|
LEDUC Louis (1923-1997)
THAILANDE
[3908]. Louis LEDUC est né le 21 mai 1923 à Cleurie, paroisse de Julienrupt (Vosges), diocèse de Saint-Dié, au foyer de Camille et de Marie Houillon, son épouse, une famille de cultivateurs qui passe pour « l’une des meilleures de cette vallée ». Louis sera baptisé le 10 juin à Julienrupt et confirmé le 30 avril 1934 à Remiremont. Il dit avoir commencé ses études secondaires au séminaire de Martigny-les-Bains de 1937 à 1939. Son curé parle du petit séminaire diocésain de Sauley-sur-Meurthe. Après avoir été ouvrier à Cleurie et au Tholy (1939-1941), il poursuit ses études à l’Institut Saint-Jean Bosco, le séminaire des vocations tardives de Maretz (Nord), 1941-1943, et quelques mois au grand séminaire de Faverney. Il se trouve à la veille d’entrer en philosophie au grand séminaire de Saint-Dié quand son évêque lui permet, sans attendre davantage, de s’orienter vers les Missions. Il écrit donc sa demande d’admiission au séminaire des Missions Etrangères.
Le conseil du séminaire ayant donné un avis favorable, c’est à Beaupréau (Maine et Loire) que Louis va faire sa première année de philosophie (1944-1945). Son curé le présente comme « un entraîneur pour ses camarades et pour les jeunes du patronage qu’il savait diriger excellemment et – qui – donnera toute sa mesure là où les initiatives n’ont pas peur des obstacles et des difficultés ». Après son service militaire – 1945-1946 – qu’il fera en partie comme instructeur au camp du Buchard, il continue ses études à Bièvres et à la rue du Bac. Ordonné prêtre le 23 décembre 1950, il part le 13 avril 1951 pour la mission de Tharal qui, à l’époque, comprenait tout le Nord-Est de la Thaïlande ; la « mission du Laos » venait d’être scindée en deux selon les frontières politiques entre le Laos et la Thaïlande. C’est au collège tenu par les frères de Saint-Gabriel à Sriracha que les nouveaux arrivants de l’époque faisaient leur stage d’étude de langue. L’école de langue telle que la connaîtront ceux qui arriveront plous tard n’existait pas encore. C’est donc à Sriracha que Louis Le Duc, comme ses confrères, va s’initier aux arcanes de la langue thaie.
Son premier poste sera Thungmon-Napho, en 1952. Sans doute a-t-il eu comme d’autres l’impression de changer de monde, car là les gens parlent une autre langue, même s’ils comprennent le thaie et quelque cousines que soient ces deux langues, le laotien n’est pas le thai !… Mais Louis a le don d’imitation et cela l’a certainement aidé à maîtriser ces deux langues.
En 1952-1953, il passe à la procure du diocèse et dès la construction du petit séminaire de Notre-Dame de Fatima en 1954, le père Le Duc devient l’adjoint du père Maurice Brisson. On ne finirait pas de raconter les anecdotes entendues : il fallait tout apprendre à ces petits gamins de séminaristes, de l’usage de l’interrupteur à celui des latrines. Ce petit séminaire était commun à tout le Nord-Est. Louis y restera six ans : programmes gouvernementaux, instruction religieuse, direction spirituelle, travail manuel. Le travail ne manquait pas.
En 1961, le père Le Duc est rappelé au diocèse d’Ubon et chargé des postes de Nongtham et Non-Sauvang. En octobre de cette année, on signale qu’il a accepté avec le père Ragazzi une invitation des instituteurs du voisinage à participer aux manifestations de la journée nationale des enfants à la sous-préfecture. Invités à parler à la nombreuse assemblée, ils ont provoqué des applaudissements prolongés des instituteurs et élèves de plusieurs villages réunis à cette occasion.
A l’issue de la retraite de novembre 1962, le père Le Duc reçoit comme vicaire le père Thélier, arrivé en mission en même temps que lui. Les postes de Nongtham, Non Sawang et Nong Rung comptent en tout 1282 catholiques. Le père Thélier s’occupera de Non Sawang. Le 11 novembre de cette année 1962, le père le Duc fonde à Nongtham une curie de la Légion de Marie avec neuf præsidia détachés de la curie d’Ubon. Cette fondation fut effectuée en présence de miss Allen, déléguée de la Légion en Asie et de plusieurs pères. En 1963, le père dote son poste principal de Nongtham de deux nouveaux bâtiments : le presbytère et la maison des religieuses qui enseignent à l’école paroissiale. Il se dépense au service de ses chrétiens. Il est aidé principalement par les membres actifs de la Légion de Marie. Missions et retraites puis retours de mission sont prêchés par des pères tant à Nongtham qu’à Non Sawang au courant des années 1965-1966. La mission de 1966 à Nongtham est clôturée par la bénédiction d’une grotte de Lourdes construite par le curé et ses paroissiens, ceux-ci fournissant les pierres qu’ils devaient aller chercher à 20 kilomètres. Mais à cause de la difficulté à vivre sur place, le poste de Non Sawang tend à se dépeupler au profit de Nong Rung.
A cinq kilomètres on note qu’une annexe groupe une trentaine de chrétiens et de catéchumènes, trop pauvres pour pouvoir acheter une parcelle de terrain qui leur permettrait d’être rattachés à Nongtham ou à Non Sawang. Est-ce le début du village de Saphan qui, en 1967, compte soixante sept chrétiens ? Poursuivant ses réalisations de caractère social, le père Le Duc a doté le village de Nongtham d’un tracteur, au cours de l’année 1967. Il ajoute à son travail ordinaire le soin de la chrétienté de Sitham privée de pasteur depuis le départ du père Andréoni en congé régulier. On peut écrire sans risque d’être contredit que toute la partie sud du diocèse, de Nongtham à Nong Din Dam, doit beaucoup au père Le Duc et au souci – qu’il avait des chrétiens comme des non-chrétiens, de leur développement matériel et spirituel -….
Mais le père Le Duc est appelé au cours de cette année 1967 à succéder au père Marcel Perray. Après un stage de quelques semaines à Singapore pour se former à la comptabilité, il est donc arrivé à Bangkok pour prendre ses nouvelles fonctions d’économe régional.
Il va y avoir la construction de la nouvelle maison régionale. L’ancienne ne répondait plus aux besoins. Désormais les confrères pourront trouver si non le luxe – du moins un confort certain qui leur rendra plus agréable le séjour à la maison. Il y aura encore l’organisation des sessions, des retraites en bord de mer à Sriracha ou à Patthaya, procurant à tous un repos bien gagné et un réconfort spirituel certain. Ce travail, le père Le Duc le fera pendant une dizaine d’années : gros travail de comptabilité, les courses pour ceux qui sont au loin, le courrier à répondre ; activité incessante et parfois ingrate car il faut être toujours prêt à rendre toutes sortes de petits et grands services aux confrères. Est-il possible de satisfaire tout le monde ? Il est tellement facile de voir ce qui ne marche pas ou ce qui manque ? .. Il est écrit cependant que le père Le Duc s’est acquitté à la satisfaction, et la reconnaissance générale de ses fonctions. Et cela jusqu’à la fin février 1977.
Le 1er mars 1977, Louis reprend du service au diocèse d’Ubon. Il est déjà chargé du district de Mahasarakham : quelques petits groupes de chrétiens dispersés mais aucune vraie communauté chrétienne auprès de laquelle se ressourcer quand gagne la fatigue ou le découragement. Les chrétiens de la préfecture de Mahasarakham sont des vietnamiens originaires de Nongseng, près de Nakhonb Ohanom : ils auront toujours tendance à y retourner pour toutes les fêtes. A la préfecture voisine de Roi et la situation est encore pire … Plus tard le diocèse bâtira de grandes écoles dans ces préfectures mais ce n’était pas encore le cas à la fin des années 70 ! Louis va pourtant essayer de créer des contacts avec les jeunes par diverses visites dans les écoles non-chrétiennes. On ne peut pas dire qu’il y ait eu beaucoup de consolations. Ce ne sera pas faute d’avoir ménagé sa peine. Il y travaille jusqu’à son départ en 1982.
Après ces expériences à l’économat et d’apostolat on peut dire agents, Louis ressentait-il le besoin de changer d’activité, voire de lieu ? C’est aux Etats-Unis qu’on va maintenant le voir et qu’il va continuer son travail de pasteur et de missionnaire, tout d’abord au service de la communauté francophone de Washington. L’archevêque de Washington le nomme en effet le 28 octobre 1982 assistant à la paroisse Saint-Louis. Il s’occupe aussi des réfugiés laotiens (1982-1984).
Mais c’est à Fort Worth qu’il va fonder le centre pastoral laotien : il y sera de 1984 à juillet 1996. Il a lui-même décrit les problèmes que devaient affronter et surmonter ces réfugiés : un déracinement particulièrement traumatisant, et toutes les difficultés de l’adaptation à la civilisation occidentale : barrière de la langue, surtout pour les plus âgés, problème des formalités administratives complexes, problème de l’emploi ; perte des points de repère : ils sont passés de la vie de village à l’hospitalité spontanée au système du « chacun chez soi et chacun pour soi », avec les conséquences dramatiques sur la cellule familiale – de ce nouveau style de vie, de cette culture différente – signaler ces problèmes, c’est déjà montrer un peu les solutions à apporter : en particulier l’effort déployé par tous les aumôniers pour l’intégration des Laotiens dans la communauté locale et le souci d’une formation qui tienne compte de leur culture, des nouveaux chrétiens et des catéchumènes. Louis assurera ce travail de son mieux car sa santé commence à se détériorer.
En août 1992, il doit subir une opération chirurgicale : un kyste à la base du cerveau. Il restera quelque temps limité dans ses activités en particulier dans ses déplacements mais il prépare la réunion des leaders laotiens et des Américains qui en charge du ministère auprès des laotiens. Cette convention a eu lieu du 18 au 23 mai 1993 et juste avant cela, il a fait un grand voyage avec Mgr Staccioli dans l’est des Etats-Unis … Tant qu’il le pourra, il s’astreindra à ces longs voyages, seul ou avec Mgr Staccioli ou encore avec Mgr Bach.
Au début de février 1995, c’est une crise cardiaque qui le conduit à l’hôpital. Et les troubles visuels ressentis depuis août 1992 continuent. En juillet il est à nouveau à l’hôpital où il doit subir une angioplastie. Le 2 mars 1996, il annonce qu’on vient de lui découvrir un cancer au poumon et à la colonne vertébrale et soit subir un traitement par rayon X. Le 4 juillet 1996, Louis arrive à Paris et se retire à Montbeton où il décède le 10 février 1997. Ses obsèques ont eu lieu le 12 février et l’homélie fut donnée par le père Georges Mansuy, lui-même ancien missionnaire d’Ubon.
A la paroisse Saint-George de Fort Worth, c’est le 15 février que Mgr Joseph P. Delaney, évêque de Fort Worth, a célébré une messe avec les prêtres du diocèse et la communauté paroissiale. Quant au curé, il s’efforcera « de continuer le ministère du Père Le Duc et, bien que rien ne soit comme avant », il espérait « que grâce à leurs efforts le travail de Louis serait prolongé ».
<< Retour page précédente
|