| Année: |
1970 |
| Pays: |
Malaisie |
| Mission: |
MALAISIE |
RÉGION DE MALAISIE
MALAISIE DE L’OUEST
Situation générale
Un numéro spécial d’un journal de langue anglaise (les journaux sont très contrôlés par la censure et seuls les journaux pro-gouvernementaux subsistent) portait en exergue ces mots : « Les jours heureux sont revenus » (allusion aux événements de mai 69). Les célébrations monstres qui se préparent pour la fête de l’indépendance (août 70) marquent le retour à la vie normale d’une des nations les plus riches d’Asie, une nation qui s’épanouit grâce à la « bonne volonté » montrée envers tous et envers chacun ». Ces phrases caractérisent la situation actuelle en Malaisie, du moins si on se contente des apparences : paix ou plutôt bon ordre, progrès économique (« Les dollars affluent dans la Malaisie, pays d’abondance », écrit le môme journal). Mais, au-delà de cette façade, les problèmes de la Malaisie sont sérieux et, pourrait-on croire, presque insolubles.
Contexte humain
La Malaisie a été profondément marquée, traumatisée, par les troubles raciaux de mai 1969. L’éruption soudaine de violences, qui ont fait plus d’un millier de victimes, a mis fin à une certaine euphorie et à une illusion que l’on aimait à prendre pour une réalité : la Malaisie, modèle de coopération et d’unité raciale. Il semble qu’au plus profond des consciences, l’euphorie et l’illusion aient fait place à une peur et une méfiance qu’il sera sans doute difficile d’effacer.
Les problèmes majeurs de Malaisie restent plutôt humains et subjectifs que naturels et objectifs : ajustements psychologiques, relations interpersonnelles, « bienveillance (goodwill) et solidarité », respect mutuel. Des comités de bienveillance ont fleuri du haut en bas de l’échelle sociale. Tous les discours officiels ou presque parlent de « bienveillance ». Mais, par ailleurs, le Conseil national opérationnel (National Operation Council), qui a pris en main le gouvernement du pays depuis mai 1969 en l’absence du parlement, en a profité pour faire passer toute une série de décrets interdisant toute discussion des problèmes délicats et brûlants: les « privilèges » constitutionnels accordés aux Malais, la position prioritaire de la langue malaise, le statut des sultans, etc.
Contexte politique
La vie politique et les libertés politiques ont été fortement réduites depuis mai 1969. L’état d’urgence demeure avec pleins pouvoirs au N.O.C. (Conseil national opérationnel). Le régime parlementaire n’a pas été rétabli et les partis politiques sont pratiquement réduits au silence. Le N.O.C. a cependant constitué un Conseil national consultatif (N.C.C.), composé de représentants des groupes sociaux les plus importants : partis politiques, syndicats, religions (l’évêque de Penang, par exemple, y représente l’Eglise catholique). Ce Conseil consultatif travaille à huis clos et sous le sceau du secret, mais est habilité en principe à discuter de tous les problèmes, y compris les « sujets délicats et brûlants ».
Au cours de l’année écoulée, le gouvernement s’est engagé résolument dans une ligne pro-malaise. Bien que relativement modérés, les hommes au pouvoir ont sans doute dû consentir des concessions aux extrémistes qui demandent « la Malaisie aux Malais, aux fils du sol ». Les étudiants d’université ont manifesté plusieurs fois en faveur de cette position et même osé critiquer le Premier ministre, Tungku Abdul Rahman, pour son attitude de tolérance. En conséquence, le slogan politique sans cesse répété est : développement, oui, mais en même temps et surtout « rétablissement de l’équilibre économique » en faveur des sous-privilégiés, étant entendu qu’il s’agit de la masse malaise. Il semble que le déséquilibre économique soit dans la proportion de 7 à 4 en faveur des non-malais.
Dans le sens de cette malaysianisation, il faut encore signaler une pression réelle et des mesures peut-être trop rapides pour faire du malais la langue prépondérante.
Certains faits laissent même entendre qu’un processus d’islamisation semble être en cours avec l’idée que la religion unique serait un moyen d’unification du pays. Sabah, en Malaisie de l’Est, pourrait être le cas « test » dans cette direction (plusieurs missionnaires se sont vu refuser le renouvellement de leur permis de séjour, avant même l’échéance de dix ans prévue par la loi). Signalons aussi, dans le même sens, un rapprochement très net avec les pays musulmans et surtout l’Indonésie.
Contexte social
La politique de « rétablissement de l’équilibre économique » a, pour le moment, des conséquences pratiques sur la question du chômage et, par rebondissement, sur la tension raciale. Il devient de plus en plus difficile aux jeunes non malais de trouver des débouchés dans l’administration ou les organismes publics ou quasi-publics. Les bourses d’études sont offertes presque exclusivement aux Malais, et beaucoup de jeunes qui ont terminé leurs études secondaires ou universitaires n’ont d’autre recours que d’aller compléter leur formation professionnelle ou leurs études à l’étranger (Angleterre, Australie).
Le problème du chômage devient de plus en plus sérieux, malgré les efforts du gouvernement au plan du développement rural et industriel. On prévoit qu’il sera de 13,6 % en 1972 (contre 6,9 % en 1967). Pour les hommes, un jeune sur quatre, dans la catégorie des 15 à 24 ans, est sans travail ; dans certains secteurs de la population, cette proportion est même plus importante. Malgré les apparences, il semble bien que ce problème social soit le plus dangereux pour la Malaisie, avec toutes les implications qu’il engendre dans le domaine de l’animosité raciale.
Des faits et des incidents indiquent que, profitant des circonstances, l’influence communiste s’est accentuée et mieux organisée.
La question des permis de travail, ainsi que la révision des certificats de citoyenneté, a plongé un bon nombre de gens dans le désarroi. Les étrangers travaillant en Malaisie doivent obtenir un permis de travail. Sont considérés comme étrangers tous ceux qui n’ont pas la nationalité malaysienne. Principalement affectés furent les ouvriers des plantations, la plupart Indiens, qui, bien que nés dans le pays, n’avaient pas demandé la citoyenneté par négligence ou manque d’éducation. Beaucoup sont déjà repartis en Inde et d’autres, dans la peur qu’il n’y ait pas d’avenir pour eux ici, pensent aussi y retourner. Les lois, très strictes au début (octobre-décembre 69), se sont peu à peu relâchées et, à partir de janvier 70, des amendements ont redonné quelque espoir.
A signaler également les nouvelles lois sur les syndicats. Il n’est désormais plus loisible aux syndicats de fusionner, même si les affiliations sont très peu nombreuses. Interdiction également d’établir des syndicats dans les nouvelles industries ou « pioneer industries » pendant toute la période de lancement. Interdiction de certaines actions revendicatives, telles que grèves ou « work to rule » pour des questions de sécurité du pays. Un ministre pouvait ainsi dire récemment: « Venez investir chez nous, le travail ne coûte presque rien ». Il va sans dire que cette politique crée une grande peur parmi les ouvriers. L’emploi est si rare qu’on ne veut pas le perdre ; alors on accepte, on n’ose pas parler, on souffre en silence. Déjà auparavant, il n’y avait qu’une conscience ouvrière naissante, car le mouvement syndical était trop divisé. Les mesures gouvernementales auront encore ralenti l’éclosion d’une classe ouvrière unie et forte.
Contexte économique
En plus des remarques éparses dans le texte ci-dessus, il faut mentionner l’effort du gouvernement vers l’industrialisation. Les centres urbains comme Kuala Lumpur, Jo-hore Bahru, Ipoh et Butterworth se développent avec l’implantation des industries les plus diverses, surtout des industries légères : usines de produits alimentaires, montage de voitures et tracteurs... etc... Ceci crée un appel de main-d’œuvre et le mythe que, dans ces centres, il est facile de trouver du travail. Des quartiers résidentiels entiers sont en construction et, par exemple, à Petaling Jaya, près de Kuala Lumpur, la population aurait doublé en quatre ans. Les efforts pour industrialiser les villes secondaires n’en sont encore pratiquement qu’au stage de la planification.
L’Eglise dans le contexte malaysien
Une orientation “ad intra”
D’une façon générale, on peut dire que l’Eglise en Malaisie n’a pas, dans son ensemble, pris le tournant marqué par le Concile du Vatican, surtout dans sa constitution « Lumen Gentium ». Son orientation est encore « ad intra », étant préoccupée de ses problèmes internes plus que du « monde » malaysien auquel elle devrait s’efforcer d’être « comme l’âme est pour le corps », selon l’expression du Concile. L’enthousiasme manifesté au début pour les enseignements du Concile (séminaires, sessions, études...) semble s’être beaucoup refroidi. Cette année a vu encore un séminaire national de catéchétique et des sessions sur un plan plus réduit, mais, sans compter que ce sont souvent les mêmes qui y participent, certains de ceux qui en profitent (religieux et enseignants laïcs par exemple) butent sur la dichotomie qu’ils découvrent entre ce qu’ils essayent d’enseigner aux enfants et la « vie » en Eglise, telle qu’il la trouve in concerto.
Il y a des efforts positifs mais trop isolés pour mettre l’Eglise à l’heure de Vatican II et au service de la Malaisie dans son évolution rapide. La préoccupation est réelle dans ce sens chez des prêtres (étrangers et locaux) et des laïcs, mais ils sont le petit nombre. On constate une certaine lassitude chez plusieurs de ces prêtres, religieux et laïcs. « Il n’y a rien à faire »… « Le système est trop lourd »… « Que veut donc l’Eglise ? des « yes-men » ? (béni - oui-oui) : telles sont quelques-unes des réflexions que l’on peut entendre ici ou là. On perçoit une tendance vers une attitude d’isolationnisme : « On fait ce qu’on peut dans son coin ». Du bon travail se fait effectivement à l’échelon du « coin », de la paroisse, mais il manque un plan pastoral avec des priorités en fonction des besoins réels.
« Le Sénat, entend-on dire, semble une sorte de « conseil » élargi qui règle des détails, plutôt qu’un groupe dynamique qui pense et formule une politique pour le diocèse… et donc les membres se battent pour mettre en pratique cette politique. En fait, le Sénat donne une bonne représentation de la tendance générale
Nous ressentons vivement un manque de directives pastorales, en même temps qu’un manque de vision de la part de la hiérarchie. Elle semble paralysée par la peur des changements. Les seuls changements ou adaptations approuvés sont ceux qui sont commandés par décrets venant de Rome. Même parmi ces derniers, il semble que préférence soit donnée aux instructions à caractère restrictif, en liturgie notamment. Nous constatons en même temps une bonne volonté évidente de cette même hiérarchie qui, confrontée aux problèmes diocésains ou nationaux, ne semble pourtant pas être à même d’y apporter des solutions concrètes.
Un conflit intérieur ?
A la racine de la « sclérose », il y a un manque d’attention aux réalités humaines, aux problèmes socio-religieux en particulier. A titre d’exemple, voici la réaction d’un de nos missionnaires : « Si on baptise, si on confesse, si on enseigne le catéchisme à quelques individus, on est un « bon prêtre ». Comment vivent les gens ? Quels problèmes posent l’urbanisation, le travail avec les heures supplémentaires, quels changements cela provoque-t-il dans les relations familiales et même à l’intérieur de l’Eglise, de cela peu de prêtres se préoccupent. Il ne faudrait pas croire que la hiérarchie soit seule à incriminer. Les prêtres, y compris les missionnaires, ont été trop habitués à travailler en individualistes pour rendre possible une vraie pastorale qui tienne compte des situations communes. » Il faudrait des études et enquêtes sérieuses pour connaître, d’aussi près que possible, l’évolution des mentalités, les tendances, pour se rendre compte par exemple des attitudes des jeunes face à la question religieuse. Certains faits indiquent qu’il semble y avoir une désaffection réelle vis-à-vis des religions institutionnelles, de l’embrigadement religieux. Des étudiants catholiques d’université notent une forte baisse dans la pratique religieuse de leurs coreligionnaires et sans doute une crise de la foi chez certains. On peut probablement en dire autant des jeunes qui sortent des écoles secondaires. Une étude sérieuse de la question, si elle était entreprise, nous mènerait au cœur du problème : un problème d’évangélisation et de foi ; on trouverait sans doute que, chez beaucoup, il y a de la religiosité ou une culture religieuse, mais que le Christ est absent.
Des essais ont été faits pour encourager à la réflexion et au renouvellement sur certains aspects de la pastorale. Par exemple, sur le sacrement de pénitence, après une enquête limitée sur les attitudes des jeunes à l’école ; un « papier » d’un confrère sur la question a été diffusé par la commission liturgique. Il semble que les réactions observées dans une grande partie du clergé aient été plutôt négatives ou défensives. Le clergé, en général, se sent plus à l’aise dans les formes traditionnelles du ministère, formes plus sécurisantes et plus favorables à la préservation du « statut ». Mais on sent un malaise réel chez un bon nombre de prêtres, surtout les jeunes et souvent les plus dynamiques. Ils parlent souvent d’un sentiment de solitude, provenant surtout de la difficulté de dialoguer avec leurs anciens : « On n’est pas sur la même longueur d’onde ». Un besoin de plus en plus ressenti également chez les jeunes prêtres est le besoin d’une compétence réelle, au moins dans une branche de l’apostolat. Tout ceci est encore assez vague et sans doute difficilement exprimé. En Asie, la contestation ouverte n’est pas dans les mœurs, mais le conflit intérieur n’en est peut-être que plus dangereux.
Un potentiel : le laïcat
Au positif de l’Eglise en Malaisie, il faut noter la potentiel énorme du laïcat chrétien : un laïcat plein de bonne volonté, éclairé désireux de prendre une part active dans la vie de l’Eglise, ayant déjà pris ses responsabilités dans le monde séculier et cependant éprouvant des difficultés à faire reconnaître sa place dans la vie de l’Eglise en Malaisie.
La vie du groupe M.E.P.
Peu de choses à ajouter à ce qui a déjà été dit assez longuement dans le compte rendu de l’année 1969. Des efforts ont été faits au plan régional pour organiser des réunions et penser en commun sur des problèmes d’intérêts généraux. On peut noter un intérêt réel mais pas d’enthousiasme délirant. La formation permanente est toujours envisagée comme devant être faite en commun avec le clergé local : cela suppose l’accord de la hiérarchie et de l’ensemble du clergé, ce qui ne facilite pas la tâche, étant donné l’individualisme sous-jacent. Sur le plan social chrétien, il faudrait signaler l’initiative de certains, comme les essais de pastorale des plantations qui donnent de très bons résultats ; mais c’est tout un article qu’il faudrait écrire sur ce sujet ou sur d’autres initiatives individuelles, qui ne semblent pas attirer la réflexion du groupe en tant que tel. On espère que, dans un futur proche, le groupe pourra faire porter sa réflexion sur les problèmes spécifiques de l’apostolat en Malaisie et faire bénéficier de sa réflexion le clergé et la hiérarchie du pays.
SINGAPORE
Situation générale
Contexte politique
Le parti du Premier ministre, M. Lee Kuan Yew, est au pouvoir depuis 1959 : c’est une source de stabilité pour le pays, d’autant plus qu’à la Chambre des députés tous les sièges ont été remportés par les membres du parti au pouvoir. Des élections partielles ont eu lieu début 1970, à l’initiative du parti qui, pour renouveler ses membres, demanda à cinq d’entre eux de démissionner. Sur cinq élections partielles, trois ne furent pas contestées par les partis d’opposition et, dans les deux autres circonscriptions, les candidats du gouvernement furent élus sans difficulté. On noterait toutefois un certain succès de l’opposition, qui arriva à rassembler quelques milliers de votes. Toujours est-il que Singapore garde toujours sa « Chambre introuvable ».
Le gouvernement profite de cette situation pour faire sentir son contrôle dans tous les secteurs de la vie du pays, et pour pousser sa politique d’une manière qui veut être élégante en apparence, mais qui est brutale de fait. Toute opposition est muselée, voire ridiculisée. Les mécontents n’osent s’exprimer à haute voix, car il est certain que le pays progresse ; pour les mécontents employés du gouvernement, il suffit de passer au secteur privé, ce qui est assez facile, afin d’échapper pour un temps du moins, à ce contrôle irritant. Le gouvernement s’inquiète de cette perte de gens qualifiés et, du point de vue politique, le Premier ministre a exprimé des craintes pour l’avenir, tout en essayant d’amener des hommes nouveaux aux postes clefs de son parti ou du gouvernement.
Contexte économique
Le départ des Anglais en 1971, avait été la cause d’inquiétudes précédemment, car les bases employaient de nombreux civils et les militaires étaient de bons clients pour les magasins et de bons locataires pour les propriétaires ; aujourd’hui, elle n’est plus vue comme une calamité, et le gouvernement se réjouit à la perspective d’être l’héritier unique des terrains et de toutes les installations militaires et services annexes.
L’industrialisation continue et les investissements étrangers sont recherchés. M. Lee Kuan Yew, qui fait son tour du monde au moment ou ce rapport est préparé (octobre 70), encourage les divers pays qu’il visite à ouvrir des usines à Singapore. La France parle d’y avoir une nouvelle banque. Le ministre des Finances, M. Hon Sui Sen, un catholique, a accompagné le Premier ministre, dans sa visite des pays européens.
On parle de Singapore devenant la « Suisse du Sud-Est asiatique », c’est-à-dire le centre bancaire qui pourrait négocier un dollar asiatique correspondant à l’eurodollar. Enfin, signalons que notre île semble devenir un des centres importants du marché légal de l’or.
Relais commode entre le Japon et l’Europe, Singapore répare de plus en plus de bateaux, s’ouvrant ainsi un champ d’activité qui grandit très vite. En Indonésie et dans les alentours, les grandes compagnies internationales sont engagées à plein dans les recherches pétrolières et Singapore est devenue le centre de tous les services annexes pour la recherche du pétrole, ainsi que la résidence des familles de techniciens. On parle de 4000, peut-être 5000 Américains à Singapore.
Mais Singapore est aussi le quatrième port du monde et son activité continue à augmenter. Dans la ville, les grands centres commerciaux se multiplient et, si la Chine de Mao s’est taillée la part du lion les années précédentes avec l’ouverture de six ou sept « emporium », voici que Formose tout récemment a aussi ouvert le sien. Tout le monde est bien accueilli à Singapore ; à condition que le nouveau venu contribue, et pas petitement, à la prospérité du pays.
Les hôtels, comme on le signalait l’an dernier, continuent à monter ; l’un arrivera à quarante étages, mais on se demande sérieusement si on n’a pas vu trop grand. Le deuxième Hilton en était encore aux fondations qu’il fut décidé de ne plus bâtir un hôtel, mais un complexe commercial, et la conversion de certains hôtels non encore terminés en cliniques privées est à l’ordre du jour. Il y a des touristes, certes, mais pas encore dans les proportions prévues. Le tourisme est plus un espoir qu’une réalité... De plus, les prix ne semblent guère faits pour attirer la classe moyenne.
Mais le bâtiment en général va à une allure de plus en plus accélérée, le gouvernement poussant l’ouverture de nouvelles villes-satellites. On bâtit tellement que le fer est contingenté, car on n’arrive plus à trouver les énormes quantités nécessaires. Bâtir est devenu une activité onéreuse et nos deux bâtisseurs d’églises pour 1970, les PP. H. Saussard et P. Abrial en savent quelque chose.
Contexte social
En général, on vit bien à Singapore et nous ne faisons pas partie du monde de la faim ; il y a de l’argent et le niveau de vie s’améliore. Mais argent et mainmise du gouvernement tendent à accentuer l’apathie de beaucoup vis-à-vis de ce qui est responsabilité sociale ou simplement intérêt dans la vie de la société en général.
L’éducation insiste de plus en plus sur l’importance des sciences et on cherche à produire des techniciens. Dans toutes les écoles secondaires, les élèves étudient des sujets techniques et le gouvernement ne fera qu’insister dans cette direction. De même pousse-t-on sans grand ménagement le bilinguisme : tout élève doit devenir capable d’étudier certains sujets dans une langue différente de sa langue de base… et le bilinguisme est beaucoup plus anglais-chinois (mandarin), que anglais-malais.
En 1970, la loi légalisant l’avortement est entrée en vigueur (on parle de 900 opérations légales par mois), et les raisons données en faveur de cette loi par le ministre de la Santé lui-même laissent peu d’illusions sur les idées que l’on pourrait avoir ici de la dignité de la personne humaine. La campagne pour la diminution du taux des naissances est certainement couronnée de succès et, dans nos communautés catholiques, il y a une baisse nette du nombre de baptêmes d’enfants. On lisait récemment dans une revue : « La République de Singapore a une population d’une densité de 3500 habitants au km2. En 1960, il y eut 62000 naissances dans l’année, mais en 1968, il y avait moins de 50000 naissances. En moins de dix ans, Sinpapore pourra réduire de plus de moitié l’augmentation de sa population. Dans le passé, le taux des naissances était 3,45 % il n’est plus que de 1,5 %. »
L’argent, qui est facile, et un certain désir d’attirer les touristes entraîne un déclin très net des valeurs morales traditionnelles. Les boîtes de nuit fleurissent, et notre grande cité cosmopolite pourrait bien s’enliser dans les délices de Capoue.
L’Eglise dans le contexte singaporien
Effort en milieu non chrétien
Les conversions d’adultes surtout en milieu chinois sont nombreuses. Les catéchumènes sont, la plupart du temps, amenés par leurs amis, mais il n’y a rien d’organisé pour une action concertée parmi les non-chrétiens. Certains mouvements d’apostolat ont un bon nombre de non-baptisés parmi leurs membres, c’est-à-dire des gens en marche vers le Christ, certains baptisés de désir, d’autres n’ayant pas encore vu les raisons qui pourraient les amener au baptême et les faire membres d’une Eglise institutionnelle. Les écoles certainement et, dans une certaine mesure, la populaire neuvaine perpétuelle en honneur de N.-D. du Perpétuel Secours font un travail appréciable de pré-évangélisation.
La Société de Saint-Vincent de Paul aide de nombreux chrétiens, et plusieurs efforts de travail social, mais sur une petite échelle, sont à signaler. Là encore, pas de politique d’ensemble.
Prêtres et pasteurs de différentes dénominations chrétiennes se réunissent une fois tous les deux mois, mais, là encore, il n’y a pas foule et on voit toujours à peu près les mêmes personnes. L’œcuménisme s’est certainement ralenti et la prudence domine du côté de l’autorité. Le clergé local d’âge moyen, dans son ensemble, ne semble guère s’y être ouvert.
L’attitude devant la foi
Certainement une nombreuse sacramentalisation. Un sondage effectué un dimanche donne un total de 47560 personnes assistant à la messe dans les divers lieux de culte de l’île, ce qui donnerait un taux de pratique de plus de 60 %. A noter toutefois une diminution certaine des confessions, et une mise en question de l’Eglise et de la pratique religieuse chez les jeunes. Beaucoup de ceux qui enseignent le catéchisme aux adolescents se sentent désarçonnés et essayent de renouveler leur approche. Les sessions pour catéchistes se multiplient, au plan tant diocésain que régional. Des sessions de quinze jours par an ont commencé l’an dernier et vont se poursuivre en 1970, 71, 72. Cent-soixante personnes ont participé à la session de 1969 à Kuala Lumpur et l’Institut catéchétique de Manille contribue directement à ce travail, en envoyant certains de ses membres pour animer ces sessions. En 1969, le directeur de l’Institut, le P. Nebreda a donné des conférences très appréciées pendant une semaine. Malheureusement, peu de prêtres ont pu y prendre part.
La foi de nos gens est certainement mêlée à pas mal de religiosité, et peu sont arrivés à une foi personnelle. Ceci pourrait expliquer le fait que les vocations sacerdotales et religieuses ne soient pas aussi nombreuses que l’on pourrait s’y attendre. Enfin, si nos nouveaux chrétiens sont fervents, il semble bien qu’il y ait un certain nombre de défections silencieuses parmi ceux qui sont baptisés depuis plusieurs générations ; ces défections passent facilement inaperçues, à la faveur de la venue de nouveaux baptisés qui semblent être les plus nombreux dans les mouvements d’apostolat laïcs.
Quant aux laïcs, on les considère surtout comme rendant service à la paroisse ; dans son ensemble, le laïcat n’est guère formé. Il y a souvent de la part du clergé une certaine attitude paternaliste, encouragée peut-être par l’attitude passive d’un certain nombre de laïcs qui se contentent d’être des exécutants.
Le sénat des prêtres
Le Sénat de prêtres existe depuis février 1969 et se réunit une fois tous les deux mois. Pour l’instant, ce n’est qu’un timide essai et les questions confiées à l’attention du Sénat ne sont que bien marginales. De plus, il n’a guère été donné suite aux quelques propositions suggérées par le Sénat. On tâtonne beaucoup, un certain nombre de sénateurs ne voient guère ce qu’on attend d’eux et la liaison Sénat-Conseil épiscopal n’existe pas. A l’intérieur du Sénat, il y a une commission pastorale, mais nous n’avons pas de conseil pastoral ; il y a une commission pour l’apostolat, mais on n’entend plus parler du conseil pour l’apostolat des laïcs que le P. Charbonnier, non sans mal, avait essayé de mettre sur pied et d’animer.
Les commissions liturgiques et catéchétiques essayent de coordonner leurs efforts, mais là encore, on ne va pas loin, faute d’une pastorale d’ensemble qui, d’ailleurs, n’apparaît ni utile, ni souhaitable à beaucoup. Serait-ce surtout que l’on ne sait guère comment s’y prendre ? C’est possible...
La vie du groupe M.E.P.
Le groupe vieillit : la moyenne d’âge est de 54 ans. Sur 27 confrères présents dans l’archidiocèse, 8 ont entre 60 et 70 ans ; 11 entre 50 et 60 ans ; 6 entre 40 et 50 ans ; 2 entre 30 et 40 ans et ces deux-là ont déjà 39 ans. On nous annonce un nouveau pour 1971. Qu’il soit le bienvenu !
Le clergé local augmente rapidement : 4 nouveaux prêtres en 1968 ; 4 en 1969 et 4 pour la fin 1970. Nous sommes 21 m.e.p. dans l’île sur environ 100 prêtres. De ce fait, sans former une communauté, on se serre davantage les coudes ; on se réunit facilement autour d’une table fraternelle, on échange occasionnellement sur des problèmes communs d’apostolat, mais on est en général allergique à toute réunion organisée. Les articles et documents venus de France gênent et agacent parfois par leur vocabulaire et les questionnaires d’Epiphanie n’ont jamais donné lieu à des rencontres d’études ou d’échanges. Une réunion, animée par le P. Dufay, sur le document d’orientation et le groupe missionnaire, a vu davantage de confrères présents au repas qu’aux sessions qui l’ont précédé et suivi, et pourtant le tout ne dura qu’un jour. Liens d’amitié, oui, mais certainement pas le désir d’être une communauté, même avec un minimum de structures telles que réunions mensuelles. On explique cela en disant que l’on ne veut pas faire un groupe à part parmi le clergé, mais ce semble être une bonne excuse pour avoir « bonne conscience »… Et pourtant, assez souvent s’expriment des désirs de se renouveler… certains vont même jusqu’à dire qu’à part les congés et l’offre d’une retraite honorable au temps de la vieillesse, on ne voit guère ce que la Société pourrait faire pour nous aider dans notre vie missionnaire ; certains ne désirent point cette aide. Réaction de grognards ? Peut-être…
Tout ceci n’empêche que, dans l’ensemble, les confrères sont bien à leur travail et heureux dans leur travail. La plupart font un travail paroissial et le groupe M.E.P. est certainement pour l’archidiocèse un élément dynamique, tant au point de vue des réalisations pratiques qu’au point de vue pensée. Sur 15 paroisses ouvertes depuis 1953, 9 sont dues aux efforts de nos confrères. Les relations avec le clergé local sont bonnes, l’amitié qui nous unit étant souvent en dépendance des divers groupes d’âges.
On prévoit pour un proche avenir la division de l’archidiocèse, les Etats de Malaisie du Sud qui en faisaient partie pouvant être érigés en diocèse indépendant. Ce serait le troisième diocèse découpé dans le territoire confié en 1947 à Mgr Olçomendy.
Pierre GAUTHIER
supérieur régional
Le Séminaire régional de Penang
L’année scolaire 1970 s’ouvrit le 11 février
avec un groupe permanent de 11 professeurs et 108 séminaristes présents
PROFESSEURS
PP. G. MOREAU (m.e.p.) Année préparatoire
A. PALLIER (m.e.p.) Année préparatoire et théologie dogmatique
A. CHOONG (Penang) Philosophie (1er et 2e années), catéchétique
J. DANTONEL (m.e.p.) Philosophie (2e année), histoire de la philosophie et liturgie
J. BANCHONG (Chanthaburi) Philosophie (1re année), droit canon et apologétique
J. L’HOUR (m.e.p.) Ecriture Sainte
J-M. BOSC, Recteur (m.e.p.) Morale fondamentale
F. FELIX-FAURE (m.e.p.) Théologie dogmatique et hindouisme
R. BALHETCHET (Singapore) Ecclésiologie et éloquence
J. THASANAI (Bangkok) Sacrement et histoire de l’Eglise
P. COURTOT (m.e.p.) Théologie morale et bouddhisme
Deux professeurs, le P.G. MOREAU et le P. J. BANCHONG, ont pris leur poste au début de l’année universitaire, enseignant pour la première fois dans ce séminaire.
Le P. J. L’HOUR, parti en congé régulier l’année dernière (1969), rejoignit le séminaire à la fin du premier semestre. Le P. FÉLIX-FAURE nous quitta pour son congé régulier à la fin de ce même semestre. Au même moment, le P. BOSC souffrait d’une assez grave affection de la gorge et n’était plus capable d’assurer ses cours. N’ayant obtenu aucun résultat avec le traitement médical qu’il suivit ici, il quitta le séminaire pour la France afin de s’y faire soigner. Pendant son absence, c’est le P. A. CHOONG qui assura l’intérim comme vice-recteur. Pendant le deuxième semestre, ce fut au tour du P. COURTOT de souffrir d’une affection de la colonne vertébrale. Il fut hospitalisé plusieurs semaines et on s’attend à ce qu’il soit opéré au cours des vacances de Noël.
Comme les années précédentes, 9 professeurs laïcs furent appelés à donner des cours de langues pour le chinois, le tamoul, le malais et l’anglais.
A cause de ces circonstances et de la maladie de plusieurs de ses membres, le groupe de professeurs éprouva quelques difficultés à assurer la vie du séminaire pendant le deuxième semestre.
Etudiants
Au début de l’année 1970, le séminaire de Penang ouvrit ses portes à 32 nouveaux séminaristes. Le total des séminaristes présents s’éleva donc à 108 ; en plus, il séminaristes étaient à l’extérieur, pour des études universitaires, ou des stages de pastorale, ou pour étudier leur vocation, etc.. Les 108 séminaristes venaient de 19 diocèses ou vicariats apostoliques différents et d’un ordre religieux (l’ordre des Stigmates). 33 étaient originaires de la Malaisie (Est et Ouest), 16 de Singapore, 55 de Thaïlande et 4 venaient d’autres pays.
En cours d’année, un séminariste obtint la permission de s’absenter pour étudier à l’Université de Singapore, deux durent suivre un traitement médical, trois quittèrent le séminaire de leur propre gré. A la fin de l’année, avec l’accord de leur directeur spirituel, dix étudiants obtinrent la permission de s’absenter un an ou plus du séminaire pour approfondir ou éprouver leur vocation. La direction du séminaire demanda à un étudiant de se retirer, comme n’ayant pas atteint le minimum requis dans ses études.
9 séminaristes, dont 8 diacres, ont terminé leurs études et sont retournés dans leur diocèse (5 de Singapore, 2 de Kuala Lumpur, 1 de Bangkok et 1 de Tharé). Ils seront probablement ordonnés prêtres en janvier 1971.
Il faut signaler que sur les 11 séminaristes qui ont demandé à s’absenter momentanément du séminaire, 8 appartiennent aux diocèses de Thaïlande. Deux étudiants qui ont quitté le séminaire pendant l’année sont aussi des Thaïlandais. Et, sur les 11 séminaristes qui avaient obtenu la permission de s’absenter à la fin de l’année scolaire 1969, 4 d’entre eux, originaires de Thaïlande, ont fait savoir qu’ils ne reviendraient pas au séminaire et choisissaient une autre voie.
Evénements
L’année scolaire commença donc le lundi 16 février 1970 et se clôtura le lundi 2 décembre, avec une période de presque deux mois de repos, du vendredi 26 juin au dimanche 16 août. Pendant les vacances précédentes, un cours intensif d’anglais d’un mois avait été organisé pour les nouveaux étudiants de Thaïlande.
Pendant les vacances de milieu d’année, la bibliothèque a été relogée dans un coin plus tranquille et une salle de lecture, insonorisée et climatisée, a été construite, touchant la nouvelle bibliothèque.
Durant le premier semestre, les étudiants purent suivre une session de deux jours sur le cinéma.
Rien à signaler pendant le deuxième semestre, sauf, en septembre, une visite de quatre jours de Mgr Garofalo, « rector Magnificus » de l’Université Urbaine de Rome.
Vie spirituelle
Comme l’année dernière, on a senti combien était positive l’année préparatoire pour les séminaristes de première année. Malgré bien des difficultés, dues au grand nombre de nouveaux étudiants et à la question de langue pour les Thaïlandais, on a pu noter une très nette amélioration pendant la deuxième partie de l’année.
Le reste de la communauté, comme les années précédentes, bénéficie de conférences spirituelles spéciales pour chaque groupe (ou année). Cette façon de faire donne satisfaction. Mais on doit trouver quelque moyen pour arriver à une plus grande participation des séminaristes, peut-être en divisant les différentes années en sous-groupes.
On remarque aussi chez bon nombre de séminaristes un progrès très réel, dû surtout à leur réflexion personnelle, à la part qu’ils prirent à des activités pastorales, à un engagement plus grand dans les activités du séminaire et à la « révision de vie ».
Toutefois, certaines difficultés subsistent, surtout en ce qui concerne les exercices spirituels. Bien que les étudiants de première année aient, pendant une partie de l’année, eu une méditation « dirigée » et qu’un temps ait été fixé pour cette méditation, la communauté en général souffre d’un manque de méthode et de formation pour tout ce qui touche à la pratique de cette méditation. On ressent profondément la nécessité d’un usage plus grand de la « révision de vie ». Mais l’expérience montre qu’elle ne peut être introduite que graduellement et demande une préparation sérieuse des membres de la communauté.
Enfin, cette année, les séminaristes trouvèrent difficile d’entrer dans le cadre des formes traditionnelles d’exercices spirituels, comme les visites au Saint Sacrement, le chapelet, etc... La question est de trouver les formes possibles d’exercices spirituels qui seraient adaptées au niveau de leur développement spirituel et humain.
Vie liturgique
Le renouveau liturgique, tel qu’il a été réalisé au séminaire, a grandement contribué à rendre les séminaristes conscients qu’il est nécessaire d’établir un lien entre les célébrations liturgiques et leur vie journalière. Ils ont réellement pris une part active à la préparation des cérémonies liturgiques. Malgré tout, il leur fut difficile de trouver ce lien concret avec leur vie, faute surtout d’une véritable formation, faute aussi de la réflexion si nécessaire après les cérémonies : sur ce point est ressentie l’absence d’un professeur de liturgie qualifié.
Les laudes et les vêpres, construites selon un schéma assez souple, sont restées les prières du matin et du soir de la communauté. Les nouveaux séminaristes ont de la difficulté à prier avec les psaumes. Pour les y aider, on essaya d’organiser à part pour les étudiants de première année les prières du matin et du soir. Ce fut un succès qui nous engage à le faire plus souvent et d’une façon systématique l’année prochaine.
Nous avons introduit des cérémonies bibliques et des cérémonies pénitentielles plus nombreuses que les années précédentes. En général, elles furent bien préparées et le résultat est positif pour tous les membres de la communauté.
Pour la liturgie, la difficulté principale est peut-être d’amener les séminaristes à une compréhension plus profonde et plus personnelle de la nature même de la liturgie.
Etudes ecclésiastiques
Curriculum. — Il fut, en gros, celui de l’année précédente. Mais il ne fut pas possible d’assurer les cours d’Ecriture Sainte pendant le premier semestre, car le P. J. L’Hour eut beaucoup de difficultés à obtenir son visa et ne peut revenir de France à temps. De même, des raisons de santé empêchèrent le professeur de morale fondamentale d’assurer ses cours pendant la dernière moitié du premier semestre et le second semestre tout entier.
Programme. — Tous les étudiants ont eu, en moyenne, treize heures de cours par semaine, sans compter deux ou trois classes de langues (tamoul, chinois, malais ou anglais). Officiellement, ils disposaient de vingt heures pour le travail personnel. Comme, l’après-midi du samedi et du dimanche, ils avaient la permission de sortir pour des activités pastorales, deux heures et demi furent prises sur l’après-midi du mercredi, (qui était le jour ordinaire de repos) pour les études.
Livres. — Cette année encore, comme l’année passée, on eut quelque difficulté à fournir aux étudiants des livres modernes, surtout à cause du retard dans les traductions en anglais. Certains livres arrivèrent très tard, d’autres étaient épuisés… Tout ceci causa beaucoup d’inconvénients aux professeurs et aux étudiants.
Examens et travaux. — Les matières les plus importantes sont soumises à un examen écrit de trois heures et un oral de dix minutes. Pour les autres, la durée de l’écrit est réduite à une heure et demie.
Chaque semestre, une dissertation sur un sujet des matières principales dispense de l’examen écrit, mais non de l’oral.
On a décidé que l’oral se déroulerait en privé, devant le seul professeur et non plus en séance publique.
L’absence de plusieurs professeurs causa un certain nombre d’inconvénients pour les étudiants et aussi pour les professeurs qui restaient et qui durent assurer des enseignements auxquels ils n’étaient pas préparés.
Etudes des langues
Le problème des langues, au séminaire de Penang, est très particulier. Il peut être considéré sous deux aspects.
1o L’anglais est la langue véhiculaire de l’enseignement. Mais plus de 50 % des étudiants, (surtout ceux originaires de Thaïlande) n’ont pas fait leurs études en anglais.
2o En Malaisie et à Singapore, l’apostolat doit s’exercer en quatre langues : l’anglais, le mandarin (ainsi que d’autres dialectes chinois), le tamoul et le malais. Les futurs prêtres doivent donc recevoir une certaine formation en ces quatre langues.
A ce problème les solutions ne sont pas faciles à trouver. On comprend, dans ces circonstances, la nécessité d’un véritable laboratoire de langues. Un tel laboratoire a beaucoup aidé à résoudre les difficultés rencontrées.
Anglais. — Les séminaristes thaïlandais qui arrivaient pour la première fois au séminaire suivirent un cours intensif (1 mois, quatre heures par jour) pendant les vacances précédant la rentrée. Ensuite les séminaristes peuvent suivre un cours régulier de 2 ans, à raison de 3 heures par semaine. Ce cours est maintenant bien organisé et marche sans à-coups. Pour l’année prochaine, on prévoit une extension des exercices oraux, de façon à donner aux étudiants une plus grande facilité d’expression.
Langues vernaculaires. — Jusqu’ici, on n’a pas réussi à venir à bout de ce problème. Tout d’abord, le temps alloué à ces études est insuffisant. De plus, il est très difficile de trouver, à Penang, des professeurs qualifiés.
a. Malais. — La réorganisation de ce cours, entrepris à la fin de cette année, reste sans grand résultat. Une importance plus grande sera donnée à cette matière l’année prochaine.
b. Tamoul. — Cet enseignement n’est pas du tout satisfaisant : pas de professeurs qualifiés, nombre très restreint d’étudiants d’origine indienne (2 seulement pour l’année prochaine). Nous cherchons donc encore les solutions à ces problèmes.
c. Mandarin. — Les années précédentes, il fut impossible d’assurer ce cours d’une façon satisfaisante pour trois raisons :
— les niveaux très différents des étudiants d’origine chinoise en ce qui concerne la connaissance de la langue ;
— l’absence de professeurs qualifiés ;
— l’absence de programmes bien préparés pour les différentes classes.
Une très nette amélioration pour la langue chinoise est à signaler pendant le deuxième semestre 1969-1970, depuis que le P. Francis LUI, licencié de philosophie chinoise à l’Université de Fu Jen (Taïwan), est revenu et a réorganisé complètement les cours de mandarin. Un camp-étude de langue, d’un mois, va être aussi mis sur pied pour aider certains étudiants à atteindre le niveau requis.
Mais d’autres difficultés sont à prévoir en ce qui concerne les langues. En effet, en Malaisie, le « Bahasa Malaysia » est de plus en plus utilisé, et même imposé, comme langue commune de la nation. Ecoles, collèges et universités l’utilisent comme véhicule de l’enseignement et se convertissent de plus en plus de l’anglais au « Bahasa Malaysia ». Le résultat est une baisse sensible de la connaissance de l’anglais. L’accent devra donc être mis sur le « Bahasa Malaysia » au profit des étudiants d’origine malaise de notre séminaire. Mais cette mesure ne concerne pas les étudiants originaires de la République de Singapore dont la grande majorité de la population est chinoise.
Ne faudra-t-il pas pousser les étudiants d’origine malaise à acquérir une connaissance plus approfondie du « Bahasa Malaysia », afin de les équiper pour un apostolat éventuel dans cette langue ? Et les étudiants de Singapore, n’auraient-ils pas besoin de se concentrer sur l’étude du mandarin et des autres dialectes ? Ces questions méritent une sérieuse réflexion.
Vie communautaire
Certains facteurs, — quelques-uns d’entre eux ont déjà été signalés dans le rapport de l’année dernière — ont assez profondément influencé la situation actuelle de la communauté.
1. L’accroissement considérable du nombre des étudiants thaïlandais leur a donné plus d’assurance. Mais les Malais et les étudiants de Singapore ont éprouvé quelque difficulté à s’adapter à la nouvelle situation.
2. La vie commune, mêlant sans distinction les étudiants les plus âgés aux plus jeunes, est encore apparue comme une source de difficultés pour tous.
3. Les activités extérieures, pastorales ou autres, se sont multipliées, relativisant, aux yeux de beaucoup, la vie communautaire du séminaire.
4. L’accroissement du nombre des séminaristes est apparu, à beaucoup, comme un handicap à la vie communautaire. D’où, en de nombreuses occasions, des sentiments de frustration et des impressions de solitude.
5. Les relations personnelles entre professeurs et séminaristes sont, en général, assez faciles. Mais il reste quelques difficultés à établir les contacts et beaucoup de séminaristes ont encore des doutes sur le rôle exact des Pères.
6. La « révision de la vie », absolument libre, n’a été pratiquée que par deux groupes. Cela pose un problème. Mais nous devons nous rappeler que, dans quelques cas au moins, les rapports d’activités, par exemple ceux d’activités pastorales, sont arrivés très près d’une réelle révision de vie, surtout dans les réunions de diacres.
7. Au niveau des classes, les réunions entre professeurs et étudiants ont permis, jusqu’à un certain point, d’envisager les problèmes d’une manière plus objective.
8. L’Assemblée générale annuelle s’est déroulée, cette année, selon un plan plus mûri que les années précédentes.
En conclusion générale, on peut dire qu’il existe un très profond désir, souvent exprimé, de communautés plus petites dans lesquelles les individus puissent trouver un moyen de s’identifier.
Formation pastorale
Dans une recherche continue pour renouveler la formation des futurs prêtres, le séminaire a décidé, avec l’approbation des Conférences épiscopales, de remplacer le cours de théologie pastorale par une formation pastorale plus profonde et plus pratique. Pour cela, on s’orienta selon les lignes suivantes :
1. Un effort fut fait pour donner à l’enseignement de toutes les matières une orientation vers le ministère pastoral, par des livres et des notes tenant compte des travaux les plus modernes et par une réflexion liée le plus possible à l’expérience de la vie réelle.
2. Des conférences, des sessions et des séminaires à thèmes pastoraux furent organisés. Ainsi, pendant l’année 1970, les séminaristes eurent l’occasion de prendre part à une session sur le cinéma et la télévision.
3. On chercha à donner cette formation, surtout à partir des expériences pratiques suivies d’une réflexion ayant un lien avec les études et cela, sous la direction d’un pasteur expérimenté.
a. Durant l’année scolaire. — Pendant l’année universitaire, les séminaristes prennent part à des activités pastorales en liaison avec les paroisses voisines. Toutes ces activités sont coordonnées par une équipe de pastorale, formée de professeurs et d’étudiants. Elle couvrent un champ assez large : liturgie dans les églises ; instruction religieuse aux enfants et aux jeunes dans les écoles et les paroisses ; visite des institutions pour personnes malades, âgées et handicapées ; visite des familles ; participation à l’apostolat des laïcs et aux sessions de formation (sessions ou camps, formation des responsables, etc.. .). Cette année, des groupes de séminaristes ont entrepris une activité sociale dans certains quartiers pauvres de Penang. La réflexion sur ces activités se fait dans les réunions de groupes.
b. Pendant les vacances. — Pendant les périodes de vacances, les séminaristes sont envoyés pour un travail pastoral dans les paroisses de leur diocèse respectif, et cela, deux fois par an : la première, dans la paroisse dont ils sont originaires, et la seconde, dans une autre paroisse. A chaque occasion, les séminaristes procèdent à une enquête couvrant les différents aspects du ministère pastoral : liturgie, apostolat des laïcs, catéchétique, œcuménisme, approche des non-chrétiens, problèmes sociaux... Tout ce travail est supervisé par un prêtre responsable, nommé par l’évêque. Le séminaire doit déployer un effort constant pour aider ces prêtres responsables et les curés de paroisses à comprendre leur rôle dans la direction des séminaristes.
A leur retour au séminaire, les étudiants préparent un rapport sur leur expérience pastorale. Les rapports sont lus et commentés par un professeur du séminaire.
A la fin de l’année scolaire 1970, les professeurs, les étudiants, des prêtres responsables des diocèses de Thaïlande et des curés de paroisses de Penang ont eu, pendant deux jours, des carrefours et des sessions plénières pour discuter à nouveau tout le système de la formation pastorale des séminaristes. Après discussion, il fut décidé que le système actuel, surtout en ce qui concerne la période des vacances, devait être réorganisé, adapté et assoupli, en tenant compte des situations concrètes des divers diocèses de Malaisie et de Thaïlande. Cette adaptation devra être faite, au niveau des diocèses, par l’évêque, les prêtres responsables et les séminaristes, en liaison avec les responsables du séminaire. On décida aussi que, pendant l’année scolaire, l’équipe de pastorale devrait coordonner toutes les activités pastorales de Penang, surtout grâce à des groupes de réflexion travaillant au niveau de ces activités.
c. Pour les diacres. — Un plan spécial existe pour la formation pastorale des diacres pendant leur dernière année au séminaire.
Chaque diacre est « adopté » par une paroisse de Penang. Il a ainsi la possibilité de prendre part aux cérémonies dans les fonctions qui appartiennent à son ordre : prédication, baptême, etc...
Les diacres sont libres d’aller dans les écoles et les paroisses pour l’instruction religieuse et de prendre part aux réunions des organisations de l’apostolat des laïcs.
Toutes ces activités pastorales sont discutées et font le sujet d’une réflexion, au cours des réunions hebdomadaires avec deux professeurs du séminaire. A travers cette réflexion, on essaie de relier le travail pastoral et études.
A la fin de l’année, les diacres ont discuté les différents aspects de ce programme spécial de formation. Ils sont arrivés à la conclusion que, le résultat était, dans l’ensemble, positif pour leur formation humaine et pastorale. Toutefois, ils estiment nécessaire pour les diacres, d’avoir une vie de communauté séparée, d’ajuster le programme des études en ce qui regarde la formation pastorale, et d’établir un lien plus grand entre les activités pastorales et les études elles-mêmes. Avant le début de l’année scolaire 1971, les professeurs vont revoir complètement le programme de formation des diacres et surtout l’influence de cette formation pastorale sur les études.
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