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Rapport annuel des évêques

Année: 1880
Pays: Thaïlande
Mission: Siam
Rédacteur:Mgr Vey

Siam

« Durant le cours de cette année, nous écrit Mgr Vey, les épreuves ne nous ont pas manqué ; c’est bien naturel, puisque nous venons arracher les âmes à l’enfer ; mais on dirait vraiment que, dans ces derniers temps, l’ennemi du bien va mettre tout en œuvres pour nous empêcher de faire des chrétiens .
« Sur plusieurs points du Vicariat, les Chinois Tua-Hia (francs-maçons ont fait du zèle contre le christianisme ; c’est avec une nouvelle ardeur qu’ils se sont mis à enrôler dans leur Société tous leurs compatriotes. Rien n’est plus remuant, plus avide de tracasseries que le Chinois à Siam, quand il se sent en force et qu’il se croit appuyé par des chefs puissants.
« Ces enrôlés se sont donc mis à vexer les chrétiens dans plusieurs endroits ; injures, menaces, violence ouverte même, ils ont cru pouvoir mettre tout en œuvre pour déconcerter ceux de leurs compatriotes qui, sur l’autel de leur maison, ont remplacé les tablettes des ancêtres par la croix de Notre-Seigneur.
« Leur malveillance n’a pas eu jusqu’ici de bien fâcheux résultats auprès des chrétiens ; mais il n’en a pas été de même parmi les païens qui montraient certaines bonnes dispositions. Ces derniers, la tourmente subite les a découragés, et tous, ou à peu près tous, ont consenti à s’affilier à la société secrète.
« En beaucoup d’endroits, il ne reste plus guère maintenant parmi les Chinois que les chrétiens et des Tua-Hia patronnés par des chefs puissants. Si l’on en croyait aux paroles de certaines têtes exaltées, c’est une inimitié, une haine à mort dont ces Tua-Hia ne se départiront pas avant l’extinction de l’un ou de l’autre parti.
« Déjà plusieurs fois ils ont assailli et battu cruellement des néophytes, il n’est pas douteux que ces violences exercées sur des chrétiens innocents, ne nous portent un très grave préjudice.
« Nos confrères font de leur mieux pour atténuer les conséquences désatreuses de ces vexations sans motif ; c’est avec un courage et une patience dignes de tout éloge qu’ils acceptent l’épreuve et luttent contre elle.
« Les postes chinois n’ont pas été les seuls à souffrir, d’autres district ont eu quelques misères aussi. Celui du P. Prodhomme particulièrement vient de faire une grande perte, vu les modiques ressources dont nous pouvons disposer en sa faveur. A Siam, l’incurie de certains gouverneurs éloignés de la capitale est telle que les brigands, les voleurs ont à peu près pleine liberté, même au grand jour, de voler, piller, ect… Une bande de ces brigands n’osant pas cependant venir à visage découvert, s’est glissée à la faveur de la nuit jusqu’auprès de l’église en bois, élevée à grand’peine, et à force de sacrifices, dans la nouvelle chrétienté de Húa-Kéúg. Les malfaiteurs habitués à tous les crimes, ont jeté du feu sur l’église qui, en quelques instants, a été complètement dévorée par les flammes.
« Recourir dans de pareils cas à l’autorité du pays, c’est à peu près inutile, car elle est dans l’impuissance de saisir les coupables, quand elle n’est pas de connivence avec eux. Il faut donc se résoudre à subir cette perte très considérable, eu égard à la pauvreté où se trouvent les néophytes de ces parages. Après avoir concouru de leurs petites ressources à édifier un bien modeste temple à Notre-Seigneur, ils ont souffert l’an dernier de la disette, car le riz a complètement manqué chez eux, et le prix dans tout le royaume en est fort élevés depuis deux ou trois ans. Notre Confrère M. Prodhomme ne peut donc plus compter sur aucune coopération pécuniaire de la part de ces chrétiens pour relever l’humble sanctuaire. Malgré leur extrême bonne volonté, ils ne pourront lui donner qu’un peu de travail de leurs mains inhabiles. Cependant il faut à tout prix refaire ce que le feu a détruit, parce que c’est là un lieu de passage, une station dont nous avons besoin pour entretenir des relations avec le pays du Laos. Déjà la chaîne des montagnes est franchie ; au delà nous avons des chrétiens qu’il nous faut soigner attentivement et, Dieu bénissant nos efforts, nous augmenterons ce petit troupeau tout nouvellement amené dans le bercail de Notre-Seigneur.
« Je vais avoir le bonheur de conférer l’onction sacerdotale à un de nos lévites de race siamoise. Malgré tout le zèle et la persévérance de nos devanciers, aucun Siamois sans mélange de race étrangère, n’avait gravi les degrés du saint Autel.
« Joseph Phring, le premier de ses compatriotes qui a cet honneur et ce bonheur, était autrefois sous l’habit jaune, jeune disciple du vieux talapoin, chef de pagode, converti il y a dix-sept ans. Je ne doute pas que les prières de cet homme au cœur généreux, qui ne recula pas devant les plus grands sacrifices, ne soient de beaucoup dans la persévérance de notre cher lévite siamois. Dieu seul connaît l’avenir ; mais puisqu’il nous a fait la faveur de prendre un prêtre parmi ces pauvres bouddhistes, espérons que sa divine Miséricorde augmentera le nombre des néophytes dans cette race que l’on aurait été tenté d’appeler inconvertissable.
« A Vât-Phleug, M. Petit vient enfin de terminer une église projetée par lui depuis qu’il a été définitivement chargé de ce poste siamois. C’est là qu’a fini ses jours l’ancien chef de pagode dont je viens de parler, et dont la conversion avait fait quelque bruit à Siam. Dans ces parages, notre Confrère, sans avoir amené encore un très grand nombre d’âmes à la connaissance de la vérité, a eu néanmoins un véritable succès, et désormais la chrétienté est établie d’une manière définitive et durable.
« Un de nos prêtre indigènes, le P. André, vient de jeter les fondements d’une église en briques à Nakhon-Xaisi. C’est le 1er août, fête de saint Pierre aux Liens, qu’assisté de tous les Confrères qui avaient pu s’y rendre, j’en ai béni solennellement la première pierre. La tâche entreprise par le P. André est bien lourde ; mais il n’a reculé ni devant les peines, ni devant les sacrifices. Il me disait un jour : « La gloire de Dieu à qui nous avons été consacré pour la vie, « quand nous sommes devenus ses ministres, mérite bien que nous nous imposions quelques « peines. Je ferai tout mon possible et Dieu m’aidera…. »


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