| Année: |
1934 |
| Pays: |
Malaisie |
| Mission: |
Malacca |
| Rédacteur: | Mgr Devals |
II. — Malacca.
Population catholique 67.545
Baptêmes d’adultes 2.128
Baptêmes d’enfants de païens 2.979
Conversions d’hérétiques 58
Mgr Devals, qui vient de succéder à Mgr Barillon, démissionnaire par suite de son grand âge et de ses infirmités, nous adresse cette année son premier compte rendu.
« Avant de prendre en main la direction de la Mission, nous écrit Son Excellence, j’eus la grande joie de participer à la retraite commune donnée en février dernier à la Maison de Nazareth, à Hongkong. Je ne pouvais rêver meilleure préparation à la cérémonie de la consécration qui eut, lieu à Penang, le dimanche 15 avril 1934, en la solennité du Bon-Pasteur, patron de notre église cathédrale de Singapore.
« Il ne me restait plus qu’à me consacrer avec toute ma bonne volonté et toutes mes forces aux devoirs sacrés de ma nouvelle charge.
« Dès mon arrivée à Singapore, j’ai fait le tour des églises de l’île pour y administrer le sacrement de Confirmation. Partout les candidats étaient nombreux et impatients. Certains attendaient depuis plusieurs années. J’ai continué ensuite ma tournée pastorale en juin et juillet dans les Etats Malais du centre de la presqu’île.
« La dernière semaine de juillet, nous avons eu la retraite annuelle du clergé. Elle nous a été prêchée par un Père Rédemptoriste de Manille et notre petit séminaire a eu, en même temps, sa retraite donnée par un autre religieux de la même Congrégation.
« Au début du mois d’août, nos deux prédicateurs se sont prodigués aux paroisses anglaises et aux enfants des écoles de Singapore pour les missions du jubilé de la rédemption. Ces Missions ont obtenu le plus grand succès. Toutes les églises et écoles anglaises du diocèse vont jouir du même privilège, au cours des mois suivants. Nos paroisses chinoises ont eux aussi deux prêtres de la Mission de Swatow pour leur prêcher le jubilé. Les PP. Lao et Lambert sont venus passer leurs vacances parmi nous en faisant le bien et même beaucoup de bien. Nous leur en sommes infiniment reconnaissants. En décembre prochain, M. Bulliard, de Salem, viendra évangéliser nos chrétientés indiennes. Nos catéchistes chinois et indiens auront eux aussi toute facilité pour faire une bonne retraite. Daigne le Saint-Esprit descendre sur tous afin que prêtres, catéchistes et fidèles soient renouvelés dans la ferveur et que, pleins de zèle pour le salut de leurs frères païens, ils viennent se ranger sous l’étendard de l’Action Catholique.
« De cette organisation, si chère au cœur de Notre Très Saint-Père le Pape Pie XI, nous espérons des fruits abondants de salut. Afin de suppléer au manque de prêtres, nous faisons appel aux fervents catholiques de chaque paroisse pour aider leur missionnaire, se faire catéchistes volontaires, intensifier la propagande autour d’eux, répandre livres et journaux catholiques et même contribuer à la rédaction et à la diffusion d’un bon journal que nous allons fonder sans délai.
« Quelques groupes d’Action Catholique déjà organisés sont devenus de précieux instrument entre les mains des missionnaires qui les ont fondés. Une confédération générale de toutes ces forces dispersées donnera des résultats plus étendus et plus efficaces. Nous comptons beaucoup sur ces vaillants laïques pour suppléer au manque d’ouvriers apostoliques dont nous souffrons depuis tant d’années.
« Notre Mission de Malacca est un fertile champ d’apostolat. Pour s’en rendre compte, il suffit de jeter un coup d’œil sur le passé. On constate que la population catholique suit une progression régulière et consolante. Sous l’administration de Mgr Gasnier, de 1878 à 1896, elle passe de 7.000 à 17.000 ; sous celle de Mgr Fée, de 1896 à 1904, l’accroissement est encore plus sensible car à sa mort, elle atteint 24.200. Avec les trente années d’administration de Mgr Barillon, de 1904 à 1934, elle atteint le chiffre de 67.545, ce qui fait une augmentation de 43.345. Après avoir subi un moment d’arrêt et même de recul pendant les années de dépression économique qui viennent de s’écouler, nous venons de reprendre notre marche en avant, puisque nous constatons une augmentation de 2.143 sur l’exercice précédent.
« Si le travail et les résultats ont augmenté, le personnel missionnaire a diminué. M. Goyhénetche est rentré en France à la fin de 1932 et, après de longues souffrances, s’est éteint dans sa famille au mois de juin dernier. M. Valour nous a quittés au début de 1933 pour aller rétablir sa santé. Trois autres confrères : MM. Bécheras, Maury et Riboud sont allés en avril dernier demander au climat de France un regain de forces. Déduction faite des infirmes et des vieillards, condamnés à la retraite, des membres de l’administration et du Supérieur du séminaire, il ne reste plus qu’une poignée de 30 missionnaires ou prêtres indigènes occupés au ministère paroissial.
« Ces 30 prêtres ont une moyenne de 2.250 catholiques à leur charge. S’il s’agissait de chrétiens groupés autour d’une église de ville, la tâche serait relativement facile, mais nos fidèles, à part quelques agglomérations plus importantes, sont disperses par petits groupes dans des villages et des plantations. Il y a 165 églises ou chapelles à desservir et seulement 29 églises avec un prêtre résidant. Je donne ces chiffres pour bien faire ressortir la somme de travail fournie par la vaillante petite armée des missionnaires de Malacca. Il n’est pas surprenant qu’avec notre climat débilitant, beaucoup soient vite épuisés et à bout de forces.
« Pour ne donner qu’un exemple entre tant d’autres, je citerai le cas de M. Ruaudel, notre Vicaire Général. Il est depuis plus de 20 ans curé de la Cathédrale du Bon-Pasteur à Singapore et il compte 4.300 catholiques de langue anglaise rattachés à cette église, avec une chapelle de secours dans un faubourg éloigné de 5 milles du centre de la ville. Depuis quelques mois M. Dérédec lui a été donné comme assistant et il soulage grandement son curé dans ses travaux, mais pendant de longues années, M. Ruaudel a assuré le service de cette vaste paroisse avec l’aide de jeunes confrères arrivant, de France, et mis à sa disposition surtout pour l’étude de la langue anglaise. Pendant la vacance du siège de Malacca, c’est M. Ruaudel qui a eu pratiquement tout le travail d’administration de la Mission en plus de son ministère paroissial. Il eût été urgent de lui permettre de prendre un peu de repos, car notre confrère en a grand besoin, mais il comprend trop bien l’intérêt de la Mission pour dire : « Recuso laborem ».
« Aussi, après ma prise de possession du diocèse, mon premier acte fut-il de lui renouveler la charge de Vicaire général qu’il a remplie depuis la mort de M. Mariette en 1927 avec un dévouement sans borne et la prudence dont chacun le sait si bien doué. Ce m’est une grande consolation d’avoir auprès de moi un conseiller plein d’expérience, entièrement au courant de la situation et pouvant diriger mes premiers pas dans l’administration du diocèse. Daigne la divine Providence lui conserver la santé et les forces dont il jouit ! mais n’est-ce pas tenter la Providence que de lui faire attendre encore longtemps quelques mois de congé bien mérité ?
« Et combien d’autres confrères soupirent comme lui à un repos plus que nécessaire, mais leur amour du devoir les tient sur la brèche, en attendant la relève qui ne vient pas.
« Notre espoir est maintenant dans le clergé indigène. Au mois de décembre prochain, nous aurons deux prêtres indiens, élèves du collège de Penang. Avec M. Laurent qui nous arrivera de France en octobre, cela nous fait un renfort de trois prêtres. Les ordinations sacerdotales du collège de Penang deviendront par la suite régulières et nous donneront une moyenne de trois sujets par an.
« Il n’est pas difficile de leur trouver un champ d’apostolat. Nous avons une bonne douzaine de chrétientés où la présence d’un missionnaire est plus qu’urgente ; et puis combien de vastes districts restent encore à évangéliser ! Je n’attends que d’avoir du personnel pour entamer les états de Pahang, Kelantan et Trengganu situés sur la côte Est de la presqu’île, où le croissant règne en maître depuis des siècles. Ne serait-il pas temps d’y faire briller la croix de notre rédemption et d’y porter l’évangile ?
« Pour ne pas trop allonger ce compte rendu, je m’arrête pour cette année à ces considérations générales sur l’état actuel de la Mission. Dans les précédents rapports, il a été donné un aperçu de chaque district en particulier. Il y aurait cette année encore des choses bien intéressantes à écrire, mais je me propose de le faire plus en détail l’an prochain, lorsque j’aurai fait plus ample connaissance avec toutes les chrétientés du diocèse.
« Je tiens cependant à signaler la construction de notre sanatorium sur la station d’altitude du Cameron Plateau. Les travaux ont commencé au mois de janvier et nous espérons jouir de notre bengalow pour les vacances de Noël. C’est, pour notre Mission, dont le climat est si déprimant, un grand avantage d’avoir un endroit où les missionnaires pourront aller se reposer et reprendre des forces. La température n’y est pas excessivement froide, mais elle se maintient entre 10o et 15o la nuit. Cela fait une différence appréciable avec nos nuits de la plaine, à une température régulière de 27o à 30o.
« Les Dames de Saint-Maur vont ouvrir à proximité de notre sanatorium une école pour les petits enfants européens. Elles répondent à un besoin urgent et à un pressant appel de la population blanche de la colonie. Ce sera aussi pour les sœurs un vrai sanatorium, où les santés faibles et les tempéraments fatigués pourront trouver le repos et l’air frais. Il y a déjà dans cette station de Cameron une population de 2.000 habitants et quelques dizaines de catholiques. Le temps n’est pas éloigné où il faudra là un prêtre en résidence, problème assez difficile à résoudre en vérité.
« Les Petites Sœurs des Pauvres à qui Mgr Barillon a adressé des appels réitérés depuis 25 ans, vont enfin ouvrir à Singapore un asile pour les vieillards dans le courant de l’année prochaine. Leur promesse est formelle sur ce point et, dans ce but, la Mission a déjà acquis aux confins de la ville un beau terrain où elles pourront s’installer confortablement. Ce sera la première œuvre hospitalière que possédera la Mission catholique, à côté des orphelinats si bien tenus et des crèches surpeuplées que dirigent déjà avec tant de dévouement les Dames de Saint-Maur, dans les grandes villes de la presqu’île.
« Les écoles de garçons, sous la direction des Frères des Ecoles Chrétiennes, sont de plus en plus prospères. Malgré les difficultés suscitées par la crise économique et les restrictions imposées par les autorités, nos bons religieux continuent leur œuvre d’éducation avec le plus louable dévouement et le plus grand succès. Le Gouvernement, après avoir favorisé et encouragé l’éducation anglaise, semble gêné maintenant par la crise et vient de faire barre en arrière, pratiquant la politique de réduction des effectifs professoraux. Beaucoup de professeurs ont, de ce fait, perdu leurs places et se trouvent sans emploi. Nous avons profité de l’occasion pour ouvrir plusieurs écoles privées avec l’aide de ces « chômeurs ». C’est quand même une situation précaire et nous espérons que les Frères voudront bien peu à peu prendre la direction de ces écoles.
« Les Dames de Saint-Maur ont encore étendu cette année leur sphère d’influence et ouvert de nouvelles écoles paroissiales. Partout où il y a du bien à faire, elles ne reculent devant aucun sacrifice et profitent des circonstances favorables pour s’implanter dans de nouveaux centres. Ces religieuses ont aussi, de leur propre initiative, exercé un fructueux apostolat dans les hôpitaux du gouvernement ; elles envoient régulièrement des sœurs chinoises et indiennes visiter les malades et réussissent ainsi à baptiser un grand nombre d’adultes à l’article de la mort.
« Enfin, je ne veux pas terminer ce compte rendu sans dire ma profonde reconnaissance au supérieur et aux professeurs du Collège Général de Penang, pour le généreux et précieux concours qu’ils prêtent aux confrères de la Mission. Nous apprécions en outre la bonne formation et l’instruction solide qu’ils dispensent à notre clergé indigène, dont nous sommes heureux de reconnaître le dévouement, le bon esprit et le zèle éclairé.
« Notre Supérieur du petit, séminaire Saint François-Xavier, M. Auriol, facilite la tâche aux directeurs du Collège de Penang par la préparation soignée qu’il donne aux futurs séminaristes. Il complète l’instruction reçue par nos aspirants au sacerdoce dans les écoles des Frères, par un cycle de trois ans d’études et les forme à la piété et à l’amour de leur vocation.
« Daigne le divin Maître nous procurer beaucoup de prêtres dignes de leurs aînés dans la carrière sacerdotale. Notre chère Mission de Malacca pourra alors marcher de progrès en progrès jusqu’au jour où se réalisera pour elle le vœu si cher au Sacré-Cœur de Jésus : « Ut sit unum ovile et unus pastor ».
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