| Année: |
1892 |
| Pays: |
Thaïlande |
| Mission: |
Siam |
| Rédacteur: | Mgr VEY |
CHAPITRE VI
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GROUPE DES MISSIONS DE L’lNDO-CHINE
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I. — Siam.
Population catholique 22.000
Baptêmes d’adultes 1.553
Conversions d’hérétiques 4
Baptêmes d’enfants de païens 1.327
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LETTRE DE MGR VEY, ÉVÊQUE TITULAIRE DE GÉRAZA, VICAIRE
APOSTOLIQUE DE SIAM, A MM. LES DIRECTEURS DU SÉMINAIRE DE PARIS.
« Messieurs et vénérés Directeurs.
« L’an dernier, de grandes calamités pesaient sur nous : disette dans le Siam, famine dans la vallée du Me-kong. Il y avait là de quoi contrister le cœur du missionnaire, qui souffre tant, quand il voit souffrir ses chrétiens. Nos prévisions, pour l’année prochaine, donnent à espérer que la divine Providence va mettre un terme aux rigueurs de l’épreuve, au moins pour le bassin du Me-nam. L’abondance des pluies dans les plaines du Siam promet une bonne récolte ; en sera-t-il de même dans les provinces laotiennes ? Je n’ose pas encore le certifier. La pluie est tombée tout d’abord, ensuite est survenue une sécheresse, dont la trop longue durée a fait périr les riz déjà semés. De nouvelles semailles ont été faites ; mais quel sera le résultat d’une récolte tardive ? il est bien à craindre qu’elle ne suffise pas aux besoins du pays.
« Les souffrances de nos néophytes du Laos paraissent avoir attiré la grâce de Dieu sur leurs compatriotes, anciens prisonniers de guerre qui se trouvent dispersés aujourd’hui parmi les Siamois. Ces pauvres gens, assujettis à de lourdes corvées, n’avaient jamais osé songer à se faire chrétiens, de peur de voir empirer leur malheureux sort. Cependant un grand village de ces exilés, situé au pied de la chaîne des montagnes de Phra-bat (vestige de Bouddha), s’était ébranlé, mais une petite partie des habitants seulement eut le courage de se déclarer chrétienne. D’autres Laotiens nous avaient aussi fait des avances et demandé à se convertir ; en présence des difficultés, ils reculèrent presque tous. Enfin, ayant appris qu’au Laos, leur patrie, il y avait déjà des milliers de chrétiens, ils s’enhardirent mutuellement et prièrent le P. Quentric d’aller les voir, promettant cette fois de se convertir sérieusement. Un village qui compte plus de cent feux, et qui s’est fait l’interprète d’un grand nombre de hameaux laotiens des mêmes parages, est venu tout entier à nous. Espérons que la grâce du bon Dieu touchera ces cœurs simples et timides et leur fera embrasser sincèrement notre sainte religion.
« Voilà donc un vaste champ qui s’ouvre au zèle de nos chers confrères chargés des provinces de Juthia, Saraburi, Phra-bat, Muang-phrom, etc., jusqu’à Nakhon-Savan, où déjà une station est établie.
« Au nord, le bon Dieu est encore peu connu. La mission était, il y a cinquante ans, entièrement concentrée dans Bangkok, Chantabun et Juthia. Elle avait été réduite à ces minimes proportions par l’invasion birmane de 1767 : il ne restait guère que les débris des chrétientés dévastées par les envahisseurs.
« Après la ruine de Juthia, les nouveaux rois s’étaient montrés très sévères à l’égard des missionnaires. Ils accordaient, il est vrai, aux chrétiens la libre pratique de leur religion, mais interdisaient à tout sujet siamois d’abandonner le bouddhisme, et l’action des missionnaires était pour ainsi dire nulle.
« Depuis cinquante ans, les souverains de Siam sont revenus de cette sévérité ; ils ont permis d’enseigner et de prêcher partout. La mission sut tirer parti de ce commencement de liberté ; c’eût été cependant une imprudence de vouloir évangéliser immédiatement la population siamoise. La jalousie des mandarins, appuyée sur d’anciennes coutumes, aurait empêché les conversions. Nos anciens comprirent la situation ; ils travaillèrent d’abord dans les régions que l’on peut appeler le Bas-Siam. Elles étaient habitées par une population cosmopolite, moins assujettie aux caprices des mandarins, et par conséquent plus accessible aux missionnaires. Les provinces de Bangplasoi, Petriu, Muang-phang, Muang-phanat, Nakhon-najok, Nakhon-xaisi, Meklong, Ratburi, etc., reçurent successivement la bonne nouvelle.
«Le moment serait venu pour nous d’attaquer le nord de Siam, mais hélas ! l’étendue du Vicariat est immense et le personnel enseignant nécessaire pour opérer sur une grande échelle nous fait défaut. J’ai eu le bonheur de visiter, au cours de ma tournée pastorale, la plupart des églises de la mission. Partout il m’ a été donné de constater le dévouement de nos confrères. Ils ont réuni les enfants de la première communion et les adultes nouvellement baptisés, et les ont préparés à la réception du Sacrement qui fait le chrétien « soldat de Dieu ». Les difficultés étaient grandes, parce que l’année était dure ; néanmoins nos chers confrères ont parfaitement réussi. Les néophytes ont pu, à quelques exceptions près, profiter comme autrefois de la visite de leur évêque et père. Dieu en soit béni !
« La grande chrétienté annamite de Chantabun voit surgir autour d’elle plusieurs petites stations, qui font la joie des missionnaires. A Van-jao et à Pak-nam, qui ont déjà leur chapelle, se sont ajoutés Ban-saling, au nord-est de Chantabun, et Ban-ma-fai, au sud-est. Ban-ma-fai n’a encore qu’une trentaine de catéchumènes ; Ban-saling (environ 150 habitants) est presque tout chrétien. Le Père Joseph, prêtre indigène, a baptisé ces néophytes, qui sont Chinois et cultivent le poivre. Ils arrivent ici sans autre avoir que les quelques guenilles qui couvrent leur nudité ; ils se louent d’abord à la journée, puis peu à peu, à force de travail et de persévérance, ils parviennent, s’ils ne fument pas l’opium, à amasser un petit pécule qui leur permet de se mettre à leur compte, et commencent à défricher un coin de la forêt. Ils se construisent alors une misérable hutte, au milieu de leur modeste propriété ; s’ils sont sages et continuent d’être laborieux, une maisonnette remplace bien vite la hutte, ils épousent une fille du pays et la famille est constituée. Ban-saling ne compte que de ces planteurs de poivriers.
« Nos néophytes furent grandement étonnés quand, le 1er janvier, ils virent défiler à travers les sentiers tortueux de leurs jardins, une troupe d’environ soixante enfants ou jeunes gens, dont les jambes portaient allègrement la fatigue des quatre lieues qui séparent Ban-saling de Chantabun : c’étaient les internes du collège de l’Assomption qui faisaient une promenade. La joie de nos chers chrétiens fut à son comble lorsque, quelques moments après, apparut, en tête d’une cavalcade, ma soutane violette. Les Annamites de Chantabun, pour couronner les fêtes de la Confirmation, avaient préparé cette joyeuse promenade à Bansaling, afin d’encourager leurs nouveaux frères dans la foi.
« A Muang-phanat, la colonie établie depuis plus de vingt ans par le Père Guégo a éprouvé une vive alerte. Les païens avaient tramé ni plus ni moins l’expulsion des colons. Quelques-uns d’entre eux effrayés outre mesure s’enfuirent, abandonnant les champs qu’ils avaient défrichés à la sueur de leur front. Heureusement la panique ne fut pas de longue durée ; tout rentra dans l’ordre, et le Père Guégo put établir, à Ban-pho, une nouvelle station, qui est la troisième aux environs de Hua-phai, son principal centre.
« PETRIU. — Sur le fleuve de Petriu, le Père Schmitt aidé du Père Gennevoise entreprend la construction d’une église. Elle sera à cinq heures de distance de celle qu’il a édifiée jadis pour les chrétiens de Ban-mai, un des principaux centres sur les bords de ce cours d’eau. Les stations de Nakhon-najok et d’Atsake, desservies par ces Messieurs, mais trop éloignées pour être visitées fréquemment, me demandent un missionnaire. Le refus obligé que je leur oppose me fend le cœur : en effet les chrétiens de ces deux stations auraient besoin d’un pasteur, qui prendrait soin d’eux et amènerait d’autres brebis au bercail.
« Thakien a eu à souffrir aussi de l’échauffourée qu’avait suscitée la malveillance de personnages influents contre la colonie du Père Guégo. Tous les missionnaires n’ont-ils pas la même robe, ne prêchent-ils pas le même Dieu ? Le gouverneur de Muang-phanon lui-même s’est montré très hostile à la chrétienté de Thakien dont est chargé le Père Voisin. Il a eu recours aux stratagèmes ordinaires des païens contre la religion : on soudoie quelques hommes qui, per fas et nefas, font surgir une grosse affaire. Des accusations calomnieuses sont habilement inventées et soutenues par des témoins à gages. Les juges prennent fait et cause pour les calomniateurs et les inculpés sont jetés dans les fers. Si quelque protecteur ne vient à leur secours, ils sont perdus. Le cher Père Voisin a dû lutter en faveur de tout son village contre la scélératesse de l’autorité provinciale. Grâces à Dieu, la lumière s’est faite, et l’injustice a été réparée d’une manière sinon adéquate, au moins acceptable.
« Les chrétientes plus voisines de Bangkok et celle de la capitale elle-même avec ses écoles indigènes et eurasiennes, ont continué à donner de consolants résultats. En plein Bangkok, monte lentement, belle et grandiose, à mesure que ses murs s’élèvent, l’église du Rosaire, dont l’an dernier j’ai eu la consolation de bénir la première pierre. Le Père Dessales consacre à cette construction tout son temps et toute son activité ; la nouvelle église sera un monument remarquable dans l’orgueilleuse cité siamoise.
« La province de Nakhon-xaisi, autrefois si florissante et aujourd’hui si pauvre, s’est dépeuplée petit à petit. Cependant nos chrétiens encouragés par les prêtres indigènes, ont refusé de l’abandonner, et une certaine aisance est revenue parmi eux : au lieu de cultiver la canne à sucre, ils sèment le riz qui épuise beaucoup moins la terre.
« Les chrétientés de l’Ouest, échelonnées le long du Me-klong, depuis son embouchure jusqu’au pied des montagnes qui séparent le Siam de la Birmanie, ont été très éprouvées pendant cet exercice. Dans cette région, on cultive surtout le tabac et le piment, et le manque de pluie y a occasionné un véritable désastre.
« Dans deux ans, Bangkok aura ses chemins de fer, qui le mettront en communication rapide avec Korat, le grand centre où vont aboutir les exportations du Laos. Les hommes travaillent pour le monde éphémère, mais ce qu’ils entreprennent sert à l’œuvre de Dieu sans qu’ils s’en rendent compte. La route que nos confrères des rives du Me-kong parcourent tous les ans, entre Oubone et Bangkok, sera par le fait même abrégée de moitié, et ils arriveront à Korat sans fatigue aucune. De Korat aux rives du grand fleuve, les chemins sont bons et praticables en toute saison.
« Une innovation importante a eu lieu dans l’administration des régions laotiennes. Jusqu’à présent le Laos était gouverné par des hommes du pays. Le contrôle de la capitale s’exerçait de loin en loin par des commissaires spéciaux envoyés de Bangkok avec des pouvoirs plus ou moins limités, selon les circonstances. Ces commissaires royaux ne se montraient pas moins avides que les gouverneurs indigènes, et leur apparition était toujours le signal d’une aggravation des charges qui pèsent sur le pauvre peuple. Le roi vient de modifier ce déplorable état de choses : trois de ses frères ont été nommés administrateurs ou vice-rois des provinces formant le bassin du Me-kong. Le Laos se trouve par là même divisé en trois grands gouvernements ayant pour capitales : Luang-prabang, Nong-kai et Oubone. Nos confrères n’ont rien à traiter à Luang-prabang, où jusqu’ici il n’y a jamais eu de missionnaires. Les chrétientés du centre de l’immense vallée sont sous la juridiction du prince Kromma Mun Phrachak, qui réside à Nong-kai. A Bang-kok, ce prince était maire du palais ; nos relations antérieures avec lui nous faisaient espérer qu’il ne nous serait point hostile ; nous ne nous étions pas trompés.
« Sept de nos chrétiens du Laos ayant été accusés du crime de haute trahison par leurs ennemis païens et jetés en prison, les PP. Prodhomme et Rondel se rendirent à Nong-kai auprès du Prince, qui fit élargir les chrétiens et donna des ordres pour empêcher le retour de pareilles molestations.
« Kromma-luang Pixit est le nom du Prince qui gouverne les provinces du Sud. Il a fixé sa résidence à Oubone. Avant son départ de Bangkok, Son Altesse connaissait et savait apprécier le dévouement du missionnaire catholique qui s’en va, au prix de tant de privations et de sacrifices, consumer sa vie au service des malheureux. La traite des esclaves faite naguère encore par des bandes de Birmans ne lui était pas inconnue : quand il fut nommé vice-roi, il exprima en excellents termes sa reconnaissance personnelle et celle du roi son frère pour la large part qu’avaient prise les missionnaires à l’abolition de cet odieux trafic. Il nous promettait son concours et sa protection ; ses débuts au Laos n’ont fait que confirmer ses bonnes dispositions à notre égard.
« Recevez…..
« † J.-L. VEY,
« Évêque tit. de Geraza. »
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