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Rapport annuel des évêques

Année: 1885
Pays: Thaïlande
Mission: Siam
Rédacteur:Mgr Vey

Siam. 1885

Population catholique 13,850
Baptêms de païens 445
Baptêmes d’enfants de païens 1,128

Le saint ministère s’est fait, cette année, à Siam, dans des conditions particulières de paix et de tranquillité. Nos confrères n’ont pas eu, comme les années précédentes, à lutter contre les tracasseries suscitées par les sociétés chi-noises Ang-dzi, qui peuvent être comparées à nos sociétés maçonniques. Cependant ces sociétés existent toujours ; tous les Chinois y sont enrôlés, et n’osent guère s’en détacher pour se faire chrétiens ; si les conversions parmi eux ont été plus nombreuses que l’an dernier, il y en a néan-moins un grand nombre qui n’ont pas encore osé briser leurs liens.
Dans son dernier compte-rendu, Mgr Vey nous parlait de son projet d’établir des écoles européennes à Bangkok. Ce projet est aujourd’hui réalisé. Deux établissements, l’un pour les, garçons, l’autre pour les filles, fonctionnent régulièrement.
L’école des garçons, appelée Collège de l’Assomption, est sous la direction du P. Colombet. Ce collège compte déjà soixante-quinze élèves. Parmi eux, il y a des fils d’Européens, des fils de riches Chinois, et aussi des enfants de Mandarins Siamois. Quelques-uns sont en fants d’Européens abandonnés à notre charge, et d’autres enfin sont des fils de chrétiens. L’enseignement se donne en trois langues : le français, l’anglais et le siamois. Il n’est pas permis d’apprendre à la fois les deux langues européennes « parce que les progrès seraient lents. Les parents ont donc à choisir entre le français et l’anglais ; plus tard, s’ils le veulent, les jeunes gens pourront étudier les deux langues ». L’étude du siamois est obligatoire pour tous. Le roi, loin de se montrer indifférent à ce projet, a félicité les missionnaires et leur a accordé quelques subsides.
L’institution des filles est dirigée par les Sœurs du Saint-Enfant-Jésus dont la supérieure est Madame Sainte--Hélène. Elle n’est ouverte que depuis deux mois seulement, et compte une vingtaine d’enfants, filles d’Européens. « Les Siamois confieront aussi leurs filles aux Sœurs, j’en ai la conviction, ajoute Mgr Vey, mais ce ne sera pas la première année, ni la seconde peut-être ; il faut qu’ils s’ha-bituent d’abord à entendre parier des religieuses venues d’Europe et qu’ils voient que ces religieuses instruisent et élèvent bien les enfants.
Les missionnaires du Laos Siamois ont eu cette année des succès considérables. Dieu leur a fait la grâce de bap-tiser 284 païens adultes. .
Cette partie de la mission de Siam compte aujourd’hui quatre postes : Ubon, 148 chrétiens et 265 catéchumènes. Ces chrétiens et ces catéchumènes appartiennent presque tous aux races qui habitent les limites du Tong-King et de Siam, et que d’avides spéculateurs ont arrachés à leur pays pour venir les vendre comme un vil bétail. Grâce aux édits royaux et à la justice d’un envoyé royal (le Kha-Luang de Ubon), les missionnaires ont pu en délivrer un grand nombre. Ce sont des Phu-Tung, Phu-Thai, Thai-Kang, Phuen, Kharadai et autres. A eux se sont joints plus tard des Laotiens de Ubon même.
« Nous avons en ce moment à notre charge quotidienne, écrit M. Dabin, près de cent personnes. Ce sont des petits enfants, des jeunes filles, tous orphelins de fait, puisque les pères et mères sont morts ou ont été vendus ; de vieilles femmes sans soutien, des infirmes et des malades. Le P. Clément gouverne avec une grande sagesse toute cette nombreuse famille. Ubon ne possède qu’une chapelle composée de deux pauvres maisons laotiennes ; le mobilier est un peu à l’avenant : c’est la seule église du Laos qui pos-sède des chandeliers d’autel. »
A Amnat, petite ville située à deux journées de marche de Ubon, un poste a été fondé au mois de janvier dernier. On y compte environ 50 chrétiens et 25 à 30 catéchumènes.
A Lakhôn, M. Guégo a baptisé 116 païens et a sous sa direction 47 chrétiens.
Mais c’est à Sakhon, surtout, que les missionnaires ont obtenu de grands résultats. Dans ce poste, fondé depuis une année à peine, il y a aujourd’hui 147 chrétiens et plus de 800 catéchumènes. Malgré des difficultés sans nombre, ces catéchumènes sont venus de tous les points de la pro-vince, et même des provinces voisines ; mais, parfois les mandarins, parfois les maîtres qui les retiennent dans un injuste esclavage, les empêchent d’aller trouver le missionnaire.
« Au commencement du mois d’août, dit M. Dabin, 16 familles, formant une troupe de 140 personnes, étaient parties de différents villages et s’étaient réunies dans les montagnes pour venir ensemble s’établir près de nous. Retardée dans sa marche par les vieillards, les petits enfants, et surtout par des pluies torrentielles, cette troupe ne put arriver. Poursuivie, surprise et cernée par les Adja et des hommes levés à la hâte, elle fut prise et emmenée. Dieu sait à quels barbares traitements les hommes et les femmes seront livrés ! 29 personnes cependant purent s’échapper et viennent de se construire des huttes non loin de l’église. »
Dans tout le Laos, d’ailleurs, se dessine un mouvement très marqué vers notre sainte religion.
« A la fin de juillet, écrit M. Prodhomme, supérieur de la Mission, j’ai dû quitter Sakhon pour me rendre à Bassac auprès d’un envoyé extraordinaire du roi de Siam au Laos, et bien que je n’aie séjourné que quèlques jours dans ce dernier endroit, j’ai pu recueillir et amener à Ubon 80 nouveaux catéchumènes. »
La mission du Laos siamois compte en ce moment 485 chrétiens et plus de 1,500 catéchumènes.


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