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Rapport annuel des évêques

Année: 1939
Pays: Malaisie
Mission: Malacca
Rédacteur:Mgr Devals

II. — Malacca.

Population catholique 81.470
Baptêmes d’adultes 1.848
Baptêmes d’enfants de païens 5.656
Conversions d’hérétiques 49


Au début de ce compte rendu, S. Ex. Mgr Devals signale deux événements survenus dans le courant de cet exercice et qui ont été pour la Mission de Malacca un insigne bienfait.
« Au mois de septembre 1938, nous communique Mgr Devals, S. Exc. Mgr le Délégué apostolique des Indes est arrivé à Singapore pour faire la visite officielle du diocèse. Il y avait 9 ans qu’aucun Représentant du Saint-Père n’avait pu venir jusqu’à nous, soit à cause de notre éloignement, soit à cause du trop court séjour aux Indes de plusieurs titulaires de la Délégation. La joie et l’enthousiasme n’en furent que plus intenses : de Singapore à Penang, clergé et fidèles des principaux centres accoururent en foule présenter leurs respectueux hommages et courber leur front sous la paternelle bénédiction de celui qui venait les voir et leur parler au nom du bien-aimé Pape XI, le Pape des missions. Au cours de cette visite, Son Excellence eut la satisfaction de bénir la nouvelle et vaste église Saint-Louis à Taiping et de faire une ordination au séminaire de Penang. Nous gardons tous de cette visite le plus doux souvenir ; par son aimable simplicité et son ineffable piété comme par ses paternels encouragements, le digne Représentant du Saint-Siège a su gagner tous les cœurs.
« A Pâques 1939, nous avons eu le bonheur de recevoir parmi nous, le R. P. Mateo Crawley, l’apôtre du Sacré-Cœur, tant désiré de tous. Malgré son âge avancé et ses 4 ans de tournées apostoliques au Japon, en Corée, en Chine, aux Philippines, aux IIes Hawai et en Indochine, sa délicate santé résiste à la fatigue et il se refuse à tout repos. A peine débarqué, le voilà au travail ; il donne d’abord deux retraites aux Dames de Saint-Maur, à Singapore et à Penang. Au cours de ses prédications dans la Mission, il exalte tout spécialement la dévotion au Sacré-Cœur de Jésus, faisant appel à l’élite des chrétiens pour lui faire réparation par la pratique de l’adoration nocturne, par une plus grande fidélité à la messe et à la communion fréquente. Il veut des volontaires pour conquérir les âmes par leur amour et leurs sacrifices ; et, en quelques jours, il recrute une véritable armée d’adorateurs enthousiastes ; religieux et religieuses, membres de l’Action catholique, tous sont avides de sa parole enflammée et du contact avec son âme vibrante d’amour pour le divin Maître. Sa plus chère ambition est de toucher le cœur des prêtres, il les veut non pas des fonctionnaires sacerdotaux, mais d’autres Christ ; dans ses deux retraites, il leur révèle tous les secrets de la miséricorde du Sacré-Cœur de Jésus pour eux ; ce qu’il attend en retour, c’est d’être des victimes sans tache au saint autel, tous les jours de leur vie et de faire rayonner le Christ dans leur apostolat. Nous remercions ce prédicateur infatigable; son passage a été pour nous une grande grâce, un appel divin. Daigne le Sacré-Cœur le graver dans nos cœurs en traits indélébiles.
« Donnons maintenant un court aperçu sur l’état actuel de la Mission, sur nos travaux, nos succès, nos espérances et nos épreuves. Le nombre des missionnnaires reste stationnaire ; si nous n’avons eu à déplorer la perte d’aucun confrère, plusieurs ont dû faire à l’hôpital un séjour plus ou moins prolongé ; fort heureusement, MM. Souhait et Baloche en sont sortis bien rétablis et pleins d’une nouvelle ardeur. M. Cardon se remet peu à peu des suites d’une opération qu’il a subie à l’hôpital de Singapore et quelques autres santés, momentanément défectueuses, se rétabliront avec du repos. Il est regrettable que le nombre de nos prêtres ne soit pas plus élevé ; il faudrait pouvoir doubler les effectifs. Cependant le recrutement et la formation de notre clergé indigène s’effectuent normalement dans nos séminaires de Singapore et de Penang. Nous avons 21 prêtres, tous animés du meilleur esprit missionnaire et travaillant avec un zèle au-dessus de tout éloge ; mais c’est encore un petit nombre relativement à la besogne qui augmente d’année en année.
« Du clergé séculier, passons aux Congrégations d’hommes et de femmes qui en sont les précieux auxiliaires. Les Pères Rédemptoristes ont continué avec un grand succès leur apostolat de missions et retraites qui maintiennent et avivent la ferveur des communautés religieuses et des chrétientés ; nous avons dû maintes fois faire appel à leur concours pour remplacer plusieurs confrères malades. A Singapore, l’école Saint-Antoine, fondée et dirigée par les Pères de la Mission portugaise, est actuellement sous la direction des Frères des Ecoles Chrétiennes ; elle compte 500 élèves, qui, ajoutés aux 2.000 des écoles Saint-Joseph et Saint-Patrick, reçoivent une solide éducation religieuse. Malgré cela, que d’enfants catholiques pauvres ne peuvent être admis dans nos écoles et sont exposés au danger de perdre leur foi ! Les Frères de Saint-Gabriel déploient leur zèle dans les deux centres chinois de Sarangoon et de Bukit Timah. C’est dans cette dernière localité qu’ils ont ouvert leur noviciat et l’école industrielle Saint-Joseph. Bien que les débuts de cette institution aient été lents et pénibles, on a fini par obtenir l’approbation et un faible secours du gouvernement qui lui donne l’espoir de se maintenir et de se développer. L’œuvre a surtout pour but poursuivi de donner un moyen de vivre à nos orphelins et enfants de la campagne ; nous comptons sur le dévouement des bons Frères de Saint-Gabriel et la généreuse assistance du public pour la faire prospérer.
« Les Dames de Saint-Maur ne perdent aucune occasion de multiplier leurs œuvres scolaires dans tous les districts de la Mission. Leur zèle va jusqu’aux limites de leurs ressources financières ; elles ne voient que le bien à effectuer et le font avec le plus admirable désintéressement. Il serait trop long de mentionner ici leurs nouvelles fondations ou extensions d’écoles, il suffit de dire que le nombre de leurs élèves a considérablement augmenté. Les Sœurs Canossiennes qui dirigent des écoles anglaises à Singapore et Malacca, ont exprimé le désir d’entreprendre des œuvres charitables et ont acheté pour réaliser leur dessein un grand terrain dans un faubourg populeux de Singapore. Les Petites Sœurs des Pauvres se préparent à célébrer le centenaire de leur fondation, dont la conclusion sera la pose de la première pierre de leur chapelle. Elles en ont un besoin urgent, car celle qui existe actuellement est trop petite pour contenir leurs 200 vieillards. Les vocations affluent au Carmel, il n’y a que l’embarras du choix ; signe de bénédiction divine et de la nécessité des ordres contemplatifs partout où la foi catholique a déjà poussé de profondes racines dans les âmes.
« Après cet aperçu sur le clergé, les congrégations religieuses et leur champ d’action, nous en arrivons au travail accompli dans quelques districts plus importants de la Mission. La ville de Singapore bâtie toute en longueur sur le bord de la mer, se ramifie en de nombreux et vastes faubourgs. Les premières églises situées dans le centre ne sont plus à la portée des fidèles qui émigrent de plus en plus vers les agglomérations extérieures et la campagne. De ce fait, les paroisses de Sarangoon et de Katong voient leur population s’accroître rapidement. A Sarangoon, M. Seet le constate de plus en plus. Les écoles anglaises et chinoises sont maintenant insuffisantes pour le nombre d’enfants qui demandent leur admission ; il devient donc nécessaire de bâtir une nouvelle école de filles et de céder celle de garçons ; malgré les circonstances défavorables du moment, il faut compter sur la divine Providence pour la mise à exécution de cette entreprise si urgente. M. Bécheras, curé de l’église SS. Pierre et Paul, loue le zèle persévérant de deux baptiseuses laïques, qui, sans se laisser troubler par les obstacles qu’elles rencontrent, ont maintenu le résultat de leur fructueux apostolat, se chiffrant par des centaines de baptêmes d’enfants et d’adultes à l’article de la mort. M. Lee rend grâces à sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus pour toutes les belles roses qu’elle fait pleuvoir sur sa paroisse sous la forme de dons généreux, lui permettant de payer les dettes de l’église et de bâtir une grande école de garçons. Son Exc. Mgr le Délégué apostolique a daigné la bénir le 21 septembre 1938 et on y compte, à l’heure actuelle, 160 élèves. L’école indienne de filles dirigée par les Dames de Saint-Maur a vu le nombre de ses élèves augmenter de 25 à 67, malgré de nombreux obstacles, particulièrement la dispersion des familles chrétiennes dans tous les coins de la ville et leur éloignement de l’église. L’école anglaise paroissiale ouverte en 1937, se développe normalement, mais la place manque ; les plans pour une extension de deux classes, soumis à l’approbation de l’autorité compétente, permettront d’accepter un complément de 80 élèves.
« A Malacca, la paroisse Saint-François Xavier, formée de tous les catholiques du territoire, a des pasteurs pour les chrétiens de langues différentes : M. Auriol pour les Eurasiens, M. Dubois pour les Chinois et M. Francis pour les Indiens. Un tel mélange de races rend la prédication presque impossible. L’occasion de remédier à cet inconvénient se présente maintenant, un terrain vaste et bien situé pour 1a communauté chinoise, a été acquis cette année. Dès que les plans de la nouvelle église, dédiée à Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, seront prêts, la construction commencera. Les Chinois seront ravis d’avoir leur église et, bien que généralement pauvres, ils ont promis toute l’aide qu’on puisse attendre d’eux. M. Auguin, titulaire du district de Seremban, signale, comme principal événement de l’année, la fondation définitive du nouveau poste de Sungei Pelek, par l’achat d’un terrain et la construction d’une chapelle-école qui fut bénite le 8 juillet par Mgr Devals ; les assises matérielles de l’édifice sont maintenant bien établies, mais les résultats spirituels se font toujours attendre. Il y a cependant bon espoir ; 70 enfants environ fréquentent régulièrement l’école où enseignent deux maîtres diplômés ; le catéchiste s’occupe de l’instruction religieuse des parents et des enfants ; espérons que des baptêmes récompenseront nos efforts dans un avenir prochain. M. Perrissoud ne trouve pas de hauts faits à signaler ; il constate cependant que la mission prêchée par les Pères Rédemptoristes en 1938 a produit un excédent de 500 communions l’an dernier, et cette année, le nombre a encore légèrement augmenté, ce qui prouve que les fruits de la mission ont duré. Le petit groupe de membres actifs de l’Action catholique lui donne toute satisfaction ; ils prennent leur tâche à cœur et sont très ponctuels aux réunions mensuelles.
« M. Girard, curé des Chinois de Sélangor, regrette de n’avoir administré le baptême qu’à 38 personnes adultes : il n’en est pas moins à féliciter pour cet excellent résultat. L’école chinoise fondée l’an dernier, a maintenant 66 élèves ; il faut bâtir, mais les fonds manquent. Notre confrère fait par surcroît la visite régulière des chrétiens dispersés dans les états de Pahang, Kelanton et Trengganu, il y dépense un zèle au-dessus de tout éloge et, malgré les difficultés, subvient aux besoins spirituels de nombreuses âmes bien exposées à perdre la foi, par suite de leur éloignement de l’église et du prêtre. L’évangélisation plus intense de ces régions est préparée par l’acquisition de terrains et l’érection de petites chapelles autour desquelles se groupent les catholiques de toutes races. M. François, curé de la paroisse Saint-Michel d’Ipoh, se félicite aussi du succès de la mission donnée par les Pères Rédemptoristes au mois d’août 1938. Au cours de cet exercice, le nombre des communions s’élève à 101.000 contre 77.000 l’an dernier. Cette augmentation peut être attribuée encore à une autre cause, la présence dans la paroisse d’un Père Capucin venu là pour apprendre la langue chinoise ; grâce à lui le service des messes à l’église et dans les communautés religieuses, étant plus régulier, facilite la dévotion des fidèles.
« M. Guittat, curé de Bagan Serai remarque chez ses chrétiens tamouls, un esprit de plus en plus indépendant ; ceux-ci ne supportent guère le rappel du prêtre à la pratique de leurs devoirs religieux. Cependant une retraite prêchée par M. Vendargon à l’occasion de la fête de Saint-Joseph, a démontré que la foi existe encore dans ces âmes. Un grand nombre de catholiques, qui avaient oublié le chemin de l’église, l’ont retrouvé et semblent plus fidèles à la réception des sacrements. Il serait temps de remédier à cette situation par une formation chrétienne de la jeunesse plus adaptée au milieu, la création de groupes d’élites et la diffusion du journal ou revues catholiques. M. Riboud, curé de la paroisse Indienne de Penang, constate également avec regret que ses paroissiens s’éloignent de plus en plus de leur église. La raison en est qu’ils ne trouvent plus de maisons à bon marché dans les environs immédiats et s’en vont chercher des huttes en dehors de la ville ; l’assistance à la messe et les communions diminuent, bien que les confessions soient aussi nombreuses que dans le passé. Les 500 Indiens catholiques établis dans le voisinage de Butterworth, forment une petite paroisse dont il faudrait s’occuper sur place, mais n’ayant pas de prêtre à demeure, les moyens dont ils disposent permettent difficilement à ces chrétiens de passer le détroit pour aller remplir leurs devoirs religieux à Penang. Depuis deux ans un village de pêcheurs chinois non loin de cette localité, semble vouloir se convertir ; il y a là environ 80 nouveaux chrétiens et des catéchumènes ; on a construit pour eux une chapelle qui a été bénite le 14 juillet 1938.
« En terminant ce compte rendu, je remercie la divine Providence pour les bons résultats obtenus au cours de cet exercice ; je rends hommage au dévouement des missionnaires et de leurs collaborateurs qui n’ont cessé de travailler le mieux possible, avec les moyens dont ils disposaient, à la conversion des infidèles et à la direction de leurs chrétiens. »



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