| Année: |
1911 |
| Pays: |
Thaïlande |
| Mission: |
Siam |
| Rédacteur: | Mgr Perros |
CHAPITRE VII
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Groupe des Missions
de l’Indo-Chine Occidentale
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I. — Siam
Population catholique 24.025
Baptêmes d’adultes 362
Baptêmes d’enfants de païens 764
Conversions d’hérétiques 1
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« En terminant le compte rendu de l’année dernière, écrit Mgr Perros, j’exprimais la confiance de voir la vie chrétienne augmenter d’intensité dans notre Mission, où les conversions de païens sont si clairsemées. Cette confiance n’a pas été déçue. Le nombre de communions de dévotion, progressant dans une proportion consolante qui s’accentue chaque jour davantage, prouve que la parole du Souverain Pontife commence à être comprise. Reconnaissance tout d’abord à Pie X, le Pape de la communion fréquente, qui nous enseigne que, pour vivre, il faut se nourrir et que, pour fortifier la vie surnaturelle, il faut recourir à l’alimentation surnaturelle. Les extraits de lettres des Confrères nous diront les joies qu’ils ont éprouvées a ce sujet.
« Les baptêmes de païens ont un peu augmenté sur le dernier exercice ; malgré tout, le chiffre de 362 pour plus de quatre millions d’infidèles n’est qu’une goutte d’eau dans l’océan. Il faut nous rappeler toujours la parole du Maître : In patientiâ vestrâd possidebitis animas vestras, pour continuer de jeter le filet sans nous lasser.
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« Voici ce que m’écrit M. Carton, chargé du district de Paknamphô-Banpëng : « Au point « de vue humain, l’année a été plutôt mauvaise. Dès le mois de janvier, la peste a commencé à « sévir et à terroriser les habitants de la ProvinCe. Toutefois, la divine Providence a épargné « nos chrétiens : aucun n’a été atteint par le terrible fléau. La peste se calmait à peine que le « choléra venait prendre sa succession. La chrétienté lui a payé son tribut. Mon maître « d’école, auxiliaire très précieux, a été emporté en quelques heures. J’ai dû licencier « l’école. J’avais réussi avec difficulté à attirer ici un groupe de Chinois, vieux chrétiens sur « lesquels je pensais m’appuyer pour former un noyau et donner de l’élan à l’évangélisation « des Célestes. A la vue des ravages causés par le choléra, l’affolement les a pris et ils se sont « dispersés, entraînant avec eux le catéchiste que j’avais eu toutes les peines du monde à me « procurer.
« On dirait vraiment que le fléau a pris plaisir à décapiter nos œuvres naissantes : « aujourd’hui, tout est à recommencer. Je n’ai encore pu réussir à trouver de maître d’école. « M. Gastal et moi, nous nous relayons pour faire la classe aux enfants. C’est là, sans aucun « doute, une bien noble tâche ; mais cela paralyse nos mouvements, et d’autres travaux, « également de première importance, en souffrent nécessairement.
« Nos chrétiens ont fait le vœu de solenniser la fête de saint Roch pendant trois ans. Depuis « l’émission de ce vœu, le choléra n’a plus fait de victimes parmi nous. Le personnel des Reli- « gieuses indigènes, nos précieuses auxiliaires dans l’œuvre de Dieu a été également visité par « la maladie : nouveau détriment pour le bien général. Si la Providence a permis toutes ces « épreuves, c’est qu’elles nous sont bonnes.
« D’ailleurs, à côté des difficultés, il y a aussi les consolations. I1 a été doux à nos cœurs « de missionnaires de voir les chrétiens, si dispersés, venir un peu plus fidèlement accomplir « leurs devoirs à l’église. Une trentaine des plus rapprochés, dociles à nos exhortations, ont « inauguré la communion fréquente, quelques-uns la communion quotidienne. Puissent-ils « tous persévérer dans cette voie sûre, méritoire et agréable au Cœur de Jésus !
« Notre plus grande joie de l’année a été la communion des tout petits. Quelle jouissance « pour le pasteur d’âmes de nourrir ces lèvres, sinon parfaitement innocentes, du moins pas « encore très coupables, de la divine Substance de Celui qui fut le grand Ami des enfants. « Plusieurs ont bien compris l’appel du Saint-Père et viennent à la communion plusieurs fois « la semaine. Au contact divin, nous voyons ces enfants s’améliorer, et grandir comme de « jeunes plantes sous l’action bienfaisante du soleil.
« Il me reste à parler de l’avenir magnifique de cette immense contrée du Nord, encore à « peu près fermée à l’évangélisation catholique. Quel territoire ! En lisant sur la carte les « noms des villes Siamoises et Laotiennes de cette région : Phitsanulok, Muang Phrë, Muang « Nan, Muang Thu, Raheng, Nakhon Lampang et surtout Xieng Mai, je ne puis m’empêcher « de soupirer : quand donc y serons-nous établis ? La moisson est immense, mais... Hélas ! « j’entends déjà le membre de phrase qui complète la sentence. Il y a tout un territoire à « ouvrir.
« Je voudrais pouvoir dire qu’il est encore tout neuf ; mais non ! les protestants l’ont déjà « parcouru. L’an dernier, Votre Grandeur a pu jeter un coup d’œil sur leurs œuvres de « Phitsanulok. On les dit mieux installés à Muang Phrë et surtout à Xieng Mai, où travaillent « 17 ministres. Et nous sommes trois prêtres catholiques, depuis la Province de Juthia « jusqu’aux frontières des pays Shans ! »
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« M. Houille parle des espérances que lui donnent ses Chinois : « Les Hakkas sont « ordinairement des gens d’esprit indépendant, se ralliant difficilement aux opinions d’autrui. « Il faut leur répéter des centaines de fois la même chose pour les amener à admettre les « vérités même primordiales. Attachés à la terre, venus, d’ailleurs, au Siam uniquement pour « gagner de l’argent, se faisant parfois chrétiens, surtout à cette époque, pour obtenir quelque « avantage matériel, ils ne pensent généralement guère qu’aux choses du monde, et se mettent « fort peu en peine de celles du Ciel. Il en est, cependant, parmi eux qui sont vraiment « édifiants qui observent avec exactitude tous les points de la religion et sont d’une piété « exemplaire dès le moment de leur conversion. J’ai profité de la publication du Décret Quam « singulari pour les exciter davantage à la réception fréquente des sacrements. Les Hakkas « deviennent facilement apôtres, et, par eux, on peut multiplier les catéchumènes.
« Je me propose d’établir, sur un plan plus large, la dévotion au Sacré Cœur par la « communion du Premier Vendredi du mois. Peut-être le Divin Maître daignera-t-Il ouvrir les « yeux et éclairer l’esprit de ces pauvres gens, et leur faire comprendre que, s’ils sont « chrétiens, c’est pour sauver leur âme et non pas pour être assurés d’une protection dans tous leurs procès. »
« Au commencement de février dernier, le choléra a sévi avec violence à Chanthabun, et, en peu de jours, a fait de nombreuses victimes. Quoique moins éprouvés par le fléau que les païens, les chrétiens firent vœu de demander une grand’messe et une procession. « Avant cet « engagement, écrit M. Peyrical, tous les cas de choléra parmi les chrétiens avaient été suivis « de mort. Après le vœu, des malades qu’on croyait perdus se rétablirent, et, depuis, nous « n’avons eu que trois décès. Ajoutons qu’une pluie bienfaisante est tombée. »
« Ce même Confrère écrit encore: « Le Triduum de nos Bienheureux Martyrs, dont l’un, « le Bienheureux Cuenot, exerça quelque temps à Chanthabun le saint ministère a été « pieusement célébré. Les communions furent nombreuses, près de 1.100.
« Dès le lendemain du Triduum, s’ouvrit l’Ecole des Frères. Les débuts sont modestes; « mais c’est généralement ce qui arrive pour les œuvres naissantes que Dieu a dessein de faire « prospérer. Il est superflu de rendre ici témoignage à l’esprit de sacrifice des maîtres de cette « école : depuis longtemps, le mérite des Frères de Saint Gabriel est connu et hautement « apprécié. Qu’il me suffise de dire que les chers Frères Gabriel, Théophile et Martin, sont « bien de la famille des savants éducateurs du Collège de l’Assomption. Les élèves n’ont pas « tardé à reconnaître leur complet et affectueux dévouement. Mon plaisir est grand d’entendre « les chers Frères attester la docilité et le bon esprit de leurs élèves. De pareil-les dispositions « sont une garantie de succès pour l’avenir de l’Ecole.
« La préparation des jeunes enfants à la communion privée nous a demandé un surcroît de « travail et de fatigues ; mais nous en sommes largement récompensés. C’est une grande « consolation de voir avec quelle pieuse émulation ils aiment à recevoir l’Eucharistie. Assuré- « ment, ces communions fréquentes, répétées dès le bas âge, fortifieront ces jeunes âmes et « leur permettront d’affronter les dangers de l’adolescence : c’est une chose d’autant plus « nécessaire que, depuis quelques années, se manifeste dans la jeunesse de Chanthabun un « relâchement inquiétant.
« La nouvelle église de Vanjao fait honneur à son architecte, M. Faivre ; elle témoigne « aussi de la bonne volonté et de l’esprit de foi des chrétiens de Vanjao, qui ont contribué, par « leur travail et leur obole, nécessairement modique, au succès de cette construction.
« Une école est devenue nécessaire dans cette localité : mais un établissement dirigé par « des religieuses est déjà en projet et sera bientôt une réalité. »
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« Cette année, ajoute Mgr Perros, a été pour Siam une année de deuil national. Sa Majesté le Roi Chulalongkorn mourait le 23 octobre. S. A. R. le Prince Héritier fut proclamé roi le même jour sous le nom de Maha Vaxiravudh.
« Nous avons eu à déplorer la perte d’un grand bienfaiteur de la Mission, Jacobé Khiok.Tsiang, chrétien fervent, directeur d’une grande maison de commerce de Bangkok. « Sa foi était solide et ferme ; sa charité, grande et universellement connue ; aucune main « miséreuse ne venait frapper à sa porte sans obtenir secours et assistance. Il a contribué « beaucoup, non seulement à la construction et à l’embellissement de l’église Notre-Dame-du-« Rosaire, mais aussi au développement de cette chrétienté ; je tiens à lui donner le « témoignage public de notre gratitude et je souhaite que ses enfants et ses amis gardent le « souvenir de ses bons exemples, en continuant les bonnes traditions de la Maison Kiam-Hoa-« Heng dont il a été le chef pendant de longues années. »
« Le Divin Maître a, en outre, rappelé à Lui deux de nos chères Sœurs de Saint-Paul de Chartres. Sœur Geneviève, atteinte le soir du Vendredi-Saint fut enlevée en quelques jours; elle mourut admirable de résignation au milieu de ses souffrances. Sœur Sophie, arrivée depuis deux mois à peine, avait su déjà gagner le cœur de toutes les élèves du Couvent Saint-Joseph. Par sa bonté, sa douceur, sa fermeté et ses talents, elle nous donnait le plus grand espoir d’une vie utile aux âmes. Dieu se plaît à nous montrer qu’il n’a besoin de personne.
« Outre la fondation du Collège de Chanthabun, nous devons mentionner, cette année, l’établissement d’un dispensaire au Calvaire. Il est visité par un docteur Européen.
« Le chiffre de nos catéchumènes est plus considérable que l’année dernière. Notre joie est de penser que leur nombre va croître et qu’ils entreront tous dans le bercail du Divin Pasteur.
« En terminant, je suis heureux de rendre hommage au dévouement persévérant et à l’abnégation de nos chers Frères de Saint-Gabriel et des Sœurs de Saint-Paul ; plus il est difficile de faire le bien, et plus toutes les bonnes volontés s’unissent afin de procurer la seule chose nécessaire, la gloire de Dieu par le salut des âmes.
« Mais les bonnes volontés ne suffisent pas : il faut des ouvriers, et nous supplions le Roi des Apôtres de nous envoyer des prêtres pour travailler dans sa Vigne ! »
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