| Année: |
1882 |
| Pays: |
Thaïlande |
| Mission: |
Siam |
| Rédacteur: | Mgr Mgr Vey |
Siam .
« L’an dernier, nous écrit Mgr Vey, j’avais le bonheur de vous annoncer qu’une tentative pour évangéliser le Laos avait été entreprise par la Mission de Siam . Au mois de janvier, M. Prodhomme revint de Ubôn, centre Laotien, où il se proposait de jeter les premiers fondements de cette nouvelle Mission . Les bons renseignements que m’apportait notre Confrère, me déterminèrent à lui adjoindre encore un prêtre indigène et deux autres catéchistes, afin de lui fournir les moyens d’évangéliser sur une plus vaste échelle nos chères populations laotiennes.
« M. Prodhomme retourna donc accompagné d’un nouveau personnel, et arriva heureusement à Ubôn, où M. Xavier Guégo et les catéchistes partis la première fois l’attendaient le cœur plein d’inquiétude et d’espérance. Pendant l’absence de M. Prodhomme, aucun événement fâcheux n’était venu troubler la tranquillité du personnel de la Mission . Le Père et les catéchistes s’étaient mis avec ardeur à l’étude de la langue qu’ils possédaient déjà passablement, des catéchumènes s’instruisaient . L’arrivée du Supérieur avec un nouveau renfort remplit tout notre monde de joie et d’espérance . On étendit la sphère d’action . Les uns furent chargés d’instruire les catéchumènes, les autres eurent pour mission d’aller visiter les bourgades laotiennes, et d’y répandre la bonne semence de l’Évangile. L’accueil qu’ils ont reçu partout est des plus favorables . Daigne Notre-Seigneur amener à lui ces âmes simples, qui jusqu’ici ont été dans l’ignorance absolue des vérités de la Religion !
« Cependant, il fallait bien que quelque épreuve vînt visiter la nouvelle Mission . Cette épreuve a été suscitée par des bandes de Birmans qui s’en vont, armés jusqu’aux dents, parcourant certaines provinces du Laos, pillant, enlevant les habitants des petits villages sans défense, puis allant les vendre au Cambodge, ou dans certaines provinces laotiennes de la rive droite du Mè-Không . Ces malfaiteurs dont quelques-uns sont porteurs d’écrits signés de l’autorité anglaise, comme marchands de bœufs , de chevaux, etc..., se livrent ainsi à la traite des hommes, des femmes et des enfants arrachés par eux à leur paisible foyer. La présence des Missionnaires dans les pays qu’ils fréquentent, ne manque pas de les inquiéter quelque peu ; aussi tentèrent-ils de susciter par leurs calomnies de graves embarras à nos Confrères. La calomnie ne leur suffisant pas pour arriver à leur but, ils en vinrent jusqu’à proférer des menaces de mort ; mais la fermeté des Missionnaires déjà entourés d’un certain nombre de catéchumènes, les intimida sans doute ; ou bien ils eurent peur qu’une plainte portée à Bang-Kôk ne leur fût préjudiciable. Les dernières nouvelles m’apprennent heureusement que ces bandits qui abusent de la faiblesse de certains gouverneurs, ont fini par se désister de leurs mauvais desseins contre la Mission naissante . Nos Confrères vont donc, Dieu aidant, poursuivre avec zèle et persévérance l’évangélisation de ces contrées lointaines. Que Notre-Seigneur répande sur eux les plus abondantes bénédictions.
« Dans nos anciens postes, le temps qui s’est coulé depuis le dernier compte rendu a été un temps d’épreuve pour la foi des néophytes, et par conséquent un temps d’anxiété incessante pour les Missionnaires chargés de les conserver à Dieu . Depuis deux ans les sociétés chinoises, qu’on pourrait appeler franc-maçonniques, sondaient le terrain dans l’intention, sinon de se faire soutenir ouvertement, du moins de se faire tolérer officiellement par le gouvernement . Ce dessein leur était dicté par une double expérience faite en 1849 et 1870, époques aux-quelles elles avaient tenté de s’organiser publiquement . Mal leur en prit parce qu’elles n’avaient pas d’approbation émanant de haut lieu . Cette fois elles ont mieux réussi; leurs chefs sont parvenus à se ménager de puissants protecteurs .
« Moyennant un serment quelconque de fidélité au roi, permission leur fut donnée de faire des adeptes comme elles l’entendraient . Cette autorisation fut le commencement des troubles et des vexations dans beaucoup d’endroits. D’abord, il n’y eut que les initiations volontaires des compatriotes ; mais bientôt les Chinois, exaltés de leurs succès auprès de leurs protecteurs, dont ils savaient amorcer la cupidité, ne s’en tinrent pas là : Siamois, Cambodgiens, Laotiens, Pégouans, etc., isolés dans les petites bourgades des provinces, se trouvèrent en butte à des tracasseries journalières, qui avaient pour fin de les forcer à se faire sociétaires. Tous ces pauvres gens achetaient la tranquillité moyennant une somme d’argent à payer pour se faire inscrire comme adeptes. Leur conscience païenne ne leur en faisait pas un crime. Les chrétiens seuls résistaient, déclarant que leur Religion leur défendait de prendre part aux superstitions pratiquées par la secte. Il y eut un temps d’hésitation ; mais bientôt, s’enhardissant les uns les autres, les Chinois se prirent à vouloir forcer les chrétiens par des vexations, des pillages à main armée, comme ils avaient fait pour les pauvres païens sans défense. Ces persécutions ne s’arrêtèrent que quand déjà un grand nombre de cas avaient été portés devant les tribunaux .
« Au milieu de pareils troubles, et déjà la totalité des Chinois ayant été enrôlés par les sectaires, il n’y avait pas à compter, cette année, sur de nombreuses conversions. Nous n’espérions nous-mêmes qu’une chose, garder intact le nombre des néophytes que la Providence nous a donnés, et cependant cette divine Providence a bien voulu nous accorder plus que nous n’espérions. Actuellement, la tempête est à peu près apaisée ; nos grands personnages comprennent qu’ils ont fait fausse route en donnant leur approbation à ces sociétés, qui avaient voulu se faire passer pour philanthropiques, mais dont un des buts est de recueillir de l’argent que les chefs se partagent entre eux . »
Le vénérable doyen de la Mission de Siam a célébré cette année le cinquantième anniversaire de son ordination sacerdotale. Mgr le Vicaire apostolique a voulu donner à cette fête de famille toute la solennité possible. Missionnaires et chrétiens, venus en grand nombre pour y assister, ont témoigné au cher M. Ranfaing leur affectueuse vénération . Nous sommes heureux d’offrir à notre bien digne Confrère nos félicitations sincères et les vœux que nous formons, afin que le bon Dieu le conserve longtemps encore à sa chère Mission et lui accorde un jour la récompense de ses travaux et de ses vertus !
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