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Rapport annuel des évêques

Année: 1874
Pays: Thaïlande
Mission: Siam
Rédacteur:Mgr Dupont

Siam . 1874

La Mission de Siam n’ayant pas encore de Vicaire apostolique , comme successeur de Mgr Dupont , c’est M. Martin qui la dirige en qualité de supérieur . Nous espérons que très-prochainement un choix sera fait par le Saint-Père pour l’administration définitive du Vicariat .
Dans l’année qui vient de s’écouler , il s’est passé à Siam des changements administratifs qui peuvent avoir une influence favorable aux idées chrétiennes . Le jeune roi , entrant dans la voie du progrès européen , a fait supprimer dans ses États les prostrations que tout le peuple était obligé de faire en abordant les grands personnages . Sa Majesté n’a pas voulu d’exception pour elle-même , et exige que désormais les saluts qu’on lui fait soient à l’européenne . Ce changement , opéré dans un pays où tout le monde état accoutumé à ramper et à se traîner devant le pouvoir ou ce qui en avait l’ombre , a un peu surpris et étonné la population qui voulait toujours conserver les anciens usages . Le prince a tenu bon , et son accès devient ainsi plus facile .
La justtice en ces pays n’arrivait pas souvent à terminer les procès , mais plutôt à les éterniser ; les gens un peu chicaneurs passaient la moitié de leur vie devant les tribunaux , et les querelles ne se terminaient ordinairement que lorsque les deux parties étaient ruinées par leur juge . Le jeune roi poursuit les exacteurs jusqu’à extermination , et pour mieux atteindre son but il vient de créer un tribunal suprême composé de douze grands mandarins les plus compétents par leur science et leur probité . La justice doit être rendue de la manière la plus expéditive et tout désordre puni .
C’est là certainement un grand progrès pour la moralité publique et le maintien de l’ordre . Le fils du grand mandarin , persécuteur de nos missionnaires sous Mgr Pallegois , vient de tomber en disgrâce et d’être emprisonné ; ses biens sont confisqués . Le fruit de ses rapines ou de celles de son père était considérable , car on lui a trouvé une fortune d’au moins vingt millions de francs . Cet amour du jeune roi pour l’ordre , la justice et l’égalité ne pourra que le bien disposer , lui et son peuple , en faveur des idées chrétiennes , et c’est là le côté qui nous intéresse particulièrement .
Une lettre de M.Martin du 20 août nous signale les faits que nous venons de relater et ajoute : « Notre exercice actuel qui ne se compose que de 8 mois nous a donné le chiffre de 220 baptêmes de païens . Nous constatons avec plaisir un progrès relatif sur les conversions de l’an passé , et nous comptons pouvoir fournir un chiffre plus élevé dans le compte rendu de l’année prochaine .
« Cette année , nous avons bâti trois nouvelles chapelles ; l’une près de Juthia , au milieu des pêcheries où demeurent presque continuellement de 3 à 400 de nos chrétiens ; une autre dans la province de Pak-Phrëk à l’ouest du royaume ; c’est là que M. Rabardelle a baptisé dernièrement une trentaine de Chinois , et qu’en ce moment il en prépare autant à la régénération ; la troisième chapelle a été bâtie dans une province de l’est où nous aurons encore , pour réussir, bien des épreuves à supporter . Nous avons en ce moment en divers lieux une centaine de catéchumènes en train de se faire instruire ; la province administrée par M.Rabardelle est celle qui en compte le plus . Ce cher confrère est plein de zèle et réussi très-bien auprès de ses Chinois .
« M. Guégo compte dans la nouvelle Mission qu’il a fondée , une cinquantaine de chrétiens tous venus du paganisme . Les autres païens lui ont suscité toutes sortes de misères ; des voleurs ont pillé son établissement , des incendiaires mis le feu à son église . M. Guégo est venu porter plainte à Bangkok auprès du gouvernement , et M.Vey s’occupe de lui faire rendre justice ; il a obtenu du ministre des affaires étrangères un ordre envoyé au gouverneur de la province de faire prendre et juger les coupables . Il n’est pas sûr que justice soit rendue , mais M. Guégo ne se décourage pas pour cela , et je suis persuadé que sa constance sera couronnée de succès .
« Je pourrais vous parler encore de M. Schmit , qui n’achète ses succès qu’au prix de bien des tribulations , … mais tous nous avons notre croix à porter d’une manière ou d’une autre . nous avons tous les droits à la victoire , et cependant devant les autorités siamoises et les païens , nous subissons souvent d’injustes défaites … nous ne comptons que sur le secours de celui qui a soutenu ses Apôtres au milieu des nations de la terre … »


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