| Année: |
1997 |
| Pays: |
Malaisie |
| Mission: |
MALAISIE-SINGAPOUR |
RÉGION DE
MALAISIE-SINGAPOUR
MALAISIE
A - L’ÉGLISE EN MALAISIE
On parlera presque uniquement de la Malaisie de l’Ouest (péninsule) puisque c’est celle que nous connaissons bien et celle où les MEP travaillent depuis 200 ans.
Il faut se souvenir que plus des 2/3 des catholiques malaysiens vivent à Sabah et Sarawak dans 5 diocèses où ils sont 16 % de la population, 500 000 sur 3 000 000 d’habitants. De plus ils sont, en majorité « Fils du sol » avec de nombreux privilèges. Beaucoup de catéchumènes viennent grossir leur nombre.
Par comparaison, en Malaisie de l’Ouest les catholiques sont 180 000 sur 16 000 000, soit 1,1 % dans les trois diocèses qui nous concernent : Penang, Kuala-Lumpur et Malacca-Johore.
C’est en Malaisie de l’Ouest que se trouvent le gouvernement central, la majorité de la population, les plus grandes villes et centres de développement économique, et la plupart des universités, etc.
Le diocèse de Penang et celui de Kuala-Lumpur ont beaucoup de points communs. Ils suivent le même plan de former un réseau de communautés de base et cela depuis 20 ans. Le diocèse du Sud va dans la même direction mais avec beaucoup de retard et peut-être moins de conviction.
Mais en 1997 les 3 évêques, (et même 4) ont fait une tournée dans tous les districts pour montrer combien ils prenaient au sérieux cette orientation.
De grandes réunions allant de 500 à 1 000 fidèles ont eu lieu pour expliquer, pendant toute une soirée, d’où on venait, où on allait et par quels chemins.
On sait bien que les communautés de base ne répondent pas à tous les besoins. Il faut bien centraliser et avoir, par ailleurs, la catéchèse des enfants, l’Eucharistie du dimanche, les séminaires pour le clergé, les mouvements familiaux, bibliques ou professionnels, le tribunal de mariage etc.
Mais dans les communautés de base, les voisins se retrouvent, prient ensemble, se soutiennent assez bien lors d’un décès, se réjouissent à Noël ou en d’autres occasions et ont quelques activités communes. Cela touche combien de gens ? 20 % aux réunions mensuelles, 60 % lors d’occasions plus espacées ? On ne sait pas trop. On voit pourtant des fruits : des leaders se découvrent et se forment. Une « nouvelle manière d’être Église » se met en place où il y a davantage de participation active de la part de davantage de laïcs et où l’Évangile pénètre plus facilement dans les cœurs.
En dehors des communautés de base, on trouve, en particulier, le mouvement charismatique. Il a redonné à beaucoup de gens le goût de la prière, d’une prière plus spontanée et qui aime chanter. Il fait apparaître Dieu plus proche, tout prêt à intervenir pour guérir ceux qui le demandent, donnant abondamment les dons de l’Esprit Saint.
Sur la marge de ce mouvement charismatique, proche des protestants fondamentalistes, une tendance assez importante s’est révélée : on y promet miracles et guérisons, on voit la présence du diable en beaucoup d’endroits qu’on pensait innocents et on le chasse avec ardeur. Beaucoup de zèle, mais nos évêques s’inquiètent tout en patientant.
Le clergé est à peu près suffisant pour le service des paroisses. Mais les prêtres venus de Chine autrefois, vers 1950, ainsi que les MEP, arrivent au bout de leur carrière. Ils sont mal remplacés, en particulier, pour ce qui concerne l’apostolat en milieu chinois. Le clergé séculier est en très grande partie indien. Il y a pourtant des religieux chinois, jésuites, et surtout les « Disciples du Seigneur » qui s’efforcent de remplacer ceux qui s’en vont. Les Frères et les Sœurs ont plus de mal que les prêtres à se recruter. Frères et Sœurs ont perdu leurs écoles et il y a — surtout chez les Frères — crise d’identité, sans nouvelles recrues.
Malgré les communautés de base, c’est surtout par la paroisse que l’Église montre sa présence. Les grosses paroisses de ville, en particulier, sont des centres d’activités très visibles. Les foules du dimanche remplissent les églises et créent des embouteillages de voitures alentour. Il y a de nombreuses réunions ; chaque paroisse prépare ses candidats au baptême ; le dimanche voit peut-être quelques centaines d’enfants pour la catéchèse. On peut dire que le Père curé reste un personnage ! Un problème pour l’avenir, c’est qu’il est très difficile de bâtir des églises dans les nouvelles villes ou les nouveaux quartiers autour de la capitale et des autres grandes villes. Les difficultés administratives se multiplient. Une solution, c’est d’avoir des petits centres de culte dans des bâtiments commerciaux, comme les protestants, nouveaux venus et plus industrieux, font depuis quelque temps. Mais ça ne répond pas à tous les besoins et ce n’est guère dans nos traditions : le clergé est toujours vu comme élément central et nous préférons avoir une grande église avec un « prêtre en charge ». De plus, si l’on n’a pas d’église, on est à la merci des autorités qui jusqu’à présent ont fermé les yeux, et des voisins qui peuvent mal tolérer les inconvénients inévitables.
Ceci pour les villes. À la campagne, la paroisse reste plus modeste comme de coutume, mais surtout la population catholique a tendance à baisser. Il y a peu de jeunes qui restent sur place, il n’y a guère plus de travailleurs catholiques locaux dans les plantations d’hévéas ou de palmiers à huile et peu de fonctionnaires catholiques dans l’administration. Les paroisses rurales, surtout celles qui sont éloignées du centre, se plaignent avec quelque raison d’être négligées, car toutes les choses intéressantes, sessions de formation, rassemblements, moyens financiers se trouvent ailleurs. Ce n’est pas nouveau, mais ça ne s’arrange pas. Pour le clergé, la proportion de ceux « qui se sentent bien dans leur peau » semble assez forte (y compris parmi les MEP). Le clergé local, surtout celui d’âge moyen, semble satisfait de son sort, travaille plutôt dur, reçoit le soutien des paroissiens, a des ressources suffisantes. Les jeunes se plaignent sans doute un peu plus et demandent des périodes de formation à l’étranger.
Les diocèses font des efforts missionnaires assez sérieux. Les ouvriers étrangers — Philippins, Indonésiens — ont un contact modeste avec les communautés locales. Les francophones autour de K.L. ont le Père Gilbert Griffon pour aumônier. Le Père Anthony Naden et quelques autres prêtres et religieuses, s’occupent avec beaucoup de zèle des « Orang Asli » (Aborigènes). Il y a quelques religieux malaysiens en Afrique et ailleurs.
Un effort est fait pour la « Dimension sociale de l’Évangile » par le Bureau du Développement humain : aide aux pauvres, travailleurs immigrés, victimes du SIDA, coopératives, ce n’est pas rien. Mais il est clair que les centres d’intérêt sont ailleurs. Cela vient en partie de l’euphorie engendrée par une longue vague de prospérité économique. On a beaucoup entendu dire : « Produisons davantage, il y aura du gâteau pour tout le monde, y compris les plus pauvres. Les problèmes de mauvaise distribution se résoudront par le fait même, au moins à long terme. Nous avons un bon gouvernement qui s’occupe de tout cela ». L’Église ne tient pas ce langage, mais elle a sans doute été influencée par lui.
Pour l’œcuménisme, il y a au sommet un groupement des religions non musulmanes. C’est en bonne partie pour avoir plus de chance d’être pris au sérieux par les autorités musulmanes du gouvernement.
À la base, c’est la « cohabitation » avec hindous, bouddhistes et autres. Ici et là contacts amicaux. Avec les musulmans, il y a surtout méfiance et peur. Ils sont trop puissants, et la communication se fait presque toujours à sens unique, lors des mariages mixtes en particulier. Ça pourrait être bien pire comme nous le savons tous et on a appris à vivre avec.
Y a-t-il une façon malaysienne d’être catholique ? L’Église est-elle acculturée ? On peut au moins noter certains traits :
— La famille reste importante et la religion s’exprime assez facilement à la maison (autel familial souvent, ainsi que prière en famille)
— La piété est spontanée (Indiens surtout) et fait partie de la vie. On parle de Dieu plus facilement qu’ailleurs. Dieu et ses Saints sont tout proches de nous, attentifs et prêts à intervenir et on n’est pas étonné s’ils écoutent nos prières et accordent une faveur ou un miracle.
— L’hospitalité, la convivialité sont appréciées. On aime les rassemblements. Les messes du dimanche, les pèlerinages et les fêtes patronales, les ordinations attirent les foules. On visite les malades et les membres âgés de la famille.
— Pas d’anticléricalisme genre français. Respect pour le clergé et pour les « gens qui prient ». Toutes les religions sont bonnes et apprennent à vivre bien.
— Contrôler sa colère, ne pas perdre patience est une valeur appréciée... Ce qui veut dire que les gens s’accusent souvent en confession de s’être mis en colère...
— La superstition n’est pas loin : croyance aux esprits mauvais, astrologie... On prend grand soin de ne pas se marier un jour ou un mois réputé malchanceux.
On peut recueillir des traits de ce genre qui donnent à nos communautés une certaine couleur souvent appréciée des visiteurs qui viennent dans nos églises remplies et chantantes. Mais c’est à peu près tout.
Très bientôt dans leur Synode d’Asie, nos évêques vont parler de ce genre de choses et de bien d’autres encore. Nous pouvons être sûrs qu’ils feront ça très bien.
B - LES CONFRÈRES MEP
Depuis la dernière Assemblée générale, nous avons vu le nombre de nos confrères diminuer. 3 sont retournés à la Maison du Père :
— Le Père Xavier Dubois
— Le Père Édouard Giraud
— Le Père Pierre Gauthier.
Nous ne sommes plus que 10, 4 d’entre nous sont dans le diocèse de Penang, 5 dans celui de Kuala-Lumpur et un seul dans le diocèse du sud : Malacca-Johore.
Nous allons donc leur faire une petite visite en commençant par le nord.
Le plus au nord de la péninsule malaise est le Père Albert Julien, à Sitiawan, responsable d’une communauté chrétienne composée d’une majorité de Chinois originaires de la province du Fujian. Il y a aussi dans cette paroisse un assez grand nombre d’Indiens tamouls. La langue
mandarine n’ayant depuis longtemps plus de secrets pour notre confrère, il se trouve tout à fait à l’aise parmi « ses » Chinois. Essayant de se faire « missionnaire pour tous », le Père Julien s’occupe aussi des Tamouls et célèbre la messe pour eux, soit en malais soit en utilisant quelques textes romanisés.
Notre Père Julien a entrepris et mené à bien la construction d’une magnifique nouvelle église, dédiée, comme l’ancienne qu’elle remplace, à Saint François de Sales. Elle sera officiellement ouverte au culte dans quelques semaines. Le Père a aussi prévu de vastes salles et autres locaux paroissiaux. Bravo Père Julien, vos 80 ans n’ont en rien ralenti votre ardeur missionnaire.
Un peu plus au sud, presque dans la banlieue de la grande ville de Ipoh, nous trouvons le Père Paul Decroix à Batu Gajah. Cette paroisse dédiée à saint Joseph est surtout chinoise et Paul Decroix y travaille à la formation de responsables laïques. Il a aménagé à cet effet plusieurs locaux où peuvent être organisées sessions et retraites.
Paul Decroix est aussi « écrivain » à ses heures. Il a déjà publié plusieurs ouvrages sur les aspects sociaux de l’Alliance, les lieux saints, la Doctrine sociale de l’Église. Et le voilà récemment auteur d’un livre sur saint Joseph, patron de sa paroisse. Y sont assemblées quelques données bibliques, et décrites diverses traditions et dévotions.
Nous restons à Ipoh, pour rendre visite au Père Maurice Surmon à l’hôpital Fatima. Depuis plus d’un an, on lui a confié l’aumônerie de ce grand hôpital géré conjointement par les Frères de la Merci et les Sœurs franciscaines. Maurice navigue avec beaucoup d’aise parmi ces religieux. Il visite et réconforte les malades, enseigne la Bible aux infirmières et autres laïcs qui s’y intéressent. Serait-il soudainement devenu sédentaire ? Pas le moins du monde. Maurice se rend régulièrement à Taiping pour y visiter la prison où sont détenus ceux qu’on a trouvé dangereux pour la sécurité de l’État.
Partons à la fraîcheur de la montagne, à Cameron Highlands où nous allons trouver Jean Tavennec, probablement occupé à son jardin. Jean est responsable de notre (seule) maison régionale de Malaisie et assume aussi la fonction d’économe pour la partie Malaisie de notre région. Notre « Père Jean » comme l’a appelé dans son livre une ancienne prisonnière des geôles de Malaisie, assure le ministère pastoral de la communauté catholique de Tanah Rata et des petites communautés de fermiers chinois aux alentours. Il dessert ainsi plusieurs chapelles où la messe est célébrée en mandarin plusieurs fois le mois. S’étant mis, lui aussi, à l’horticulture, Jean Tavennec essaie d’introduire de nouvelles espèces pour aider les cultivateurs de Cameron Highlands.
Le Père accueille de nombreux visiteurs. D’abord des prêtres et religieux qui viennent à notre maison régionale pour s’y reposer, faire une retraite ou pour d’autres raisons. La maison est aussi bien connue des touristes de toutes nationalités qui viennent volontiers loger à « Father’s guest House ». L’accueil ainsi offert aura-t-il été pour l’un ou l’autre l’occasion de rencontrer le Christ ?
À la descente de la montagne, nous trouvons l’autoroute. Elle remplace l’ancienne voie qui serpentait parmi les plantations d’hévéas et de palmiers à huile. La nouvelle autoroute nous conduit directement à Kuala-Lumpur, ou plutôt à Petaling Jaya ; c’est là que nous trouvons, fait rarissime pour ne pas dire unique en Malaisie, deux confrères MEP faisant équipe.
Le Père André Volle a la charge pastorale de cette grande paroisse de l’Assomption. André aime nous faire cette remarque : « Nous avons environ 2 500 catholiques sur cette paroisse, mais notre assistance aux différentes messes du week-end dépasse les 3 000 ! » Une « École du Dimanche » (catéchèse des enfants et des jeunes) atteint presque 1 000 inscriptions. 25 « communautés de base », des catéchumènes en nombre croissant et bien d’autres aspects font de cette communauté paroissiale une communauté vivante et vibrante, très attachée à son pasteur.
André a doté la paroisse de multiples salles de réunion toutes bien équipées et climatisées. Un nouveau centre paroissial qui comptera encore une bonne douzaine de salles est en voie d’être achevé. Tout cela est dû à l’impulsion du Père Volle et de son équipe de laïcs dévoués.
Son vicaire, Gilbert Griffon partage son temps entre le catéchuménat des adultes, diverses activités paroissiales, surtout dans les langues chinoise et tamoule, et l’animation biblique dont l’archevêque lui a confié la charge. Sa santé ayant subitement défailli, ses activités ont dû être réduites. Mais un jeune prêtre ordonné en 1997 est venu prêter main forte à cette équipe.
Nous allons maintenant nous rendre au centre de cette capitale qui grandit chaque jour. Tout près d’un des grands complexes commerciaux de Malaisie se dresse, plus ou moins écrasé par les gigantesques constructions qui l’entourent, le vieux clocher de l’église Saint-Antoine. Pierre Bretaudeau, toujours aussi dynamique, infatigable et optimiste, est le curé de cette paroisse qui, du fait de l’urbanisation, diminue à vue d’œil. Mais qu’importe ? Notre Petit Pierre s’est trouvé de nombreuses activités. Dès que fut achevée l’école Stella Maris, Pierre a entrepris la construction d’un « centre de formation » pour le diocèse, sur le terrain de son église. Projet immense et coûteux, dont les fondations viennent d’être achevées et que nous espérons voir en activité l’an prochain. C’est beaucoup pour un seul homme, direz-vous ? Eh bien non ! Pierre court de-ci de-là à la recherche de terrains où pourront peut-être s’élever les églises futures de la grande métropole.
Il n’est pas trop difficile de rendre visite au Père Louis Guittat, notre doyen. Après une longue carrière missionnaire qu’il aurait bien aimé prolonger encore, le Père Louis Guittat est maintenant en résidence chez les Petites Sœurs des Pauvres. Chaque occasion est bienvenue toutefois de se rendre utile dans les paroisses avoisinantes, assister aux réunions des communautés de base ou bien de passer un week-end à Banting, son ancienne paroisse.
À l’extrême est de Kuala-Lumpur l’église du Bon Pasteur est confiée à la vigilance et au zèle de Antoine Henriot. En plus de la responsabilité de la légion de Marie pour le diocèse, de l’Apostolat marial pour la Malaisie, le Père Henriot est très absorbé en ce moment par la construction (lui aussi !) d’un complexe paroissial de grande envergure. Le Père a d’ailleurs doté toutes les paroisses où il est passé de jardins d’enfants, de vastes salles pour sports et autres activités et de lieux de réunion. La paroisse du Bon Pasteur à Setapak aura donc, elle aussi, toutes ces facilités grâce au Père Antoine Henriot.
Il ne nous reste plus que le Père Bernard Binet, seul et unique MEP dans ce diocèse de Malacca-Johore. Depuis plusieurs années déjà, il a la charge pastorale de la paroisse Saint-Pierre de Malacca ; cette paroisse est aussi vraiment spéciale. Pendant de longues décennies elle dépendait de l’évêque de Macao, étant paroisse portugaise, et lui appartenaient de ce fait tous les « Portugais » de Malacca et des environs — certains disaient même tous les Portugais de Malaisie. Il revient donc à Bernard d’essayer de constituer des « communautés » de ceux qui se réclament de la paroisse Saint-Pierre. Tâche bien difficile, mais à laquelle Bernard essaie de faire face avec un courage et une lucidité que nous admirons tous.
Nous avons parlé du Père Guittat comme de notre doyen d’âge. Ce n’est pas tout à fait exact, car né en 1910, il est dépassé d’une longueur par Mgr Dominique Vendargon, notre archevêque émérite, et aussi membre honoraire de la Société des Missions Étrangères. Mgr Vendargon a pris sa retraite depuis des années déjà et réside à l’archevêché. On fait toutefois encore souvent appel à lui pour confirmations ou autres occasions qu’il préside volontiers. Mgr Vendargon est l’un des rares évêques d’Asie qui puisse encore témoigner de ce qu’il a vécu lors du Concile de Vatican II.
C – SITUATION ÉCONOMIQUE,SOCIO-POLITIQUE ET RELIGIEUSE
EN MALAISIE DE 1992 À 1998
Nous ne prendrons ici que quelques points saillants de la situation de la Malaisie du point du vue économique, politique social et religieux. Il ne s’agira pas, bien sûr, de faire une analyse politico-économique de ce pays, mais plutôt, à l’aide de quelques flashes de situer le travail de l’Église dans ce pays. Nous n’avons pas de statistiques officielles, mais on peut dire en gros que, grâce à une politique démographique très étudiée, les Malais auraient dépassé les 60 %. Les Chinois n’atteignent plus 30 %, alors que les Indiens, surtout Tamouls, sont probablement passés au-dessous des 10 %.
UNE CROISSANCE ÉCONOMIQUE ACCÉLÉRÉE
La Malaisie a certainement connu une croissance économique très accélérée depuis une bonne dizaine d’années. Elle a désormais droit à être au rang des « Petits Dragons » de l’Asie.
Nous avons assisté à une urbanisation massive avec la venue d’industries nombreuses et variées : électroniques, informatiques, automobiles, etc. Ce pays est même en passe de devenir une plaque tournante de la technologie informatique avec ses « autoroutes de l’information ». Ces industries se sont installées à l’orée des grandes villes. La capitale fédérale, Kuala-Lumpur est, bien sûr, l’agglomération qui a le plus grandi, mais elle est suivie de près par Johore Baru et Penang, ceci sans oublier Prai, la réplique de Penang sur le continent.
UNE MAIN-D’ŒUVRE ÉTRANGÈRE NOMBREUSE
Le développement des industries citées et celle du bâtiment ont créé un appel de main-d’œuvre très important auquel la Malaisie n’a pas pu faire face avec les gens du pays. Le chômage étant pratiquement inexistant en Malaisie, un nombre imposant d’ouvriers étrangers y sont venus chercher un travail beaucoup mieux rémunéré que dans leurs pays d’origine. Beaucoup, il faut le dire, ont aussi été victimes d’agents peu scrupuleux. Des Indonésiens, des Philippins puis des immigrants du Bangladesh et même de Birmanie et du Pakistan vinrent fournir ici la main-d’œuvre bon marché dont le pays avait besoin. Comme ils étaient souvent venus illégalement, et qu’en conséquence aucune loi ne les protège, on comprend l’exploitation dont ils sont victimes.
Vers 1992, le Premier ministre proposa un plan de développement qu’il appela « Vision 2020 ». C’était un plan très ambitieux qui devait propulser la Malaisie vers une situation de pays pleinement développé, lui donnant ainsi rang parmi les grands. Ce développement devait aller de pair avec un « développement social » visant au partage équitable des richesses entre tous et l’élimination de la pauvreté.
UNE DÉMOCRATIE TRÈS DIRIGÉE
Le « développement politique » doit aussi s’intégrer au développement économique. Il a en vue une démocratie qui s’inspire de valeurs asiatiques et islamiques et qui surtout rejette le modèle occidental, celui-ci ne produisant qu’instabilité sociale et politique. Ceci est du moins une vue souvent exprimée par notre Premier ministre. Le modèle de démocratie proposé n’est pas toujours très clair. Il a probablement et inconsciemment pour origine une admiration inavouée pour la démocratie très musclée style Singapour ou toute opposition est désormais éliminée.
UN ISLAM INCONTOURNABLE
L’islam étant religion officielle depuis l’indépendance, on parle aussi de « développement spirituel ». À ce niveau, il s’agit bien sûr de développer la religion majoritaire, l’islam. Divers instituts de formation islamique ont donc été créés avec la participation des capitaux d’Arabie Saoudite.
De gros efforts sont donc déployés pour faire connaître un islam qui se veut moteur de progrès scientifique et technologique ; l’« Institut de Compréhension islamique » mis en route il y a quelques années en est un exemple. Il s’agit de présenter un islam attrayant, ami de la science et du progrès et garant de prospérité matérielle. C’est un islam qui ne veut avoir rien à faire avec l’image sombre qu’en donne l’Occident. On parle le moins possible de ce qui se passe en Algérie, en Afghanistan et ailleurs. L’État est très attentif à toute déviation possible de l’islam officiel « sunnite ». Le « schisme » ainsi que le « soufisme » sont hors la loi.
UNE CERTAINE HARMONIE ET TOLÉRANCE RELIGIEUSE
Qu’en est-il de la liberté religieuse et de l’harmonie entre les races, dont la Malaisie se targue d’être un exemple ? Dans un long discours prononcé en septembre 1997, le Premier ministre, Dr Mahathir, s’est fait le défenseur de la « tolérance religieuse » telle qu’elle est appliquée en Malaisie où, dit-il : « Les musulmans de Malaisie ont pu faire face avec succès aux problèmes inhérents à l’exercice du pouvoir (politique) dans un pays de diversité raciale et religieuse. Les non-musulmans, sont convaincus que la façon dont nous avons appliqué la loi islamique ici a été excellente, puisqu’elle a apporté la paix et la prospérité. »
Il est certain que l’on jouit en Malaisie d’une certaine liberté religieuse. Les bouddhistes, hindous, sikhs et chrétiens ont leurs fêtes, leurs lieux de culte, mais il est aussi de plus en plus clair que toute expansion, comme par exemple la construction de nouveaux lieux de culte dans les nouvelles cités, est vue avec suspicion et rendue de plus en plus difficile. Aux non-musulmans on semble vouloir dire : Vous êtes tolérés où vous êtes pour le moment, sauf bien sûr vos écoles qui appartiennent à l’État, mais surtout, restez où vous êtes.
UNE ÉCONOMIE EN CRISE
Fin 1997, la Malaisie sortait à peine de la brume épaisse due aux incendies (provoqués) des forêts indonésiennes (plusieurs millions d’hectares) qu’un autre désastre, beaucoup plus grave celui-là, venait la frapper « de plein fouet ». Après la Thaïlande et l’Indonésie, la devise malaysienne, le ringgit, commençait sa chute. La dette encourue pour financer les projets grandioses devint telle qu’un certain nombre durent être abandonnés. Bien que les « Tours jumelles » les plus hautes du monde soient terminées, bien que la « Tour de béton » la plus haute du monde surplombe désormais Kuala-Lumpur, d’autres entreprises aussi prestigieuses que grandioses sont en passe d’être abandonnées. La crise économique est trop réelle et commence à se faire sentir dans la vie de tous les jours. On a essayé de faire des grands financiers américains les boucs émissaires de la crise ; on est même allé jusqu’à présenter cette chute du ringgit comme une entreprise sioniste contre les pays musulmans. Aujourd’hui il faut faire face à la réalité telle qu’elle apparaît dans toute sa grisaille. Le développement a été trop rapide, la corruption trop peu jugulée, la dépendance de capitaux étrangers trop astreignante. La perspective d’une récession économique, d’un chômage qu’on ne connaissait plus, d’un coût de la vie qui ne cesse de monter alors que les ressources fondent, tout cela inquiète fort les Malaysiens et tous ceux qui ont choisi de vivre dans ce pays. Le gouvernement tente de rassurer la population, mais beaucoup sont bien conscients que « le pire est encore à venir »… Il n’y a cependant pas de panique. L’impression qui domine est qu’on va s’en sortir en deux ou trois ans...
~~~~~~~
<< Retour page précédente
|