| Année: |
1906 |
| Pays: |
Thaïlande |
| Mission: |
Siam |
| Rédacteur: | Mgr Vey |
CHAPITRE VII
____
GROUPE DES MISSIONS
DE L’INDO-CHINE OCCIDENTALE
~~~~~~~
I. ─ Siam
Population catholique 22.200
Baptêmes d’adultes 387
Conversions d’hérétiques 7
Baptêmes d’enfants de païens 622
____
Mgr Vey nous parle, tout d’abord, des principaux établissements de la mission de Siam. Nous reproduisons intégralement les intéressants détails que nous donne Sa Grandeur.
Séminaire de Bang-xang (province de Ratburi). ─ « M. Matrat, supérieur du séminaire, « m’écrit : « Le chiffre de nos séminaristes n’a guère varié : nous avons dix étudiants en « théologie, dont l’un, Laotien, nous a été confié par Mgr Cuaz. Les latinistes sont divisés en « deux cours ; les plus anciens ont sept ans d’études, les plus jeunes achèvent leur troisième « année. La conduite des élèves à été bonne ; tous sont fidèles à la fréquentation assidue des « sacrements et à la pratique de leurs exercices de piété. Pour le travail, rien de saillant à « noter, chacun s’applique et réussit suivant les moyens que le bon Dieu lui a départis. Nous « comptons soixante élèves présents à la maison
« Sept autres jeunes gens subissent la probation réglementaire, qui leur est imposée avant « d’être appelés à achever leurs études. Ils sont placés dans un poste, sons la direction d’un « missionnaire, et remplissent les fonctions de maître d’école et de sacristain. Les « témoignages fournis sur leur compte sont favorables.
« Deux faits méritent d’être signalés :
« En février, le jour de la clôture de la retraite, qui inaugure la reprise des cours, neuf de « nos théologiens ont reçu la tonsure. Il est probable que le vicariat apostolique de Siam « n’avait encore jamais vu neuf de ses enfants prononcer ensemble leurs premières promesses « cléricales. Souhaitons à nos jeunes lévites, avec la persévérance, les grâces qui leur « mériteront d’être admis aux autres ordres, pour être ensuite des prêtres zélés, dévoués, utiles « et pieux.
« En juin, le jour de la fête du Sacré-Cœur, vocable du séminaire, a eu lieu la bénédiction « de la nouvelle chapelle et de tout l’établissement. La cérémonie, très solennelle, était « présidée par M. d’Hondt ; près de trois cents chrétiens et, parmi eux, plusieurs parents de « nos élèves, sont venus de Bangkok, Pétriu, Nakhon-najok, Nakhon-xaisi, etc., etc., assister à « la fête. Depuis la messe jusqu’au soir, le Saint-Sacrement, exposé, a été adoré par de « nombreux visiteurs.
« La chapelle était décorée de guirlandes et de lustres en fleurs, mais sa plus belle parure « était la présence de dix-huit prêtres et des fidèles qui la remplissaient aux diffrérents « offices ; beaucoup de personnes n’ont pu trouver place à l’intérieur et se tenaient en dehors, « près de la porte.
« Tous, nous n’avions qu’un regret, vous savez lequel, Monseigneur : Votre Grandeur « avait exprimé, à diverses reprises, l’espoir d’accomplir elle-même cette cérémonie. Vous « avez dû y renoncer, la souffrance ne vous permettant pas de quitter l’hôpital ; mais vous « étiez avec nous par le souvenir et la prière. De votre chambre de malade, vous nous avez « envoyé vos plus paternelles bénédictions, et le sacrifice commun, accepté par le bon Dieu, « attirera sur nous et nos œuvres la miséricorde du Sacré-Cœur.
« Il est juste d’exprimer ici notre gratitude envers tous nos bienfaiteurs. Partout nous avons « trouvé l’aide la plus empressée, nos listes de souscription en font foi. Les cœurs se sont « montrés plus généreux que nous n’avions osé l’espérer, chacun a donné selon ses « ressources. La mission, offrant l’exemple, a voté une première mise de fonds, suivie bientôt « par les cotisations privées, d’autant plus méritoires que les riches sont rares parmi nos « chrétiens. Merci et reconnaissance à Votre Grandeur, principal promoteur de l’œuvre ; « merci aux missionnaires, aux prêtres indigènes, dont les encouragements ne nous ont pas « fait défaut et qui ont su inspirer à leurs paroissiens ces sentiments généreux, conformes aux « leurs. Que le Sacré-Cœur accorde à tous la rémunération royale, divine, que seul Il peut « rendre égale aux mérites !
« Enfin, nous voilà installés dans ces constructions commencées, il y a douze ans, par M. « Bernat, mon prédécesseur à la tête du séminaire. Qu’il serait heureux, le cher directeur du « séminaire de Paris, de les voir telles qu’elles sont ! Nos salles sont spacieuses, claires, « aérées ; rien n’est luxueux, tout est simple, solide. Nous avons tiré le meilleur parti possible « des vieux bâtiments en bois, dont les planches ont été utilisées pour les cloisons, les tables, « les planchers.
« Il nous reste, maintenant, à meubler la chapelle. L’ancien maître-autel doit être « remplacé ; il nous manque aussi un petit autel, et les chandeliers sont encore à acheter. Dieu « nous suscitera de nouveaux bienfaiteurs, et nous permettra de terminer convenablement « l’entreprise.
« Les élèves ont pris une bonne part de la besogne ; ils ont mis la main à l’œuvre. Ils en « sont déjà un peu récompensés par la satisfaction de jouir de leur nouveau séminaire, en « attendant qu’ils reçoivent une récompense meilleure de Celui pour qui l’on ne se fatigue pas « en vain. Ils ont tous repris le cours régulier de leurs études qui avaient été quelquefois « gênées, pendant la durée des travaux.
« Que le Sacré-Cœur se choisisse, dans nos familles pieuses, de futurs lévites ; qu’Il orne « leurs jeunes âmes des vertus nécessaires à ceux qu’Il a marqués pour le service de ses « autels ; que les recrues soient nombreuses, notre œuvre alors se développera, et le clergé « indigène nous fournira des collaborateurs qui rempliront les vides faits par la mort. Ce « souhait, j’ose prier Votre Grandeur de le recommander à Celui qui peut tout ; et je sollicite « une bénédiction spéciale pour tout le séminaire. »
Collège de l’Assomption, à Bangkok. ─ « Le collège de l’Assomption, dont la fondation. date de vingt ans, a eu des commencements bien modestes. Quelques enfants chrétiens choisis en furent les premiers élèves. Ils étaient intelligents, leurs progrès rapides dans les différentes branches de l’instruction primaire ne tardèrent pas à être connus. Dès la troisième année, nous avions des enfants de païens, dont la plupart donnaient pleine satisfaction à leurs professeurs et à leurs parents. C’est ainsi que, d’année en année, le nombre des élèves s’est accru ; il est aujourd’hui de 506. Ce succès progressif est pour nous une consolation, un encouragement ; mais il est aussi un sujet de préoccupation, car les locaux deviennent insuffisants, et nous voudrions bien pourtant n’être pas obligés de refuser les élèves qui, selon toute prévision, se présenteront de plus en plus nombreux.
« La bonne renommée des Frères de Saint-Gabriel, qui dirigent le collège, a dépassé les limites de la capitale. Plusieurs personnages de l’administration ; qui résident en province, ont déjà demandé la faveur de confier leurs enfants à nos excellents Frères.
« Chaque année, le collège nous procure quelques conversions ; dix à douze en moyenne. Ces petits païens étaient entrés enfants dans la maison ; ils en sont sortis jeunes gens, régénérés par les eaux du saint baptême. Leur famille les laissait libres de se faire chrétiens. Quelques-uns de leurs camarades les eussent volontiers imités, s’ils n’avaient pas eu à compter avec leurs parents païens ou protestants. Plus tard, peut-être, se souviendront-ils de ce temps passé, où ils soupiraient après le baptême.
« Des lignes de chemin de fer sillonnent déjà notre cher pays de Siam. Quand les missionnaires prennent le train, dans presque toutes les gares, grandes ou petites, ils rencontrent des employés qui les saluent respectueusement et leur rendent les services dont ils peuvent avoir besoin. Ces employés respectueux et dévoués sont d’anciens élèves du collège de l’Assomption. Leur attitude vis-à-vis du prêtre catholique produit un excellent effet sur les voyageurs, qui ne manquent pas de la remarquer.
« Dans les différentes branches de l’administration, à Bang-kok surtout, et aussi en province, dans les maisons de commerce, nos anciens élèves sont employés en très grand nombre.
Écoles pour les filles. ─ « Je ne parle pas ici des écoles indigènes, établies dans nos chrétientés pour l’instruction des petites filles chrétiennes : je ne mentionne que les écoles établies à la capitale afin de pourvoir à l’éducation, à l’instruction des filles nées de parents européens ou eurasiens, comme on a l’habitude de les dénommer. A mesure que les circonstances le demandaient, nous avons fait notre possible afin de procurer à ces chères enfants, dans des maisons dirigées par des Sœurs françaises, une éducation convenable. De 1885 à 1898, les Dames de Saint-Maur étaient les seules religieuses établies dans la mission. Depuis huit ans, les Sœurs de Saint-Paul de Chartres sont venues à notre aide, d’abord pour desservir l’hôpital Saint-Louis ; ensuite, pour diriger les écoles de la paroisse de l’Assomption, dans la partie sud de Bangkok, sur la rive gauche du Me-nam, et de la paroisse Sainte-Croix, située au centre de la ville, sur la rive droite du fleuve. Elles sont aussi établies dans le nord de la ville, mais là elles ont pour but plus spécial de former à la vie religieuse les jeunes filles indigènes qui désirent se consacrer à Dieu.
Chrétientés. ─ « A peu d’exceptions près, c’est sur le bord des fleuves ou le long des canaux que se trouvent les villes et les villages dans le Siam. S. M. le roi accomplit une œuvre bien utile en faisant creuser des canaux à travers des plaines demeurées incultes jusqu’à présent.
« On peut dire que nos chrétientés se divisent en cinq grands districts, dont les quatre premiers s’étendent sur les deux rives des quatre rivières qui se jettent dans le nord du golfe de Siam, et le cinquième, celui de Chanthabun, sur la côte est de ce golfe. Grâce à Dieu, partout, nos confrères ont pu exercer leur saint ministère en tranquillité et avec le succès ordinaire, comme le prouvent les chiffres du compte rendu. Il est vrai que les conversions de païens ne sont pas nombreuses, puisqu’elles n’atteignent que le chiffre de 364, mais nous avons 413 catéchumènes qui étudient la doctrine. Ces conversions, quoique peu nombreuses, n’en constituent pas moins un succès, vu les circonstances du temps que nous traversons. Plusieurs missionnaires m’écrivent ou me parlent dans le sens que voici : « Peu de « conversions à inscrire, mais elles sont bien sincères ; seule la foi aux vérités de notre sainte « religion en est le motif déterminant. » En effet, les événements qui se passent en notre chère France, à propos des affaires religieuses, sont colportés, connus jusque dans les plus petits villages, où ils sont l’objet d’appréciations très défavorables à notre action parmi les païens. Il n’y a vraiment que les volontés fermes, appuyées de la grâce divine, qui soient capables de se décider à se convertir. Je ne cacherai pas que les mauvaises nouvelles venues de France aient été cause de quelques défaillances chez nos chrétiens.
« L’église dédiée aux saints Anges (310 chrétiens), à Pak-nam, près de l’embouchure du fleuve Me-nam, est encore une simple succursale, rattachée à l’église du Saint-Rosaire de Bangkok. Elle n’avait pas de résidence pour recevoir le missionnaire, qui allait l’administrer et y donner l’instruction. Cette lacune est enfin comblée : on vient de construire, à Pak-nam, une maison en planches.
« Ko-jai, paroisse de l’Épiphanie, située sur le fleuve Me-nam, entre Bangkok et Juthia (250 chrétiens), est actuellement succursale de l’église Saint-Joseph, à Juthia. Il se forme là un second poste, parmi les cultivateurs des champs, à cinq kilomètres du fleuve ; 40 catéchumènes demandent à s’instruire. Plus au nord, à Bang-plai-na, sur une des branches du fleuve et à l’est de Juthia, le doyen de nos prêtres indigènes, le P. Michel, avec l’aide de ses chrétiens, a construit une nouvelle église qui était devenue absolument nécessaire. En effet, beaucoup de nos chrétiens annamites, qui ne vivent que de la pêche, sont allés se fixer dans ces parages éloignés de tout missionnaire. Ils se sont établis, par groupes de familles, dans une dizaine d’endroits. Comment pourvoir à leurs besoins spirituels, surtout à l’instruction des enfants ? Quand il ne s’agit que de l’administration des sacrements, le missionnaire parcourt les postes, confesse, etc., etc. ; cela suffit, à la rigueur, pour les grandes personnes ; mais si les enfants ne sont pas instruits comme l’ont été leurs parents, peu à peu l’ignorance du catéchisme gagne la jeunesse : peu à peu la foi et l’esprit chrétien diminuent, les pratiques religieuses dépérissent. La nouvelle église deviendra, je l’espère, un centre où il sera possible de réunir les enfants des familles dispersées dans ces parages, à une, à deux, à trois lieues de toute résidence d’un missionnaire. Il me faudrait immédiatement un confrère pour ce poste, car le Père indigène qui l’occupe est infirme, et je n’ai personne sous la main pour le remplacer.
« Sur les bords des canaux que Sa Majesté a fait creuser dans la plaine, entre le Me-nam et la rivière de Pétriu, Nakhon-najok, chrétienté placée sous le vocable de la Sainte-Famille, se fondait, il y a huit ans. Elle compte actuellement 600 néophytes. Plus loin, sur le même réseau de canaux, près de la rivière de Nakhon-najok, un autre centre est en voie de formation ; une centaine de chrétiens y sont déjà établis. Comme Bang-plai-na, c’est un point central, choisi exprès, afin de faciliter l’administration des 350 chrétiens échelonnés, dispersés le long des rives du fleuve, sur un parcours d’une journée de barque.
« Notre cher confrère M. Tardivel vient d’être rappelé à Dieu, après dix-neut ans d’apostolat. Il aura paru devant Notre-Seigneur avec les mérites d’une vie sacerdotale bien remplie. Sa chrétienté de Don-kabuang, province de Ratburi, n’avait que sa première et pauvre chapelle, devenue trop étroite pour 750 fidèles. Or, le cher défunt nous laisse une église et un presbytère complètement terminés. En voyant cette église et ce presbytère, ses confrères bretons disaient : « On se croirait vraiment transporté dans une église et un « presbytère de village, en Bretagne. » C’est le 8 mai, fête de l’Apparition de saint Michel, patron de la chrétienté, que la bénédiction des nouvelles constructions a eu lieu le plus solennellement possible ; quinze missionnaires ou prêtres indigènes y assistaient. Malheureusement, la joie des fidèles était mêlée d’inquiétude. M. Tardivel venait d’être atteint de la maladie qui devait nous l’enlever. A Nong-hin, succursale de Don-kabuang (290 chrétiens), le cher M. Tardivel et un prêtre indigène, son bras droit, ont trouvé moyen de construire une chapelle et une maison en bois ; reste maintenant, pour ce poste comme pour plusieurs autres de fondation récente, à établir des écoles, indispensables à l’instruction des enfants.
« A Chanthabun, l’église, quoique grande, était devenue insuffisante pour recevoir tous les chrétiens aux jours de dimanche et de fête. Après entente avec les chefs et catéchistes, M. Peyrical s’est décidé à la remplacer par une église neuve, actuellement en construction.
« De même, à Bangkok, l’ancienne église de l’Assomption, ne pouvant plus contenir la moitié des fidèles, les fondations d’une nouvelle église sont commencées.
« Daigne la divine Providence inspirer aux âmes généreuses de nous venir en aide pour le développement de nos œuvres. »
~~~~~~~
<< Retour page précédente
|