l’a déjà tiré de plus d’un mauvais pas.
« A la paroisse du Sacré-Cœur, M. Sy a pu faire le dénombrement de ses chrétiens. La chose n’est pas aussi simple qu’elle peut le paraître. Singapore n’a pas de paroisse canoniquement érigée et les chrétiens sont dispersés un peu partout, au milieu d’une population de près de 400.000 hahitants. Le Père écrit que S. Exc. Mgr Mérel qui habite avec lui est « un grand sujet d’édification ; son exemple montre à tous que les missionnaires « consacrent toute leur vie à l’évangélisation. »
« L’église tamoule, sous la direction de M. Burghoffer se développe de jour en jour. Une association de jeunes gens catholiques qui n’a encore que quelques années d’existence, donne déjà des résultats bien consolants pour le curé.
« M. Bécheras à Serangoon écrit que, malgré la difficulté des temps, les chrétiens préfèrent se fixer au sol et faire face à la situation présente. Il trouve qu’après tout la pauvreté est moins à redouter pour les Chinois que la richesse. Beaucoup de têtes se sont assagies, les communions ont augmenté, le jeu est en baisse. Par contre 40 élèves ont quitté l’école par manque de ressources. Les Sœurs ont pris charge de l’école des filles et font beaucoup de bien.
« Notre doyen, M. Belliot, continue son travail à Buket-Timah avec une persévérance admirable. Son grand âge ne lui permet pas de faire face à tout ; il se fait aider par les Pères de la paroisse chinoise à Singapore.
« M. François à Malacca signale la difficulté de payer les catéchistes de ses onze ou douze postes ; d’autre part bon nombre de Chinois n’osent se faire baptiser, à cause du souffle xénophobe et anti-chrétien qui passe actuellement sur la Chine.
« En charge des Tamouls de Malacca et de Séremban, deux postes assez distants l’un de l’autre, le Père de Silva trouve qu’il a plus de travail qu’il n’en peut faire. Il. faudrait bien un titulaire pour chacun de ses postes, mais où le prendre ?
« M. Perrissoud s’occupe de la paroisse eurasienne de Kuala-Lumpur. Il constate une augmentation assez considérable de communions. Cependant là comme dans tous les grands centres, se dessine un mouvement centrifuge qui rejette les familles chrétiennes généralement pauvres vers la périphérie, et rend l’assistance aux offices et aux écoles plus difficile. Une réduction sensible du nombre des enfants chez les Frères et les Sœurs est le meilleur commentaire de la situation. Une chapelle de secours à Bentong fournit un lieu de réunion pour les chrétiens de cette région éloignée de Kuala-Lumpur.
« M. Snackers fait ses premières armes à l’église tamoule ; seul il dirige la paroisse après une année de Mission ; c’est un record. Le départ d’un certain nombre de paroissiens retournés aux Indes n’a pas beaucoup diminué le travail. Il construit, près de l’église, une petite école qui servira de salle de réunion, d’abri pour les coolies des plantations et autres buts utiles.
« M. Bélet de Klang trouve que le moral reste bon sur toute la ligne du front : pour lui l’avenir est plein d’espérance. A Teluk-Anson et Tapah, M. Bonamy trouve sa population chrétienne trop dispersée. Le Père voudrait donner satisfaction à tous. La tâche lui paraît difficile comme elle le paraît à beaucoup d’autres. Le couvent de Teluk-Anson a construit un nouveau pavillon : les filles sont fières de leur école : les garçons, eux, doivent pour le moment du moins, se contenter d’un bâtiment plus modeste.
« A Batu-Gajah 12 baptêmes d’adultes cette année et un bon nombre en perspective pour l’année prochaine sont les fruits du travail de M. Dupoivieux qui se lamente sur la difficulté de trouver de bons catéchistes. Il signale le cas typique d’une famille dont le père est méthodiste, la mère catholique et les enfants païens.
« A Ipoh, M. Fourgs, parti en congé pour maladie, a laissé la charge du poste à un jeune Père hollandais de la Mission voisine de Banka, qui se trouve là pour apprendre le chinois. Ce Père a rendu grand service à la Mission en acceptant de tenir le poste en l’absence du titulaire. Nous lui en sommes très reconnaissants, à lui et à son évêque qui a permis cet arrangement.
« A Taiping M. Maury désirerait transporter l’église et le couvent plus au centre de la ville. L’éloignement a de gros inconvénients pour la paroisse et pour l’école des Sœurs. Il a jeté son dévolu sur un terrain du Gouvernement qu’il prendrait en échange pour le terrain de la Mission. Les pourparlers n’ont pas encore abouti.
« L’église tamoule de Taiping, sous la direction de M. Olçomendy, souffre du départ d’un bon nombre de coolies chrétiens. En outre le manque de ressources ne permet pas à ceux qui restent de venir à l’église le dimanche. Le Père doit multiplier les centres pour y dire la messe. Une nouvelle école de filles a déjà 230 élèves. Le Gouvernement a contribué pour un tiers aux dépenses.
« Dans un très intéressant compte rendu le Père de Bagan-Serai, M. Aloysius, signale le cinquantième anniversaire de la fondation de cette Mission tamoule par Mgr Fée. Le poste ne s’est pas développé comme l’aurait désiré son fondateur. Les prix fabuleux du caoutchouc ont été, dans le passé une forte tentation pour beaucoup ; ils ont délaissé leurs rizières pour aller faire fortune ailleurs. Mais, par les temps qui courent, ceux qui sont restés s’estiment bienheureux. L’érection de l’apostolat de la prière a augmenté le nombre des communions.
« Sungei-Patani, le poste du Nord de la Mission est confié au zèle de M. Riboud. L’apostolat y est intense et méthodique. Le Père s’était proposé cette année d’entamer la troisième tranche de son programme ; la conversion des infidèles dans les centres. Le départ de beaucoup de ces païens pour les Indes a fait évanouir pas mal de ses espérances. Il a deux groupes de baptiseurs : volontaires et anciennes élèves du couvent qui avec les catéchistes s’occupent de cette œuvre importante. Une retraite pour les catéchistes indiens a eu plein succès : ces retraites sont vraiment utiles et l’on se propose de les organiser aussi pour les catéchistes chinois.
« Le poste de l’Assomption est tenu, en l’absence de M. Devals, par M. Dérédec. Le nombre des communions, qui a dépassé 100.000, accuse l’intensité de la vie chrétienne dans cette excellente paroisse. L’église indienne de Pinang a également à sa tête un suppléant en la personne de M. Baloche. Notre confrère trouve de quoi s’intéresser dans ce poste qui fut celui de Mgr Perrichon pendant 21 ans.
« Les Sœurs du Saint-Enfant-Jésus et les Frères des Ecoles chrétiennes continuent leur travail avec un dévouement au-dessus de tout éloge. Les religieuses ne reculent devant aucun sacrifice, non seulement pour maintenir et développer leurs grandes écoles des villes, mais aussi pour ouvrir de petites écoles dans les centres moins importants. Elles acceptent même de se charger des écoles chinoises et indiennes dans les postes, et rendent ainsi de grands services à la Mission qui leur doit déjà tant. Les Frères n’ont pu jusqu’ici développer leurs œuvres sur une aussi grande échelle : le personnel leur manque. Eux aussi nous sont d’un grand secours. »


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