| Année: |
1982 |
| Pays: |
Taiwan |
| Mission: |
Taïwan |
Région de Taïwan
Venus à Rome en visite « ad limina » en 1982, les évêques taïwanais ont publié le rapport qu’ils ont remis au pape à cette occasion. C’est ce rapport que nous reproduisons ici, en guise d’introduction au compte rendu des activités des missionnaires MEP pendant la période 1980-1983.
I. LA SOCIÉTÉ TAÏWANAISE
A. Population et langues
Taïwan, comme l’histoire nous l’enseigne, est une province de Chine. En 1895, après une défaite militaire, cette province fut cédée au Japon par le Traité de Shimonoseki. Elle fut rétrocédée à la Chine en 1945 après la défaite du Japon.
Mises à part les tribus montagnardes (environ 200.000 âmes), la population de l’île est formée d’immigrants qui, au cours des derniers siècles, sont venus du Fukien et du Kuangtung, les deux provinces du continent chinois les plus proches de Taïwan.
Actuellement, la population de l’île dépasse 18 millions. Le dialecte chinois de la province du Fukien, que l’on appelle habituellement le taïwanais, est la langue maternelle de la plus grande partie de la population. Le groupe le plus nombreux qui vient ensuite parle le hakka. D’autres dialectes chinois sont également parlés. Quant aux aborigènes, ils se divisent en treize tribus, qui parlent treize langues différentes, dont aucune n’a de rapport avec le chinois.
A cause de son immense territoire, la Chine a produit un grand nombre de dialectes par suite de déformations locales dans la prononciation des mêmes mots. Dans leur forme écrite, ces dialectes sont identiques, car ce que le Chinois écrit c’est une idée, exprimée directement par un symbole graphique, et non pas par la transcription de sons parlés.
La langue nationale, que l’on appelle habituellement le mandarin, et qui est le langage commun à toute la Chine, est employé dans les cercles éducatifs et administratifs. Elle est parlée par tous les Chinois : sur le continent, dans la diaspora et aussi à Taïwan, à l’exception de quelques personnes qui ont plus de 45 ou 50 ans.
B. Economie
La caractéristique la plus frappante de Taïwan est son rapide développement économique.
Basée sur la propriété de la terre par le cultivateur et l’initiative privée soutenue par une législation appropriée, l’agriculture a connu un grand essor durant les années 50 et 60. L’île nourrit aisément sa population, la plus dense du monde après celle du Bangladesh. La prospérité économique des campagnes et l’intérêt porté au domaine industriel par les anciens grands propriétaires terriens ont permis, dès les années 60, l’essor équilibré d’une industrie, légère d’abord, lourde ensuite.
En 1974, pour répondre aux besoins d’une industrie montante et la stimuler en même temps, de grands projets d’infrastructures furent lancés, développant ou créant les moyens de communication les plus modernes avec l’étranger et sur le plan intérieur. Les bases d’une industrie lourde furent posées : aciéries, construction navale, centrales nucléaires, etc.
Pour éviter d’excessives concentrations urbaines, d’autres grands projets ont été mis en chantier, établissant des centres industriels régionaux, développant ponts et chaussées, eau courante, électricité, téléphone automatique, etc., jusque dans les coins les plus reculés de l’île.
Grâce à ces travaux, Taïwan a pu faire face, sans grands dégâts et sans chômage, à la récente crise économique mondiale. Elle se retrouve maintenant équipée pour un nouveau progrès économique. Mais son accession à un standard de vie moderne la rend plus vulnérable aux fluctuations de l’économie mondiale.
D’autre part, la prospérité de l’île se traduit de plus en plus dans la qualité de vie de la population. Si la Sécurité sociale n’est pas encore idéale, elle s’améliore d’année en année et offre déjà-certaines garanties aux travailleurs. Taïwan devient une société de consommation, mais la population ne s’en remet pas aveuglément à un système social et conserve ses sages habitudes d’épargne.
Le morcellement des terres, qui fut à l’origine du développement agricole, ne répond plus aux exigences d’une société industrielle et le revenu des cultivateurs ne se maintient pas au niveau de celui des citadins. La mécanisation de l’agriculture nécessite un regroupement des terres et un passage plus définitif d’une partie de la main-d’œuvre vers l’industrie.
C. Culture
Bien que Taïwan n’ait jamais possédé de grands centres culturels, les premiers immigrants ont cependant apporté avec eux la traditionnelle culture populaire qui plonge ses racines dans la plus ancienne histoire de Chine et qui a produit au cours des siècles les brillantes manifestations connues dans le monde entier. Cinquante années d’occupation japonaise dans ces îles n’ont pu effacer cette culture. Mais, sous l’impact d’une industrialisation massive, cette culture chinoise traditionnelle est en train de céder le pas à des préoccupations et à des besoins plus immédiats. Déjà, cependant, un mouvement se dessine dans certains groupes qui cherchent à préserver les racines et la vitalité de la culture chinoise.
La persistance des f~tes religieuses et des pèlerinages, la multiplication des temples bouddhistes, taoïstes ou autres, soulignent la force du sentiment religieux populaire. D’autre part, les leaders des différentes religions se rencontrent et commencent à dialoguer, ce qui est un signe prometteur.
Les jeunes de moins de vingt ans représentent 45 % de la population. En dépit de l’accent mis sur les valeurs de la mémorisation, les méthodes d’enseignement progressent en étendue et en qualité. Neuf années d’instruction obligatoire n’apaisent pas la soif de savoir.
On trouve des jeunes de toutes origines sociales poursuivant leurs études dans les collèges ou universités. Dans certains départements, on rencontre plus de jeunes filles que de jeunes gens. Pour répondre aux besoins du développement à Taïwan, de nouveaux cours s’ouvrent régulièrement sur les nouveaux champs du savoir. Ils concernent surtout les spécialisations scientifiques et techniques.
L’industrialisation et l’urbanisation provoquent l’éclatement de la « grande famille », centre d’éducation pour les enfants, de transmission de la culture et de sécurité économique pour l’individu. Cet éclatement pose de graves problèmes pour l’éducation des enfants et pourrait mettre en danger le sens même de la famille et du mariage.
D. Politique
Le Parti Nationaliste, qui jouit du soutien manifeste de la grande majorité de la population, s’est maintenu au pouvoir depuis l’établissement de la République de Chine en 1911. La doctrine politique du gouvernement est celle des « Trois Principes du Peuple » ─ qui unit en un seul corps les principes du Patriotisme, de la Démocratie et du Bien-être Social, élaborés durant le premier quart de ce siècle par Sun Yat Sen, le fondateur de la République de Chine.
Taïwan est toujours en état de guerre avec Pékin. Le gouvernement vise à préserver la liberté de cette île et en même temps à prouver au monde et à tout le peuple chinois que la modernisation est possible d’une manière humaine, sans passer par la tragédie communiste.
La Loi martiale, qui se fait peu sentir dans la vie courante, reste cependant en vigueur et restreint quelques libertés. Ces dernières années, le gouvernement a cherché un équilibre plus libéral entre la démocratie d’un côté et, de l’autre, un contrôle strict pour veiller à la sécurité de l’île. Le libéralisme économique suppose aussi un minimum de libertés politiques.
Quelques personnes, influencées à la fois par les communistes chinois et par des intérêts étrangers, se font l’avocat d’un « Taïwan indépendant » et s’efforcent de répandre leurs idées dans un peuple qui, devenu matériellement plus prospère, s’ouvre à de nouvelles aspirations.
II. L’ÉGLISE À TAÏWAN
A. Aperçu général en 1982
1. L’arrière-plan historique
Ce sont les missionnaires espagnols qui sont arrivés les premiers à Taïwan, débarquant à Keelung et Tanshui, dans le nord de l’île, en 1626. En 1642, après l’occupation hollandaise, ils ont été arrêtés et déportés à Batavia (Djakarta) en Indonésie. Le 18 mai 1859, venant des Philippines et d’Amoy, les Dominicains espagnols sont arrivés dans le sud de Taïwan, à Kaohsiung, où ils ont établi l’Église.
A l’origine, le territoire de Taïwan appartenait au Vicariat Apostolique du Fukien qui se trouve sur la côte opposée de la Chine. En 1883, ce Vicariat a été divisé en deux : Fuchow et Amoy, et Taïwan a été rattaché au second. Après l’occupation japonaise de l’île, ce ne fut que le 19 juillet 1913 que Taïwan est devenue une Préfecture Apostolique indépendante. Deux Préfets Apostoliques de nationalité espagnole se sont d’abord succédé : Monsignor Clemente Fernandez, de 1913 à 1920, et Monsignor Thomas de la Hoz, de 1920 à 1941. Plus tard, sous la pression du gouvernement japonais, un Préfet Apostolique japonais a été désigné en la personne de Monsignor Satowaki Asajiro (1941-1946).
En 1946, après la reddition japonaise, le Père Tu Min-Cgeng, prêtre natif de Taïwan, a été nommé Administrateur de la Préfecture de Taïwan. Le 5 mars 1948, Monseigneur Jose Arregui, O.P., est devenu Préfet Apostolique et le 30 décembre 1949, Taïwan a été divisé en deux Préfectures. Actuellement, l’Église à Taïwan comprend un archidiocèse (Taipei), six diocèses et deux Administrations Apostoliques dont l’une, qui faisait partie d’un diocèse du continent jusqu’en 1949, est maintenant administrée par l’archevêque de Taipei.
Les chiffres qui illustrent le développement actuel de l’Église à Taïwan, en cette année 1982, sont ceux des statistiques publiées dans le numéro de mars du bulletin de la Conférence épiscopale.
2. Le laïcat catholique
En 1945, on comptait à Taïwan 10.852 catholiques. La vague de conversions des années 50 a porté ce chiffre à 300.000 environ en 1970. Plus tard, ce mouvement s’est calmé. Le chiffre des inscriptions a légèrement diminué, à cause des décès et d’un phénomène de migration à travers l’île, ce qui fait qu’un certain nombre de catholiques, tout en gardant une certaine foi et pratique religieuse, échappent à l’enregistrement. Au 1er mars 1982, le nombre des catholiques inscrits s’élève à 286.088.
3. Les prêtres
Ils étaient 15 en 1945 au service de la population catholique. A partir de 1949, un grand nombre de prêtres et de séminaristes, évacués ou expulsés du continent, arrivent à Taïwan. Depuis 1945 jusqu’à maintenant, plus de 300 jeunes gens ont été ordonnés prêtres à Taïwan. En 1969, on comptait environ 800 prêtres dans l’île. La mort et les départs ont diminué leur nombre. Il y avait 738 prêtres au 1er mars 1982 (358 prêtres chinois et 380 non chinois). A cause de leur grand âge, il faut prévoir une forte diminution dans les années qui viennent.
4. Les frères
Ils sont actuellement 97. Leur contribution varie selon leur congrégation et leurs dons personnels. Ils exercent un apostolat remarquable dans les secteurs de l’éducation, de la médecine, du service des pauvres, de l’administration, de l’architecture, des arts.
5. Les sœurs
Le mouvement historique noté plus haut et un grand nombre de vocations locales ont porté le nombre des sœurs de 5 seulement en 1945 à 1.151 actuellement : 822 sœurs chinoises et 329 non-chinoises. Leur contribution est évidemment essentielle à la vie de l’Église. Dans le Directoire Catholique de 1982, on peut relever, pour le seul Archidiocèse de Taïpei, trente-trois congrégations ou instituts religieux qui travaillent dans les domaines les plus variés : universités, écoles, enseignement, hôpitaux, soin des vieillards et des pauvres, orphelinats, soin des handicapés, retraites, administration, paroisses avec leurs œuvres variées et la visite des chrétiens, etc. Notons encore le monastère du Seigneur du Ciel des Carmélites dans le diocèse de Hsinchu et celui des Sœurs Dominicaines à Kaohsiung.
6. Les séminaristes
Il y a dans l’île deux grands séminaires et six petits séminaires. On compte 81 grands séminaristes ─ 58 pour le clergé diocésain et 23 pour les Ordres et Congrégations religieux ─ et 85 élèves dans les petits séminaires.
Ces chiffres n’assurent pas la relève et le problème des vocations à Taïwan est doublement difficile. D’abord, l’Église de Chine a perdu des centres naturels de recrutement qui étaient les vieux diocèses du continent, comme ceux du Hopei, du Shansi et du Shensi, du Shantung ou de Shanghai, tandis que la population catholique de Taïwan est formée de nouveaux chrétiens au milieu desquels la foi n’a pas encore eu le temps de pousser de profondes racines. De plus, l’île s’est industrialisée très rapidement, si bien que l’Église doit faire face à tous les problèmes de « sécularisation » que nous avons notés plus haut.
Certes, l’Église à Taïwan réagit, s’organise et l’avenir n’est pas sans espoir. En union avec les religieux et les religieuses, les évêques font un grand effort, mettant en particulier à profit l’expérience de quelques très bons spécialistes en matière de vocations.
7. Les catéchistes
Les catéchistes ont joué un rôle important dans l’évangélisation de l’île. Ils sont actuellement 428. Ce furent des collaborateurs essentiels durant les années 50 et 60. Ils animent encore les communautés chrétiennes. Dans quelques cas, ils se sont orientés vers le sacerdoce. Il y a trois écoles de catéchistes à Taïwan.
8. Les lieux de culte
Les statistiques du 1er mars 1982 indiquent 800 églises catholiques à Taïwan, dont 44 dans la seule ville de Taipei et 15 dans celle de Kaohsiung, alors qu’il n’y avait dans l’île que 52 lieux de culte catholique en 1945. Dans les années 50, un immense effort a été fait pour assurer partout la présence de l’Église. Si l’on compte aussi les stations où se célèbre la liturgie catholique, c’est plus de 1.000 lieux de culte qu’il faudrait compter.
9. Une vue d’ensemble sur les œuvres apostoliques
Freinées au début par le gouvernement et limitées aux jardins d’enfants, les œuvres d’éducation se sont ensuite beaucoup développées.
L’université catholique Fu Jen, présidée jusqu’à sa mort par le Cardinal Yu Pin et maintenant par Mgr S. Lokuang, compte plus de 12.000 étudiants. Le clergé diocésain, les Pères du Verbe Divin et de la Compagnie de Jésus se partagent la direction des différentes facultés. Notons en particulier la Faculté de Théologie qui est sans doute dans le monde le seul lieu où sont produites et publiées des œuvres théologiques en chinois, grâce à l’excellent périodique « Collectanea Theologia Universitatis Fu Jen ».
Il faut noter ainsi qu’un certain nombre de prêtres ou de religieuses enseignent dans les Universités d’État à Taipei, Hsinchu, Taichung, Tainan et Kaoshiung.
A Taichung, les Sœurs de la Providence dirigent le Collège Universitaire d’Arts et de Sciences et à Kaohsiung, les Sœurs Ursulines dirigent le Collège Universitaire de Langues Etrangères. Tous les deux jouissent d’une excellente réputation.
L’Église à Taïwan participe encore à l’effort d’éducation du pays en dirigeant 27 écoles secondaires, 8 écoles professionnelles, 10 écoles primaires, 338 jardins d’enfants, 4 orphelinats, 55 foyers d’étudiants, 11 centres pour enfants physiquement ou mentalement handicapés. Le grand nombre de jardins d’enfants présente une valeur apostolique significative, parce qu’ils mettent en contact avec un grand nombre de parents non chrétiens. De plus, un certain nombre de jardinières d’enfants sont entrées dans les congrégations religieuses.
Il faut reconnaître que les directeurs et directrices d’écoles catholiques, dans le fonctionnement de leurs institutions, le recrutement des professeurs et des élèves, se heurtent à la concurrence des institutions d’État qui, par leur prestige, les avantages d’avenir et les règlements du Ministère, ont évidemment la priorité. Ils doivent donc faire face à beaucoup de difficultés. De plus, surtout au niveau du secondaire, les élèves sont si totalement absorbés par leurs études, les horaires, les examens continuels, les occupations de toutes sortes, même les jours de congé ou pendant les vacances, la préparation des examens de passage ou d’entrée à l’université, qu’il est extrêmement difficile pour l’Église de garder le contact avec les élèves qui y étudient. C’est une plainte continuelle des curés et des missionnaires. Il arrive ainsi constamment que des enfants baptisés tout jeunes avec leurs parents, suivent tout le secondaire et arrivent à l’Université en ne sachant rien de la doctrine catholique et en restant éloignés, de la pratique religieuse. C’est pour l’Église une très grave préoccupation.
A Taïwan, l’Église publie deux hebdomadaires catholiques, l’un à Taipei et l’autre à Kaohsiung, 10 revues mensuelles, 1 revue trimestrielle ; elle possède également 2 stations de radio, 1 studio de télévision, 3 services d’audio-visuel et dirige 10 maisons de publication.
L’Église dirige encore 22 hôpitaux et 22 dispensaires, 3 maisons d’accueil pour les vieillards et d’autres œuvres sociales.
10. Influence de l’Église
L’influence de l’Église à Taïwan, comme jadis sur le continent, déborde très largement les limites des statistiques indiquées plus haut. Ses écoles et ses hôpitaux, ouverts à tous, rendent possibles toutes sortes de contacts. L’université catholique Fu Jen est en mesure de jouer un rôle important en inspirant confiance aux intellectuels catholiques, aux catholiques en général et en facilitant une ouverture sur le monde académique non catholique. Il est bon de noter aussi qu’elle peut ménager dans notre pays la réconciliation entre science et religion.
Un autre grand avantage lié à l’œuvre de l’Église est le fait qu’elle peut partager avec d’autres la très complète vision de l’homme qu’elle possède et dont notre société a besoin. Notre rôle dans la société taïwanaise, brièvement esquissé dans ces pages, est manifestement de promouvoir, conformément à l’enseignement constant de Jean Paul II, la primauté de la personne humaine dans les domaines culturel et politique, et particulièrement dans le domaine économique. Comme exemple de cette action, on peut citer la déclaration publique des évêques de Taïwan au sujet de l’avortement, faite il y a deux ans.
B. Indigénisation
1. Le développement d’ensemble
Taïwan est l’un des lieux où l’Église rencontre la vaste réalité de la culture chinoise. Elle doit cependant veiller à ce que ses racines poussent dans les formes particulières que cette culture a prises à Taïwan.
Disons d’abord que l’impossibilité où nous sommes de venir directement en aide à nos compatriotes du continent chinois pèse d’un poids très lourd sur nos esprits. Nous éprouvons cependant un certain réconfort en réalisant que le Saint Père témoigne à leur égard d’un souci paternel. Conscients de la discrétion que nous devons observer, nous sommes en même temps prêts à faire tout ce qui est en notre pouvoir pour coopérer à tout ce qui est entrepris pour le bien-être de nos compatriotes, comme aussi à mettre à leur disposition toutes les ressources dont nous disposons nous-mêmes pour les aider dans leurs travaux. Conscients également de la recommandation que nous a faite le Pape Jean XXIII, nous ne perdons pas de vue les besoins de nos compatriotes sur le continent et nous nous préparons de notre mieux à un futur apostolat parmi eux.
Ceci dit, la première responsabilité de l’Église à Taïwan est cependant de s’enraciner dans la réalité taïwanaise. Dès les années 50, des paroisses ont été établies dans toute l’île, pourvoyant ainsi à la présence matérielle de l’Église.
Le clergé qui venait du continent a presque naturellement commencé par s’occuper des réfugiés venus eux aussi de la Chine continentale. Comme eux, ils parlaient le mandarin qui, à cette époque, après cinquante ans d’occupation japonaise, était moins répandu parmi la population locale. Brusquement séparés de leur terre natale et de leurs familles, ces réfugiés recherchaient l’instruction religieuse en nombre toujours croissant. Ces urgences et pressions pastorales ont empêché le clergé de s’appliquer complètement à l’étude des dialectes locaux.
Pendant un certain temps, le personnel de l’Église a donc fait un plus large usage de la langue nationale que des dialectes. Puis a suivi une période où, tournant son attention vers la population locale et l’implantation de l’Église dans la réalité taïwanaise, le clergé s’est mis à l’étude des dialectes locaux, au point de négliger parfois la langue nationale.
Actuellement, nous avons une génération de prêtres et de sœurs qui sont bilingues. Ceux qui sont nés à Taïwan, de parents taïwanais ou venus du continent, parlent la langue nationale et au moins l’un des dialectes locaux ou l’une des langues aborigènes. Ils ont grandi à Taïwan et se sentent chez eux dans la société locale.
La vague de conversions s’est arrêtée avec la crise religieuse qui a suivi Vatican II. Portés par la vague, ceux qui pouvaient facilement être convertis étaient déjà baptisés. Le matérialisme croissant, qui influence tous les milieux de Taïwan et la crise de l’Église en Occident en rend un certain nombre hésitants. Ils préfèrent attendre. Pour le moment, on met surtout l’accent sur les personnes plutôt que sur les institutions : un long processus de formation en profondeur est en marche. Tous les ans, un large éventail d’occasions est offert sous forme de cours et d’activités variés : séminaires pour le recyclage du clergé, sessions bibliques en Terre Sainte, semaines de théologie ouvertes à tous, sessions pastorales également pour tout le monde, mois d’entraînement religieux intensif pour les gens de niveau universitaire, séminaires pour l’étude de la Bible (Taïwan est l’un des pays où le plus grand nombre de bibles a été vendu en 1979), et finalement un grand nombre de retraites, de sessions de « Mariage-Rencontre », etc.
Pour ces retraites et ces réunions diverses, notons que l’Église à Taïwan est particulièrement bien pourvue de lieux bien équipés et bien adaptés : les locaux de la Faculté de théologie de Fu Jen, ceux des Bénédictines à Tanshui, la maison de retraites des Thérésiennes à Sanhsia, la maison de retraites des Franciscaines Missionnaires de Marie à Hsinchu, celles des Jésuites à Taichung, le monastère des Bénédictins dans le diocèse de Chiyi, etc. Tous ces lieux d’accueil sont très fréquentés pour des retraites, individuelles ou en groupe, et des sessions très diverses, sans oublier celles du Mouvement Charismatique, des Cursillos, la Mariapolis annuelle des Focolari, les Cénacles (très discrets) du Mouvement Sacerdotal Marial. Il est aussi question de fonder à Taïwan un Foyer de Charité.
Enfin, le « Taïwan Pastoral Center », fondé en 1970 par l’archidiocèse de Taipei et les Pères de Scheut, élargi aux dimensions de l’île en l973, est « l’un des projets majeurs de l’Église catholique à Taïwan, entièrement consacré à l’édification de l’Église locale ». Pendant deux années pleines, il donne à des laïcs, des catéchistes, des séminaristes et des religieux, une formation pastorale, à la fois théorique et pratique, théologique et spirituelle. De même, le Centre de Formation Catéchétique et Social, « Fons vit », à Hsinchu, qui est dirigé par les Auxiliaires Catholiques Internationales (ICA). Ces deux centres, avec la Faculté de théologie de Fu Jen déjà mentionné ont déjà formé un total de 600 gradués, séminaristes, religieux et religieuses, laïcs, sans compter un grand nombre d’auditeurs libres à temps partiel.
2. Les évêques
L’Archevêque de Taipei, qui est aussi Administrateur apostolique de Kinma, son auxiliaire, les six évêques diocésains et l’évêque coadjuteur de Hsinchu, l’Administrateur apostolique de Penghu, Mgr Thomas Pai, qui est d’origine taïwanaise, sont les dix Ordinaires responsables de l’Église à Taïwan. Tous sont chinois, sauf l’évêque de Taichung, Mgr Kupfer, MM. Tous proviennent du clergé diocésain, sauf Mgr Joseph Cheng, OP, à Kaohsiung, et Mgr Paul Shan, SJ, à Hualien.
Des deux anciens archevêques de Taipei, l’un, Mgr Joseph Kuo, CDD, est maintenant à la retraite, l’autre, Mgr Stanislas Lokuang, est le Recteur de Fu Jen. L’ancien évêque de Hualien, Mgr André Vérineux, MEP est décédé le 10 janvier 1983.
Plusieurs, anciens Ordinaires du continent sont encore actifs dans les paroisses ou les Commissions épiscopales de Taïwan. Ce sont Mgr Donaghy, MM, les Préfets apostoliques Edouard G. Quint, OFM et Eugène E. Fahy, SJ, les Administrateurs apostoliques Fernand Lacretelle, SJ et Jan Herrijgers, CM. L’ancien Administrateur apostolique de Kinma, Mgr Alphonse Van Buggenhout, CICM est maintenant à la retraite chez les Petites Sœurs des Pauvres.
Cela fait donc un total de 19 membres pour la Conférence épiscopale de Taïwan. Présidée par Mgr Matthieu Kia, archevêque de Taipei, avec comme Secrétaire général Mgr Wang Yu-jung, son Auxiliaire, la Conférence épiscopale travaille de manière efficace et fonctionne avec ses six Commissions pour la Doctrine de la Foi et la Catéchèse, l’Évangélisation, le Clergé, la Liturgie, l’Éducation et la Culture, le Développement Social.
De plus, il existe une bonne coordination des travaux pastoraux entre la Conférence épiscopale et les deux Associations des Supérieurs majeurs des religieux et des religieuses, par exemple pour l’effort accompli pour la recherche et la promotion des vocations.
La présence d’évêques taïwanais est importante pour manifester la maturité de l’Église locale. Elle sera la voie normale pour que les aspirations locales puissent s’exprimer au sein de la Conférence épiscopale. Ce but n’a pas encore été atteint pour les mêmes raisons qui ont retardé le développement du clergé taïwanais : une Église de néophytes, la sécularisation croissante de la société et la crise sacerdotale après Vatican II. Néanmoins, notre Église veut marcher sans réserve dans cette direction.
En attendant cette heure et pour la préparer, les évêques cherchent à comprendre les aspirations des jeunes prêtres en dialoguant avec eux. Nous espérons que ces échanges assureront une présence des réalités locales dans la pensée de la Conférence épiscopale et permettront à l’Église de travailler dans l’unité.
En plus de ses activités ordinaires, pour ouvrir des perspectives pastorales plus complètes, la Conférence épiscopale a pris les initiatives suivantes :
─ colloques avec les délégués du clergé, des religieux, des religieuses et des associations de fidèles pour discuter des problèmes d’Église. De 1972 à 1978, cinq colloques ont été ainsi organisés ;
─ réunions régulières entre les représentants des évêques et les délégués des Associations des Supérieurs majeurs ;
─ groupes de recherche pour étudier les problèmes auxquels l’Église doit faire face et la manière dont sont exécutées les décisions prises.
3. Le clergé
Nous venons de mentionner les trois principales raisons qui détournent la jeunesse des préoccupations religieuses et qui expliquent le manque de vocations sacerdotales. Actuellement, la situation s’améliore. Nous avons noté plus haut qu’il y a 81 candidats au sacerdoce dans les deux grands séminaires et les différents scolasticats, sans compter les jeunes gens qui sont en train de faire leur service militaire. Nés à Taïwan, ils parlent couramment l’une ou l’autre des langues locales et sont tout à fait familiers avec le milieu social du pays.
A la maison de retraite « Manrèse », près de Changhua, dans le diocèse de Taichung, un centre de Documentation et d’Information sur la vie sacerdotale et religieuse a été fondé par la Conférence épiscopale.
Dans une Église où le taux de mortalité du clergé est élevé à cause des nombreux prêtres âgés, la réorganisation du travail apostolique doit être envisagée sans retard de manière sérieuse et constructive.
4. Religieuses
Dès le début, il y eut beaucoup de vocations religieuses féminines locales. Depuis la crise post-conciliaire, un certain nombre de ces vocations se sont perdues. Par contre, la qualité de la formation intellectuelle et spirituelle a été rehaussée.
En plus de la langue nationale, l’ensemble de ces religieuses parlent au moins un dialecte local, ce qui leur permet d’être plus près du peuple que le clergé. Leur présence est très appréciée, surtout là où les prêtres manquent et là aussi où ils ne peuvent pénétrer dans la société locale. Il n’y a pas de doute que, non seulement leur apostolat sera indispensable durant la période où le nombre de prêtres ne suffira plus, mais aussi qu’elles vont ouvrir pour l’Église de nouveaux champs d’apostolat pour tout ce qui concerne la femme, l’enfant et aussi les vieillards, les malades et les handicapés qui vont se sentir de plus en plus isolés dans une société technologique.
5. Les laïcs
Les laïcs catholiques ont été lentement éveillés à leurs responsabilités dans l’Église. C’est un aspect positif du visage de l’Église à Taïwan. Conformément aux directives de Vatican II, des conseils paroissiaux, des commissions diocésaines et un conseil national ont pris forme et se sont mis à fonctionner. Notre Église vise à donner aux laïcs une éducation de la Foi en profondeur pour leur permettre d’agir vraiment en chrétiens dans la société et d’occuper des postes de responsabilité dans l’Église.
A partir de 1965, les organisations d’apostolat laïc se sont développées et, en 1971, le conseil national de l’apostolat des laïcs a été fondé pour coordonner ces organisations et promouvoir la formation de leurs membres. Actuellement chaque diocèse a son conseil diocésain et 70 % des paroisses ont leur conseil paroissial pour l’apostolat des laïcs.
A des niveaux variés, toutes ces organisations ont tenu, chaque année, une à quatre sessions de formation. 50.000 personnes ont bénéficié de ces sessions.
Le conseil national encourage aussi la lecture de la Bible en groupe. Il a publié deux brochures : « Introduction à la Lecture de la Bible » et « Lecture de la Bible pour chaque jour ».
En neuf années, cinquante « Cursillos » ont eu lieu avec la participation de plus de 3.000 personnes qui deviennent les « leaders » de nos organisations catholiques et le levain de notre société.
Le conseil national pour l’apostolat des laïcs forme des « leaders », développe la vie spirituelle, travaille à la christianisation des familles, répand la lecture de la Bible, stimule la croissance des vocations, encourage les initiatives pour l’apostolat à l’échelle de la nation, comme, par exemple les programmes de TV, le travail des commissions épiscopales et d’autres activités nationales.
Un laïcat dynamique dans la société et dans l’Église produira les vocations religieuses dont elle a tant besoin pour assurer sa mission.
Voici l’une des méthodes employées pour susciter ce laïcat. La Commission pour l’Évangélisation a lancé au niveau national un mouvement pour engager les laïcs « à bâtir l’Église locale ». Trois fois déjà une enquête publique a été lancée, proposant des thèmes à l’étude et à la réflexion des fidèles, leur demandant idées et suggestions. Les réponses sont recueillies, étudiées et condensées en conclusions pratiques. C’est une manière très efficace pour implanter la foi catholique dans la mentalité culturelle de nos chrétiens et pour organiser une coopération fructueuse entre eux et la hiérarchie.
6. Les catéchumènes
Les groupes de catéchumènes ne sont plus très nombreux. Les catéchumènes pourtant, ne manquent pas, mais ils demandent une instruction individuelle qui leur présente la Foi dans le contexte vivant de chaque jour, dans leur vie personnelle, familiale et professionnelle.
La nécessité d’un enseignement de cette nature constitue un poids très lourd pour les prêtres formés dans la période qui a précédé Vatican II. Un certain nombre de jeunes prêtres et de jeunes religieuses se consacrent à cet apostolat.
Le problème de ces nouveaux chrétiens, instruits individuellement, est alors de trouver un moyen pratique de s’insérer dans une Église qui est très orientée vers les rites et les cérémonies religieuses.
7. Rites et théologie
Un effort est fait, de plus en plus vigoureux, pour présenter la doctrine de l’Église comme la réponse aux aspirations de l’âme chinoise, une réponse qui les dépasse, mais qui est capable de les combler. A ce sujet, on peut donner comme exemple le rétablissement des rites pour la vénération des ancêtres, pratiques qui sont si proches du cœur des familles chinoises et qui s’adaptent admirablement à la manière catholique de prier pour les défunts. Ainsi se fait l’offrande de l’encens, des fleurs, des fruits et du vin, au moment des cérémonies de la Nouvelle Année en l’honneur des ancêtres et dans les cérémonies d’enterrement pour rendre hommage au défunt. Il y a maintenant souvent dans nos églises un autel des « ancêtres » qui est la manière chinoise de rendre à nos morts le culte qui leur est dû et de garder fidèlement leur souvenir.
Sur ce thème de l’indigénisation de l’Église en Chine, bien des études ont été faites, bien des articles écrits, plusieurs livres publiés. Citons par exemple :
« Entre le Ciel et l’Homme », par Mgr Paul Cheng,
« Le Ciel et l’Homme, une seule Famille », par le Père Matthias Chao, CDD
« Études sur l’indigénisation de l’Église », par le Père Paul Lee.
Depuis longtemps, la Bible a été entièrement traduite en chinois par une excellente équipe de Pères franciscains et il en existe aussi d’autres traductions approuvées par l’Église. Après Vatican II, les textes de la messe, du bréviaire et du rituel ont été traduits eux aussi en chinois. La célébration de la messe en chinois est une grande aide pour la vie chrétienne de nos fidèles. Une messe spéciale a été préparée pour la Fête chinoise des défunts et une autre pour la Fête du printemps (la nouvelle année lunaire chinoise). De plus, une messe chantée a été composée entièrement en musique chinoise traditionnelle. Les religieuses utilisent la traduction chinoise du bréviaire dans leur prière de communauté.
C. Pastorale et Évangélisation
Le Concile Vatican II et le désir d’aggiornamento ont provoqué dans l’Église de Taïwan d’innombrables échanges aux niveaux des évêques, du clergé, des religieux et religieuses, des laïcs, des jeunes, des catéchistes, etc. Cinq colloques ont été organisés à ces différents niveaux.
Les problèmes traités durant ces dix années couvrent un grand nombre de sujets, depuis l’étude de la Bible jusqu’à l’apostolat des laïcs, depuis le « self-support » de l’Église jusqu’aux questions ouvrières et mouvements de migration à l’intérieur du pays, depuis le travail pastoral jusqu’aux problèmes de spiritualité et de prière. Une nouvelle prise de conscience nous a fait réaliser qu’un renouveau véritable signifie que notre manière d’être chrétiens doit être entièrement renouvelée.
Ces problèmes furent aussi analysés dans nos revues, sur les plans de la théologie (Collectanea Theologica Universitatis Fu Jen), de la pastorale (Witness), de la spiritualité (Sanctificatio), de la vie du clergé (Vox cleri) et dans nos hebdomadaires pour le grand public (Vita christiana et Shan-tao-bao).
Aujourd’hui, nous sommes conscients que cette intercommunication nous a ouvert de larges horizons. Nous avons aussi compris que ce n’est pas assez d’étudier des problèmes ou de donner des directives, mais que, par-dessus tout, ce qui importe c’est la manière de vivre la réalité et de chercher la solution chrétienne des problèmes de tous les jours.
Nous désirons que nos structures prennent vie, animées de l’intérieur par de petites communautés chrétiennes vivantes dans lesquelles des chrétiens, ensemble et avec leurs pasteurs, confrontent leur vie familiale, professionnelle et sociale à leur foi. Ces problèmes vécus au jour le jour dans la foi enfanteront à longue échéance des manières d’être chrétien dans la vie d’ici, aujourd’hui.
A la fois par leur existence et par le comportement chrétien qu’elles stimulent, des cellules vivantes de cette nature sont, par elles-mêmes, une proclamation de l’Évangile et des signes visibles de l’Église. A présent, il est plus important que l’on nous voie vivre l’Évangile que de nous l’entendre proclamer.
Redécouverte de cette manière, la vie chrétienne trouvera peu à peu son expression naturelle dans la liturgie, la spiritualité et la théologie. Tel nous apparaît le chemin vers une indigénisation authentique.
D. Les missionnaires
La jeune Église de Taïwan n’a pas encore manifesté la diversité des charismes que l’on trouve dans les vieilles Églises. L’aide de ces dernières nous est encore d’une grande valeur. Il est également important que nous gardions une large ouverture sur les Églises-Sœurs avec lesquelles nous formons l’Église Universelle.
En plus de ses talents personnels, le charisme spécial du missionnaire qui vient d’un autre pays sera toujours celui d’être un bâtisseur d’unité. Témoin de l’universalité de l’Église, n’étant lié par aucun groupe social d’intérêts particuliers, il pourrait être dans sa personne, plus qu’un autre, un agent de réconciliation des différences, de paix et d’unité interne, sans lesquelles il ne peut y avoir d’authentique Église.
A notre région, où existent des différences linguistiques, des variétés culturelles, parfois des divergences d’intérêt, il doit apporter une vision ecclésiale et un sens de la « réconciliation fondamentale en Christ ». Sans ces éléments essentiels, notre Église ne peut remplir sa mission de paix et d’unité dans notre société et entre tous les hommes.
Pour être capable de jouer ce rôle, le missionnaire doit avoir une profonde connaissance de notre histoire, de notre culture, passée et présente, comme aussi de la psychologie de nos populations. Dans des conditions normales, il ne peut acquérir ces connaissances que par un engagement à vie au service du peuple de Dieu dans notre pays. Le fait d’avoir une commune destinée avec l’Église locale et avec notre peuple le rendra capable de comprendre de l’intérieur les problèmes et les situations, et lui permettra d’éviter de tomber de manière regrettable dans des actions malheureuses causées par une vue trop courte des choses.
E. Les Aborigènes
Parmi les Aborigènes, on compte plus de 80.000 catholiques qui ont donné à l’Église sept prêtres et une communauté de religieuses, l’Institut Sainte-Marthe qui compte 51 membres. Il y a aussi plus de 20 séminaristes aborigènes. Tout cela comporte une importante signification pour ce secteur de l’Église.
Une partie de la population aborigène, de toutes tribus, désire maintenir son ancien style de vie. Notre Église les y aide, leur apportant assistance spirituelle dans leurs villages et les aidant parfois sur le plan social.
Une autre partie émigre vers les villes pour y trouver du travail et, inévitablement, se fondre peu à peu dans la population urbaine. Pour les aider dans cette nouvelle vie qui, pour beaucoup, est une transition vers un changement définitif, l’Église a ouvert plusieurs centres pour migrants à Taipei, à Taichung et à Kaohsiung. Une aide psychologique, éducative, légale, etc. leur est fournie ainsi que le réconfort naturel des réunions entre eux. Il importe qu’ils puissent conserver le soutien des valeurs de leur propre culture, en attendant de retourner dans leurs villages ou en attendant que leurs enfants fassent le lent passage à d’autres valeurs culturelles.
Au début, nous avons travaillé à grouper les migrants catholiques pour leur donner assistance spirituelle et sacramentelle. Maintenant, nous nous efforçons de les intégrer dans les paroisses.
CONCLUSION
Avant 1949, il y avait à Taïwan quelques noyaux de chrétiens, environ 10.000 en tout, formés à une pratique religieuse fervente. Une douzaine de prêtres dominicains espagnols et trois prêtres taïwanais se dévouaient à leur service.
Pendant les années 50, l’Église de Taïwan a vécu une période désorganisée durant laquelle le personnel fraîchement débarqué du continent a essayé de répondre au plus vite à des appels immédiats, tant pour l’instruction des catéchumènes que pour une aide matérielle aux réfugiés. Très vite on entreprit d’organiser une présence de l’Église dans toute l’île : du personnel fut envoyé partout, des bâtiments furent construits, des institutions furent mises en place. A la fin de cette période, on comptait 300.000 baptisés, plus de 800 prêtres et plus de 1.000 religieuses.
Le Concile provoqua de longues et profondes remises en question, tandis que l’arrêt des conversions en masse donnait à l’Église le temps de réfléchir à son action et d’étudier les nouveaux problèmes. L’accent fut mis de plus en plus sur la formation en profondeur des personnes. En même temps la population taïwanaise locale, jadis assez repliée sur elle-même, se rendit de plus en plus présente dans tous les domaines de la vie nationale commune. Par le fait de ces contacts quotidiens, elle est aussi ouverte à la présence et à la doctrine de l’Église et c’est sans distinction de langue ou d’origine que les conversions s’amorcent.
En ce 400e anniversaire de l’arrivée de Matteo Ricci en Chine, nous réfléchissons sur le chemin parcouru en trente-cinq ans et sur l’avenir de notre Église dans cette province de Taïwan.
Nous pensons que ce qui nous est demandé à présent, c’est de vivre notre foi dans cette vie quotidienne que nous partageons, avec tous et de permettre ainsi à l’Église de pousser ses racines dans toute la réalité de notre vie personnelle, familiale, professionnelle et sociale.
Il importe en même temps que notre pastorale fasse ressortir pour nos chrétiens le sens profond de cet humble, opiniâtre et héroïque témoignage, pour l’Évangélisation de notre pays. En sanctifiant les activités de notre vie quotidienne, nous attisons en nous la même flamme apostolique qui, il y a quatre siècles, a poussé Matteo Ricci jusqu’au cœur de notre culture.
III. LES ACTIVITÉS DES MISSIONNAIRES MEP
A TAÏWAN
Voici maintenant l’état du personnel MEP travaillant à Taïwan à la date du 30 mars 1983 : les confrères ne sont plus que 19 présents dans leur mission, alors qu’ils étaient 22 en 1980 et 26 en 1977. Pendant la période couverte par ce compte rendu, deux sont décédés : le Père J. Le Corre en décembre 1980, et Mgr Vérineux en janvier 1983. Le Père Y. Moal a été rappelé à Paris pour le service d’Information.
1. Missionnaires MEP travaillant dans le diocèse de Taipei, sous la direction de Mgr Kia :
1. Cuerq Gérard 46 ans Taipei Centre pour aborigènes
2. Redoutey Jean-Marie 44 ans Taipei Centre pour aborigènes.
2. Missionnaires MEP travaillant dans le diocèse de Hualien, sous la direction de Mgr Shan :
1. Duris Antoine 74 ans Fuyuan Amis + Bunun
2. Saldubéhère Miche l64 ans Fenglin Amis + Hakka
3. Gagelin Claude 56 ans Chohsi Bunun
4. Poupon Jean 57 ans Futien Amis
5. Lespade Auguste 54 ans Hualien Min-nan + Vicaire Général
6. Roy Claude 53 ans Tienpu Amis + Supérieur Régional
7. Maillot Miche 56 ans Juisui Amis
8.Olry Claude 53 ans Shoufeng Amis
9. Pourrias Louis 53 ans Chunjih Amis
10. Bareigts André 53 ans Fengpin Amis
11. Brunet François 52 ans Hualien Econome Régional + aumônier de religieuses
12. Poinsot Maurice 51 ans Tungfeng Amis
13. Cuerq André 49 ans Fuli Min-nan + centre de handicapés
14. Rollin Jacques-Antoine 49 ans Hualien Amis + Min-nan
15. Bouhey Louis 38 ans Taipei étudiant à l’Institut de Pastorale
16. Fays Bernard 35 ans Taichung étudiant de langue Min-nan
17. Louis-Tisserand Claude 37 ans Yuli Amis + Min-nan
Le diocèse de Hualien
Comme il ressort de la liste ci-dessus, c’est, pour la plupart, dans le diocèse de Hualien que les Pères MEP exercent leur activité. Ils représentent moins du tiers des effectifs d’un presbyterium qui comprend par ailleurs 14 prêtres locaux, 25 missionnaires suisses de la Société de Bethléem et 6 chanoines du Saint-Bernard.
Monseigneur Paul SHAN, consacré évêque de Hualien en 1980, a voulu, dès son entrée en fonction, associer toutes les forces vives du diocèse à la préparation d’un Synode destiné à donner un nouvel élan à l’activité missionnaire.
Le Synode Pastoral du diocèse de Hualien s’est tenu à Taitung du 27 au 29 octobre 1982, après avoir été préparé dans les paroisses durant 18 mois. 90 personnes ont pris part à ce Synode : 1 évêque, 47 prêtres, 2 frères, 12 religieuses et 28 catéchistes ou chefs de chrétientés.
Le thème central de ce Synode était : « Comment établir une vraie communauté chrétienne, basée sur des vertus actives et solides, ad intra remplie d’amour mutuel, ad extra zélée à propager l’Évangile du Christ. » Ce thème a donc deux aspects : ad intra, la pastorale, ad extra, l’annonce de l’évangile ; tout cela au niveau de la famille, de la communauté, de la paroisse et du diocèse.
Pour atteindre l’objectif général fixé par le Synode, on a discuté des priorités et des moyens effectifs. En particulier, le Synode a suggéré 12 points qui devront être étudiés dans toutes les paroisses et zones pastorales du diocèse pour trouver les moyens effectifs de les mettre en pratique dans leurs situations particulières. A savoir :
1. la promotion de la prière en famille,
2. l’étude de l’Écriture Sainte en famille,
3. la vie sacramentaire,
4. l’éducation religieuse des enfants et des jeunes,
5. le « self support » financier (autonomie financière),
6. la communauté chrétienne caractérisée par l’amour fraternel et l’entraide,
7. la formation des jeunes à la vie familiale, avant et après le mariage,
8. l’intensification de la pastorale et de l’évangélisation parmi les immigrants, les étudiants et les jeunes travailleurs,
9. la promotion des vocations et l’entraînement des leaders laïcs,
10. favoriser le mouvement « Un chrétien amène un non-chrétien », et organiser des classes de doctrine pour les non-chrétiens,
11. intensifier le travail apostolique auprès des Min-Nan et des Hakka qui constituent 85% de la population de Taïwan,
12. intensifier le travail apostolique auprès des immigrants dans les nouvelles zones qui se construisent autour des villes.
Le Synode pastoral diocésain n’a pris qu’une seule décision. A l’unanimité il a décidé que : « Toutes les communautés, paroisses et zones pastorales du diocèse de Hualien doivent convoquer leurs propres réunions pastorales pour discuter des moyens à prendre pour mettre en pratique ces 12 points dans leurs situations particulières, faire un plan réaliste pour leurs propres travaux pastoraux et apostoliques et en envoyer une copie à l’évêché pour qu’il soit approuvé par le comité pastoral diocésain.
Le Synode a donc proposé un vaste programme d’action à tous les chrétiens. Il faut espérer que la réalisation de ce programme permettra de répondre au besoin de renouveau ressenti par tous les missionnaires.
Un précédent compte rendu a déjà signalé les changements qui se poursuivent sur le territoire du diocèse : émigration de la jeunesse vers Taipei, affaiblissement des structures familiales dans les sociétés aborigènes, regain d’influence des religions traditionnelles en milieu chinois ou, à l’inverse, progrès du matérialisme véhiculé par la société de consommation qui a envahi tous les coins du diocèse.
Ces changements ont provoqué partout une baisse de la pratique religieuse et souvent même ébranlé la foi encore mal assurée des chrétiens de fraîche date. Le nombre des conversions est désormais très faible et même pratiquement nul en milieu taïwanais.
C’est dans ces conditions difficiles que les confrères MEP ont continué leur apostolat.
Le Père Antoine DURIS a dû réduire un peu ses activités en raison de son état de santé, mais reste fidèle à son ministère au service des Amitsus à Fuyuan et des Bununs à Mayuan. Il passe beaucoup de temps à soigner les malades dans le petit dispensaire de sa paroisse, qui constitue pour lui un moyen privilégié de rencontre avec les non-chrétiens.
Ayant publié il y a quelques années un Dictionnaire Amitsu-Français et un Dictionnaire Français-Amitsu, il poursuit ses travaux de linguistique et s’adonne maintenant à la recherche sur le vocabulaire et la grammaire bunun. On comprend qu’ainsi occupé, il n’ait que peu de temps à consacrer à courir les routes : on est pratiquement assuré de le trouver chez lui quand on lui rend visite.
Le Père Michel SALDUBÉHÈRE, curé du secteur de Fenglin, se trouve être chargé de trois églises. L’état de deux d’entre elles, qui ont mal résisté à l’usure du temps, laisse beaucoup à désirer. Le Père Saldubéhère s’est donné bien du mal pour convaincre les autorités de la nécessité de les reconstruire. Il a eu, et a encore, le souci de trouver les fonds nécessaires, mais surtout il cherche à obtenir le plus possible la participation des chrétiens concernés par l’entreprise.
Fengli est un centre hakka où le P. Saldubéhère, qui parle cette langue, est particulièrement bien placé. Malheureusement les chrétiens hakkas étant très peu nombreux, c’est en mandarin qu’il doit célébrer la liturgie du dimanche. Dans les villages environnants, il parle la langue des Amitsus. Il n’a pas trop de tous ses dons de polyglotte.
Le Père Claude GAGELIN est très occupé à Chohsi, n’ayant pas moins de huit stations à visiter régulièrement. Sa paroisse est une de celles qui ont eu beaucoup à souffrir de l’exode vers la ville de la jeunesse désireuse de trouver du travail.
Il met beaucoup d’énergie à développer le « Crédit Union ». L’entreprise ayant connu des difficultés il y a quelques années, il s’emploie à redonner confiance aux membres de l’association. Il compte sur le « Credit Union » pour développer l’esprit d’entraide entre les usagers autant que pour éduquer leur sens de l’épargne.
Le Père Gagelin est aussi un émule du Père Duris : il travaille de son côté à la préparation d’un dictionnaire bunun, langue dans laquelle il a déjà publié un recueil de cantiques.
Le Père Jean POUPON est curé de Futien, centre important à environ 60 km de Hualien. Lui aussi s’intéresse de près au « Credit Union » qui fonctionne dans sa paroisse, le plus important de tout le pays, dit-on, renommé au point que des délégations de l’étranger viennent parfois le visiter.
Il a structuré sa paroisse en s’appuyant sur un groupement de femmes chrétiennes très actives, à qui il confie le soin de visiter les malades et de venir en aide aux familles en difficulté. Il se signale également par son souci de donner une solide instruction à ses ouailles : catéchèse des enfants, à laquelle il prend part personnellement, sermons prolongés aux adultes ; il met ainsi à profit sa maîtrise de la langue amitsu, qui n’a pas de secrets pour lui.
Le Père Auguste LESPADE est toujours présent à Min-nan, en plein milieu taïwanais auquel il consacre tout son temps. Sa bonne connaissance de la langue lui permet de nombreux contacts avec les gens fréquentant le centre qu’il a ouvert pour eux : enfants et jeunes gens qui viennent faire leurs devoirs à la sortie de l’école, assister aux cours d’anglais, prendre part aux activités sportives ; membres de la chorale, etc. Il entretient ainsi des relations cordiales avec des centaines de personnes, alors que la petite communauté qui participe à la messe dominicale se réduit à 15 ou 20 baptisés.
Le Père Lespade assure en outre la messe dans deux postes amitsus du voisinage.
Sa grande préoccupation, actuellement, est la préparation de la construction d’un bâtiment beaucoup plus vaste, sur le terrain qu’il occupe depuis les débuts, mais légèrement agrandi grâce à une acquisition qu’il a pu réaliser. Le nouveau bâtiment deviendra, en même temps que le centre paroissial, une sorte de centre social pour le diocèse, abritant le « Life Line » (ou SOS Téléphone), le « Credit Union », etc.
Le Père Claude ROY, à Tienpu, est curé d’une communauté composée en majorité d’Amitsus, mais avec un nombre appréciable de Chinois. Sous sa direction, les bâtiments de la paroisse ont été complètement renouvelés en quelques années : école enfantine, église, presbytère... Une église moderne a été construite, sur des plans faits par le frère Julius de la Société de Bethléem, à la fois fonctionnelle et très belle ; le presbytère a été doté d’un étage qui donne de l’espace pour la réception des hôtes de passage et pour les réunions des paroissiens ; et surtout un hôpital est en voie d’achèvement, entre l’église et la rue, qui sera à la fois une source de revenus et un moyen de contact avec la population des environs, sous la direction d’un médecin chrétien. Le Père Roy est secondé dans son ministère par un catéchiste très actif, qui connaît bien la paroisse et jouit de la confiance des chrétiens.
Le Père Michel MAILLOT a la responsabilité de cinq postes sur le territoire de sa paroisse de Juisui. Les chrétiens sont en majorité des Amitsus : cependant dans l’un de ces postes il a affaire à des Tarokos et, pour ces derniers, il célèbre la messe en mandarin.
L’effort qu’il poursuit depuis plusieurs années pour la formation de laïcs responsables de communautés commence à porter du fruit. Plusieurs de ces laïcs sont maintenant des leaders capables d’animer la prière et de diriger les chants ; ils ont souvent pris part à des sessions de formation de catéchistes bénévoles.
Par ailleurs, la paroisse peut compter sur un dispensaire dirigé par les Franciscaines Missionnaires de Marie. Cette œuvre facilite les contacts avec les non-chrétiens.
Le Père Claude OLRY, en résidence à Shoufeng, est chargé de 4 postes en milieu amitsu. Il s’intéresse particulièrement à l’apostolat dans les familles, grâce à l’éducation des enfants. Pour cet apostolat, il est aidé par les sœurs de Sainte-Marthe qui dirigent les jardins d’enfants de sa paroisse.
Le Père Louis POURRIAS, curé de Chunjih, doit visiter en outre quatre postes. Il est très connu dans tout son secteur, grâce aux efforts qu’il fait pour prendre part à toutes les manifestations de la vie communautaire à laquelle sont encore attachés les Amitsus : fêtes locales, inaugurations, bénédictions de maisons. Le Père Pourrias accepte toutes les invitations, quitte à mettre son foie à rude épreuve. Sa parfaite connaissance de la langue amitsu lui permet d’être bien accepté par tous et d’entretenir d’excellentes relations avec les gens qu’il rencontre au cours de ces festivités.
Le Père André BAREIGTS tient le poste le plus éloigné de Hualien, Fengpin, qui est parfois difficile d’accès : il arrive que la route soit coupée à la saison des pluies.
Convaincu que le meilleur moyen d’obtenir que les enfants soient élevés chrétiennement est de former leurs parents, le Père Bareigts met l’accent sur l’éducation des adultes. Il a constitué des groupes de femmes, à qui il inculque le sens de leurs responsabilités de mères chrétiennes. Mais il passe également beaucoup de temps avec les pères de famille et avec les vieillards. Il a un talent particulier pour interroger et écouter ces derniers.
C’est souvent auprès d’eux qu’il a recueilli tous les renseignements grâce auxquels il a pu publier de savants travaux sur la culture amitsu. Il poursuit ses études d’ethnologie, notamment sur les légendes des Amitsus.
Le Père François BRUNET est l’Econome régional et le gardien de la maison MEP à Hualien. En quelques années, il a entièrement réaménagé la maison et beaucoup amélioré le jardin. Il est maintenant équipé pour recevoir des groupes, qui viennent de toute l’île, pour des retraites ou des sessions d’étude. Parmi ses « clients », il compte de nombreux protestants qui apprécient son hospitalité. Il travaille ainsi à la cause de l’œcuménisme et c’est en partie grâce à lui que les rapports entre catholiques et protestants sont récemment devenus beaucoup plus confiants.
Les confrères MEP de passage à Hua-lien sont toujours assurés d’être bien reçus à la maison régionale et ne se font pas prier pour mettre à contribution le Père Brunet. Celui-ci ne limite pas son dévouement à la maison régionale : il est toujours disposé à aller rendre service le dimanche dans les paroisses du diocèse qui font appel à lui.
Le Père Maurice POINSOT, toujours curé de Tungfeng, se multiplie au service de toutes les catégories de paroissiens. Il demeure le grand spécialiste du « Crédit Union », qu’il suit de très près. Et il fait des efforts persévérants pour assurer la formation chrétienne de la jeunesse. Il organise le catéchisme pour les enfants dans chaque village en se faisant aider par des jeunes filles qu’il forme dans ce but ; il met à profit les vacances d’été et d’hiver pour regrouper les enfants autour des catéchistes en sessions d’instruction intensive.
Par ailleurs, il garde contact avec les adolescents et jeunes gens, originaires de la paroisse, qui travaillent à Taipei. Des activités sont prévues pour eux quand ils rentrent au pays, au moins une fois dans l’année, à l’occasion du Nouvel An.
Le Père Poinsot est aussi connu pour prendre part à la vie de ses ouailles en travaillant la terre : il aide ses paroissiens au moment des récoltes en allant aux champs avec eux ; il cultive lui-même la terre appartenant à la paroisse : ses plantations de café, d’arbres fruitiers, de noix d’arec sont renommées. Ce travail lui permet d’entretenir sa forme physique et produit aussi un revenu non négligeable qui va alimenter la caisse paroissiale.
Le Père André CUERQ, à Fuli, est chargé d’une communauté dont les effectifs et le zèle ont baissé ces dernières années malgré les efforts qu’il fait pour la réveiller. Il utilise le jardin d’enfants tenu par les sœurs de Sainte-Marthe comme moyen d’apostolat.
Il a surtout construit et mis en route, à la fin de 1982, un établissement pour l’éducation des enfants handicapés. Une sœur de Sainte-Marthe s’est spécialisée dans le soin de ces enfants. La fondation de cet établissement est le fruit d’un travail considérable : démarches administratives, demandes de subventions, etc. Le Père Cuerq doit faire appel à des bienfaiteurs pour assurer la marche de son œuvre.
Le Père Jacques-Antoine ROLLIN réside dans la ville de Hualien, essayant d’assurer une présence en milieu taïwanais non chrétien. C’est une toute petite communauté de baptisés chinois qui participe à sa messe le dimanche. Il visite également trois postes amitsus dans la banlieue de la ville, où il est aidé par des religieuses amitsus.
Le Père Rollin consacre une bonne partie de son temps à l’étude du taoïsme et des religions populaires. Il a des relations avec plusieurs représentants officiels de ces religions. En assistant souvent aux fêtes, il approfondit la connaissance qu’il a du milieu qui l’entoure.
Le Père Louis BOUHEY passe l’année scolaire 1982-83 au Centre Pastoral de Taipei où il suit des cours de théologie pastorale. Auparavant il s’était occupé du Foyer d’étudiants et du petit séminaire de Hualien, remplaçant le supérieur pendant son absence. Il est toujours très attiré par l’éducation de la jeunesse, à laquelle il espère pouvoir se consacrer après son année d’études.
Le Père Bernard FAYS a été quelque temps vicaire du Père Poupon à Tama, puis curé responsable du même poste. Des ennuis de santé assez sérieux l’ont obligé à rentrer en France pour plusieurs mois en 1981-82. Depuis l’automne de 1982, il étudie le taïwanais à Taichung, résidant chez les Pères de Maryknoll. Il pourra ainsi s’occuper des jeunes en milieu taïwanais, milieu que l’enseignement obligatoire du mandarin à l’école ne suffit pas à détacher de sa propre langue.
Le Père Claude LOUIS-TISSERAND a succédé au Père Le Corre à Yuli, après avoir été quelque temps son vicaire. Il parle avec aisance le mandarin et l’amitsu, mais éprouve le besoin de se perfectionner en taïwanais.
En ville de Yuli, il a de nombreux contacts avec les jeunes Chinois non chrétiens, en particulier grâce à la bibliothèque de la paroisse. Il visite souvent la campagne environnante où il est chargé des chrétientés amitsus.
Taipei
Il faut parler enfin des Pères Jean-Marie REDOUTEY et Gérard CUERQ, détachés au diocèse de Taipei pour la pastorale des migrants. Ils constituent une paire d’inséparables, partageant le même désir d’aider les aborigènes venus de Hualien ou des environs à s’insérer en ville et à entrer en relation avec les paroisses catholiques de Taipei. Il s’agit d’une population souvent très mobile, avec qui il est difficile de prendre contact, surtout si on ne parle pas les langues locales. Les PP. Redoutey et Cuerq sont aidés par tout un réseau de relations qu’ils ont pu établir. Ils tentent d’obtenir les coordonnées des arrivants à Taipei en demandant aux curés des paroisses d’origine de les avertir. L’archevêque de Taipei considère leur travail comme partie intégrante de la pastorale de son diocèse.
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