| Année: |
1909 |
| Pays: |
Thaïlande |
| Mission: |
Siam |
| Rédacteur: | Mgr Colombet |
CHAPITRE VII
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GROUPE DES MISSIONS
DE L’INDO-CHINE OCCIDENTALE
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I. ─ Siam
Population catholique 23.600
Baptêmes d’adultes 346
Baptêmes d’enfants de païens 657
Conversions d’hérétiques 2
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« La mission du Siam, écrit M. Colombet, supérieur intérimaire, a fait cette année une perte douloureuse. Dieu a rappelé à Lui le vénéré pasteur qui la gouvernait depuis trente-quatre ans. Parti de France en 1865, Mgr Vey a travaillé au Siam pendant plus de quarante-trois ans. Il avait bien droit, après ce long et fructueux ministère apostolique, au repos et à la récompense. Sa disparition n’en est pas moins pour nous une epreuve pénible. Durant sa vie, Mgr Vey aimait à nous redire : « L’homme n’est pas nécessaire. Si Dieu lui fait l’honneur de « l’associer à son œuvre, c’est pour lui fournir l’occasion de mériter, par sa fidélité et son « amour, un bonheur et une gloire sans fin. L’homme disparu, Dieu se sert d’un autre « instrument. » Que ces paroles du regretté défunt soient notre consolation ! Nous avons la confiance qu’il jouit maintenant de la récompense due à ses travaux. Son successeur héritera de sa sagesse et de sa prudence, et continuera son œuvre, pour la plus grande gloire de Dieu et le bien des âmes. »
Après ce juste témoignage de reconnaissance donné à la mémoire de Mgr Vey, M. Colombet nous fournit les détails suivants sur la mission, pour l’exercice écoulé :
« J’ai eu le bonheur, le 10 janvier dernier, de bénir la nouvelle église de Chanthabun. Cette ville est située sur la rivière de même nom, dans le golfe de Siam, à 100 lieues environ de Bangkok. Nous y possédons l’une des plus anciennes chrétientés du vicariat, dont les premiers fidèles appartenaient à des familles annamites chassées par la persécution de la Haute-Cochinchine, au dix-huitième siècle. La chrétienté existait déjà en 1767, et nos annales racontent que c’est à Chanthabun que se réfugièrent les élèves du séminaire généra1 de Juthia, lorsqu’à cette époque l’ancienne capitale du royaume de Siam fut prise et ruinée par les Birmans. M. ilanfaine y trouva 500 catholiques lorsqu’il y arriva en 1825 ; leur nombre a bien augmenté depuis, et actuellement ils sont plus de 4.000, presque la moitié de la population de la ville.
« L’église qui vient d’être terminée est, sans contredit, le monument le plus remarquable de toute la province. Elle mesure 60 mètres de long sur 20 de large et autant de haut. Sa façade, flanquée de deux beaux clochers de 43 mètres de hauteur, produit un effet vraiment imposant. Les fêtes de la bénédiction avaient attiré une foule considérable, non seulement de chrétiens, mais aussi de païens. Les autorités civiles et militaires de la province avaient tenu elles-mêmes à y prendre part et exprimèrent hautement leur admiration eux missionnaires.
L’église de Chanthabun étant finie, MM. Faivre et Carton, qui sont chargés de cette paroisse, auront plus de temps à consacrer aux petits postes des alentours.
« J’ai visité nos deux chrétientés de Pak-nam et Van-jao-écrit M. Faivre ; les fidèles m’ont « donné beaucoup de conso, lations, particulièrement ceux de Van-jao, par leur assiduité à « venir entendra chaque jour la sainte messe, durant le temps de la visite, et par leur « empressement à s’approcher des sacrements. Van-jao aurait besoin d’une église et d’une « habitation pour des religieuses institutrices. Il nous y faudrait, en effet, une école pour les « nombreux enfants du village, que la distance empêche de fréquenter celle de Chanthabun. »
« Dans les voyages que j’ai faits cette année pour visiter les districts, continue M. Colombet, j’ai trouvé sur ma route une station bien intéressante : c’est celle de Song-phinong, située à quelques journées de barque de Bangkok, dans la direction de l’ouest et à la même latitude que Juthia. Nous y comptons environ 800 chrétiens, disséminés un peu partout dans cette partie de la vaste plaine du Menam. M. Tapie, qui en est chargé, cherche à les grouper. Le travail ne lui manque pas, au point de vue matériel, comme au point de vue spirituel ; église, écoles, résidence de missionnaire, tout est à créer à Song-phinong. Cette année, notre confrère s’est surtout occupé des enfants, dont l’instruction religieuse était fort négligée. Il a trouvé, en même temps, le moyen de restaurer la chapelle du poste principal et de construire un oratoire assez vaste dans la petite chrétienté de Ban-don.
« M. David dirige la chrétienté de Ko-jai ; il dessert en même temps les pêcheries annamites situées au nord-ouest de Juthia, ce qui lui fait un total de plus de 1.000 fidèles à administrer. Il a eu la joie, le 24 juin, de bénir la nouvelle église de la petite station de Ban-plaina, dédiée à saint Jean-Baptiste. C’est grâce à la générosité de ses chrétiens, pêcheurs pour la plupart, qu’il a pu mener à bonne fin cette entreprise. Ayant réalisé, au cours de ces dernières années, d’assez beaux bénéfices dans les pêcheries, ces braves Annamites en ont consacré une partie à la construction de leur église. Le chef du village, excellent chrétien, avait acheté le terrain de ses propres deniers et il a contribué plus généreusement encore que tous les autres aux dépenses de la bâtisse.
« D’après les derniers recensements, la ville de Bangkok compte actuellement 867.511 habitants. Nos anciennes paroisses de la capitale se maintiennent dans la ferveur. M. Petit, qui dirige le poste du Calvaire, a baptisé 103 adultes. Autrefois nos catéchistes avaient libre accès au grand hôpital chinois de Bangkok et nous pouvions y administrer une quarantaine de baptêmes in articulo mortis par an. Malheureusement, la porte de l’hôpital nous a été fermée cette année. Il s’en est suivi une diminution dans le chiffre des baptêmes. On dit le directeur actuel de l’établissement peu favorable à la religion chrétienne. J’espère qu’avec le temps et l’aide de quelques Chinois influents la défense sera levée et que nous pourrons reprendre notre ministère auprès des malades.
« Nos écoles continuent à garder le premier rang parmi celles de Bangkok ; les élèves s’y présentent de plus en plus nombreux. L’augmentation de leur nombre est un succès que nous enregistrons avec joie, mais qui n’est pas sans nous apporter certaines préoccupations. Les bâtiments actuels seront bientôt insuffisants et le personnel enseignant devra être renforcé. Ce sont de nouvelles constructions à ériger et de nouveaux professeurs à trouver.
« Un de nos anciens élèves vient de montrer, dans une circonstance difficile, l’énergie de sa foi. Baptisé au sortir du collège, il occupait une place assez lucrative dans l’administration, lorsque dernièrement il fut envoyé dans la province, avec un grade supérieur et le titre de mandarin. Dès lors se posa pour lui la question du serment de fidélité au roi, que, deux fois par an, les officiers du gouvernement doivent prêter suivant une formule et des cérémonies païennes. Lorsque l’époque de le renouveler arriva, notre catholique s’abstint de paraître. Son absence fut remarquée et lui attira de fortes réprimandes de son chef ; ce dernier lui fit entrevoir qu’il ne pourrait conserver ses fonctions, s’il persévérait dans cette attitude. Le jeune homme demeura inébranlable.
« Sa fermeté nous a valu de pouvoir terminer une question longtemps discutée avec le gouvernement siamois, celle du serment de fidélité. Nos anciens vicaires apostoliques avaient réussi à faire adopter, pour les mandarins et officiers chrétiens, une formule de serment et des rites spéciaux excluant tout acte superstitieux. Mais, souvent, cette formule et ces cérémonies n’étaient pas admises dans les provinces éloignées de la capitale et Mgr Vey avait dû adresser au gouvernement royal plus d’une réclamation à ce sujet. L’incident rapporté plus haut m’a donné l’occasion de faire de nouvelles démarches qui, cette fois, ont abouti. Un document officiel a paru, réglant définitivement cette question du serment d’une manière conforme à la doctrine chrétienne. »
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