| Année: |
1997 |
| Pays: |
Singapour |
| Mission: |
SINGAPOUR |
| Rédacteur: | Mgr Louis AMIOTTE-SUCHET |
SINGAPOUR
I. ÉVOLUTION POLITIQUE,
ÉCONOMIQUE ET SOCIALE
QUELQUES POINTS D’HISTOIRE
L’île de Singapour, 641 km2, se situe à l’extrémité sud de la péninsule de Malaisie, à 1,15 degré au nord de 1’Équateur. On connaît assez mal son histoire. On la trouve mentionnée dans une chronique d’origine javanaise datée de 1365 ; elle s’appelait alors Temasek, c’est-à-dire « ville de la mer ». C’est à la fin du XIVe siècle que l’on commence à utiliser couramment le nom sanscrit de Singapura, la « cité du lion ». Selon la légende, un prince venant de l’Indonésie voisine se réfugia de la tempête sur cet îlot et y vit un animal ressemblant à un lion ; d’où le nom qu’il donna plus tard à cette île : Singapura.
Singapura connut des fortunes diverses. Elle se trouva mêlée aux conflits opposant le Siam à des princes de Java, fut un temps état vassal du Siam puis fit partie du sultanat de Malacca que les Portugais saisirent en 1511. Avec la destruction de Johor Lama en 1587, l’île tomba plus ou moins dans l’oubli ; il est dit qu’un poste avancé malais, à l’embouchure de la rivière, fut incendié en 1613.
En janvier 1819, Thomas Stamford Raffles, au nom de la Compagnie anglaise des Indes Orientales, débarqua à Singapour, qui était sans doute à cette époque un petit port côtier assez actif. Cherchant à y établir un comptoir, il conclut, dès février, un traité avec le sultan de Johor et son représentant dans l’île, le Temenggong, c’est-à-dire avec ceux qui, de droit et de fait, y avaient autorité.
Le choix était judicieux. Dès 1820, la balance commerciale s’avérait positive ; en 1823, Singapour passait avant Penang, au nord de la Malaisie, établi bien avant. Il y avait alors plus de 10 000 habitants. En 1826, avec Penang et Malacca, Singapour fit partie des « Établissements des Détroits » et en devint le centre administratif dès 1832. En 1867, ces « Établissements des Détroits » devenaient colonie de la couronne britannique.
Signalons rapidement les grandes dates d’un passé plus récent :
— 15 février 1942 : Singapour, réputée imprenable, se rend aux Japonais qui l’occupent jusqu’en septembre 1945.
— Mars 1948 : Premières élections dans la colonie pour choisir 6 des 22 membres du Conseil législatif.
— 1955 : Nouvelle constitution, prévoyant un conseil des ministres élu et présidé par un « Chief Minister », le tout restant toutefois sous l’autorité suprême du gouverneur britannique. Deux leaders émergent alors : David Marshall et Lee Kuan Yew.
— Mai 1958 : Nouvelle constitution donnant l’autonomie interne à Singapour. Seules les Affaires Étrangères et la Défense restent dans les mains du gouvernement de Sa Majesté.
— 30 mai 1959 : Élections pour la première assemblée législative totalement élue. Le PAP (People’s Action Party), sous la conduite de Lee Kuan Yew, qui va devenir le Premier ministre, remporte 43 sièges sur 51.
— 16 septembre 1963 : En devenant pays membre de la Fédération de grande Malaisie, Malaysia, Singapour reçoit son indépendance.
— 9 août 1965 : Singapour est expulsé de la Malaysia et devient de ce fait un pays indépendant et souverain, la République de Singapour.
— 31 octobre 1971 : retrait des troupes britanniques. Singapour doit créer sa propre force de défense et institue le service militaire obligatoire d’une durée de 24 à 30 mois.
— Novembre 1990 : Lee Kuan Yew cède la place de Premier ministre à Goh Chok Tong, tout en restant membre du cabinet.
— 2 janvier 1997 : Élections parlementaires. Le PAP, au pouvoir depuis 1959, conserve une écrasante majorité, face à deux membres seulement de l’opposition.
POPULATION
En attendant le prochain recensement général en l’an 2000, la population actuelle de Singapour est estimée à 2 800 000 citoyens et résidents et quelque 300 000 travailleurs étrangers sous contrat temporaire. Ce dernier chiffre est considéré comme dangereusement élevé pour l’équilibre démographique et économique et surtout pour le maintien des valeurs culturelles et morales du pays. Singapour, qui se voit vieillir très vite, a complètement renversé sa politique des naissances et projette d’arriver à 4 millions de citoyens en 2010.
Quant à la composition de cette population, elle demeure stable avec 78 % de Chinois, 14% de Malais et 7 % d’Indiens. Des statistiques de 1996 révèlent que l’âge moyen des hommes qui se marient est de 32 ans et celui des femmes 28. Mais 33 % des hommes et 20 % des femmes demeurent célibataires. Le nombre des mariages diminue : 24 106 en 1996 contre 24 965 en 1995, mais celui des divorces augmente : 4 634 en 1996 contre 4 298 en 1995, la plupart des divorces intervenant entre 5 et 10 ans de mariage. La croissance harmonieuse des composantes ethniques de la population a toujours été l’un des soucis majeurs du gouvernement, qui se montre quelque peu alarmé devant la baisse de natalité des Chinois et la prolifération des Malais.
Le gouvernement s’active toujours à promouvoir une société plus « gracieuse » et prête à dialoguer avec les autorités pour préparer le futur ensemble. On note une certaine libéralisation de l’information — bien qu’un moyen efficace de contrôler tout ce qui est indésirable sur Internet reste un souci majeur des autorités qui veulent avant tout protéger le peuple des influences pernicieuses de l’Occident et promouvoir les valeurs « asiatiques ». Des cinémas sont autorisés à passer des films « réservés aux adultes » — complètement aseptisés. Évidemment, les paraboles télé privées sont absolument interdites.
On insiste sur une société saine, vigoureuse, soucieuse du bien commun et du bonheur de chacun, surtout des vieux, des malades, des handicapés. Honte aux pollueurs de toutes sortes !
ÉCONOMIE
À Singapour, l’économie prime tout. Il n’y a de ressource naturelle que la matière grise des citoyens ; comme cela ne suffit pas, il faut aller la chercher ailleurs. Le gouvernement est prêt à inviter quiconque peut contribuer par ses talents à maintenir le pays au premier rang. Les difficultés financières et économiques que connaît l’Asie depuis la fin de 1997 laissent prévoir des lendemains moins glorieux que les années de développement extraordinaire que l’on vient de connaître. On parle prudemment d’une croissance de 4,5 % en 1998. Les industries de pointe ont souffert une baisse au cours des dernières années.
Le pays continue inlassablement de développer son industrie de loisirs. Singapour est devenu un centre touristique et un centre de conférences internationales. D’août à novembre 1997, une brume — très épaisse certains jours — causée par des incendies de forêt en Indonésie, et la chute des monnaies dans les pays de I’ASEAN (le dollar de Singapour a baissé de 20 % par rapport au dollar US) ont fait beaucoup de tort au tourisme.
Le gouvernement investit et encourage le partenariat avec les économies régionales des pays de 1’ASEAN et même avec la Chine, le Vietnam, le Cambodge, la Birmanie et l’Inde. Le « triangle de croissance » de Johore (Malaysia) — Singapour — Batam (Indonésie) s’annonçait bénéfique pour tous. Cependant, cette année, la Malaisie a découragé le commerce par l’intermédiaire de Singapour.
HABITAT
Des villes nouvelles, HLM, sortent de terre au nord et nord-est de l’île. Elles vont s’ajouter aux autres villes satellites, devenues tentaculaires, qui entourent les parcs et réservoirs. Les Singapouriens regardent à la qualité de l’habitat. Le gouvernement a tout un programme d’amélioration des HLM bâtis il y a quelque 15 ou 20 ans = plus grande superficie des appartements, ascenseur s’arrêtant à chaque étage, parcs autour des blocs, passages couverts entre les blocs et jusqu’aux arrêts d’autobus. Après presque de 40 ans de construction continue, 88 % de la population habitent ces HLM, et la plupart sont propriétaires de leur appartement.
TRAVAIL–SALAIRES
Visiblement la classe moyenne s’enrichit... et aurait tendance à vivre largement au-dessus de ses moyens ; ce qui peut poser de graves problèmes en cas de crise économique et financière. La politique en matière sociale n’a guère évolué. Elle vise au plein emploi et à la promotion technique toujours plus poussée de la masse ouvrière. Cependant, en l’absence de personnel singapourien qualifié, tout étranger capable — de préférence chinois — peut se voir octroyer un permis de travail ou la résidence permanente, tant la production prime tout. Les citoyens sans qualification n’ont plus qu’à pousser la brouette ; bien peu l’acceptent.
Au départ, un Singapourien peut gagner 3 500 F par mois (2 800 F net et 700 F comme épargne obligatoire dans un fonds géré par l’État ; un Malaysien, lui, reçoit, pour le même travail, 2 100 F net. Les travailleurs âgés désireux de continuer à travailler reçoivent beaucoup moins (ex : les gardiens de nuit...). Les autres travailleurs étrangers — Indiens, Pakistanais, Philippins, Thaïs etc. — doivent rembourser les organismes ou entremetteurs divers qui leur ont procuré emploi, billet d’avion, logement, etc. Parmi tous ces travailleurs étrangers, les « Filippinas » occupent une place à part, d’abord par leur nombre : 80 000 sur un total de 120.000 employées de maison et aussi par la préférence que leur accordent les familles singapouriennes. La taxe mensuelle de 1 075 F à acquitter pour chaque domestique étrangère est largement compensée par le deuxième salaire que rapporte à la maison l’épouse libérée des tâches domestiques, des soins des petits et des parents âgés.
En 1995, le gouvernement a introduit une TVA de 3 % sur tout achat et service. Ayant collecté plus d’argent qu’il n’escomptait, l’État a placé 2 500 F sur le compte des retraités et donné des avantages appréciables à ceux qui gagnent un petit salaire.
ÉDUCATION
97 % des jeunes sont scolarisés. Leurs parents sont prêts à tous les sacrifices pour leur procurer le meilleur jardin d’enfants et, si possible, l’entrée dans une école prestigieuse. Les écoles du centre de la ville ont été rebâties, à grands frais, dans les villes nouvelles. Certaines écoles de renom ont choisi, il y a quelques années, d’être totalement indépendantes. Vu les frais d’inscription, elles sont réservées à l’élite. L’essai n’a guère été concluant et la plupart des écoles se contentent d’une autonomie relative en ce qui concerne les programmes, l’organisation et la gestion. On va vers le système d’une seule session, au lieu des deux sessions qui amenaient deux fournées d’enfants à la même école chaque jour.
14 collèges pré-universitaires et 3 universités accueillent les meilleurs. Un nombre important de jeunes choisissent les universités renommées de l’étranger. Les écoles dites « de mission » jouissent encore d’un certain prestige, mais ne se distinguent plus guère de celles de l’État par leur esprit ou par un enseignement de caractère religieux. Beaucoup de ces écoles catholiques n’ont d’ailleurs plus de Frères ou de Sœurs parmi leur personnel enseignant. Cela laisse augurer assez mal de l’avenir. Un gros effort de réflexion se fait pour trouver les moyens de préserver à tout prix la spécificité de nos écoles catholiques.
L’ÉGLISE À SINGAPOUR
Quelques chiffres et statistiques
Sur 3 100 000 habitants que compte Singapour — 2 800 000 Singapouriens et 300 000 résidents ou travailleurs étrangers — il faut compter à peu près 150 000 catholiques du cru, auxquels on doit ajouter dans les 70 000 catholiques originaires des Philippines, employées de maison surtout. Donc, dans les 5 % de la population totale. Le pourcentage des chrétiens tournant autour de 12 %, les catholiques sont nettement le groupe chrétien le plus nombreux.
Notre archevêque, 73 ans cette année, depuis 21 ans à Singapour après neuf ans comme évêque de Penang, arrive en fin d’épiscopat et fait de son mieux pour que le diocèse continue son chemin dans une situation d’harmonie croissance. Autour de lui, 19 prêtres diocésains, y compris 14 MEP, et 48 prêtres religieux (franciscains, jésuites, rédemptoristes, carmes, Scheut, Picpus), 95 asiatiques et 32 non-originaires d’Asie = total de 127 prêtres, travaillant dans toutes les paroisses et trois lieux de culte non paroissiaux. Les religieuses sont un peu plus de 200 et les frères 52. En 1997, le nombre de baptêmes d’adultes a été de 2 211 et celui d’enfants de 1580. Le chiffre officiel des catéchumènes est de 1 339. Il y en a certainement plus.
Singapour, archevêché dépendant directement du Saint-Siège, fait partie de la Conférence épiscopale de Malaisie, Singapour et Brunei, qui rassemble trois archevêchés : Kuala-Lumpur, Kuching, Singapour; six évêchés : Penang, Malacca-Johore, Kota Kinabalu, Sibu, Miri, Keningau ; et une préfecture apostolique : Brunei.
SINGAPOUR EN COMMUNION AVEC LES ÉGLISE D’ASIE
Au cours de ces dernières années, l’Église qui est à Singapour est davantage entrée en communion avec les Églises d’Asie. La vision de la FABC est prise en compte ; des experts des Philippines, de l’Inde, nous aident à réfléchir, à esquisser des lignes pastorales. L’Indonésie devient aussi plus proche.
Il ne s’agit pas pour autant de quelque chose de bien défini. À la manière du pays, on appelle les gens qui semblent les plus valables, les plus acceptables, les plus à même de rallier une majorité sans faire trop de vagues.
Au plan diocésain, la vision de notre archevêque, C’est « Portes ouvertes » : tous ceux et celles qui peuvent aider la croissance de l’Église sont les bienvenus — d’où un foisonnement d’initiatives, dans une anarchie bon enfant, allant des courants les plus traditionnels aux expériences moins éprouvées par le temps ou les résultats ; une variété de programmes empruntés des communautés de langue anglaise et utilisés tels quels ou avec quelques adaptations. L’important, c’est d’avoir des participants.
Depuis plusieurs années, le conseil presbytéral pose des jalons dans la direction d’un plan pastoral clairement défini, mais rien de bien précis n’a encore émergé... et toujours pas de conseil pastoral ! On entend, on répète, on essaie de mettre en place une « nouvelle manière d’être Église », un « ministère pastoral coordonné », une « Église qui est communion de communautés ». Selon les paroisses, c’est en train de prendre place à des rythmes différents. Ce qui se généralise, ce sont les groupes de quartiers, premier pas vers les communautés de base.
En même temps, les différents courants spirituels semblent fleurir : renouveau charismatique aux sensibilités multiples, assez orienté vers les réunions de guérison — l’association de la « Divine Miséricorde » qui insiste sur la réparation pour les péchés — les tiers-ordres franciscains et carmélitains — et les pèlerinages, du Japon à Medjugorje, avec Jérusalem, Rome, Lourdes, Fatima, et plus récemment la Turquie, l’Égypte et Mexico... il faut bien voir plus loin que les rivages restreints de notre île ! Alors, tourisme et prière...
Les rassemblement, style JMJ, se multiplient et sont populaires : festival des jeunes, week-end de prière, festival biblique, rallye de Pentecôte, veillée pascale, avec des congrès pour la famille, pour l’éducation chrétienne... Tout cela avec beaucoup d’enthousiasme, de vitalité, d’initiative. Un peu ce que j’appellerais de l’artisanat local : l’un fait le chapeau, l’autre la chemise, un troisième le pantalon, le dernier les souliers. Chaque élément est de bonne qualité
mais on ne se préoccupe guère de savoir s’ils vont ensemble. Aussi y a-t-il des fausses notes et des recherches de pouvoir personnel.
LA CATÉCHÈSE ET LA FORMATION DES ADULTES
La catéchèse tient le devant de la scène. Et tout d’abord la catéchèse des adultes, avec la mise en place, dans pratiquement toutes les paroisses, du catéchuménat. Deux mille cinq cents baptêmes d’adultes par an, avec ceux qui les accompagnent et les catéchistes laïcs, ça fait du monde et ça amène du renouveau dans les paroisses. Plus de 800 catéchumènes appelés par l’archevêque le premier dimanche de Carême nous montrent une Église qui grandit.
Quant aux enfants, c’est par milliers qu’ils se retrouvent avec des catéchistes bénévoles pour la formation catéchétique pendant les week-ends au niveau des paroisses — formation complémentaire pour ceux qui sont dans les écoles catholiques. On adopte de nouvelles méthodes, on produit même des manuels... Beaucoup d’initiative et de soin. Et c’est ici qu’il faut parler du rôle positif de l’Institut de Pastorale.
Depuis des années déjà, il y a des efforts de coordination et de qualité en ce qui concerne la formation des laïcs et les services diocésains. Les diverses commissions — liturgie, catéchétique, apostolat des laïcs — sont plus qu’un nom ou qu’une structure. Elles animent, elles réunissent. Le nombre des permanents laïcs a nettement augmenté et leur formation de base aussi bien que leur formation continue est de bonne qualité. Les sessions bibliques ou théologiques sont toujours goûtées, soit dans les districts rassemblant plusieurs paroisses — ce qui est de plus en plus demandé — soit au plan diocésain. Par contre, une série de conférences sur la doctrine sociale de l’Église n’a guère attiré qu’une dizaine de personnes. Une Église qui prie, qui fréquente les sacrements, qui donne aux pauvres, qui a des institutions pour les malades et les paumés. Mais l’engagement personnel sur le lieu de travail...
APOSTOLAT FAMILIAL
Bien organisé et répondant à des besoins réels : sessions pour fiancés, mariage-rencontre, formation des parents, « Pro Life » .... négligeant d’autres aspects de la vie familiale, qui sont passés sous silence, e.g., l’argent, relations avec les parents âgés, parents au travail, les mariages mixtes.
Le nombre d’enfants par couple a certainement augmenté. On commence à voir à nouveau des familles avec quatre ou cinq enfants. La propagande sur la limitation des naissances se fait très discrète et il y a des réserves sur l’avortement, même s’il reste légal. Toutefois, en ce qui concerne les personnes âgées, les directives données à l’avance en cas d’état d’inconscience soulèvent des inquiétudes. Penserait-on à l’euthanasie ? La réponse officielle est un « non » ferme...
La proportion des mariages entre catholiques et non-baptisés reste toujours élevée, 60 à 70% des unions selon les paroisses, qui amènent un certain nombre de chrétiens à abandonner la pratique religieuse. Quant aux divorces, toujours nombreux, ils contribuent à augmenter le nombre de ceux qu’ici aussi nous devons appeler les blessés de la vie.
Des célibataires, bien établis professionnellement et non mariés, établissent un mode de vie mi-cohabitation, mi-indépendance, qui leur apporte une présence dans leur vie sans pour autant s’engager. Cela laisse à désirer, mais faute de mieux...
LES ÉCOLES CATHOLIQUES
Elles ont toutes été rebâties, le ministère de l’Éducation payant jusqu’à 90 % de la construction. Les ordres enseignants — qui sont en voie de disparition en tant qu’enseignants — il est prévu que d’ici dix ans, il n’y aura plus ni religieuses ni Frères dans l’enseignement direct — font beaucoup pour la formation chrétienne des enseignants laïcs. Ces derniers sont près d’un millier dans les écoles catholiques. On sent un renouveau et, avec la marge de manœuvre laissée par le ministère, les écoles restent un instrument important pour l’annonce de l’Évangile, car le pourcentage des élèves non catholiques se situe autour de 20 %, sur un total de 32 écoles et 40 000 élèves.
On signale l’attitude beaucoup plus critique des jeunes qui exigent une formation chrétienne plus près des réalités de la vie.
VOCATIONS, PRÊTRES ET RELIGIEUX
DES LAÏCS QUI PRIENT.
Pour le clergé diocésain, les ordinations restent autour de deux à trois par an. Avec les franciscains, les rédemptoristes, les jésuites, les carmes, les néo-catéchumènes, on peut estimer qu’une trentaine de jeunes se préparent au sacerdoce. Il s’agit maintenant d’hommes plus âgés, ayant travaillé après leurs deux ans et demi de service militaire et n’étant ordonnés qu’autour de 30 ans.
Le grand séminaire accueille aussi cinq séminaristes de Chine continentale qui s’apparentent à la congrégation des disciples du Seigneur, fondée in illo tempore par Mgr Costantini.
Les vocations religieuses sont en chute libre. Depuis plusieurs années déjà, les Frères — Écoles chrétiennes, Saint-Gabriel, Maristes — n’ont plus de novices. Il en est de même pour plusieurs ordres de religieuses. En 1996, sur l’ensemble des jeunes femmes se préparant à la vie religieuse, il y en avait une originaire de Singapour. Cette année, il y en aurait deux...
Par contre, un certain nombre de laïcs prennent très au sérieux leur besoin de prière : messe quotidienne, le matin, à l’heure du repas de midi ou le soir — temps de prière devant le saint sacrement — récitation des heures du bréviaire... mais le cadre religieux ne les attire pas ; il y aurait besoin de quelque chose de neuf. Bien des ordres existants essaient de se renouveler, mais les jeunes ne se présentent pas.
IL Y AURAIT DES PROGRÈS À FAIRE...
— Dans le domaine de l’œcuménisme, laissé à l’initiative personnelle, au goût de certains. Rien d’organisé sur le plan diocésain et, à part quelques personnes, il en est de même dans les autres communautés chrétiennes ; certaines sont même assez anti-catholiques.
— Dans le domaine du dialogue inter-religieux, laissé à quelques amateurs de l’idée, mais pas vu comme partie intégrante de l’évangélisation. Selon la ligne du pays, serait-ce aussi un trait asiatique ? — on est plus à l’aise dans la coexistence harmonieuse des religions. Les bouddhistes sont certainement très actifs et influencent un certain nombre de catholiques : idées d’intercession, de mérites...
— Dans le domaine de la justice sociale : mais ici, vu les réactions du gouvernement, la discrétion est requise. L’Église n’a le droit de parler que sur les questions de moralité. La commission Justice et Paix n’existe plus depuis 1987.
À NOTER
— L’engagement d’un bon nombre de chrétiens pour la mission dans des pays voisins et pour l’aide à d’autres Églises. Il s’agit souvent de séjours assez courts, mais ça permet à certains de voir plus loin que les 640 km2 de notre île. La commission pour l’activité missionnaire fait un travail positif dans ce sens-là. Au plan du diocèse, notre archevêque est généreux avec les dons qu’il envoie à des Églises dans le besoin.
— L’engagement toujours très réel dans les services caritatifs, l’apostolat auprès des prisonniers, des drogués, de ceux qui souffrent du sida, les centres d’accueil pour ceux qui sortent de prison et pour les personnes en difficulté. Tout cela reçoit maintenant une dimension de réflexion grâce aux campagnes d’Avent et de Carême proposées par l’institut de pastorale.
— L’engagement des chrétiens dans les divers services de la communauté paroissiale : apostolat des malades, apostolat auprès des catéchumènes, liturgie et catéchèse, groupes de quartiers. Il y a certainement beaucoup de générosité. Toutefois, dans ces domaines-là, on dépend encore beaucoup du prêtre.
UNE IMPRESSION GÉNÉRALE
Une Église qui se donne les moyens de répondre à des besoins réels :
— En bâtissant : des presbytères, des salles de réunion ; en rebâtissant des églises devenues trop petites. Un peu partout, il y a des chantiers et les gens contribuent généreusement.
— En s’organisant : au plan diocésain, allant vers un conseil pastoral et/ou un synode, sans pour autant l’appeler par ce nom.
— Un foisonnement d’initiatives, bien à la manière de Singapour, où tout le monde rêve d’être son propre patron...
Donc, une Église qui va de l’avant, qui se veut positive et qui se sent davantage partie de l’Église qui est en Asie.
Michel ARRO,
Janvier 1998
II. LES MEP À SINGAPOUR
Dans une ville-État qui a été complètement transformée depuis son indépendance en 1968, dans un diocèse qui a développé toutes les structures propres à son bon fonctionnement sous la direction du clergé local, quelle est la situation du petit noyau MEP encore en subsistance à Singapour ?
Voyons les intéressés à leur poste de commande :
BÉTHANIE : La maison où Jésus se repose dans le calme après les fatigues du voyage tandis que Marthe prépare le repas et que Marie se réjouit de la conversation avec Jésus... À Singapour, Béthanie est la maison située dans la propriété des Petites Sœurs des Pauvres qui accueillent les prêtres âgés dans leur dernière étape du voyage en route vers la maison du Père.
François DUFAY (82 ans) : Après plusieurs opérations (pontage, vésicule biliaire), il reste ferme dans la contemplation de la Croix qui a survécu aux attaques de l’Étoile... Le souffle charismatique lui donne la force d’accepter la souffrance avec confiance et de demeurer serein sous la protection de la maman de Jésus qu’il aime d’une affection toute particulière.
Félix BRYGIER (78 ans) : Avec sa patience et ténacité habituelles, bien qu’atteint d’une paralysie partielle depuis 8 ans (il se déplace en chaise roulante mécanisée), il continue un apostolat très varié : des cours de Bible aux novices des Petites Sœurs des Pauvres, instruction pour préparation au baptême, soit individuelle ou en groupe, champion du jeu d’échecs qui défie tout concurrent. Il maintient une joie intérieure qui met à l’aise tout visiteur, édifié par un remarquable témoin de Jésus.
Pierre BARTHOULOT (82 ans) : Après avoir présidé à la formation du clergé pendant vingt-cinq ans depuis son arrivée à Singapour en 1948, et exercé le ministère paroissial dans diverses paroisses, même à la paroisse portugaise, Pierre est toujours à la direction de l’église du Cœur Immaculé de Marie : tout fonctionne avec une précision mathématique... Il a particulièrement bien équipé son école, Notre-Dame de Lourdes, pour permettre aux élèves qui ne peuvent avoir place dans les autres écoles de pouvoir poursuivre leurs études. Avec la foi et la persévérance des montagnards du Haut-Doubs (Pierre est de Maîche), il continue de tracer le sillon du semeur pour préparer une moisson abondante, spécialement en trouvant des candidats au sacerdoce.
Louis AMIOTTE (81 ans) : Ayant succédé au Père Fortier et construit la nouvelle église de Notre-Dame Étoile de la Mer (en forme de bateau) au milieu d’une nouvelle ville, Yishun, Louis se trouve assisté de deux jeunes prêtres : un de race chinoise, l’autre de race indienne ; les activités devraient se développer en plein vent dans toutes les langues...
Paul MUNIER (78 ans) : Bâtisseur d’églises dans son jeune âge, il est depuis 42 ans prêtre résident à la cathédrale, spécialiste des confessions. Quand l’archevêque est absent, Paul a le privilège et l’honneur de le remplacer pour la messe du matin. Source d’informations indéfectible et inépuisable, Paul se trouve être le sauveur dans les cas désespérés.
Claude BARRETEAU (69 ans) : Arraché de l’église Saint-Joseph, où il faisait un ministère très apprécié, Claude a été promu en 1994 curé de l’église Saints Pierre et Paul, église-mère du diocèse. Ayant pris la situation bien en main, avec autorité et sagesse, il a magnifiquement restauré l’église avec un goût très artistique, mis en place un conseil pastoral qui remplit sa fonction et redonne un nouvel élan à toute la paroisse... En raison des transformations de l’école Saint-Joseph, attenante au presbytère, école qui est devenue partie du Musée des Arts, Claude a dû se défendre brillamment pour éviter que son presbytère ne s’écroule. Claude vient de quitter la paroisse, qui a été prise en main par les Pères Carmes nouvellement arrivés à Singapour, pour un congé en France.
Louis LOISEAU (72 ans) : Après avoir eu la charge de diverses paroisses, Louis est prêtre assistant à la paroisse du Christ Ressuscité depuis 10 ans. Ponctuel dans le service de la paroisse, fidèle à l’appel des malades, il est aussi l’aumônier du senatus de la Légion de Marie ; très versé dans la Légion avec une assurance et autorité qui rassurent tous les effectifs. Louis est aussi l’aumônier de la paroisse française de Singapour (quelque 2 000 Français) qui est organisée avec tous les mouvements d’une paroisse française : catéchisme — groupe de foyers, de prière etc... Le calme de la province angevine se reflète dans son approche imprégnée de paix et d’affection.
Joseph JEANNEQUIN (72 ans) : Ancien Birman et Cambodgien, et après un court séjour à Taiwan, Joseph est assistant prêtre à la paroisse de la Nativité depuis 24 ans. La ténacité et la persévérance des Vosges : Joseph remplit son ministère avec un calme imperturbable et une affection qui touche profondément les chercheurs de vie et de salut. Toujours à l’écoute, il est là au moment où la grâce guide les égarés vers la lumière. Joseph demeure serein et confiant, après une longue épreuve de santé l’an dernier. Il remplit un ministère très varié, étant le promoteur de toute initiative dans le domaine ecclésial.
André CHRISTOPHE (68 ans) : Défenseur des droits des personnes et de la justice qui apportera la prospérité et l’égalité à tous les échelons de la société, depuis 13 ans, André est assistant à Notre-Dame de Lourdes, la paroisse qui rassemble les Indiens des différentes parties de l’île et surtout les nombreux migrants venus de l’Inde. Il sillonne les routes et les quartiers et trouve toujours les âmes en détresse qui sont ainsi ramenées sur le chemin pour une nouvelle étape de vie. Aumônier des temps modernes, André est toujours l’animateur qui intervient au moment opportun pour relancer la recherche et préciser l’objectif.
René NICOL4S (68 ans) : Après avoir servi dans diverses paroisses et enseigné au grand séminaire, René est maintenant notre économe. Il a ajouté trois nouvelles chambres à la maison régionale, restauré les autres parties de la maison avec un goût artistique remarquable qui donne une nouvelle impression d’accueil, de paix et de sérénité joyeuse dans ce bâtiment qui héberge des visiteurs de toutes les parties du monde. Spécialiste de l’histoire de l’Église, il offre ses services aux paroisses qui veulent promouvoir une formation plus nourrie dans ce domaine. René va aussi assurer du ministère à la paroisse Saint-Vincent de Paul durant le week-end.
Michel ARRO (67 ans) : Professeur au grand séminaire, supérieur du groupe MEP depuis 16 ans, Michel vient de prendre la direction de la paroisse Saint-Michel. Cette paroisse est devenue un centre charismatique qui attire la foule de toutes les autres paroisses, centre aussi de dévotions qui entretient la ferveur de fidèles toujours assoiffés d’une eau vive réconfortante et rafraîchissante. Dans la paroisse de son saint patron, Michel, avec calme et sérénité, mettra bien en place ce qui pourrait dévier de la droite ligne. Orateur très écouté, il parcourt les routes pour satisfaire les demandes pour une théologie très ouverte dans la ligne du Concile et de la direction des évêques. Avec une formation charismatique très éclairée (il a été président du mouvement charismatique pendant de nombreuses années), Michel est toujours le confrère charmant et compréhensif dans les temps difficiles.
Grégoire VAN GIANG (46 ans) : Ordonné à Paris en 1993, arrivé à Singapour en 1994, Grégoire fut affecté à la paroisse Saint-François d’Assise où il étudia l’anglais et le chinois, langues qu’il utilise avec grand talent. Au mois d’octobre 1997, Grégoire fut transféré à la paroisse Notre-Dame du Perpétuel Secours où il se trouve ainsi à proximité de la maison régionale. Une paroisse très dynamique où il gagne la confiance et l’affection des paroissiens qui ont une grande sympathie pour les catholiques du Vietnam.
Jean NGUYEN VAN DICH (45 ans) : À son retour de congé en 1996, Jean fut transféré de la Sainte-Famille à la paroisse Saint-Joseph. Avec son ardeur et son zèle de pasteur, il se dévoua à un apostolat de base par le contact des familles... Fatigué, il réalisa qu’il avait besoin de repos, et en décembre 1997, il partit pour une année sabbatique en France... Jean nous reviendra bientôt, bien équipé pour une nouvelle étape.
Le groupe MEP a bien rempli sa mission pour participer à la formation du clergé local qui répond aux besoins du diocèse. Les réunions hebdomadaires, le lundi à la maison régionale, maintiennent une profonde amitié dans l’esprit MEP, en rappelant avec moult précisions des détails ignorés même par les acteurs de ces événements. Le passé n’est-il pas puissance secrète de vie nouvelle pour répondre aux exigences d’aujourd’hui et préparer l’étape de demain.
Père Louis AMIOTTE-SUCHET
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