| Année: |
1938 |
| Pays: |
Malaisie |
| Mission: |
Malacca |
| Rédacteur: | Mgr Devals |
II. — Malacca.
Population catholique 80.339
Baptêmes d’adultes 2.040
Baptêmes d’enfants de païens 5.867
Conversions d’hérétiques 65
S. Exc. Mgr Devals constate un réel progrès dans les résultats obtenus au cours de l’exercice 1937-38 dans la Mission de Malacca, il rend grâces à Dieu, qui a visiblement béni les efforts de son clergé et de ses collaborateurs religieux et laïcs. — « L’ordination de deux nouveaux prêtres, écrit Son Excellence, est venue juste à point pour me permettre de combler le grand vide fait dans nos rangs par la mort de notre regretté M. Fourgs, après une longue maladie supportée avec une bonne humeur et un courage qui ont grandement édifié son entourage et ses chrétiens. Elle m’a mis dans la possibilité de donner un titulaire à deux nouveaux postes : la ville de Muar, au nord de l’Etat de Johore, devient le centre d’un vaste district détaché de Malacca, dont M. Dupoirieux sera le chef ; Sentul, importante agglomération de catholiques indiens dans un faubourg de Kuala-Lumpur, deviendra le champ d’action de M. Bélet dont la juridiction s’étendra jusqu’à la partie nord de l’Etat de Selangor. De plus, deux œuvres récentes ont encore pris naissance dans la Mission au cours du présent exercice. D’abord la fondation d’un Carmel à Singapore, essaimé de celui de Bangkok. Cette nouvelle communauté, placée sous le patronage du Christ-Roi, s’est installée au sommet d’une colline voisine de l’église Sainte-Thérèse. Ensuite, la création d’une école industrielle pour permettre à nos orphelins d’apprendre des métiers pratiques et de gagner plus facilement leur vie. Le gouvernement anglais lui-même désirait la fondation de cet établissement et ne nous ménageait pas ses encouragements. La guerre d’Abyssinie ayant chassé de ce pays deux Frères de la Congrégation de Saint-Gabriel qui y dirigeaient des écoles industrielles, nous les avons invités à mettre leur expérience au service de la Mission. Assurés d’avoir un personnel enseignant suffisant, nous avons porté notre choix sur le vaste terrain que nous possédons autour de l’église de Bukit Timah à 9 milles de Singapore ; cet endroit, en effet, est le site idéal pour cette œuvre et nous y avons construit des bâtisses strictement nécessaires pour les débuts ; à l’heure actuelle les locaux sont prêts et l’outillage en partie acquis. Les négociations avec le gouvernement pour obtenir une aide financière, dont dépend le succès de l’entreprise, sont en bonne voie ; nous espérons voir l’établissement fonctionner dès le début de 1939.
« Quant aux résultats obtenus par les missionnaires dans le courant de cet exercice, ils sont consolants bien qu’inférieurs aux saintes ambitions des ouvriers apostoliques. Nous laissons plusieurs d’entre eux relater eux-mêmes la situation de leurs postes respectifs. — « Le 12 juin « 1938, écrit M. Gauthier, curé de la récente paroisse de Katong, trois cloches ont été bénites « à l’église de la Sainte-Famille ; les paroissiens eux-mêmes ont souscrit la somme nécessaire « pour parer à cette dépense. Quelques additions indispensables ont été faites à l’église ; un « porche, une véranda et une petite habitation pour le sacristain. L’Action Catholique me « donne aussi satisfaction. Elle comprend actuellement 40 membres groupés en plusieurs « sections qui travaillent les uns au soulagement des pauvres et à l’éducation des enfants ne « fréquentant pas les écoles catholiques, les autres qui ont pour but la visite des hôpitaux et « d’autres enfin qui s’occupent de la vente de notre journal. »
« M. Bécheras, titulaire de la paroisse chinoise des Saints Pierre et Paul de Singapore, exprime sa joie d’enregistrer de nombreux baptêmes d’enfants païens administrés à l’hôpital, grâce au zèle et au dévouement vraiment admirables de deux baptiseuses ; en plus de ces 520 enfants païens, elles ont donné le baptême in articulo mortis à 42 adultes. Un membre de la Jeunesse Catholique explique le catéchisme aux adultes parlant anglais ; c’est une des raisons pour lesquelles les baptêmes administrés durant cet exercice ont dépassé la moyenne des années précédentes. L’école sino-anglaise a fait un grand pas en avant ; le nombre des élèves, en effet, est passé de 190 à 391 ; 14 maîtres dont 10 chrétiens leur donnent l’instruction. — M. Seet loue la ferveur de ses paroissiens de Sarangoon qui sont, pour la plupart, fidèles à la communion fréquente. L’école anglaise, confiée aux Frères de Saint-Gabriel a obtenu de brillants succès aux examens publics et l’école chinoise n’a plus de place pour accepter de nouveaux élèves. La population catholique de ce district progresse, à mesure que les moyens de transport se multiplient et sont mis à la portée de toutes les bourses.
« M. Dupoirieux est le premier titulaire du poste de Muar. Ce vaste district comprend, une dizaine de chapelles, autour desquelles sont groupés de nombreux néophytes chinois. L’éloignement du prêtre et conséquemment le manque de soins spirituels assidus ont permis à l’ivraie semée par le démon dans les âmes de croître plus facilement ; par ailleurs, une instruction religieuse trop rudimentaire a engendré l’indifférence et la tiédeur parmi les chrétiens ; c’est pourquoi la tâche est difficile pour le nouveau pasteur. Toutefois son zèle, sa connaissance des langues et son dévouement pour les Chinois remédieront peu à peu à une situation qui n’aurait fait qu’empirer. Il nous importe donc impérieusement d’éclairer et de fortifier la foi des enfants car ils sont l’espoir de l’avenir. — « Pour la quatrième fois je me « trouve à Malacca, écrit M. Dubois, succédant à M. François à l’église Saint-François-« Xavier. Le grand changement que j’y trouve c’est que le district est réduit de moitié depuis « que Muar est devenu un nouveau ; malgré cette division, il reste encore une église et trois « chapelles rattachées à Malacca avec une population d’environ 4.000 chrétiens. Dès le début « de mon ministère en cette paroisse, mon attention s’est portée surtout sur les chrétiens « chinois dispersés sur tout le territoire, que je me proposais de visiter plus fréquemment ; « malheureusement le départ de mon vicaire ne me permet plus de m’absenter aussi souvent « que je l’aurais désiré. Les écoles chinoises du district ne donnent pas les résultats qu’on « était, en droit d’attendre d’elles ; cette déficience vient de la difficulté de trouver de bons « maîtres catholiques et de l’obligation où nous sommes de faire appel à des instituteurs « païens. »
« Le nouveau district de Sungel Pelek donne de bons espoirs pour l’avenir malgré la pénurie de catéchistes parlant la langue de Foo-Choow ; 400 catéchumènes étudient la religion, mais tous n’arriveront pas au baptême, parce que plusieurs ne sont pas suffisamment animés de bonnes intentions. M. Vendargon chargé des Indiens du district de Seremban, constate que le nombre de ses chrétiens a légèrement diminué par suite du renvoi dans les Indes de tous les travailleurs sans emploi ou invalides. La restriction dans la production de caoutchouc a été un bien pour nos fidèles, en ce sens que, actuellement les directeurs des plantations permettent plus facilement à leurs ouvriers de chômer le dimanche, ce qui leur donne le temps d’assister à la messe et de remplir leurs devoirs religieux. Le catéchiste qui s’occupe d’eux a préparé 78 enfants à la première communion et réussi à établir la prière du soir en commun parmi des groupes de travailleurs, moyen efficace pour les maintenir dans la ferveur.
« Au point de vue spirituel, écrit M. Perissoud, la mission prêchée à la paroisse Saint-Jean « à Kuala-Lumpur par les Pères Rédemptoristes procura le retour de nombreux paroissiens à « la pratique des sacrements et facilita l’accomplissement du devoir pascal à beaucoup de « fidèles ; cette mission ayant eu lieu en temps pascal, explique aussi l’augmentation du « nombre des confessions et communions de l’année. L’Action Catholique a entrepris de « venir en aide aux pauvres de la paroisse par des quêtes faites à la porte de l’église chaque « premier dimanche du mois ; le résultat est assez encourageant et permet de faire face à de « multiples appels à la charité. » — Au point de vue matériel, le curé de la paroisse a entrepris de reconstruire son presbytère ; pour le moment, il est dans l’embarras pour trouver un petit coin où travailler et un gîte pour la nuit.
« Le 31 juillet 1938, S. Exc. Mgr Devals, assisté de plusieurs missionnaires, a béni la nouvelle église du Sacré-Cœur à Kampar, centre minier de 1’Etat de Perak. Le site idéal où elle est bâtie a été donné par la Direction de la mine d’étain française de Kinta, en échange du terrain occupé par l’ancienne église. La colonie française et les catholiques de toute race assistaient aux cérémonies de la bénédiction et à la première messe célébrée dans le nouveau sanctuaire. M. Cordeiro, chargé de ce district, reçut les félicitalions bien méritées pour le magnifique travail accompli. Sur le même terrain, situé aux portes de la ville, vont s’élever prochainement une école chinoise pour les garçons et une autre anglaise pour les filles ; ainsi les fondations d’un important poste chinois seront posées.
« Depuis la mort du regretté M. Fourgs, la paroisse Saint-Michel d’Ipoh est confiée à M. François. Baptiseuses religieuses et laïques ont recueilli la belle gerbe de 1.272 baptêmes d’enfants de païens à l’article de la mort. La vie paroissiale y est intense, grâce à la proximité de l’église de nombreuses familles catholiques. La mission prêchée par les Pères Rédemptoristes bat son plein, les exercices sont bien suivis, j’espère que les fruits spirituels seront abondants.
« Je pense avoir travaillé le mieux possible, écrit M. Guittat, curé du district de Bagan « Serai, mais cela ne veut pas dire que le succès soit considérable. Souvent j’ai visité les « chrétiens sur les plantations ; j’y ai rencontré bien des misères, hélas, car beaucoup ont « oublié presque complètement leur catéchisme et leurs prières ; aussi, ai-je passé mes loisirs « à instruire ces pauvres gens. Un fait intéressant à signaler est l’ouverture d’une école « anglaise à Parita-Buntar par le couvent de Taiping. Le nombre de 30 élèves s’est maintenu « durant l’année ; il augmentera certainement l’an prochain parce que païens et chrétiens sont « heureux de confier leurs enfants aux Dames de Saint-Maur. Dans le même secteur, la « construction d’une nouvelle église s’impose ; c’est pourquoi avec les quelques économies « que j’ai pu réaliser, je commencerai bientôt à bâtir d’abord une maison convenable pour le « catéchiste et les maîtres d’école. »
« M. Riboud, chargé de la direction de la paroisse indienne de Penang, a organisé une école industrielle pour ses orphelins dans les locaux de l’ancienne école de filles ; quatre en sont déjà sortis ; d’autres apprennent les métiers de coiffeurs, de tricoteurs à la machine, de tailleurs et d’imprimeurs ; cette œuvre excellente mérite tous les encouragements. Les différentes sections masculines et féminines de l’Action Catholique sont très actives ; les unes font de la propagande parmi les païens, les autres visitent les chrétiens tièdes et les encouragent à mieux remplir leurs devoirs de chrétiens. Les résultats sont satisfaisants, car le nombre des communions pascales et répétées a sensiblement augmenté. M. Koh, curé de la paroisse chinoise de N.-D. des Sept-Douleurs, s’occupe aussi de la région de Butterworth en face de Penang. Deux chapelles groupent déjà un bon noyau de nouveaux chrétiens chinois et il y a grand espoir pour l’avenir de conversions nombreuses. Le besoin d’une école chinoise de garçons se fait vivement sentir pour donner l’instruction aux enfants pauvres de la ville qui ne peuvent aller aux écoles anglaises ; celle des filles, tenue par les Dames de Saint-Maur, progresse rapidement, si bien que les locaux actuels peuvent à peine contenir les 400 élèves qui la fréquentent. Ces Dames, dans les différentes branches de leur activité, écoles, crèches, orphelinats, amplifient chaque année le rayonnement de leurs œuvres, aussi tous leurs établissements sont-ils plus prospères que jamais. — Les Petites Sœurs des Pauvres occupent leur nouvelle maison depuis février 1938 ; elles ont la joie de prodiguer leurs soins maternels à 180 vieillards. Elles éprouvent cependant le chagrin de refuser tous les jours de nouveaux clients et désirent vivement une chapelle et une maison pour elles afin de laisser tout l’asile aux vieillards. De si saints désirs ne peuvent qu’être bientôt exaucés.
« Avant de conclure ce compte rendu, je veux exprimer mes remerciements à quelques confrères dont les noms ne sont pas souvent mentionnés ici bien que par leurs travaux ils servent grandement la cause de la Mission. Il s’agit d’abord du vénéré M. Pagès, qui malgré ses 73 ans, dirige notre petit séminaire Saint-François-Xavier avec la vaillance d’un jeune partant pour les missions et la sage expérience d’un vétéran. Nous nous préparons à fêter l’an prochain ses 50 ans de sacerdoce. Grâce au dévouement et à la compétence de MM. Cardon et Dass, notre journal catholique hebdomadaire jouit d’une bonne réputation auprès de ses lecteurs. Il est devenu un puissant instrument d’apostolat et une arme indispensable pour se défendre contre toutes les insidieuses attaques de la presse locale et aussi pour enseigner la doctrine aux païens. — Daigne le Divin Maître susciter beaucoup de vocations missionnaires car le travail à Malacca ne manque pas et les ouvriers y sont trop peu nombreux. »
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