Présentation Recherche Photothèque Liens Informations Formulaire de contacts Plan du site
 
Rapport annuel des évêques

Année: 1898
Pays: Thaïlande
Mission: Siam
Rédacteur:Mgr Vey

CHAPITRE VI
____



GROUPE DES MISSIONS

DE L’INDO-CHINE

~~~~~~~


I. — Siam.


Population catholique 29.200
Baptêmes d’adultes 863
Conversions d’hérétiques 10
Baptêmes d’enfants de païens 960
____


Mgr Vey, qui était venu en France chercher quelque amélioration à sa santé délabrée, a repris le chemin de sa Mission dans les premiers jours de 1898. Malheureusement il est retombé malade. Aussi Sa Grandeur n’a pu elle-même nous envoyer le compte rendu des travaux accomplis dans son Vicariat ; elle l’a fait par l’entremise d’un missionnaire, dans les pages suivantes.

« Un fait que nous ne pouvons passer sous silence, c’est le retour au Siam de S. M. Chulalongkorn après son voyage en Europe, retour qui a été, pendant près de deux mois, l’occasion de fêtes grandioses.
« La rentrée de Sa Majesté à Bangkok avait été fixée par la régente au jeudi 16 décembre. De grands préparatifs furent faits, mais on peut affirmer que nulle part ils n’ont été mieux réussis que dans les cinq postes chrétiens, échelonnés sur le fleuve, depuis son embouchure jusqu’au palais. Sa Majesté a pu ainsi comprendre combien grande est l’affection de ses sujets catholiques.
Le programme officiel portait que le 27 décembre, la Mission catholique française serait reçue en audience spéciale. Ce jour-là, quinze missionnaires et un prêtre indigène se rendirent au palais où ils furent présentés, en l’absence de Mgr de Géraza, par le Provicaire apostolique. En attendant que le roi parût, le prince, ministre des affaires étrangères, s’entretint très aimablement avec eux et se plut à leur montrer, posé à la place d’honneur, le portrait de S. S. Léon XIII que le Nonce apostolique à Paris avait remis à Sa Majesté. Cette délicate attention ne surprit point ; on savait que Sa Majesté avait dit à un de ses intimes, en lui faisant part de ses impressions de voyage : « J’ai été splendidement reçu partout, mieux même que je ne « l’avais espéré ; mais tout cela était de l’officiel. Il n’y a qu’au Vatican où j’ai vu l’âme d’un « père. On sent qu’il y a du divin dans ce cœur-là. »
« Cependant, tous les princes et dignitaires étaient arrivés. Le roi, en costume militaire européen, fit son entrée au milieu d’une brillante escorte. Il vint directement au Provicaire et lui donna la main. Celui-ci lut une adresse à laquelle le prince répondit à haute voix, de façon à être entendu de toute la salle. C’était le chef bouddhiste qui parlait. Il fit pourtant un bel éloge de Pie IX avec qui son père, le vieux Mong-kon, avait noué jadis des relations amicales. Il exalta aussi le Pape régnant qu’il avait eu la grande joie de voir et d’admirer.
« Après ce discours, Sa Majesté adressa quelques mots à chacun des missionnaires présents, s’enquit de leur âge, du nombre d’années qu’ils avaient passées au Siam et du chiffre de leurs chrétiens. Elle se retira ensuite avec son cortège, laissant au ministre des affaires étrangères le soin de reconduire la députation. L’audience avait duré plus d’une demi-heure…
« A l’issue de toutes les fêtes, Chulalongkorn voulut prouver à son entourage qu’il avait rapporté de son voyage des idées plus larges. En conséquence, il fit ordonner un concours public entre les élèves des différentes écoles, royales ou autres, de la capitale. En même temps étaient publiées les conditions de ce concours dont le prix, divisible par moitié entre les deux premiers lauréats, était une somme de 2.500 livres anglaises.
« Un professeur à l’école du Palais, ancien élève du collège de l’Assomption, obtint de prendre part à la lutte. M. Colombet, supérieur de ce dernier établissement, présenta, de son côté, trois sujets remplissant les conditions voulues. Le concours, commencé le premier mars, se termina le cinq ; il y avait une trentaine de concurrents. Quelques jours plus tard, les résultats furent officiellement proclamés : le professeur du Palais était premier ; les élèves de l’Assomption avaient obtenu les numéros 2, 3 et 4. Le second lauréat, jeune homme de 17 ans, catholique de vieille souche, vient de partir pour Londres, afin d’y terminer ses études dans une institution catholique, aux frais de Sa Majesté siamoise.

*
* *

« L’hôpital commencé par la Mission, il y a deux ans, pour la communauté européenne ou sinmilaire, est achevé, du moins quant au gros œuvre. Les Sœurs de Saint-Paul de Chartres, qui en ont accepté la direction, sont arrivées à Bangkok au nombre de sept, le 24 avril. De suite, elles se sont mises à l’œuvre pour tout disposer dans le nouvel édifice et le mettre en état de recevoir les malades.
« Cet établissement, connu ici sous le nom d’ « hôpital Saint-Louis », fait le plus grand honneur à M. Romieu qui a dirigé tous les travaux et réussi à faire un établissement modèle. C’est le jugement porté par tous ceux, médecins ou voyageurs, qui l’ont visité. Ils en ont admiré la belle disposition et l’excellente situation à tout point de vue. Les nouvelles prescriptions de l’hygiène y ont été scrupuleusement observées, si bien qu’un journal protestant n’a pas craint de dire que, « à ne considérer que Bangkok et sa communauté « européenne, on pourrait presque traiter cet hôpital de luxueux, s’il n’était dédié à saint « Louis qui trouvait que rien n’était trop beau pour les membres souffrants de l’humanité. »
« L’inauguration devait en être faite au mois de juillet ; la maladie de Mgr de Géraza l’a fait remettre à plus tard ; mais les malades n’ont point attendu, et on a dû en recevoir, même quand l’ameublement laissait encore bien à désirer. Les soins reçus ont permis au plus grand nombre de ne faire qu’un séjour d’assez courte durée, et leur prompte guérison n’a pas peu contribué à faire apprécier de tous et la science du docteur Poix, attaché à l’établissement, et la grande expérience des religieuses dans le traitement des maladies.
« Il reste, pour l’exécution complète du plan, à bâtir trois grands pavillons ; cela se fera au fur et à mesure des besoins et surlout des ressources. Pour le moment, on construit une annexe destinée aux indigènes.

*
* *

« Venons-en aux travaux des missionnaires. Pendant cet exercice, ils ont continué à travailler, chacun selon ses forces, au champ confié à leur sollicitude. Dieu aidant, le travail a pu se faire sans de trop grandes difficultés, au moins dans la majeure partie des districts. Au point de vue de l’ensemble des résultats, il convient, néanmoins, de donner une mention spéciale aux provinces situées à l’ouest de Bangkok.
« MM. Salmon, Tardivel et Houille chargés des trois districts situés sur la rivière Mé-Khlong, en allant du sud au nord, ont été plus particulièrement favorisés. Grâce à leur zèle, le mouvement déjà signalé en 1895 s’est maintenu et même agrandi.
« M. Salmon est arrivé au momment de recueillir les fruits des trois longues années — années de labeurs et de sollicitude de toute sorte — qu’il a consacrées au relèvement matériel et moral de sa tribu laotienne, sans que sa chrétienté chinoise en ait rien souffert.
« Quand on parle de Laotiens, l’esprit se tourne de suite vers le Laos proprement dit. Il est bon pourtant de se rappeler qu’une grande partie de la population du Siam méridional est composée de Laotiens, captifs de guerre, arrachés à leur pays à la suite de différentes expéditions et implantés au Siam.
« Sous la dépendance absolue des vainqueurs, qui les pressuraient de toute façon, ces pauvres gens en étaient arrivés à craindre tout visage inconnu et n’osaient approcher les missionnaires, qu’ils redoutaient, peut-être, encore plus que leurs maîtres. Ces derniers, d’ailleurs, profitaient de toute occasion pour aviver encore cette crainte qui, finalement, tournait à leur avantage. Les événements survenus depuis quatre à cinq ans ont modifié un peu la situation, et ces infortunés n’ont plus la même peur du prêtre. Mais dans quel étal ils arrivent ! Ils n’ont absolument rien autre chose que l’habit qui les couvre.
« Il faut donc leur chercher des terrains, leur bâtir des demeures, subvenir à leur subsistance et à leur entretien, tant qu’ils ne peuvent se suffire avec le fruit de leur travail. Pour en arriver là, combien de soucis, combien de privations doit s’imposer le missionnaire ! Dieu seul le sait. Heureux encore si, à force de démarches et de supplications, il parvient à trouver les ressources nécessaires pour faire face aux besoins les plus pressants.
« Ces peuplades laotiennes sont très adonnées aux superstitions, surtout au culte des esprits. Leur instruction demande, à cause de cela, un laps de temps considérable. Détruire ces superstitions, faire pénétrer à la place les vérités de la religion, amener à prendre des mœurs chrétiennes ces gens dont les mauvaises inclinations ne connaissent aucun frein : tout cela demande un travail suivi et fort long.
« Un fait va démontrer que la foi n’est pas toujours tombée dans un sol aride. Une date avait été fixée pour l’administration du baptême à un certain nombre de catéchumènes, quand une épidémie de variole s’abattit sur leur village. Parmi les personnes qui devaient être baptisées, se trouvait une femme dont le jeune enfant fut pris d’une forte fièvre, trois jours seulement avant la cérémonie, laquelle devait se faire à l’église de M. Salmon, c’est-à-dire à une distance de trois ou quatre heures en barque. Voyant que la maladie de son enfant allait être un obstacle à son baptême, cette mère se rendit à la chapelle dédiée à saint Antoine de Padoue, et tombant à genoux devant sa statue, elle fit cette prière : «Grand Saint, on dit que « vous accordez tout ce qu’on vous demande ; je veux être baptisée, et la maladie de mon « enfant va m’en empêcher : il faut donc que vous le guérissiez. Faites au moins que je puisse « l’emporter sans péril avec moi. » Après cette prière, qu’une religieuse occupée dans la sacristie avait entendue, elle retourne à la maison. Quelle ne fut pas sa joie en trouvant son enfant guéri, et n’ayant plus aucun symptôme de fièvre !

L’expérience, depuis longtemps, a prouvé que si l’on peut fixer les néophytes sur des terrains appartenant à la communauté, c’est le meilleur moyen de les maintenir dans la pratique de la religion. Quelques Chinois, un peu plus à leur aise, l’ont très bien compris. Sous la direction de M. Dessalles, ils ont mis en commun, chacun quelques milliers ou quelques centaines de piastres, suivant leur avoir. Avec cette somme, ils ont acheté au gouvernement siamois un immense terrain, dans la plaine située au-dessus de Bangkok, pour y créer des rizières. Actuellement, un prêtre indigène y est installé au milieu de plus de 300 chrétiens, occupés aux travaux de défrichement ou de culture. En outre, surle canal servant de grande voie de communication un marché a été établi par d’autres Chinois, amis du négoce. Tout fait prévoir qu’avant peu la population chrétienne sera nombreuse, car la terre est d’une très grande fertilité.
« Persuadés qu’au Siam, ainsi que jadis en Europe, il fait bon vivre sous la crosse ou la croix, une foule de païens postulent pour s’installer sur cette propriété et pouvoir, à l’abri de toute vexation, se préparer à l’étude de la religion. Ce poste nommé Lamsai est sous le vocable de la sainte Famille.

*
* *

« Depuis quelques années, le Siam a voulu posséder aussi des chemins de fer. Deux lignes fonctionnent déjà. L’une relie Bangkok à la mer ; l’autre va de Bangkok sur Khorat. On espère que cette dernière ligne sera, l’an prochain, livrée à la circulation dans tout son parcours. Elle a déjà facilité l’apostolat en abrégeant les distances, et permis de relever le poste de Keng-Khoi, jadis florissant, mais un peu délaissé par suite de la difficulté des communications et de l’insalubrité du pays. Au lieu de passer quelques jours en barque au milieu des rapides, on y va en 4 à 5 heures par le chemin de fer.
« Un embranchement de cette ligne vers le nord-ouest rendra possible l’évangélisation de quelques grands centres laotiens, situés en dehors de toute communication fluviale. Le travail s’annonce important de ce côté. Daigne la Providence fournir ce qu’il faut pour l’entreprendre et le mener à bonne fin ! »



~~~~~~~







<< Retour page précédente



© Mepasie (missions étrangères de Paris en Asie) - Toutes les archives disponibles dans 15 pays : Birmanie, Cambodge, Chine, Corée du Nord, Corée du Sud, France, Inde, Indonésie, Japon, Laos, Malaisie, Singapour, Taiwan, Thaïlande, Vietnam