| Année: |
1910 |
| Pays: |
Thaïlande |
| Mission: |
Siam |
| Rédacteur: | Mgr Perros |
CHAPITRE VII
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GROUPE DES MISSIONS
DE L’INDO-CHINE OCCIDENTALE
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I. — Siam
Population catholique 23.600
Baptêmes d’adultes 244
Baptêmes d’enfants de païens 663
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L’œuvre des conversions est particulièrement difficile parmi les populations du royaume de Siam. Cette constatation inspire à Mgr Perros les réflexions suivantes :
« C’est avec une profonde tristesse que je commence ce compte rendu. Chaque année, la plupart des Missions ont la consolation de constater un accroissement sensible dans le nombre de leurs chrétiens, et d’enregistrer de longues listes de baptêmes d’infidèles. Au milieu des difficultés inhérentes au labeur apostolique, elles sont heureuses de voir, cependant, le bien augmenter rapidement, les anciennes chrétientés s’affermir et se développer, de nouveaux centres s’ouvrir à la propagation de l’Évangile. Pour nous, au contraire, il semble que nos efforts sont vains : les conversions de païens forment un chiffre faible, et encore, malgré cet appoint ajouté, chaque année, aux baptêmes plus nombreux d’enfants de chrétiens, le chiffre de la population catholique n’augmente que bien lentement. Quand nous sera-t-il donné de pouvoir récolter une moisson abondante, dans cette contrée où, depuis si longtemps, les ouvriers apostoliques sèment le bon grain ?...
« Il y a déjà deux siècles et demi (en 1662) que le premier Évêque de notre Société, Mgr de La Motte-Lambert, évêque de Bérythe et vicaire apostolique de la Cochinchine, arriva avec plusieurs missionnaires à Ajuthia, alors capitale du Siam. Onze ans plus tard (1673), Mgr Laneau fut nommé vicaire apostolique du Siam ; depuis lors, quatorze Évêques se sont succédé à la tête de cette Mission. Pendant ces 250 années, il y eut bien des vicissitudes de calme et d’orage ; des conversions tantôt plus, tantôt moins nombreuses. Le Collège Général fondé à Ajuthia, dès le début, eut ses jours de prospérité, mais partagea aussi les malheurs de la Mission. En 1687, Mgr Laneau fut jeté en prison avec ses missionnaires et les séminaristes, et y endura de cruelles souffrances auxquelles succombèrent plusieurs de ses compagnons.
« En 1767, à la ruine d’Ajuthia, la Mission fut détruite de fond en comble. Mgr Brigot et plusieurs prêtres furent emmenés captifs en Birmanie. En 1785, Mgr Olivier Lebon, successeur de Mgr Brigot, fut également jeté dans les fers, avec trois chefs chrétiens ; en 1779, il fut exilé avec ses missionnaires, et mourut dans cet exil, l’année suivante. Plus tard, les tristes événements qui désolèrent la France ne furent rien moins que favorables aux vocations apostoliques et un des successeurs de Mgr Lebon, Mgr Florens, évêque de Sozopolis, resta, un bon nombre d’années, seul Européen, avec quelques prêtres indigènes. En 1849, l’incident malheureux connu sous le nom « d’affaire des poules » provoqua le bannissement de 8 missionnaires : la plupart d’entre eux revinrent en 1852, et c’est de cette époque seulement que date réellement le développement de la Mission.
« En 1841, la partie Sud-Ouest avait été détachée pour former le Vicariat apostolique du « Siam Occidental », qui devint en 1888 le diocèse de Malacca. En 1899, la partie Est fut séparée également pour former le Vicariat apostolique du « Laos ». Actuellement, la Mission de Siam est comprise entre les 6e et 20e degrés de latitude boréale, et les 96e et 100e degrés de longitude orientale de Paris, sur une surface d’environ 250.000 kilomètres carrés, avec une population d’un peu plus de 4 millions d’habitants, d’après le recensement officiel fait en 1909. Sur ces 4 millions, nous avons seulement 23.600 chrétiens ; c’est bien le pusillus grex de l’Évangile, et il reste encore des conversions à faire...
« Le royaume de Siam est divisé au point de vue administratif en 17 grandes circonscriptions ou monthon dont 12 seulement re1èvent de notre Mission ; les autres font partie de la Mission du Laos. Chacune de ces circonscriptions est subdivisée en sous-préfectures ou mu’ang dont le total se monte à 55. Nous sommes établis dans 20 de ces sous-préfectures : ce résultat paraît peu de chose, quand on songe au temps écoulé depuis l’arrivée des premiers Vicaires Apostoliques, mais ne s’explique que trop facilement, quand on se rend compte des nombreuses difficultés qui s’opposent à la diffusion de la bonne nouvelle.
« La fertilité du sol et les besoins restreints des habitants rendaient autrefois la vie si facile ! La religion bouddhiste, qui met le souverain bonheur dans le niphan, ou anéantissement, réduit sa morale entière à ce seul idéal : « supprimer toute douleur », c’est-à-dire ne pas se donner de peine, pour quoi que ce soit. Ce principe, très commode pour favoriser la paresse, n’est guère apte à disposer les cœurs à embrasser la religion d’un Dieu crucifié, à se renoncer, à porter la croix, à se priver actuellement, afin d’amasser des trésors pour le Ciel. Le missionnaire voyage, cherche des âmes à convertir, se dépense avec zèle à instruire : « Votre doctrine est très belle, parfaite ! » répondent ses auditeurs, en entendant ses explications. Puis, s’il les pousse à être conséquents avec eux-mêmes, et à embrasser cette religion qu’ils avouent être parfaite : « — Pas encore, disent-ils,... je me trouve bien actuellement, plus tard... on verra. »
« La difficulté que je viens d’exposer est de tous les temps. Une autre avait surgi, plus particulièrement depuis un certain nombre d’années, à la suite des mesures prises par le gouvernement pour établir un cadastre régulier. Partout où il y a espoir de fonder un centre chrétien, les Missionnaires s’efforcent d’acquérir, pour cette chrétienté, des terrains, afin de construire église, écoles, etc., et pour que les chrétiens puissent y demeurer et gagner leur vie : c’est le moyen de les grouper, de les garder et de pouvoir continuer leur instruction et celle de leurs enfants, en même temps que d’attirer de nouveaux catéchumènes.
« Prétextant un article du traité franco-siamois de 1856, qui permettait aux sujets français d’acquérir des terrains seulement dans un certain rayon autour de la capitale, des païens cupides crurent, ces années dernières, que l’occasion était favorable pour s’emparer de tous les terrains appartenant aux églises catholiques, le Missionnaire français n’ayant pas droit de propriété, disaient-ils. De là des tracasseries continuelles, des procès, sans cesse renouvelés, contre les Pères ou contre les chrétiens. C’est à cette situation fâcheuse qu’a mis fin le Décret royal du 27 août 1909, accordant la personnalité civile à la Mission Catholique. Cette reconnaissance légale qui fait honneur à la sagesse et à 1’esprit de justice de Sa Majesté, est le fait saillant de cet exercice 1909-1910 ; nous le devons surtout à l’habileté et à l’énergie inlassable de M. Colombet, alors supérieur de la Mission.
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« Le 30 janvier 1910, Sa Grandeur Monseigneur Barrillon, assisté de Mgr Bouchut et du vénéré M. d’Hondt, conférait la consécration épiscopale au successeur de Mgr Vey. Sa Majesté le Roi de Siam s’était fait représenter à la cérémonie du sacre, à laquelle assistaient M. le Ministre de France, les représentants de plusieurs autres puissances, des princes et plusieurs hauts personnages de la Cour Royale.
« Les Missionnaires et prêtres indigènes formaient une belle couronne autour du nouvel Élu. L’église du Calvaire, la plus belle de Bangkok, était trop petite pour contenir la foule des chrétiens accourus un peu de tous les postes. Ce fut, sans doute, un beau jour de fête pour tous, sauf pour celui qui chargé d’une nouvelle croix entendait sans cesse se répéter dans son cœur le Non alleviasti onus tuum.
« Le surlendemain du sacre, eut lieu la bénédiction solennelle de la première pierre de la future cathédrale. Les oriflammes, bannières et tentures aux couleurs voyantes formaient un joyeux et imposant décor aux travaux commencés. Avant de procéder à la bénédiction, Mgr Bouchut adressa à l’assistance nombreuse une instruction qui laissa tous ses auditeurs sous le charme de sa parole vibrante et apostolique. Actuellement les travaux continuent, les murs s’élèvent, bien lentement. Quand nous sera-t-il donné de voir leur achèvement ? Que la divine Providence nous fasse obtenir les ressources nécessaires pour Lui élever une église convenable, en face des nombreuses et monumentales pagodes vouées au culte de l’erreur !
« L’audience royale que, au lendemain du sacre, Sa Majesté eut la gracieuseté d’accorder aux trois Évêques, accompagnés de deux Missionnaires, fut une joie de plus ajoutée à ces belles fêtes.
Le temps trop court, que Nosseigneurs de Malacca et du Cambodge passèrent au milieu de nous, fut pour nous tous un temps de bonheur intime.
« Peu de semaines plus tard, j’avais la consolation de conférer le sous-diaconat à neuf de nos séminaristes, qui venaient de terminer leurs études. La longue maladie de mon vénéré Prédécesseur ne lui avait pas permis de leur conférer les Ordres Sacrés : l’épreuve, plus longue pour eux, ne fit que les fortifier dans la piété et la science que, depuis de si longues années, nous nous étions efforcés de leur inculquer.
« Trois moi plus tard, le samedi des Quatre-Temps de la Trinité, nous avions le bonheur de compter neuf prêtres de plus ; jamais il n’y avait eu une ordination aussi considérable, à Siam !…. Actuellement ces nouveaux collaborateurs sont placés, chacun sous la direction d’un Missionnaire, pour se former à 1’exercice du saint ministère, en même temps qu’ils apprennent encore une autre langue afin de pouvoir travailler avec plus de fruit. Puissent-ils toujours correspondre dignement aux grâces de l’ordination et réaliser les espérances que nous fondons sur eux.
« Mais à côté de ces quelques joies, que de sujets d’angoisse ! Une de nos grandes peines est de voir tant de chrétiens, parfois des familles entières, quitter le voisinage de l’église, pour aller s’établir au loin, ailleurs. Dans ce pays, où l’humeur nomade n’a pas disparu, beaucoup de gens s’imaginent facilement qu’ils seront mieux, partout ailleurs que là où ils se trouvent. Pour un motif ou un autre, ils délogent, un beau jour, sans tambour ni trompette, et sans laisser d’adresse. Pas besoin de fourgons de déménagement, dans une contrée où les fleuves et canaux sont encore la principale voie de communication ; le mobilier se réduit à peu de chose ; les objets encombrants sont vendus à l’avance, en secret, ainsi que la maison (si elle appartient à celui qui l’habite) ; ce qui reste trouve facilement place dans une barque, qui emporte en même temps les fugitifs.
« Si ceux-ci vont s’établir dans une autre chrétienté, pas de difficulté : c’est un arbre transplanté qui peut reprendre racine, parfois même gagner, à ce changement de terrain, une nouvelle vigueur. Mais, quand ils se fixent au milieu des païens loin de tout centre chrétien, il y a bien à craindre. S’ils ont une bonne instruction religieuse, ils continueront encore dans les premiers temps de réciter leurs prières, feront même, de temps à autre, un long chemin pour venir à l’église entendre la sainte messe et s’approcher des sacrements. Mais petit à petit vient la tiédeur, naissent des enfants que les parents négligent de faire baptiser ; les aînés, bien que baptisés, ne reçoivent pas l’instruction qui en fait de vrais chrétiens : de là l’indifférence religieuse, qui n’est pas l’apostasie, mais n’en conduit pas moins à la perdition.
« Il faut donc, de toute nécessité, suivre ces chrétiens qui émigrent et ne pas les perdre de vue. Du reste, c’est une occasion favorable pour nous implanter ailleurs. Malheureusement le personnel nous fait défaut encore, non moins que les ressources, car tous ces voyages et courses, à la suite des brebis égarées, nécessitent de la part du Missionnaire, outre le zèle ardent pour le salut des âmes, les moyens matériels de secourir les infortunés qui sont, au moins souvent, la cause de ces émigrations. Et pourtant, c’est de cette façon que, actuellement, la bonne nouvelle peut se propager de plus en plus.
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« C’est ainsi que la chrétienté de Samsen (à Bangkok) qui, il y a un certain nombre d’années, comptait plus de 2.000 fidèles, a vu ce nombre diminuer considérablement, par suite des difficultés qu’y ont les chrétiens pour gagner leur vie, mais, par contre, a donné naissance à plusieurs autres petits postes. Les chrétiens de Samsen, descendants d’Annamites amenés prisonniers de guerre dans la première moitié du siècle dernier, étaient, pour la plupart, constructeurs de barques. Or, le bois de « teck » a augmenté de prix par suite de l’exportation importante dont il est l’objet ; d’un autre côté, le commerce des barques diminue : les chaloupes à vapeur qui, il y a quelques années encore, étaient à peine connues en dehors de la capitale, actuellement sillonnent toutes les rivières et canaux un peu considérables ; en outre, le chemin de fer facilite beaucoup les voyages et les rend plus rapides. La construction des barques a, par suite, sensiblement diminué, et il a fallu chercher d’autres moyens d’existence. La ruche annamite a donc essaimé et fondé d’autres colonies.
« Sans parler des familles qui sont allées s’installer un peu partout, il s’est formé ainsi, à l’Ouest d’Ajuthia, toute une nouvelle chrétienté, Bànplaina, qui compte en ce moment près de 1.000 chrétiens, groupés en plusieurs villages distincts. Dans la plaine qui s’étend, au Nord d’Ajuthia, jusqu’à Banpeng, bon nombre de familles sont établies çà et là, occupées à faire la pêche, très fructueuse dans ces parages. Il faut que le missionnaire se fasse pêcheur, à son tour ; car il y a de beaux coups de filet à donner, pour un apôtre à la recherche des âmes : les enfants qui ont grandi sans instruction, la jeunesse qui s’est laissée entraîner, même de vieux chrétiens, n’ayant plus eu recours aux sacrements, qui sont enlacés dans des situations irrégulières : il y a là du travail en abondance. Il faudrait pouvoir visiter cette province en tous sens, toute l’année, pour ramener et soigner tant de brebis égarées ; mais alors, qui fera l’instruction dans les postes centraux, pour préparer les enfants à la réception des sacrements et les fortifier contre les tentations et les entraînements de l’avenir !
« J’insiste sur ce point capital, l’instruction religieuse ; car c’est un fait constaté bien souvent : l’instruction solide, si elle n’enlève pas la fragilité humaine, prépare, du moins, le remords après l’égarement. Si vous retrouvez un chrétien qui a oublié le chemin de l’église et abandonné ses devoirs, vous pourrez en général, reconnaître bien vite s’il a été bien instruit, ou s’il n’a acquis qu’une connaissance superficielle des vérités de la religion. Dans le premier cas, il sera plus facile à ramener, tandis que les néophytes, malgré la ferveur des premiers temps, s’ils n’ont pas toujours à leurs côtés le missionnaire pour les soutenir, risquent fort de faire naufrage complètement.
« La chrétienté de Banpeng est, depuis quelques mois, confiée au zèle de M. Carton, chargé également de celle de Paknampho (sur le fleuve de Bangkok) et secondé par un prêtre indigène. Ce Confrère m’explique son regret de ne pas pouvoir annoncer un plus grand nombre de catéchumènes, de baptêmes d’adultes et d’enfants de païens : « J’offre au Divin « Maître, m’écrit-il, mes sacrifices du passé, mes croix du présent, mes espérances de l’avenir, « pour obtenir que le prochain exercice soit meilleur et plus consolant… Dernièrement, j’ai « écrit à Votre Grandeur au sujet d’une petite station à installer parmi les Annamites de « Bangkham, dans les limites du poste de Banpeng. Depuis, j’ai eu l’occasion de visiter « Sakékhrang ou mu’ang Uthai, sous-préfecture située à une petite journée au Sud-Ouest de « Paknampho.
« Cet endroit me paraît offrir des espérances sérieuses. Le marché n’est guère moins « considérable que celui de Paknampho. J’ai trouvé là un noyau de 54 chrétiens, Chinois et « Annamites, qui m’ont fait un accueil des plus chaleureux, me suppliant de les visiter et de « leur bâtir un oratoire pour prier en commun. En outre, pendant les deux soirs que j’ai passés « à Sakekhrang, une vingtaine de Chinois Hakka, tous païens, sont venus me demander de « leur exposer la doctrine.
« Volontiers, je serais resté au milieu de ces braves gens pour les instruire ; mais d’autres « soucis m’appelant ailleurs, je n’ai pu que leur promettre de revenir les voir bientôt. Si, au « moins, je pouvais leur envoyer un catéchiste ! Mais je n’en ai même pas pour Paknampho. « Ici également, l’élément chinois me donne quelque espoir d’extension pour l’avenir. « Malheureusement la situation de l’église est défavorable, surtout en cette saison des hautes « eaux. C’est toute une difficulté d’aborder à l’île sur laquelle est construite l’église. De jour, « les Chinois peuvent encore se faire conduire jusqu’à moi ; mais une fois la nuit arrivée, ils « ne trouvent plus de barque pour repasser chez eux. Il faudrait une installation et un « catéchiste pour les Chinois sur l’autre rive : or, je n’ai ni l’une ni l’autre. Je raconte souvent « mes peines au Cœur Sacré du Bon Pasteur. J’espère qu’Il daignera écouter mes humbles « prières et m’accorder de résoudre toutes les difficultés de l’heure présente. »
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« Dans l’Est de la Mission, les chrétientés relativement anciennes de Petriu et de Huaphai continuent de prospérer : ce dernier poste vient d’être doté d’un grand orphelinat, qui permettra de recueillir un nombre plus considérable d’enfants de païens. Pakkhlong et Thakien souffrent de ce qu’un seul missionnaire ne peut pourvoir suffisamment à l’administration simultanée de ces deux stations, éloignées l’une de l’autre.
« C’est également le cas de Nakhonnajok qui, autrefois, marchait si bien et qui aurait grand besoin d’un Confrère à demeure
« Pachim, avec ses succursales, donne bon espoir. M. Rondel qui est chargé de ce vaste district, avec un jeune Confrère et un nouveau prêtre indigène, m’écrit, en parlant d’abord de sa résidence principale : « Pachim est la tête... mais la tête n’a pas la grosseur du corps. « Néanmoins, elle active et dirige tout : c’est son rôle. De petits hameaux se fondent, qui se « relient à Pachim et dissimulent sa pauvreté personnelle, en attendant qu’ils fassent plus tard « sa richesse, non pas pécuniaire sans doute, mais religieuse, ce qui est bien préférable.
« Khok vat va toujours bien et ira ainsi quelque temps encore, je l’espère ; mais les terrains « libres se remplissent, et les familles d’origine ont plutôt tendance à les accaparer pour « préparer l’avenir de leurs enfants. C’est le motif qui me fait songer à une installation tout à « fait analogue, et plus à proximité du fleuve et du service régulier des bateaux : nous aurons « ainsi un beau poste, formé de deux gros villages chrétiens, entre lesquels s’échelonnent déjà « quelques maisons également chrétiennes.
« Hatsake ne donne pas grand espoir... il végète. Peut-être la nouvelle génération, « relativement assez nombreuse, tournera-t-elle mieux que la précédente, mais il y a beaucoup « à craindre. Il faut avouer que, les champs des chrétiens étant de médiocre valeur et surtout « de rapport absolument irrégulier, en raison de l’inondation principalement, la vie n’est pas « des plus faciles. D’autre part, la proximité des païens, le mélange constant avec eux « corrompt absolument les mœurs chrétiennes...
« A Chanthakham les vieux chrétiens ont une conduite regrettable ; mais de nouvelles « installations ont eu lieu ; les catéchumènes viennent, et avec la grâce de Dieu, viendront « encore en plus grand nombre ; c’est du moins un mouvement qui s’annonce assez bien... « Encore une fois les premiers seront les derniers et les derniers arrivés prendront la première « place. »
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Dans l’Ouest, le beau poste de Nakhonxaisi absorbe l’activité de M. Krempf, qui trouve pourtant encore le temps et les moyens de restaurer et d’agrandir l’église, devenue trop petite. Au Sud de ce fleuve, se trouve Thachin qui, après avoir longtemps souffert de ne pouvoir être administré régulièrement, promet de plus consolants résultats.
« Bangxang, avec ses 2.000 chrétiens, inspire de l’inquiétude à M. Salmon qui en est chargé avec un autre Confrère et deux prêtres indigènes, et qui m’écrit : « Les riz sont presque « perdus ; l’inondation, venue pour causer cette perte, est descendue et n’a pas l’air de vouloir « remonter : ce qui serait désastreux pour les jardins. Non vivit de solo pane homo, ceci est de « pure vérité ; mais lorsque le pain quotidien vient à manquer, cela peut-être l’occasion de « découragement pour plusieurs. Un chrétien obligé d’émigrer pour sustenter sa famille est « bien en danger de se perdre. Je suis préoccupé de la chose, tout en ne voulant cependant que « ce que Dieu voudra. »
« Vainiau, situé au Nord, sur ce même fleuve, n’augmente pas depuis plusieurs années, malgré les naissances d’enfants de chrétiens. Les planteurs de tabac s’éloignent de l’église de plus en plus, au fur et à mesure que le sol s’épuise ; ils cherchent de nouveaux terrains qui donnent un rendement plus considérable. M. Houille a pu fonder ainsi, à une distance de 5 heures de cheval, au Nord de Vainiau, le nouveau poste de Thamuang qui compte déjà 200 chrétiens, tous Chinois, et nécessiterait également un Confrère à demeure.
« A Bangkok, le bien se continue d’une façon peut-être plus sensible qu’à l’extérieur, grâce à nos établissements d’instruction secondaire. Le dévouement de nos chers Frères de Saint-Gabriel maintient le Collège de l’Assomption à son rang florissant, malgré la concurrence des établissements similaires qui deviennent de plus en plus nombreux, et malgré les difficultés spéciales qui sont venues, cette année, jeter le désarroi dans un grand nombre de familles. La loi du service militaire vient d’être appliquée dans la capitale, comme elle l’était déjà dans les provinces. Dès lors, quantité de parents, prévoyant que leurs enfants devraient plus tard interrompre leurs études, et peut-être les abandonneraient complètement, craignirent de faire des dépenses inutiles et les retirèrent du Collège. La même crainte en empêcha d’autres de faire commencer les études à leurs enfants, comme ils l’avaient projeté d’abord. Malgré tout, confiants en la divine Providence, nos chers Frères continuent leur travail avec un zèle infatigable, et le chiffre de 650 élèves prouve éloquemment combien leur enseignement est apprécié.
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« Une Œuvre complémentaire du Collège vient, grâce au dévouement persévérant de son fondateur, secondé par nos chers Frères, de l’établir définitivement sur des bases solides : c’est l’Association des Anciens Élèves. Elle a pour but, en réunissant ces jeunes gens et en leur fournissant des divertissements honnêtes, musique, jeux, lectures, de les empêcher de se perdre dans le tourbillon de la ville, en même temps que de les maintenir et les fortifier dans l’éducation chrétienne qu’ils ont reçue.
« Les deux couvents de Saint-Joseph (internat) et de l’Assomption (externat) comptent, le premier 138, le second 70 élèves, et ces nombres vont grandissant toujours. Les écoles et ouvroirs, tenus également par les Sœurs de Saint-Paul au Calvaire, à Sainte-Croix et à Pétrin, sont moins prospères ; mais ne savons-nous pas que les efforts continuels soutenus par la confiance en la divine Providence viennent à bout de toutes les difficultés ?
« Le noviciat de Samsen a donné ses premiers fruits, cette année : quatre des Religieuses, formées dans cette pieuse retraite, depuis 10 ans, ont été envoyées dans deux postes de l’extérieur. Cette œuvre est destinée à rendre les plus grands services en nous donnant ce qui manquait jusqu’à présent, de vraies religieuses indigènes, connaissant et pratiquant réellement la vie de dévouement surnaturel dont elles font profession.
« A l’hôpital de Saint-Louis, nous avons établi une Crèche pour enfants de païens, dans l’espoir de sauver des âmes parmi tant de petits enfants qui meurent à Bangkok. C’est une charge de plus pour les bonnes Sœurs dont l’esprit de zèle et d’abnégation est au-dessus de tout éloge.
« Ce qui nous fait défaut encore, c’est une œuvre destinée à la formation de maîtres pour nos écoles primaires, et de catéchistes pour les postes chinois. C’est là une préoccupation à laquelle je ne sais comment faire face dans la pénurie où nous nous trouvons ; mais la nécessité d’une œuvre de ce genre s’impose davantage de jour en jour. C’est peu de faire des conversions, si nous ne veillons pas avec un soin tout particulier à la conservation des chrétiens par l’instruction religieuse.
« M. Bellamy a dû aller demander au climat des Nilgiris les forces qu’il désirerait tant avoir pour pouvoir travailler davantage ; nous demandons au bon Dieu qu’il puisse nous revenir bientôt, vaillant et solide. La santé de plusieurs autres Confrères nous inspire également bien de l’inquiétude, et ne leur permet pas de fournir toute la somme de travail qu’ils voudraient donner.
« Le chiffre de 83.000 communions de dévotion, supérieur de 25.000 à celui de l’année dernière, prouve que la vie chrétienne augmente, au moins en intensité : c’est une compensation des résultats moindres obtenus par ailleurs, et un rayon d’espoir pour l’avenir. »
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