| Année: |
1904 |
| Pays: |
Thaïlande |
| Mission: |
Siam |
| Rédacteur: | Mgr Vey |
CHAPITRE VII
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GROUPE DES MISSIONS DE L’INDO-CHINE
OCCIDENTALE
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I. — Siam
Population catholique 22.400
Baptêmes d’adultes 358
Conversions d’hérétiques 13
Baptêmes d’enfants de païens 809
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« L’an dernier, écrit Mgr Vey, j’avais donné un court aperçu sur les chrétientés de l’ouest et du nord de la mission de Siam ; cette année, je vais parler des postes de l’est et du sud-est.
« Il ne m’appartient pas d’énumérer ni d’apprécier ici les travaux que le gouvernement siamois fait faire, depuis plusieurs années déjà. Si j’en dis un mot, c’est parce que de nouvelles chrétientés ont pu être fondées, à la suite des travaux d’irrigation exécutés dans la vaste plaine qui s’étend entre le fleuve de Bangkok et la rivière de Pétriou. Un canal, avec écluses pour conserver l’eau et assurer le passage des barques à la saison sèche, a été creusé et relie maintenant le fleuve à la rivière. Des canaux secondaires, perpendiculaires au premier, fournissent ou fourniront bientôt le moyen de cultiver de vastes terrains demeurés longtemps incultes. Nous avons profité de l’occasion qui s’offrait à nous, pour établir deux nouveaux postes, l’un dans les parages de Lamsai, et l’autre en un endroit appelé Huakhuai.
« La chrétienté de Lamsai a pris naissance, il y a sept ans. A cette époque, un certain nombre de chrétiens se constituèrent en compagnie sous la direction de M. Dessalles, à l’effet d’obtenir une concession de terrain sur un des canaux nouvellement creusés. La concession obtenue, le P. Jean, prêtre indigène, fut chargé d’installer la petite colonie. Les néophytes, disséminés çà et là au milieu des païens et gagnant péniblement leur vie, vinrent se fixer près du missionnaire. Un terrain fut assigné à chaque famille, et ainsi commença la mise en culture des jungles.
« Des païens eux-mêmes sollicitèrent bientôt la faveur de s’établir à Lamsai, et promirent de se faire chrétiens, mais l’instruction de ces pauvres idolâtres demande du temps ; on ne peut les admettre au baptême qu’après une longue épreuve. En effet, la religion de l’infidèle est faite de quelques croyances superstitieuses logées dans sa mémoire, sans effort, sans réflexion de la part de son intelligence. Il n’est pas habitué à coordonner dans son esprit les divers éléments d’une doctrine ; il n’a point de credo, de symbole de foi. Du côté des mœurs, il n’a d’ordinaire que ses passions pour guide ; il agit selon ses inclinations et ne leur résiste que quand il se trouve dans l’impossibilité de les satisfaire. Voilà, en résumé, quoi qu’en puissent dire les incrédules de toute nationalité, le bilan de ces religions païennes, qu’il est de mode, aujourd’hui, de mettre sur le même pied que le christianisme. A cause de ses préjugés et de son peu d’aptitude à réfléchir sur les dogmes d’une religion quelconque, il faut du temps au païen pour que les vérités de notre sainte foi prennent racine dans son esprit, et qu’il devienne chrétien convaincu.
« Nous avons à Lamsai et dans les environs 250 catéchumènes. Ils seront baptisés dès que leurs dispositions prouveront qu’ils méritent d’entrer dans le bercail du bon Pasteur. Les chrétiens, anciens et nouveaux, sont actuellement au nombre de 560. Dans cette chrétienté, tout n’est encore que provisoire : église, résidence du missionnaire, écoles et catéchuménat.
A six heures de barque de Lamsai, une seconde chrétienté est en formation ; c’est Huakhuai. Douze familles de néophytes et quelques familles païennes y sont déjà établies. Avec la grâce de Dieu, ce nouveau poste fournira, lui aussi, aux païens des environs, l’occasion et les moyens de se convertir, pourvu qu’ils en aient la volonté.
« Des chrétiens annamites, au nombre d’environ 600, se sont fixés sur les bords de la rivière de Nakhonnajok. La plupart d’entre eux vivent de la pêche ; quelques-uns seulement cultivent les champs. La principale station de cette contrée est Banlao, qui possède une chapelle et une école. C’est là que réside ordinairement le Père chargé de l’administration des chrétiens de la province. Le saint ministère est très pénible dans ce district ; car, outre Banlao, il comprend plusieurs villages échelonnés sur un parcours d’au moins trente heures de barque. Les néophytes de ces différents villages sont trop éloignés de l’église pour pouvoir s’y rendre assez fréquemment. Le P. Théodore, prêtre indigène, est obligé de courir tantôt d’un côté, tantôt de l’autre, pour subvenir aux besoins spirituels de ses ouailles et donner l’instruction religieuse aux enfants.
« Si, de la province Nakhonnajok, nous passons dans celle de Pachim, à l’est, nous arrivons à Hatsake, petite chrétienté dont les commencements datent de 1864. Le poste n’a pas prospéré. Le nombre des chrétiens n’a jamais dépassé 150. Néanmoins, de Hatsake, la foi chrétienne a pénétré chez les Laotiens. Il y a six ans, dans un village appelé Khokvat, sur la lisière de la forêt de Dongsimahaphot, près des ruines d’une ancienne ville khmer, le P. Célestin rencontra quelques individus qui lui parurent bien disposés, et qui l’invitèrent à demeurer avec eux. Une maison en bambous fut construite pour lui, et les premiers catéchumènes commencèrent à s’instruire. Les néophytes ne sont pas moins de 300 aujourd’hui, et les catéchumènes sont en nombre égal. Tous cultivent la terre ; ils sèment, ils moissonnent, de sorte que, à part deux ou trois mois de l’année, ils ne peuvent assister au catéchisme que le soir après les travaux de la journée. Dans ce poste, comme dans les stations nouvelles où les écoles ne sont pas encore établies, la grande préoccupation du missionnaire est de trouver les moyens d’apprendre aux enfants à lire les livres de religion. Sans ces livres, qui lui rappellent ce qu’il a entendu au catéchisme, le nouveau chrétien retient difficilement les explications qui lui ont été données quand il se préparait au baptême.
« De Khokvat, en se dirigeant toujours à l’est, on entre, après une bonne journée de marche, dans la province de Muangphanom, où l’on rencontre la chrétienté de Thakien, établie près d’un affluent de la rivière de Pétriou, et dont les débuts remontent à 1866. Le fondateur de ce poste fut M. Schmitt, qui, en 1868, remplaça à Pétriou M. Péan, nommé directeur du séminaire de Paris. Cet excellent confrère vient de finir sa carrière, après quarante et un ans d’apostolat. Thakien ne compte que 290 chrétiens. C’est peu, pour quarante ans d’efforts ininterrompus ; mais il faut tenir compte des difficultés particulières que présente l’évangélisation de la province de Muangphanom. Là, vous trouvez des Chinois, des Cambodgiens, des Laotiens, des Péguans, des Birmans. Ce mélange de races constitue un obstacle presque insurmontable, au point de vue des conversions, et nous devons remercier la bonne Providence des modestes résultats obtenus en pareil milieu. Grâce à Dieu, nous avons là, comme dans les autres provinces du royaume de Siam, des néophytes qui élèvent leur cœur vers le ciel et font monter leurs prières vers le Créateur, auquel des millions de païens refusent les hommages qui lui sont dus.
« De Thakien, en descendant au sud, on entre, après quatre heures de navigation, dans la rivière de Pétriou, sur les bords de laquelle se trouve la chrétienté de Pakkhlong, qui compte 370 âmes. Jusqu’en 1892, nous n’avions à Pakkhlong qu’un pied-à-terre pour le missionnaire de Pétriou, lorsqu’il allait faire la visite annuelle. M. Gennevoise, que Dieu vient de nous enlever à l’âge de quarante-cinq ans, fut chargé d’organiser ce poste. Il y construisit une église, un presbytère, et des écoles. Pakkhlong promet beaucoup pour l’avenir, et tout nous fait espérer que le nombre des chrétiens augmentera. D’ailleurs, la population du pays est beaucoup plus homogène qu’à Thakien.
« En suivant le cours de la même rivière, on ne tarde pas à apercevoir l’église de Pétriou, dédiée à l’apôtre saint Paul. Pétriou fut, avec Bangxang et Nakhonxaisi dont je parlai l’an dernier, une des premières chrétientés fondées vers 1849. Jusqu’à cette époque, l’action des missionnaires de Siam était limitée à la capitale, à Chanthabun et à Juthia. Le chiffre des chrétiens de Pétriou s’élève à 1.250. Une chapelle annexe a été construite à Sijek, pour faciliter à ceux qui sont trop éloignés de l’église, l’accomplissement de leurs devoirs religieux. Chaque samedi, un missionnaire se rend à Sijek pour célébrer la sainte messe le dimanche et entendre les confessions. Le district de Pétriou a été administré successivement par MM. Daniel, Péan et Schmitt, qui vient de nous quitter pour recevoir sa récompense au ciel. M. Schmitt, doyen de la mission depuis dix-sept ans, était vénéré et aimé de tous.
« L’église de Huaphai, dédiée aux apôtres saint Philippe et saint Jacques, est située sur la limite des provinces de Pétriou et de Muangphanat. De mémoire d’homme, aucun habitant du pays n’avait osé planter sa tente à Huaphai. Les éléphants sauvages en avaient pris possession et y régnaient en maîtres absolus. La jungle s’étendait à plus d’une lieue à la ronde ; personne n’avait le courage de la traverser soit à pied, soit à cheval. Cependant M. Guégo, qui voulait connaître les environs de Banplasoi où il résidait ordinairement, s’aventura un jour au milieu des roseaux. Le terrain lui parut excellent pour la culture du riz, et il se décida à fonder là une colonie. Les éléphants s’y opposeraient sans doute, mais Dieu n’a-t-il pas donné à l’homme l’empire sur les animaux ? Peu après, trois cases en feuilles de palmier étaient élevées en pleine jungle. On organisa une chasse aux éléphants, et bientôt ces terribles pachydermes, au nombre d’une dizaine, gagnèrent la forêt voisine et ne revinrent plus. Il y a de cela trente ans, et, aujourd’hui, le terrain cultivé suffit à nourrir 600 chrétiens, presque tous convertis par M. Guégo. Le zélé missionnaire a disparu, mais la chrétienté , qu’il a fondée reste, avec son église et ses écoles.
« Un autre poste de 300 chrétiens est situé dans la province de Muangphanat, non loin de la résidence du gouverneur. Ce poste est administré par M. Guillou, titulaire de Huaphai, en attendant que je puisse lui adjoindre un jeune missionnaire ou un prêtre indigène, qui travaillera sous sa direction.
« De Huaphai à la chrétienté de Banplasoi, il y a une très forte journée de marche. Banplasoi, chef-lieu de la province de Xonlaburi, est un des plus anciens postes du vicariat. Il a pris naissance en même temps que Pétriou, mais il n’a pas prospéré de la même façon. Dire pourquoi, n’est pas aisé ; le bon Dieu prend ses élus là où Il veut. Quoi qu’il en soit, c’est à Banplasoi que les deux chrétientés de Muangphanat et de Huaphai doivent leur origine.
« Banplasoi est assis sur le golfe de Siam à son extrémité ; nord-est. De là, en suivant la côte dans la direction du sud, il faut aller jusqu’à Chanthabun pour rencontrer une chrétienté. Toute la côte du golfe est montagneuse et fort peu habitée. La province de Chanthabun compte plus de 3.000 chrétiens, dont la plupart sont annamites. Les autres sont chinois. Une centaine à peine sont de race siamoise. Quand M. Ranfaing arriva à Chanthabun, il n’y trouva que 500 chrétiens annamites, groupés autour de l’église, qui est placée sous le vocable de l’Immaculée-Conception. Aujourd’hui, nous avons cinq stations secondaires dans la province de Chanthabun, et les trois confrères qui l’évangélisent espèrent y faire une ample moisson d’âmes, avec le temps et la grâce de Dieu.
« M. Peyrical, à qui j’ai confié la direction de toute cette région, vient d’acheter un emplacement à Muang-krat, centre très important, qui a été cédé à la France en vertu de la nouvelle convention franco-siamoise. Quel sera l’avenir de notre sainte religion dans la province de Muang-krat ? Dieu seul le sait ; mais il nous était difficile de ne pas faire un effort, pour prendre pied là où flottera désormais le drapeau de la France.
« La population chrétienne de Bangkok et de sa banlieue est de 7.960 chrétiens. Nous possédons cinq églises à la capitale, et trois dans la banlieue. »
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