| Année: |
1896 |
| Pays: |
Thaïlande |
| Mission: |
Siam |
| Rédacteur: | Mgr Vey |
CHAPITRE VI
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GROUPE DES MISSIONS DE L’INDO-CHINE
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I. — Siam.
Population catholique 27.000
Baptêmes d’adultes 1.039
Conversions d’hérétiques 8
Baptêmes d’enfants de païens 1.125
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Les diverses institutions qui, dans le Vicariat apostolique du Siam, sont destinées à former la jeunesse : tel est le sujet dont nous entretient Mgr Vey dans la première partie de son compte rendu. « Parmi ces institutions, dit avec raison Sa Grandeur, celle qui tient le premier rang et que le Saint-Siège recommande avec tant d’instance, est le séminaire, où doivent se former les élèves du sanctuaire, que la divine Providence appelle à devenir les porte-parole de Notre-Seigneur parmi leurs compatriotes.
« Le nôtre compte en ce moment 65 séminaristes, petits ou grands. J’ai eu le bonheur de conférer le diaconat à quatre d’entre ceux-ci qui recevront le sacerdoce à la fin de l’année. Le nombre de nos prêtres indigènes sera ainsi porté à 18 ; daigne le Seigneur nous les conserver fidèles et dévoués ! Une grande préoccupation pèse tout particulièrement sur M. Bernat, supérieur de cet établissement : les constructions qui ont servi jusqu’à présent, sont en bois ; le soleil, la pluie, les ont détériorées ; il faut nécessairement les remplacer par de plus solides.
« Outre ce séminaire, de langue siamoise, l’extension de la Mission nous oblige à en fonder un second, de langue laotienne. Le Vicariat apostolique, en effet, comprend deux pays, dont l’idiome n’est pas le même : le pays du Siam proprement dit, arrosé par les rivières qui se jettent dans le golfe de ce nom, et les provinces laotiennes du bassin du Mekong. Il y a seize ans, dans ces régions du Laos, le nom de Dieu n’avait pas encore été prononcé. Actuellement, des chrétientés sont échelonnées le long du fleuve, ou non loin de ses bords, à partir de Bassac, au sud, jusqu’à Nongkhai, au nord, près des ruines de l’ancienne Vien-tian. Ces nouvelles chrétientés forment déjà un total de 7.000 âmes et le nombre des néophytes s’accroît de jour en jour. Il faut former parmi eux un clergé indigène, qui soit de leur langue, afin d’attirer davantage la confiance de leurs compatriotes païens. Les missionnaires de cette intéressante région ont déjà tout préparé pour donner, sans tarder, au Seigneur, des prêtres de race laotienne. M. Excoffon, qui administre la chrétienté de Dondon, établie dans une île du fleuve, est chargé aussi de l’œuvre du séminaire. Un groupe d’enfants avaient été choisis ; il a fallu d’abord leur enseigner l’a b c ; aujourd’hui, ils sont capables de commencer l’étude des éléments de la langue latine.
« Le collège de l’Assomption, à Bangkok, sous la direction de M. Colombet, dignement « secondé par deux de ses confrères, neuf professeurs laïques et deux maîtres siamois, a pris « de rapides développements. « Le nombre des élèves, écrit M. Colombet, a atteint cette fois « le chiffre de 380. La moitié sont païens, fils de mandarins ou de riches indigènes. Nous « recueillons parmi eux quelques bonnes recrues pour notre sainte religion ; la moyenne « des baptêmes donnés, chaque année, est de 15. Nos premiers élèves sont maintenant « employés dans diverses administrations ; quelques-uns sont au Laos, où ils remplissent les « fonctions d’interprète à la satisfaction de leurs chefs hiérarchiques. » M. Colombet termine « ainsi sa lettre : Les locaux ne suffisent plus pour satisfaire à toutes les demandes qui me sont « adressées. Quand nous entreprenions la construction de ce collège dédié à la sainte Vierge, « nous croyions faire grand, et voilà que nous nous trouvons déjà à l’étroit. »
« L’institution des Sœurs de Saint-Maur, également à Bangkok, est fréquentée par 160 élèves, presque toutes eurasiennes, c’est-à-dire filles d’européens et de femmes indigènes. Ici, c’est le même refrain que précédemment : il faut s’agrandir. La Mère supérieure s’est vue dans la nécessité de refuser des pensionnaires qui, jusqu’à nouvel ordre, devront demeurer externes et venir de loin, chaque jour, pour assister aux classes. Il faudrait là un vaste pensionnat, car il est à présumer que, dans peu de temps, les petites Siamoises elles-mêmes viendront à l’école des Sœurs, tout comme leurs frères ont fini par fréquenter le collège de l’Assomption. Déjà trois petites-filles de l’ancien régent et la fille adoptive d’un prince ont donné l’exemple. Le Siamois d’autrefois ne voulait emprunter aux étrangers ni leurs usages ni leurs mœurs ; mais les idées se sont modifiées et la situation continue à changer de jour en jour.
« Nos écoles de langue siamoise, soit à Bangkok, soit dans les provinces, sont dirigées par des maîtres d’école pour les garçons, et par des religieuses indigènes pour les filles. Elles sont une charge nécessaire, mais bien lourde, car il est indispensable d’en créer de nouvelles, à mesure que les récentes chrétientés deviennent importantes. Qu’il est difficile pour le néophyte qui ne sait pas lire, de conserver dans sa mémoire le souvenir des vérités qu’il a entendues au catéchisme ! Cela est surtout vrai, quand il habite loin de l’église et ne peut aller entendre, le dimanche, les instructions qui y sont données. S’il sait lire, ses livres de religion l’accompagnent partout ; le dimanche, il récite les longues prières faites pour le saint jour. Il lit, et ainsi, au lieu de perdre les connaissances déjà acquises, il peut au contraire les développer. Dans plusieurs endroits, à la capitale spécialement, les enfants fréquentent les écoles pendant la très grande partie de l’année ; mais les retenir aussi longtemps — neuf ou dix mois — n’est pas pratique dans toutes les chrétientés. A la saison des travaux des champs, il nous serait difficile d’obliger les parents à les envoyer régulièrexnent chaque jour. Nous réduisons donc le temps de l’école à cinq ou six mois par an, c’est-à-dire au temps où les occupations dans les familles sont moins pressantes. L’expérience prouve d’ailleurs que ces cinq ou six mois, jusqu’après la première communion, suffisent à l’enfant du peupIe, pour apprendre ce qu’il doit savoir, afin de devenir bon chrétien et bien remplir les devoirs de sa condition.
« Une autre entreprise considérable qui est pour nous l’objet de bien des sollicitudes, c’est la construction d’un hôpital où la communauté européenne puisse, au besoin, recevoir les bienfaits de la charité chrétienne. Nos marins francais, ceux surtout qui stationnent, soit à Bangkok, soit en d’autres postes, ont droit de demander que les missionnaires pensent à eux, quand la maladie les atteint dans ces régions, si loin de la chère patrie. Nous avons mis la main à l’œuvre ; un premier pavillon de 38 mètres de long sur 12 de large est commencé, ainsi que la maison des religieuses, qui consacreront leur vie au soin des infirmes. Plus tard, si les circonstances le permettent, nous construirons un autre grand hôpital pour les indigènes.
« Dans le compte rendu de l’an dernier, continue Mgr de Géraza, les différentes régions du Vicariat apostolique étaient rapidement passées en revue. Les missionnaires qui les arrosent de leurs sueurs ne comptaient certes pas alors obtenir de très nombreuses conversions ; cependant ils se promettaient, avec l’aide de Dieu, de consolants résultats. Le travail de ces chers ouvriers du Christ a été récompensé : nous avons plus d’un millier d’adultes convertis, Dieu en soit loué. Quel sera le succès de l’exercice qui s’ouvre ? Il est à présumer que nous dépasserons le chiffre de celui qui se termine.
« Au Laos, les chrétientés les plus méridionales sont celles de Bassac. En deux ans, M. « Couasnon y a créé troi centres. « De toutes parts, m’écrit ce confrère, on me demande ; « hélas ! je ne puis pas me multiplier. Dans l’un de mes postes, distant de plus d’une journée « de Bassac, ma principale station, il y a une centaine de catéchumènes qui m’ont occupé « beaucoup et qui sont préparés au baptême. »
« Ubon, près du confluent du Sémun et du Mékong premier pied-à-terre de MM. Prodhomme et Xavier Guégo, demeure le point central des communications avec Bangkok. C’est là que se construit la première église tant soit peu digne de ce nom. M. Dabin, chargé d’Ubon et des stations environnantes, s’impose généreusement de bien durs sacrifices pour l’édification de ce temple du vrai Dieu. Il sera très modeste, mais néanmoins comme il paraîtra beau à ces populations qui, avant l’arrivée des missionnaires, ne savaient même pas scier une planche ! La hache seule était en usage pour équarrir et fendre le bois. Ce sont les ouvriers apostoliques qui ont introduit les instruments de menuiserie, de forge, etc. Si leur vocation a pour fin première le salut des âmes, cela ne les empêche pas de songer au bien matériel de ces contrées païennes, déchues de l’ancienne civilisation que l’homme tenait de ses premiers pères et que les longs siècles du paganisme, toujours dissolvant, a fait décroître.
« C’est à Ubon et dans les environs que furent créés les premiers postes chrétiens ; cependant, les conversions y ont été moins nombreuses que dans les régions dépendant des paroisses de Lakhon et de Sakhon, où les missionnaires se sont établis plus tard. En effet, dans ces dernières provinces se trouve la grande majorité des néophytes laotiens ; le poste extrême-nord est celui de Nongkhai.
« Depuis 1893, nos chrétiens de la rive gauche du Mékong sont sous la juridiction française, ce qui ne veut pas dire que tout marche pour le mieux au point de vue catholique. Ainsi, dans la partie de la province de Lakhon soumise à la France, le résident français voulant établir un gouverneur indigène, demanda l’avis des habitants : ce fut comme une sorte de suffrage universel. Tous, païens aussi bien que chrétiens, élurent un catholique en qui tout le monde avait confiance. Ce choix fut une surprise pour l’administration ; cependant l’élu fut confirmé ; mais on n’attendait qu’une occasion pour l’écarter.
« Quand on est français, on sait que les chrétiens ont des devoirs à remplir le dimanche qui est le jour du Seigneur. N’importe ; l’officier préposé à l’administration de la région mande, un dimanche, le gouverneur à la Résidence, à l’effet d’examiner une affaire fort peu urgente. Il fallait quatre heures de chemin pour se rendre à l’endroit indiqué ; impossible au chef d’assister à la messe et d’arriver à temps au rendez-vous. D’ailleurs, ce brave homme, simple et droit ; s’imaginait que l’officier français, chrétien lui-même, avait eu une distraction en fixant le dimanche au lieu d’un autre jour.Il fit donc très humblement ses réflexions et pria de vouloir bien différer jusqu’au lendemain, puisque l’affaire n’était pas pressante. Le piège tendu avait réussi ; le lundi, à son arrivée, notre Laotien fut appréhendé, emprisonné, et sa déchéance fut publiée pour cause d’insubordination envers ses supérieurs hiérarchiques. Les votants, convoqués à nouveau, nommèrent derechef celui qu’ils avaient élu une première fois, mais l’agent français ne voulant pas d’un chrétien, refusa de confirmer l’élection. La France veut protéger et protège la religion en Extrême-Orient ; toutefois, parmi les fonctionnaires, il en est, peu fort heureusement, qui tendent à agir en sens contraire. C’est leur conduite personnelle qui est la cause de cette aberration ; la religion leur dit d’être justes, d’être moraux, et ils ne le veulent pas ou ne se sentent pas le courage de l’être.
« Les Laotiens n’habitent pas que les régions qui ont été le sol de leurs ancêtres. Des milliers ont été transportés sur la terre du Siam proprement dit. Les rois de Vien-tian, cette ancienne capitale du Laos, aujourd’hui détruite, se révoltèrent, à plusieurs reprises, contre leurs suzerains siamois. Ils furent toujours battus, et chaque fois, les vainqueurs emmenaient des captifs qui, donnés aux chefs de l’armée, devenaient leurs serviteurs ou leurs esclaves. La dernière expédition qui transporta des foules de ces pauvres gens dans le Siam, eut lieu en 1828, époque à laquelle fut détruite la royauté, dans le pays conquis par les souverains de Bangkok. Ces captifs ou prisonniers de guerre, malgré leur triste état de sujétion, se sont multipliés beaucoup, tandis que la race conquérante décroît progressivement. Leurs descendants forment maintenant environ le tiers de la population entière du pays de leur captivité. Soumis à l’arbitraire de leurs chefs, ils n’étaient pas libres de se faire chrétiens sans s’exposer à de dures molestations. Les événements politiques qui de nos jours se déroulent en Indo-Chine, amènent des changements à cette déplorable situation, et la modifient peu à peu à l’avantage de ces malheureux. Ils pourront désormais, nous l’espérons, venir à nous plus librement. Déjà cinq nouvelles stations, exclusivement laotiennes, sont fondées dans les provinces de Ratburi, Nakhon-Xaisi, Juthia, Nakhon-najok et Prachim. Quelques catéchumènes seulement ont obtenu la faveur d’être admis au baptême, car il est important de bien instruire les néophytes qui doivent être la base des chrétientés naissantes ; mais des centaines étudient avec ferveur, et les missionnaires ont le meilleur espoir pour l’avenir.
« Puisqu’il s’agit de Laotiens, citons un trait bien édifiant d’une enfant de 14 ans. Au mois d’avril 1896, le choléra s’abattait sur le Siam. A Bangkok, il enlevait environ 3.000 personnes par jour, pendant toute une quinzaine. A Don-phut, petit village laotien de la province de Juthia comptant 190 habitants, tous chrétiens ou catéchumènes, le fléau emporta, en 5 jours, 36 personnes. Ils avaient couru chercher le missionnaire le plus voisin dont la résidence principale est à une journée de marche. Le missionnaire n’était plus là, il était allé porter ailleurs le secours de son saint ministère. Ces néophytes ont été admirables dans l’épreuve : ils s’exhortaient mutuellement à bien mourir et baptisaient, à l’article de la mort, ceux d’entre eux qui n’étaient encore que catéchumènes. Ils s’aperçurent, sans en pouvoir connaître la cause, que l’eau du puits alimentant le village s’était corrompue, et alors ils décidèrent d’abandonner cet endroit momentanément.
« Deux jeunes sœurs, l’une de 16, l’autre de 14 ans, baptisées seulement depuis trois mois, allèrent demander asile, en un village voisin où le fléau sévissait aussi mais moins violemment, à l’une de leurs tantes encore païenne. Le lendemain, la plus jeune fut prise par le terrible mal. Un médecin siamois, dont les remèdes ont été souvent efficaces, quand ils étaient appliqués dès le début, fut demandé et arriva aussitôt. Il s’était chargé du cas, quand il s’aperçut que la malade n’était pas revêtue des amulettes ou talismans diaboliques, insignes ordinaires de la superstition païenne. Ils étaient remplacés par la médaille de la sainte Vierge et une petite croix suspendues au cou de la jeune chrétienne.— « Je ne connais pas la vertu de « la médaille ni de la croix, dit le médecin ; qu’on les enlève et qu’on les remplace par nos « amulettes sacrées qui nous inspirent confiance à nous, Siamois, alors je donnerai des « remèdes ; vite, le temps presse. » — La tante, ne songeant qu’à guérir sa nièce qu’elle aimait, apporte de suite les amulettes en question et veut les passer au cou de la malade et autour de son corps. – « Tu peux garder ta médaille et ta croix, dit-elle ; mais ajoute à tes « insignes chrétiens nos insignes à nous. Si nous ne le faisons pas, tu mourras certainement ; « le médecin l’exige ; sans cela il ne consent pas à te donner des remèdes. » – La malade que sa sœur encourageait à offrir sa vie au bon Dieu, si telle était sa divine volonté, leva les yeux : — « Je t’en prie, dit elle au médecin, donne-moi tes remèdes, mais ne me fais pas revêtir ces insignes du paganisme que j’ai rejetés. Tu ne le comprends pas, toi, ni ma tante non plus, parce que vous ne connaissez pas Dieu ; mais moi, chrétienne, je ne puis pas les prendre, ce serait une apostasie. Tu ne voudrais pas, ma tante, me faire commettre un péché. » — Sa sœur pleurait et priait, la tante et le médecin insistaient; celui-ci déclara même formellement qu’il n’administrerait ses remèdes qu’à cette condition. Les deux sœurs récitèrent ensemble une prière à la sainte Vierge, puis la malade ajouta : — « Le salut de mon âme avant tout ; si tu ne veux pas me soigner, à la volonté de Dieu ! C’est Lui qui a fait mon corps et mon âme, je les lui rends, je les lui offre bien volontiers ; plutôt mourir que de faire un acte superstitieux qui l’offenserait. » — Le médecin se retira ; quatre heures après, l’héroïque néophyte expirait dans les bras de sa sœur. Deo gratias ! Elle prie au ciel pour ses compatriotes.
« Dans toutes les chrétientés du Vicariat, les missionaires ont travaillé avec leur zèle et leur dévouement accoutumés ; le bien se fait lentement, mais progressivement; chaque année apporte sa gerbe d’épis, qui est mise dans le grenier du Père de famille ; peu à peu des centres chrétiens se fondent, des chapelles s’élèvent. Elles sont d’abord bien modestes, bien pauvres, mais plus tard, quand le grain de sénevé aura grandi, elles seront remplacées par de plus convenables qui diront aux païens que les enfants de Dieu font toujours leur possible pour Lui élever des temples moins indignes de Lui.
« La fête du saint Rosaire a été, cette année, célébrée solennellement dans la belle église, depuis peu construite à la sainte Vierge sous ce vocable. Ça été une grande fête, et aussi une grande joie et pour M. Dessalles, le pasteur, et pour tous les fidèles. Que de peines, que de sollicitudes notre confrère s’est imposées afin de mener à bien cette œuvre, entreprise pour la gloire de la religion à Bangkok ! Il a été généreusement secondé par tous ceux qui en avaient les moyens. Que Dieu récompense au centuple toutes les générosités ! »
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