| Année: |
1890 |
| Pays: |
Thaïlande |
| Mission: |
Siam |
| Rédacteur: | Mgr Vey |
CHAPITRE VI
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GROUPE DES MISSIONS DE L’INDO-CHINE
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I. ─ Siam.
Population catholique 20.000
Baptêmes de païens 1.704
Baptêmes d'enfants de païens 1.488
« La divine Providence , écrit Mgr Vey , mêle les épreuves aux consolations qu’elle daigne nous accorder : 1,704 baptêmes pour l’année qui vient de s’écouler , voilà notre consolation . Voir souffrir de la faim non seulement les jeunes néophytes , mais aussi leurs frères aînés dans la foi , voilà la peine , la croix douloureuse ajoutée à l’heureuse croix du labeur par lequel le missionnaire gagne les âmes de Dieu .
« Dans la partie du vicariat qui comprend le Laos , la famine est le fléau par lequel il a plu au bon Dieu d’éprouver cette nouvelle mission . La récolte du riz a été nulle dans toute la province d’Ubon où se trouvent les premiers chrétiens . A Ubon même où sont nos confrères , le manque de riz a été total . D’abord , M. Couasnon avec une quinzaine de jeunes gens sont partis dans le but d’en acheter , pour empêcher la chrétienté de mourir de faim . Après quinze jours d’un pénible voyage , ils revenaient leurs barques vides , ayant eu beaucoup de peine à se procurer la nourriture suffisante pendant le trajet . La petite provision qui restait dans les greniers des missionnaires était partagée journellement par rations . La faim non apaisée forçait ces pauvres gens à aller dans la forêt chercher des racines.
« Après M. Couasnon, M. Dabin quitta Ubon pour aller dans le même but dans d’autres provinces environnantes où il restait encore, disait-on, une certaine quantité de riz. Sans être aussi malheureux que son confrère, M.Dabin ne put néanmoins trouver la quantité suffisante pour sustenter ses chers chrétiens. Cependant, il y eut un moment d’espérance, au mois de juin ; les pluies furent abondantes au commencement de la saison. Hélas! Vain espoir. Au mois de juillet, époque des pluies, la sécheresse survint : tout le monde fut plongé dans la consternation. Les dernières lettres qui m’arrivent du Laos m’annoncent que la nouvelle récolte sera entièrement perdue comme l’an dernier. C’est la famine continuée sans en prévoir le terme.
« Le prix du riz est exorbitant. Encore est-il extrêmement difficile d’en trouver, même dans les provinces limitrophes de celles d’Ubon. Les difficultés de transport dans des pays où non seulement il n’existe pas de voie ferrée ; mais où il n’y a même pas un chemin aisément praticable, isolent complètement la région éprouvée par la famine. En Europe, les pays voisins viennent en aide en important au moins le nécessaire à la vie ; dans les provinces laotiennes, les communications sont si pénibles que chaque localité est livrée à son triste sort . A bout de ressources, M. Prudhomme, supérieur de la mission du Laos, de concert avec ses confrères, a décidé d’emmener à La-khon et à Sakon la plus grande partie des chrétiens d’Ubon. C’est une détermination sage. La vie de nos chers néophytes sera conservée, nous l’espérons ; mais que d’inconvénients, que de pertes à subir dans cet exil forcé, pertes bien lourdes pour ces pauvres gens obligés d’abandonner leurs habitations, leurs champs qu’ils trouveront ruinés à leur retour. Que la main de Dieu soit bénie ! Que de conversions nous pourrions avoir parmi les pauvres païens affamés qui viennent demander de quoi ne pas mourir ; mais comment pourrons-nous venir à leur aide ? Les ressources nous manquent !
« Dans les provinces susnommées à savoir Lakhon et Sakon, la disette se fait sentir quelque peu. Néanmoins la récolte a produit le strict nécessaire, et nos confrères ont pu se livrer à l’administration des chrétiens et à l’enseignement des nombreux catéchumènes, baptisés dans le courant de l’année. Le succès a couronné leurs efforts. La grâce du bon Dieu a éclairé ces pauvres laotiens dont plus d’un millier ont été faits enfants de Dieu. Que n’avons-nous plus de ressources afin de développer davantage notre action dans ces parages lointains ?
« La commission française dont le but est l’étude de la délimitation entre le Siam et l’Annam, a terminé la première série de ses travaux. M. Pavie, chef de cette mission, et sa suite sont descendus de Luang-phra-bang au Cambodge par le Me-khong. Ces messieurs ont visité nos confrères de Lakhon et d’Ubon. Leur présence a produit une excellente impression. Il est certain maintenant que des communications régulières seront établies par la voie du grand fleuve entre la Cochinchine et le Cambodge et les provinces du Laos. Les fameuses cataractes que l’on disait infranchissables laissent un passage assez facile aux petits bateaux. Ceux-ci transportés dans la partie supérieure prendront le chargement d’autres bateaux plus grands, venus jusqu’au pied de ces grandes cataractes. Un court transit seulement sera effectué soit par une voie ferrée soit par d’autres moyens. Ces projets exécutés, nos confrères du Laos n’auront plus à subir les longues fatigues que leur impose le voyage de Bankok à Ubon. La voie des bateaux sera plus expéditive.
« Dans la vallée du Ménam nous n’avons pas eu à déplorer les malheurs de la famine. La récolte a été ordinaire , mais l’année qui vient s’annonce mal. La pluie manque ; les champs sont secs. Il est désormais certain que le riz sera en très petite quantité. Son prix a déjà atteint un chiffre très élevé. Que la divine Providence suscite la charité des bonnes âmes afin que nous soyons secourus dans la disette qui afflige déjà le Laos et va fondre sur nous !
« L’administration des anciennes chrétientés dans le Siam proprement dit a suivi son cours régulier. Les écoles, les catéchuménats ont continué à donner de consolants résultats sous la sage direction des missionnaires. Ceux-ci sont corps et âme à la tâche qui leur a été confiée. C’est avec reconnaissance et bonheur que j’enregistre aujourd’hui les nombreuses conversions dont ils ont été les instruments bénis. La partie de la vigne cultivée par eux ou déjà défrichée par leurs devanciers, ils l’ont entretenue avec le plus grand soin ; la grâce secondant leurs efforts, ils ont semé de nouvelles plantes : peu à peu le champ du Père de famille s’aggrandit, porte de nouveaux fruits agréables au Seigneur.
« Quatre stations ont été fondées pendant le courant de l’année. Deux dans la province de Ratburi, une dans celle de Nakhon, Xaisi, et la quatrième au nord de la province de Nakhon-savan. Cette dernière mérite une attention toute spéciale. Elle est regardée comme très importante. Elle est située à Paknam-pho, dans une île formée en aval de la jonction des deux branches du Ménam, descendant l’une de Phitsamulok, l’autre de Prahing. A Pak-nam-pho, il se fait déjà un commerce considérable : dans un avenir prochain, ce sera un des plus grands centres de population en Siam. Depuis plusieurs années nous désirions un pied-à-terre dans ces parages. Aujourd’hui ce pied-à-terre existe. M. Quentric, comptant sur l’assistance du Ciel, est allé de l’avant, et sur le terrain acquis se sont groupées tout dernièrement quelques familles chrétiennes que la pauvreté avait dispersées au loin dans le nord.
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