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Rapport annuel des évêques

Année: 1982
Pays: Malaisie
Mission: MALAISIE CONTINENTALE

Région de Malaisie


A. LA MALAISIE CONTINENTALE


1. La Malaisie :
Évolution politique, économique et sociale

En regardant sur la carte les deux moitiés de la Malaisie, celle qui fait partie du continent et celle qui appartient à l’île de Bornéo, on se demande parfois combien de temps elles vont rester ensemble. Il y a une vaste étendue de mer entre les deux, et cette mer n’est pas neutre mais fait partie de l’archipel et de la nation indonésienne. Pourtant on ne voit pas de signe de dérive et les liens entre les deux parties, faibles il y a 20 ans, tendent à se renforcer, comme le veut, en particulier, le gouvernement central.
Dans ce court rapport, il s’agit comme d’ordinaire de la Malaisie continentale, où siège le gouvernement fédéral et vit la grosse majorité de la population.

Économie. En 1982 elle souffre du malaise mondial, bien entendu. Le produit national brut qui avait augmenté de 8 % toutes ces dernières années, n’augmente plus que de 3 %. On a réduit le nombre des ouvriers en particulier dans le textile, l’électronique, les mines d’étain. Le prix des produits du pays, caoutchouc, huile de palme, étain, a beaucoup baissé. Pourtant, grâce en particulier au gaz et au pétrole, la situation reste assez bonne. On continue à bâtir, produire et défricher la forêt... Ce sont surtout les centres de Bintulu (Sarawak) et de Kuala Trengganu (côte Est) qui profitent des dernières découvertes pétrolières.

Politique. C’est le même gouvernement qui est au pouvoir depuis 25 ans et il est plus fort que jamais. Le pays apprécie la paix, la sécurité, le progrès matériel assurés par ce gouvernement fort et, à tout prendre, modéré. Le parti musulman n’est plus au pouvoir en aucun État, mais le renouveau islamique constitue un courant très puissant et les membres du gouvernement, par conviction comme par politique, ne demandent qu’à faire un bon bout de chemin avec lui. Cela veut dire qu’on islamise en « malayanisant » et qu’on entend bien bâtir une nation malaysienne sur des bases islamiques. Beaucoup de moyens y contribuent, école, presse, télévision, banque et bientôt université islamique. Le vrai citoyen du pays, totalement pur et loyal, c’est celui qui a la chance d’être né malais, qui garde les mœurs malaises et professe l’Islam. Sur tous les autres (50 %) plane toujours un certain soupçon.
Dans ces conditions, on s’accorde pour apprécier assez largement la modération, le pragmatisme du gouvernement et son souci d’assurer paix et sécurité. On apprécie le dynamisme des deux M (Mohatir, premier ministre et Musa Hitam, son second) ; on reconnaît que cela pourrait aller plus mal et qu’on n’est pas trop malheureux. Il y a pourtant une forte opposition ; d’une part, des musulmans rigides, qui trouvent que l’Islam proposé par le gouvernement n’est pas le vrai, et, d’autre part, de beaucoup de gens appartenant aux minorités qui ne se sentent pas tout à fait à l’aise. Alors on reste divisé et chacun tend à garder ou renforcer ce qui lui donne identité et sécurité, sa religion en particulier.

Voici comment un Malais qui prend ses distances par rapport au gouvernement s’exprime dans Aliran.
« Il y a beaucoup de positif dans ce qu’a fait le gouvernement depuis l’indépendance. La situation sanitaire s’est améliorée pour beaucoup. L’école a été ouverte à tous et a permis à des enfants de pêcheurs, paysans ou petits commerçants de devenir docteurs, avocats ou ingénieurs. Il y a beaucoup plus d’argent dans les familles et une base économique, soit agricole soit industrielle, bien élargie pour le pays. Il y a, plus encore, le fait que le peuple est devenu maître des ressources du pays, caoutchouc, étain, alors qu’elles étaient autrefois entre les mains des colonisateurs. Notre administration doit bien avoir une certaine valeur : elle a su faire des plans et les mettre à exécution.
« Le système politique qui est le nôtre a permis des élections assez libres à différents niveaux. Le peuple participe au gouvernement et il y a une opposition qui peut ouvrir la bouche. Surtout nous avons acquis maturité pour ce qui regarde la succession au pouvoir : trois fois nous avons changé de premier ministre paisiblement, ce qui n’est point facile. Nous avons réussi à nous donner une langue commune sans faire de révolution et les jeunes la parlent sans embarras. Les Malais sont entrés de façon massive dans le commerce, l’industrie et les professions libérales qui étaient, il n’y a encore pas longtemps, monopolisées par les autres races. Cela aussi c’est du positif et s’est fait sans déchirer le tissu social. Nous avons eu stabilité et sécurité alors qu’il eût été si facile d’avoir révolution et guerre civile.
« Succès limité que tout cela, succès pourtant, dû au fait que le système capitaliste dans lequel nous sommes entrés a connu une période de prospérité ; nos produits se sont bien vendus et les pays riches se sont empressés de venir investir chez nous. Cela nous a permis de laisser descendre chez ceux qui se trouvent au bas de l’échelle un certain nombre de bonnes choses tandis que ceux du haut recevaient cent fois plus. Il faut ajouter que nous avons eu des leaders de qualité dotés d’un certain sens de la justice sociale. Ils ont su montrer tolérance et modération.
« Voici le négatif maintenant : S’il est vrai que nous sommes dans un pays où coulent le lait et le miel, comment se fait-il que 52,8 % de la population rurale n’ait pas d’eau au robinet ? Comment se fait-il que la majorité des travailleurs n’aient aucune chance de s’acheter une maison et que 37 % des familles de Kuala Lumpur vivent dans des baraques ?
« Le quatrième plan de la Malaisie admet que 29,2 % des gens vivent audessous de la ligne de pauvreté, ligne qui a été tracée très bas, si l’on pense que depuis deux ans le prix de nos produits a baissé et qu’il y a eu inflation.
« C’est un fait qu’entre riches et pauvres la disparité est plus grande que sous le régime colonial. Les riches sont très favorisés et la richesse tend à se concentrer dans un petit nombre de mains. Notre économie est faite pour enrichir ceux qui ont déjà beaucoup reçu.
« Notre bureaucratie n’en finit pas de grandir et de grossir. On dirait que son souci premier c’est d’offrir des postes aux nouveaux diplômés des universités. Cela nous vaut une bonne dose d’injustices et de manques d’honnêteté, plus qu’autrefois. Cela se remarque à tous les niveaux : beaucoup de gens se laissent acheter, offrent ou demandent des faveurs en échange d’argent. Un signe entre autres : pourquoi donc nos projets ont-ils tant de mal à être approuvés ? Pourquoi tant de fonctionnaires vivent-ils dans le luxe ?
« Si le pouvoir politique n’a pu éliminer ce genre d’abus, en revanche il a su contrôler notre liberté. La loi de sécurité permet la détention à vue au nom de la sécurité nationale, et cela peut aller très loin.
« Le gouvernement s’appuyant sur des Malais et sur l’UMNO est trop fort. L’exécutif est trop fort. Il devient très difficile de dire qu’on n’est pas d’accord. Un journal perdra très facilement son permis de paraître s’il critique un peu trop. On peut sans doute critiquer la façon dont une loi est appliquée : mais au niveau des principes, au niveau de la philosophie du gouvernement, on ne peut rien dire.
« Le fait racial colore et domine toute notre vie : ou bien vous êtes malais ou bien vous ne l’êtes pas. Les partis politiques, les syndicats, les groupes d’intérêt commun ou bien sont malais ou bien ne le sont pas. Une partie du problème prend naissance dans notre esprit : beaucoup de non-Malais ne veulent pas reconnaître la culture de leurs voisins malais, le lien entre la communauté malaise et la marche du pays, la position de faiblesse économique qui reste celle des Malais. Beaucoup de Malais ne veulent pas accepter les non-Malais comme citoyens à part entière.
« Ce sont des considérations politiques qui mènent en grande partie à cette polarisation ethnique renforcée. Quand tout, éducation, emplois, habitat, commerce, industrie et tout ce qui touche à la vie des gens se trouve organisé volontairement sur des bases raciales, comment, s’étonner que cette question de race envahisse le regard de tous. Il ne doit pas manquer de gens, surtout parmi ceux qui sont au pouvoir, pour trouver leur intérêt à souligner ces divisions raciales...
« Le renouveau musulman va dans le même sens, même s’il est bien accueilli. Dans le contexte malaisien, il ne signifie pas ouverture à tout ce qui est bon et juste. C’est plutôt une affirmation d’identité malaise, avec le désir de donner aux Malais quantité de pouvoir et d’argent. Les fidèles des autres religions commencent à adopter la même attitude. Après un accident on ne demande pas : y-a-t-il des blessés ? On demande seulement : de quelle race s’agit-il ?
« A qui attribuer la responsabilité de cette situation ? Compte tenu de l’héritage colonial, ce sont les gens au pouvoir qui peuvent être tenus pour responsables. Les principes de développement qui les guident en effet sont en faveur d’une élite : il doit y avoir une petite minorité qui commande et une masse de gens qui vivent peut-être à l’aise mais ne doivent rien décider. Cela sert leur intérêt privé ou leur intérêt de classe qui est de gouverner de cette façon. »

2. L’Église en Malaisie

On peut estimer le nombre des chrétiens à 800.000 sur une population de 14 millions. Près de la moitié d’entre eux sont catholiques : soit dans la Malaisie de l’Est, près de 250.000, et dans la Malaisie de l’Ouest, 150.000.
Ces 150.000 baptisés se trouvent dans les trois diocèses où nous travaillons : Johore-Malacca au Sud, Kuala Lumpur au centre et Penang au Nord. Le diocèse de Johore a deux centres importants, Johore Bahru et Malacca et, entre les deux, peu de chose. Le diocèse de Kuala Lumpur voit la plupart de ses chrétiens concentrés dans la capitale et son faubourg de Petaling Jaya. Le diocèse de Penang est mieux équilibré avec Penang, Taiping, Ipoh, Teluk Intan.

Les évêques poussent, depuis plusieurs années déjà, au renouveau paroissial par la création d’un réseau de communautés de base. Cela avance doucement, certaines paroisses montrant le chemin. Les chrétiens de certaines zones, même en ville, se réunissent une fois par mois, prient, partagent leur foi, enseignent les enfants, prennent soin des pauvres ou des malades, sont soucieux de rencontrer les non-chrétiens et d’être dans le quartier une source de renouveau... Pendant ce temps, autour de l’église et du presbytère, les chrétiens sont devenus plus actifs, dans le domaine de la liturgie en particulier. Les laïcs prennent part de plus en plus à la préparation des catéchumènes au baptême ou des fiancés au mariage, et souvent ce sont des jeunes qu’on voit au premier rang.
Pendant ce temps, les mouvements continuent : la légion de Marie a un regain de vie. Les groupes charismatiques passent peut-être par des hauts et des bas, mais les réunions de prière ne cessent pas. Le mouvement de « mariage-rencontre » a touché plusieurs centaines de couples, surtout en ville, et il élargit son champ d’action. Il y a de nombreux groupes qui étudient la Bible, d’autres visitent les prisons ou conscientisent leurs membres aux situations d’injustice. La communauté chrétienne de formation (de Poitiers), a touché des groupes de jeunes dans plusieurs villes... Un travail de formation à des ministères laïcs se poursuit, non seulement en anglais mais aussi en chinois et en tamoul...

Tout cela demande un effort très sérieux, car les obstacles à la vie chrétienne ne manquent pas. Les prêtres sont en nombre réduit et âgés pour une bonne part. Les chrétiens appartiennent aux minorités, chinoise ou indienne et le gouvernement ne leur fait pas de cadeaux. La liturgie utilise, très souvent, l’anglais qui n’est que rarement la langue maternelle des gens. Un jour viendra ou tout le monde parlera malais, même à l’église. En attendant, la situation est terriblement compliquée et ne rend pas facile l’annonce de l’Évangile. Sous couvert d’élément unificateur du pays, l’Islam est montré sous ses plus belles couleurs et enseigné à l’école ou dans des programmes de télévision, comme facteur essentiel de l’unité du pays.
A part quelques exceptions, les paroisses ont des ressources suffisantes pour vivre. Une partie (10 %) des quêtes du dimanche est centralisée. Pour le reste, chaque poste s’organise comme il l’entend. On ne reçoit guère d’argent de l’étranger que pour des cas spéciaux. Les chrétiens soutiennent leur Église et ses activités. La campagne de carême, cette année par exemple, a réuni une somme considérable.
Pour les vocations à la vie religieuse ou au sacerdoce, disons qu’elles sont un peu plus abondantes ces dernières années, en Malaisie de l’Ouest. Le grand séminaire de Penang ne recevra plus, à l’avenir, que des élèves de nos trois diocèses. Deux autres grands séminaires sont en train de s’organiser, l’un à Singapour et l’autre à Sarawak. Ces constructions sont imposées en bonne partie par les circonstances, mais nos évêques espèrent bien que les nouveaux séminaires vont jouer leur rôle et ne resteront pas vides.

L’Église de Malaisie peut donner l’impression d’être trop préoccupée d’elle-même et peu ouverte aux dimensions sociales de l’Évangile... C’est peut-être parce que les chrétiens éprouvent fortement le besoin d’approfondir leur foi et de serrer les rangs pour mieux faire face. Ce n’est pas au communisme qu’ils pensent : ses ailes ont été coupées pour quelque temps, du moins ici. C’est plutôt pour faire face au « monde » dont parle saint Jean et au renforcement de l’Islam.


3. Le Groupe MEP en Malaisie

Nous sommes 26 confrères, nés en France, Suisse ou Belgique, entre 1903 et 1933. Nous sommes répartis, en 1982, en trois diocèses.

Johore-Malacca

Le Père François JÉGO est à Singapour, chez les Petites Sœurs des Pauvres. C’est à titre de pensionnaire et non d’aumônier qu’il s’y trouve, ayant bien gagné le droit au repos.

Le Père Octave DUPOIRIEUX fait toujours partie de la communauté paroissiale de Johor Bahru. Il confesse, reçoit des visiteurs mais pourra-t-il jamais comptabiliser le nombre des Chinois qu’il a préparés au baptême.

Le Père Louis DANION bat des records d’endurance sur les montagnes de Cameron où il réside depuis dix ans. Il est curé de quelques centaines de paroissiens dispersés dans les vallées où ils cultivent fleurs, thé ou légumes. De plus, il reçoit les visiteurs, MEP et autres, à la maison régionale.

Le Père SAINT-MARTIN a dû aller à l’hôpital plusieurs fois cette année. Il assure malgré tout, avec le sourire, une bonne part du travail paroissial à Johor Bahru et dans les environs où il s’est fait de nombreux amis.

Le Père Bernard BINET annonce l’Evangile à Segamat d’où il rayonne sur un vaste territoire. Par ailleurs, il visite et soutient les groupes charismatiques qui ont surgi en de nombreux points du diocèse.

Kuala Lumpur

Le Père Pierre BRETAUDEAU réside dans la petite ville de Tampin où vous n’avez pas beaucoup de chance de le rencontrer. Il visite les postes déjà existant dans l’État de Negri Sembilan. Il vient d’en ouvrir de nouveaux dans les terres nouvellement défrichées. Pierre s’intéresse aussi très activement à la Communauté chrétienne de Formation dont plusieurs membres travaillent depuis deux ans dans l’agglomération de Kuala Lumpur.

Le Père Antoine HENRIOT est lui aussi curé et réside à Kajang. Mais il est également aumônier du Carmel, bâtisseur, directeur de pèlerinage à l’occasion. Kajang est certainement une paroisse qui prie.

Le Père Louis GUITTAT a peut-être ouvert son dernier poste en allant s’installer à Banting, au bord du fleuve, voilà quelques années. En tout cas, malgré l’âge et une santé précaire, il reste fort actif et garde le contact avec les jeunes générations.

Le Père Édouard GIRAUD, de retour de congé, est revenu dans la paroisse de Klang. Il pense qu’il n’est jamais trop tard pour bâtir et va commencer une nouvelle chapelle. Il donne aussi des cours de Bible et veille à la subsistance des catéchistes de langue chinoise du diocèse.

Le Père Antoine PALLIER a été très sérieusement malade et se remet dans le cadre juvénile de « Montfort Boys’Town ». Il y est aumônier de tous ces jeunes qui apprennent un métier et vivent ensemble. Il rencontre aussi chaque dimanche ses paroissiens lépreux de Sungai Buloh.

Le Père André VOLLE a passé quelques mois, en 1982, au grand séminaire de Penang pour y enseigner la théologie morale. Il vient d’être muté à la cathédrale Saint-Jean pour y continuer le travail du Père Limat. Il s’est occupé aussi de candidats au séminaire et de pastorale du mariage.

Le Père Raymond DUBOIS loge également à la cathédrale Saint-Jean. Il y accueille avec gentillesse les visiteurs, célèbre les messes matinales et trouve toujours le temps de converser avec ceux qui s’attardent autour de la cathédrale.

Le Père Edouard LIMAT, après avoir beaucoup travaillé à St John’s, se laisse soigner à Penang avec d’immenses réserves de patience et de courage.

Le Père Léon DIFFON a trouvé à Kuala Kubu Bahru un poste à sa taille. Sa maison sert de pied-à-terre aux gens de passage. Il garde avec ses anciens paroissiens de solides liens d’amitié.

Quant au Père Pierre DECROOCQ, nous avons quelque chance de le trouver à Kepong, dans la banlieue de la capitale. Il s’y dépense au milieu d’une équipe de laïcs et de religieuses chargée de l’animation pastorale des Chinois et des Indiens des faubourgs. Bien entendu, sous peu, il va se retrouver bâtisseur.

Le onzième et dernier poste à visiter est celui du Père Gilbert GRIFFON, à Kuantan, sur les côtes de la Mer de Chine. Dans cette région, l’ethnie malaise est fortement majoritaire. Le Père Gilbert Griffon vit en milieu musulman. Il s’intéresse beaucoup à l’Islam. Il multiplie les rencontres et les échanges avec les musulmans. Les chrétiens de son district sont des Indiens auxquels il s’adresse en tamoul, ou des Chinois pour lesquels il a appris le chinois. Il visite aussi, dans son vaste district, des groupes de catholiques philippins et indonésiens.

Penang

Les confrères du diocèse de Penang sont tous très occupés dans leurs paroisses respectives, où ils travaillent surtout à la pastorale des baptisés. On ne les rencontre guère, si ce n’est à la faveur de diverses réunions.

Le Père Jean TAVENNEC est bien connu pour son chaleureux accueil et ses talents de cuisinier. Aussi, à l’occasion, on aime à se retrouver chez lui. C’est là aussi qu’on a remis officiellement à Mgr Ignatius J. Aloysius le diplôme de membre honoraire de la Société, le 15 décembre 1982. Par ailleurs, le Père Tavennec essaie d’aménager ses services et célébrations pour les trois groupes linguistiques de su communauté, ce qui paraît-il, rend les cérémonies assez longues, bien que les sermons ne soient jamais ennuyeux.

Depuis quelques mois, il reçoit l’aide du Père Arsène RIGOTTIER, mainte nant retiré chez les Petites Sœurs des Pauvres. Il est leur aumônier en remplacement du regretté Père Lobez. Mais, bien sûr, ses activités ne se limitent pas à cette aumônerie. Il s’occupe aussi des Tamouls, un peu perdus depuis que la division en paroisses territoriales les a effectivement dispersés dans toutes les paroisses de Penang ; ils ont du mal à trouver leur place dans les communautés existantes. C’est le cas, par exemple, pour bien des paroissiens indiens du Père Paul Decroix, qui, pour une raison ou pour une autre, préfèrent se marier ailleurs que dans leur paroisse territoriale. Cela arrange le Père Decroix qui est seul et dont la paroisse est sans doute la plus importante de la ville.

Le Père Lucien CATEL a maintenant un peu plus de six mois de présence à Penang. Il s’occupe de deux paroisses et d’un orphelinat. L’une de ces paroisses ─ celle où résidait le Père Rigottier avant son congé ─ est très active et vivante. Mais l’autre paroisse, dont le curé vient de se retirer après 27 ans de présence, est un peu somnolente. L’une de ces paroisses (Saint-François-Xavier) a célébré, en décembre 1982, le 125e anniversaire de su fondation.

A Penang travaille également le Père Albert JULIEN. Il paraît, disparaît et reparaît, suivant les appels des Chinois avec qui il est en contact. Il habite avec le Père Decroix, mais ses activités couvrent toute la ville, ce qui lui permet d’être plus « missionnaire» que la majorité d’entre nous et lui évite de s’embourber dans la lourde administration des paroisses.

Et puis, Penang héberge le Père Édouard LIMAT qui, selon les jours, souffre ou sourit aux visiteurs et aux Sœurs Franciscaines qui le soignent. Mais on le trouve rarement seul, car de nombreux amis profitent de son séjour à Penang pour venir y passer des vacances.

Quelques confrères MEP ne résident pas dans l’île de Penang. A Kuala Kang-sar, le Père René CHINEAU essaie remèdes et traitements les uns après les autres. Certains lui apportent quelque soulagement pour une période plus ou moins longue. L’Eglise souffrante trouve en lui un membre à part entière.

Le Père Jean CIATTI garde son second souffle, retrouvé il y a deux ou trois ans, après une période plutôt sombre. Il a restauré la chapelle Saint-Jude, à Gopeng, desserte de su paroisse de Batu Gajah, où chacun est toujours accueilli à bras ouverts.

Le Père Georges BELLEVILLE s’active dans les constructions. La chapelle de Bidor n’a sans doute pas les dimensions de l’église dont il dota Butterworth voici quinze ans ; mais elle est assez vaste avec 200 places assises. Il continue de travailler avec son quart d’estomac en prenant ses repas et son sommeil par petites doses.

Le Père Maurice SURMON, avec son vicaire chinois et le Père Griffon évangélise la côte Est du pays. Il fait une apparition à Penang, de temps à autre. A cause de son apostolat auprès des réfugiés vietnamiens, il fréquente davantage Kuala Lumpur que Penang.

De temps en temps, on entrevoit le Père Pierre GAUTHIER, entre ses voyages à Manille, en Europe et ailleurs. Si l’on en juge par ses activités, il garde une vitalité que tout le monde lui envie, bien que, parfois, on l’entende tousser un peu trop ou se plaindre de son dos.

Groupements fondés et animés
par des confrères MEP

Kuantan : Les ANAWIM
(Père Gilbert Griffon)

Il est intéressant de présenter un rapport sur les activités des jeunes travailleurs, connus désormais dans la région de Kuantan sous le nom qu’ils ont eux-mêmes choisi : « les Anawim ».
Vers la fin de l’année 1981, ce groupe s est lancé dans une approche d’évangélisation par le chant. Les « anawim» ont établi un programme de deux heures comprenant des chants religieux, des témoignages personnels et des montages de diapositives sur des scènes de l’Évangile. Le thème de ce programme peut se résumer par cette invocation : « Mettons notre confiance dans le Seigneur.» Ce programme a été présenté en plusieurs endroits de la côte Est ainsi qu’à Tampin.
Je pense que cette méthode d’évangélisation a d’abord été bénéficiaire aux jeunes qui la mettent en pratique. Chaque fois que le programme devait être présenté dans une localité, ils passaient des heures à réfléchir et à prier ensemble. Ils étaient enthousiastes et toujours prêts à surmonter les difficultés : distance, transport, fatigue. Ils ont toujours participé aux frais de financement.
Un nouveau programme, suivant la même technique, sur le thème « Le Seigneur est la réponse », est maintenant prêt et a été déjà présenté trois fois, à la fin de 1982. Il sera probablement présenté à Mentakab et Trengganu au début de 1983.
En novembre 1982, nous avons donné un programme à Kertay, à 110 km de Kuantan. A Kertay, un complexe pétrolier est en construction ; des centaines de Philippins travaillent sur ce chantier. Il a fallu donner le programme en plein air devant 600 travailleurs, dont un bon nombre de non-chrétiens. Mais nous n’étions guère préparés pour une telle foule et le résultat fut plutôt décevant, car les jeunes de Kertay s’attendaient à une séance de « disco ».
A part cela, les groupes de prière (en anglais et en chinois) suscitent des conversions et attirent des catéchumènes. Les « leaders » des divers districts trouvent dans les groupes de prière une source de renouveau spirituel. Je me rends compte que la qualité de la prière et des partages d’Évangile s’est beaucoup améliorée depuis qu’on invite les leaders de districts à participer aux groupes de prière, une fois par semaine. Nous avons deux groupes de prière à Kuantan, un groupe au poste du « neuvième mile » (des militaires pour la plupart) et un autre à Kemaman.

Groupe de CARITAS KEPONG
(banlieue nord de Kuala Lumpur)

Ce groupe rassemble de jeunes Chinois qui veulent réfléchir et agir en commun. Ils étaient d’abord sept anciens de la JEC chinoise, tous non chrétiens. Leur petit nombre ne les portait guère à l’enthousiasme. A côté d’eux, sept ou huit jeunes de la JOC essayaient de réfléchir ensemble ; mais comment se sentir fort quand on est si peu nombreux. C’est alors qu’arrive Marie Hom. Avec elle, tous ensemble, jécistes et jocistes fusionnent sous l’étiquette « Jeunes chrétiens ». Ils sont aujourd’hui plus de quarante à se rencontrer. Leur moral est au beau fixe, leurs réunions joyeuses et animées. De nombreux jeunes, de tous horizons, les rejoignent.
Pour la fête de Noël 1982, ils ont accepté le pari de monter un jeu de Noël et, pour chaque tableau d’Évangile, de présenter en parallèle un tableau de leur vie, telle qu’ils la voient en 1982.
Le spectacle fut présenté en six tableaux :
1. Jésus naît à Bethléem.
Une naissance dans une famille chinoise : Un garçon !
2. Jésus est présenté au Temple. La fête de la « pleine lune » :
L’enfant a UN mois !
3. Jésus accueilli dans le Temple par Siméon.
L’enfant est reçu dans une communauté chrétienne.
4. Jésus a douze ans.
Le garçon chinois a douze ans.
5. Jésus est baptisé par Jean.
Une cérémonie de baptême devant tout le monde et en plein air.
6. Jésus est venu pour tous.
Caritas Kepong est ouvert à tous... Venez !
Des centaines de spectateurs sont venus. Le spectacle a été donné trois fois. Les acteurs (quatre sur cinq étant des non-chrétiens) ont déclaré que c’était la première fois qu’ils participaient ainsi à la fête de Noël. Le spectacle a été présenté sur le terrain de jeux, à Caritas Kepong, dans la banlieue nord de Kuala Lumpur.
Pour le tableau final, les 40 acteurs, réunis autour du Père, ont chanté : « Jésus est venu pour tous. Caritas est au service de tous. » Puis les acteurs sont venus rencontrer la foule des spectateurs pour souhaiter à tous un « Bon et joyeux Noël ».

Groupe de travailleurs chinois
de JINJANG TAMBAHAN (Bidonvile)

Depuis plusieurs années, les jeunes travailleurs de Jinjang, bidonville regroupant 50.000 Chinois, suivent des cours du soir au Centre social des Sœurs Canossiennes.
150 travailleurs, tous non chrétiens, désirent recevoir dans ce Centre une instruction qu’ils n’ont pu recevoir dans leur enfance. Une chrétienne, Tina, travaille dans ce milieu depuis deux ans. Elle a favorisé des rencontres entre ces travailleurs.
La première assemblée générale de ces travailleurs a eu lieu, à la fin de l’année 1980. Le Père Pierre Decroocq, de retour de Chine, sut intéresser les jeunes à la situation de la Chine et de son Eglise.
En 1982, le groupe des travailleurs chinois a décidé de fêter Noël. Les jeunes sont tous venus à la réunion préparatoire. Pendant deux heures, ils ont réfléchi ensemble sur le sens de la fête de Noël. Au cours de la réunion, ils se sont exprimés sur le mystère de Noël : Jésus est venu nous apporter un message nouveau. Ils ont écrit sur le tableau le cheminement de leur réflexion :
1. L’homme est capable de dire des paroles vraies, comme il peut mentir tous les jours ; mais ce monde a besoin de la vérité, tous les jours et en toutes circonstances.
2. L’homme est capable d’aimer son prochain et de l’aider ; mais ce monde a aussi besoin d’apprendre à aimer celui qu’il n’aime pas, d’un amour au-dessus de tout amour humain.
3. L’homme est bien capable de parler de justice et à l’occasion de pratiquer la justice ; mais le monde a besoin d’une justice qui dure, au-delà de tous les conflits.
4. L’homme est bien capable de se réconcilier avec un voisin ; mais la vraie réconciliation doit embrasser tout l’humain, ciel et terre.
Depuis cette réunion de Noël, trois jeunes travailleurs de ce bidonville sont venus s inscrire au catéchuménat.

« LE CLUB DES FEMMES »
(banlieue nord de Kuala Lumpur)

Il s’agit d’un groupe créé par des militants du Groupe Caritas Kepong.
Ce Club réunit des femmes qui passent leur vie dans une cuisine, inondée à l’occasion, qui ont connu l’expérience de la pauvreté et des difficultés de la vie quotidienne dans les banlieues populaires.
Depuis deux ans quelque chose a changé dans leur vie. Cela a commencé par la visite de Gnanamah, militante de Caritas Kepong, chez Anusuya. Puis d’autres voisines ont été visitées. Après des mois de contact, des femmes du quartier ont décidé de se rencontrer une fois par mois. On se connaît mieux ; on pratique l’échange. Des relations d’amitié se créent entre mères de famille, femmes de ménage, travailleuses du même quartier. Elles découvrent qu’il leur est possible de vivre quelque chose en commun.
Une autre étape est franchie : on partage son temps, on perd son temps avec les autres ; on découvre les talents de la voisine qui est bonne cuisinière, ou fait de la broderie... ; chacune a son talent. Le mari ne reconnaît pas toujours les talents de sa femme qui reste encore la servante de son mari ; mais les voisines savent ce dont elle est capable.
Au début de 1982, le Club des Femmes a fait un essai d’action communautaire. Toutes ensemble, elles ont réclamé l’adduction d’eau potable pour le quartier, proche d’une voie ferrée. La réponse se faisant attendre, ces femmes ont creusé, elles-mêmes, un puits. Depuis ce jour, des femmes sont devenues responsables de petites communautés de quartier. A la fin de 1982, 15 communautés regroupent plus de trois cents femmes, toutes hindoues, sauf dix. Gnanamah, du Centre Caritas Kepong reste l’animatrice.
En novembre 1982, plus de trente de ces femmes ont participé à une session de trois jours à Port-Dickson et ont réfléchi ensemble sur leurs responsabilités sociales. Ce fut un événement pour les familles de la banlieue nord de Kuala Lumpur. La presse de langue tamoul a donné un compte rendu de cette session et le parti politique MIC est venu enquêter auprès de Gnanamah et a remercié l’Église pour son travail en vue du développement humain.
Une fois par an, le Club des Femmes tient une assemblée générale, à l’occasion de la fête de la lumière, la lumière de Deepvalee et la lumière de Noël. Plus de deux cents femmes étaient présentes, le dimanche soir 21 novembre 1982, dans le centre caritas desa Jaya autour du Christ-Lumière ; de très nombreuses lampes à huile illuminaient la salle.
Le symbolisme de la lumière est utilisé par les religions. Les Malais musulmans fêtent le Ramadan en allumant autour de leur maison des lampes de toutes couleurs en signe de protection. Les Chinois célèbrent la lumière avec des lanternes de papier qu’ils promènent dans les rues, à l’occasion des fêtes. Il n’y a pas de fêtes hindoues sans illuminations. Pour les chrétiens le Christ est la Lumière du monde. Vous comprenez pourquoi cette paroisse de Desa Jaya porte désormais le nom de paroisse du Christ-Lumière.
Le travail de Gnanamah et de son équipe de femmes en milieu hindou se poursuit.

PASTORALE DES VOCATIONS
(Père André Voile)
Salak - South (Kuala Lumpur)

Au grand séminaire de Penang, les cours sont donnés en anglais. Il y a un examen d’entrée pour s’assurer que les candidats éventuels connaissent suffisamment l’anglais pour ne pas perdre leur temps au collège. Il y avait dans nos diocèses de Malaisie une certaine pastorale des vocations (camps, retraites, etc.). Il y avait un examen de contrôle des connaissances des candidats, mais aucun cours n ‘était organisé pour les aider à se préparer.
Il se trouvait que je résidais à l’époque dans un coin calme de banlieue et qu’il y avait là un assez grand presbytère. J’avais à ma disposition un assistant laïque très zélé, pédagogue de grande valeur. On put offrir ainsi à trois ou quatre jeunes gens, qui étaient au travail, des cours du soir, de juillet à septembre 1981. Puis on ouvrit la maison à tous ceux qui souhaitaient y étudier durant le mois d’octobre. Huit arrivèrent de différents coins du diocèse, certains pour la journée et d’autres pour la nuit, certains pour quatre jours, d’autres pour une semaine. Le système était souple et adapté à chacun. Les jeunes priaient et étudiaient ensemble ; ils préparaient eux-mêmes leurs repas. Quatre d’entre eux réussirent leur examen, en novembre 1981.

On recommença l’expérience, en 1982, à peu près sur les mêmes bases, avec l’appui de l’évêque et une meilleure coopération de la part des curés. Dix jeunes passèrent en novembre leur examen d’entrée ; la plupart d’entre eux avaient résidé au moins quelques jours au centre de Salak-South.

On ne pense pas revenir à la formule des petits séminaires, mais un modeste centre de ce genre, organisé sur une base de vie familiale, paraît venir à son heure. Il attire l’attention du peuple chrétien et des curés du diocèse. Il permet de dire à des étudiants qui s’interrogent et surtout à des jeunes au travail : « Venez passer quelques jours ou quelques semaines ensemble pour prier et étudier. » On recommencera cette année.



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