| Année: |
1937 |
| Pays: |
Malaisie |
| Mission: |
Malacca |
| Rédacteur: | Mgr Devals |
II. — Malacca.
Population catholique 79.730
Baptêmes d’adultes 2.363
Baptêmes d’enfants de païens 5.038
Conversions d’hérétiques 59
L’envoi en septembre 1936 d’un jeune confrère du Séminaire de Paris, et l’ordination en décembre de la même année de trois nouveaux prêtres au Collège Général de Penang, ont fourni à la Mission de Malacca un renfort des plus appréciables. Son Exc. Mgr Devals se réjouissait à la pensée que dans un avenir prochain de nouveaux centres d’apostolat auraient pu être fondés. ─ « Mais, écrit-il, Dieu, dont les desseins sont impénétrables, nous a ravi à la fleur de l’âge un de nos jeunes et meilleurs missionnaires, M. Joseph Sy ? curé de la paroisse du Sacré-Cœur à Singapore. Alors que nous étions sous le coup de cette perte cruelle, la mort à nouveau venait éclaircir nos rangs et nous privait des précieux services de M. Ruaudel, notre Vicaire Général et curé de la paroisse nouvellement fondée à Katong, dans la banlieue de Singapore. A son retour de congé en France, en avril 1936, personne n’eût pu prévoir une fin si prompte. Vingt-deux ans de ministère dans la paroisse de la Cathédrale avaient épuisé la robuste constitution de M. Ruaudel. Il est allé recevoir l’éternelle récompense, laissant ici-bas un vide difficile à combler. M. Maury a bien voulu renoncer aux bons services de son assistant, M. Gauthier, ce qui m’a permis de confier à ce dernier la paroisse de Katong.
« M. Olçomendy prendra sur ses jeunes et vaillantes épaules la charge de Vicaire Général. Du fait de ces deux décès notre projet de marche en avant s’est, pour le moment, trouvé retardé dans son exécution. Toutefois, si Dieu le veut, en décembre prochain, un renfort venu du Collège de Penang nous permettra de fonder deux nouveaux centres dans les Etats de Johore et de Selangore.
« La visite de notre vénéré Supérieur Général a apporté à tous joie et réconfort. Ses sages directives et ses encouragements ont ravivé les sentiments de bonne fraternité qui unissent les membres de la grande famille des Missions-Etrangères. Souhaitons que soit toujours maintenu ce contact entre les Supérieurs du Séminaire de Paris et les missionnaires envoyés par eux en Extrême-Orient. Ainsi sera continuée l’union des cœurs et des volontés qui permettra d’atteindre sûrement le but commun : le salut des âmes.
« Les divers rapports envoyés par les confrères de la Mission de Malacca, bien que ne mentionnant aucun événement extraordinaire, signalent cependant un progrès soutenu dans toutes les branches de leurs activités apostoliques. Pour le présent exercice, la population catholique maintient une progression normale de 2.235 unités. Quant au chiffre des baptêmes, il reste, il est vrai, sensiblement égal à celui des années précédentes ; par contre, celui des communions marque un accroissement considérable. C’est la première fois dans les annales de la Mission que se trouve dépassé le total d’un million. A quelles causes attribuer cet élan de dévotion envers la Sainte Eucharistie ? N’est-il pas permis d’y voir un des résultats spirituels du Congrès Eucharistique de Manille. Le but principal du Congrès était de donner un nouvel essor dans les pays de mission à la dévotion envers la Sainte Eucharistie. Tant de prières ferventes n’ont pu manquer d’efficacité, et Jésus-Hostie a répandu avec une égale largesse ses bénédictions sur tous, absents et présents. J’y vois aussi le fruit tangible des retraites prêchées en diverses langues dans un grand nombre de postes au cours du présent exercice. Pendant quinze jours, les exhortations des Pères Rédemptoristes, dans les paroisses de la Cathédrale et de Katong à Singapore, de l’Assomption et de Pulo Tikus à Penang, ont attiré les fidèles en foule à la Table Sainte. Puis, Son Exc. Mgr Prunier, évêque de Salem, au retour de son pèlerinage de Manille, a évangélisé pendant près de trois mois nos plus importants centres indiens. Sa parole apostolique, sortie d’un cœur brûlant d’amour pour Jésus-Hostie, a répandu le feu sacré parmi ses auditeurs et ranimé en eux le désir de recevoir souvent le Pain de Vie. Enfin, MM. Rivière et Lucas Ly, du Vicariat de Swatow, sont venus en Malaisie apporter les bienfaits d’une mission à chacune de nos chrétientés chinoises parlant le dialecte hakka. Bien que leur course apostolique ne soit pas encore terminée, les échos qui m’en sont parvenus ne laissent aucun doute sur le succès et les fruits nombreux qu’ont produits leur zèle et leur éloquence parmi les auditeurs.
« Sitôt, après la séparation de la Mission de Malacca de celle du Siam, le Vicaire Apostolique et les missionnaires donnèrent à la question scolaire une place des plus importantes. En fait, dès la première moitié du XIXe siècle, les premiers pasteurs de Penang et de Singapore eurent le mérite d’être les pionniers de l’éducation dans ces deux grands centres. Aidés d’un personnel laïc, ils fondèrent et dirigèrent pendant de nombreuses années des écoles de garçons et de filles. En 1852, les Frères des Ecobes Chrétiennes et les Dames de Saint-Maur répondirent à leur appel et acceptèrent la direction de ces écoles déjà prospères. Au fur et à mesure des besoins, ces deux Ordres religieux ouvrirent des établissements scolaires dans toutes les villes importantes des Etablissements des Détroits (Straits Settlements) et les Etats Malais Fédérés. A l’heure actuelle, plus de 15.000 enfants, catholiques pour la plupart, fréquentent ces écoles qui luttent avec succès avec les autres écoles, officielles ou protestantes.
« Jusqu’à ces dernières années, la grande majorité de nos enfants chrétiens recevait une instruction en langue anglaise, qui leur permettait d’occuper des emplois rémunérateurs dans les bureaux du Gouvernement ou dans de grandes maisons de commerce. En raison de la crise économique, qui a nécessité une forte augmentation dans la rétribution scolaire, les frais d’éducation en anglais se sont bien vite trouvés hors de portée pour beaucoup de familles atteintes par l’appauvrissement général. Pour remédier à cet état de choses et ne pas priver du bienfait de l’instruction nos enfants pauvres, nous avons donc ouvert de nouvelles écoles, où l’enseignement est donné surtout en langue chinoise et indienne, qui sont les deux principales en usage parmi nos catholiques. Des cours permettant aux élèves d’acquérir une connaissance suffisante de l’anglais y ont été ajoutés. Une bonne instruction primaire et une solide formation religieuse répondent aux besoins de cette classe moins fortunée d’enfants, et les met à l’abri d’un déclassement social.
« Au prix de bien des efforts et de longs sacrifices, M. Bécheras, à Singapore ; M. Joseph Ly, à Johore ; M. Cordeiro, à Batu Gajah et M. Fourgs, à Ipoh, ont fondé et organisé de belles écoles chinoises de ce genre. L’instruction y est donnée en langue mandarine d’après les méthodes à l’ordre du jour. Dans le but de former de futurs maîtres, M. Bécheras a établi un cours complet de hautes études où les élèves des écoles élémentaires seront à même de compléter leur instruction, et pourront acquérir les notions pédagogiques requises. Le réveil du sens patriotique chez les immigrés chinois en Malaisie, ainsi que l’obligation d’une meilleure connaissance de leur langue qui facilita leurs relations commerciales, ont valu aux écoles chinoises un regain de popularité. Les païens ont organisé partout des écoles prospères. Ne pas offrir à nos enfants chrétiens les mêmes facilités de s’instruire eût été les exposer au danger qu’entraîne avec soi la fréquentation des écoles païennes, où ils auraient dû subir un contact nécessairement dangereux pour leur foi. Autre avantage : ces écoles catholiques chinoises aideront grandement à la pénétration de notre influence chrétienne parmi l’élément païen, qui volontiers y envoie ses enfants.
« La Congrégation des Dames de Saint-Maur a entrepris pour les jeunes filles l’organisation d’écoles semblables à celles créées par les missionnaires pour les garçons. Il leur a fallu, dans les débuts, surmonter des obstacles sérieux ; rien ne les a pu décourager. Sans personnel religieux expert en langue chinoise, et bien que ne possédant aucune expérience dans ce nouveau genre d’enseignement, si différent des autres par ses méthodes, elles se sont lancées avec l’aide d’un personnel laïque de fortune. Dieu a béni leurs efforts ; les premiers résultats ont dépassé ce qu’il était permis d’espérer et les élèves se présentent nombreuses. Le couvent de Penang vient d’acquérir un vaste terrain magnifiquement situé au centre de la ville. C’est là que ces Dames se proposent d’ouvrir une Ecole Supérieure où seront formées les futures maîtresses, religieuses et laïques, destinées au personnel enseignant des autres écoles catholiques pour jeunes filles chinoises. La généreuse initiative des Dames de Saint-Maur, leur haute compétence en matière d’éducation nous assurent, pour l’enseignement dans ces nouvelles écoles chinoises, les mêmes succès, qui ont été les leurs jusqu’ici dans leurs écoles de langue anglaise.
« Pour l’élément indien de notre population catholique, le problème de l’éducation s’est montré d’une égale difficulté à résoudre. Il fut un temps où tout enfant, né sur le sol de Malaisie, prenait le chemin de l’école anglaise ; c’était le plus court pour atteindre un emploi assuré et bien rémunéré. Il en va tout autrement aujourd’hui. Faute d’argent, les parents laissent leurs enfants courir les rues. Il nous faudrait aussi des écoles indiennes pour recevoir ces petits, des écoles où tout au moins une bonne instruction religieuse leur soit donnée en langue tamoule. Dans les campagnes quelques écoles pourvoient à ce besoin ; mais dans les villes, il nous reste, hélas ! encore beaucoup à faire. Nos écoles indiennes de garçons se trouvent être insuffisantes. L’élément féminin est plus favorisé. Dans les grands centres, et grâce toujours à l’initiative et à la charité de nos si dévouées Dames de Saint-Maur, des écoles bien installées reçoivent de nombreuses élèves. Dans l’une d’elles, récemment bâtie à Penang par le Couvent sur le terrain de l’église Saint-François-Xavier, se pressent près de 400 enfants.
« Je le répète, il reste beaucoup à faire pour pourvoir à l’éducation de nos enfants indiens. Dieu merci, des projets sont déjà en voie de réalisation; car Missionnaires et Religieuses sont décidés à tous les sacrifices pour l’extension de cette œuvre capitale qu’est l’éducation de notre jeunesse catholique. Le total de 20.081 élèves fréquentant nos divers établissements témoigne du travail accompli dans cette branche de notre activité apostolique. Notre désir le plus, grand est d’amplifier ce mouvement scolaire à mesure que nos moyens financiers le permettront. C’est dans ce but qu’au commencement de 1937 nous avons fait appel à un nouvel Ordre religieux enseignant.
« Les Frères de Saint-Gabriel, qui ont déjà des écoles florissantes dans les Indes et au Siam, ont accepté la direction de notre école anglaise de Sarangoon, dans l’île de Singapore. La petite communauté ─ trois religieux seulement ─ est, nous en avons la ferme espérance, le grain de sénevé, appelé dans un avenir prochain, à devenir un grand arbre aux rameaux puissants. L’arrivée de deux nouveaux Frères ayant pour mission d’ouvrir une Ecole Industrielle, et de jeter les fondations d’un. Noviciat, pour le recrutement local, nous permettent, en effet, de prévoir un développement rapide des œuvres qui seront confiées aux chers Frères de Saint-Gabriel.
« Les Petites Sœurs des Pauvres, toujours à l’étroit dans leur primitive installation, voient avec joie s’élever les murs de leur grand asile. Vers la fin de 1937 peut-être, leur sera-t-il possible de satisfaire les vénérables clients dont la liste augmente de jour en jour. Ce ne sera pas encore, toutefois, un établissement aussi vaste qu’elles l’auraient voulu, puisque celui qui sort de terre n’est prévu que pour 200 vieillards environ. A l’occasion de la bénédiction de la première pierre, le Gouverneur de la Colonie, sir Shenton Thomas, a fait le plus grand éloge de l’œuvre des Petites Sœurs, qui est, a-t-il dit, « l’expression de la charité dans le sens le plus profond du mot ». Son Excellence conclut par un appel à la générosité de tous en faveur d’une œuvre si utile. C’était bien un peu là engager le Gouvernement à y contribuer pour une part ; nos Petites Sœurs, croyez-le bien, ne se feront pas faute de rappeler à sir Shenton Thomas, en temps opportun, les bonnes paroles qu’il a prononcées. Comme partout ailleurs, la charité des Petites Sœurs conquiert tous les cœurs et attire les vocations.
« Un mot, pour terminer, sur le recrutement sacerdotal. Nous avons actuellement 18 prêtres diocésains et 34 séminaristes, dont 19 sont au Collège Général de Penang et 15 au petit séminaire Saint-François-Xavier à Sarangoon. En l’absence de M. Auriol, qui jouit en France d’un congé bien mérité, M. Pagès, aidé d’un grand séminariste, a pris la direction de nos jeunes aspirants au sacerdoce. En dépit de son grand âge, il montre l’activité et l’entrain d’un jeune homme que double une longue expérience. Le Collège Général de Penang continue de nous prêter son aide fraternelle pour la formation de nos grands séminaristes. L’excellent esprit dont sont animés nos prêtres indigènes et les succès qu’ils remportent dans leur ministère nous font un devoir d’exprimer ici nos félicitations et notre reconnaissance à ceux qui furent leurs guides vers le sacerdoce. Pendant trop longtemps, il nous a fallu attendre le précieux secours d’un clergé indigène. Dieu merci, les efforts et les sacrifices de notre vénéré prédécesseur, Mgr Barillon, portent aujourd’hui leurs fruits. Nous pouvons dès maintenant envisager l’avenir de notre chère Mission de Malacca avec confiance. »
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