| Année: |
1913 |
| Pays: |
Thaïlande |
| Mission: |
Siam |
| Rédacteur: | Mgr Perros |
CHAPITRE VII
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Groupe des Missions
de I’Indo-Chine Occidentale
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I. — Siam
Population catholique 24.200
Baptêmes d’adultes 257
Baptêmes d’enfants de païens 895
Conversions d’hérétiques 4
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Mgr Perros rappelle le mot célèbre : « Heureux les peuples qui n’ont pas d’histoire », et Sa Grandeur ajoute : « C’est une preuve que chez eux, tout suit son cours régulier, dans le calme de la prospérité. A raisonner ainsi, nous pourrions conclure que notre mission a été heureuse, cette année, car les rapports des missionnaires donnent tous la même note « Rien de saillant à signaler. »
« Malheureusement, l’uniformité de l’existence n’est pas toujours un signe de parfaite prospérité, et c’est ce qui a eu lieu pour nous. Ainsi, nous avons perdu un confrère, qui était un excellent ouvrier, et sa mort a été la plus pénible de nos épreuves pendant cet exercice. Par ailleurs, les bons résultats obtenus ne sont guère plus considérables qu’en 1911-1912. Sans doute, l’instruction de la jeunesse est plus soignée ; les catéchismes de persévérance du dimanche sont généralement bien suivis, mais le chiffre des baptêmes d’adultes, le plus éloquent de tous dans un compte rendu annuel, dépasse à peine ceux des années précédentes.
« La bonne Providence nous avant préservés de toute épidémie générale, le nombre des baptêmes d’enfants de païens est très inférieur à celui de l’exercice 1911-1912. La seule augmentation, vraiment notable, porte sur les confessions et les communions. Cette année, en effet, le nombre des communions de dévotion dépasse 175.000 ; c’est-à-dire, qu’il a plus que doublé en trois ans.
« Ailleurs, le soldat du Christ a la joie de combattre et de remporter des victoires ; ici, il est obligé de monter la garde, l’arme au pied, en attendant que le divin Maître lui fournisse l’occasion de faire quelque conquête. Malgré la disette qui sévit de temps à autre au Siam, nous n’avons presque jamais de vraie famine, ce grand levier qui pousse les foules à demander l’aumône au missionnaire, et fait qu’elles reçoivent, avec le riz qui nourrit les corps, la parole de vie qui nourrit les âmes.
« L’esprit du mal, jaloux du bien qui s’opère malgré tout chez nous, entrave souvent les efforts de nos confrères. Autrefois, nous avions un prestige qui nous donnait de l’influence et attirait à nous bon nombre de païens ; à présent, avec la nouvelle législation et l’administration organisée à l’européenne, l’ancien état de choses s’est considérablement modifié à notre désavantage. Il ne nous reste que les œuvres de bienfaisance et de charité chrétienne : écoles, hôpitaux, orphelinats et crèches, pour nous gagner des sympathies ; mais, sous ce rapport, l’éternel ennemi du genre humain a trouvé une tactique, inconnue jusqu’ici, pour arrêter les progrès de l’Evangile. En véritable « singe » de Dieu, il pousse les païens à fonder des œuvres, en tout semblables à celles qui nous attirent la confiance et font aimer notre sainte religion.
« Il y a quarante ans, on ne trouvait guère au Siam, en fait d’écoles, que les écoles catholiques, ouvertes dans nos stations, et où les enfants chrétiens apprenaient le catéchisme avec quelques notions des sciences humaines. Quand l’élément européen eut commencé à pénétrer dans le pays, la mission, prévoyant le changement qui allait s’opérer, prit les devants et fonda le collège de l’Assomption. Considéré d’abord par plusieurs comme une utopie plus nuisible qu’utile, cet établissement a donné, depuis lors, des résultats excellents. Nous lui devons plusieurs centaines de baptêmes d’adultes, et beaucoup de ses anciens élèves occupent des places honorables, dans les différentes branches de l’administration. Comme ces fonctionnaires ont vécu en contact journalier avec les Pères et les Frères, pendant leurs études, ils sont en mesure, mieux que d’autres, de dissiper les préjugés et de réfuter les calomnies que le démon amie à répandre contre nous.
« La mission fit aussi appel aux religieuses européennes, pour s’occuper de l’éducation et de l’instruction des jeunes filles de familles aisées. Aujourd’hui, les Sœurs de Saint-Paul de Chartres ont, à la capitale, un pensionnat et un externat, qui comptent ensemble près de 300 élèves ; et deux autres écoles moins importantes, mais appelées à se développer un peu plus tard.
« On construisit ensuite l’hôpital Saint-Louis, dirigé également par les Sœurs de Saint-Paul, et aménagé pour recevoir les européens et les indigènes. Une crèche y a été ajoutée, il y a trois ans, pour les petits enfants païens dénués de tout secours humain.
« Or le paganisme, jaloux de la prospérité de nos œuvres, a entrepris de leur faire pièce au moyen de la concurrence. A l’heure actuelle, Bangkok, avec ses 345 pagodes dédiées à Bouddha, possède de nombreuses écoles primaires, où les enfants sont tout fiers de se rendre, cartable de livres sous le bras et ruban de couleur voyante au chapeau : ce ruban indique la classe à laquelle ils appartiennent. En outre, les établissements d’enseignement secondaire pour les garçons et pour les filles, ne manquent pas Des professeurs européens et asiatiques y enseignent l’anglais, le français, l’allemand, voire même le latin. Des écoles dites « supérieures », annexées aux divers ministères, leur préparent un contingent de fonctionnaires, toujours bien fourni. Les sujets se présentent d’autant plus nombreux à ces écoles, que, outre la perspective d’une bonne place à occuper plus tard, ils ont, dès à présent, le privilège unique d’être exemptés du service militaire.
« Ce n’est pas seulement, sur le terrain de l’instruction, que le catholicisme a trouvé des imitateurs au Siam : les œuvres inspirées par la charité, qui est l’apanage du. christianisme, ont été copiées à leur tour. Des institutions de bienfaisance ont été établies en divers endroits de la capitale : hôpitaux, orphelinats, même une maternité, fonctionnent au moyen de ressources bien supérieures à celles dont nous disposons. Les grosses cotisations de certains philanthropes, publiées par les feuilles officielles, viennent s’ajouter aux offrandes des grands personnages. Sur ce sujet, comme sur celui des inventions dont l’Occident se glorifie à bon droit, la réponse courante du siamois à celui qui en parle, est celle-ci : « Nous aussi, nous « avons cela. » Inutile d’ajouter qu’à « cela » manque l’essentiel ; je veux dire, le dévouement réel, désintéressé, qui s’exerce pour l’amour de Dieu, mais qui ne se rencontre que dans la vraie religion. Tout autre dévouement est vain, manque de base, et par conséquent, ne saurait durer longtemps. Mais nos Siamois, satisfaits d’eux-mêmes et de leurs œuvres, ne veulent pas croire à l’existence d’une autre vie, éternellement heureuse ou malheureuse, de sorte que les conversions sont toujours rares parmi eux.
« Ce qui est stupéfiant et pour ainsi dire incroyable, c’est que le bouddhisme, religion nationale, s’applique à « calquer », point pour point, le catholicisme lui-même. Ne vient-il pas d’inventer une nouvelle ère bouddhique, pour dépasser en ancienneté l’ère chrétienne : il s’est donné, du coup, 2.456 ans d’âge. Enfoncé donc le christianisme, qui n’en compte que 1.914 ! Peu importe que sous le règne précédent, l’ère bouddhique ne remontât : qu’à l’avènement de la dynastie actuelle ; on s’était trompé, voilà tout. De plus, les novateurs ont jugé bon d’usurper le vocabulaire catholique, pour désigner les degrés de la hiérarchie bouddhique. Ainsi, les bouddhistes ont un chef suprême qu’ils appellent « Sa Sainteté », un « métropolitain archevêque de Bangkok », un « évêque » par province ; des « monastères », avec un « abbé », un « chapitre » et des « moines », par opposition aux simples « laïques » . Un étranger, nouvellement arrivé à Bangkok et lisant le compte rendu officiel d’une cérémonie bouddhique dans un journal anglais, s’y méprendrait à coup sûr, s’il n’était d’abord averti. Les expressions employées et les mots : Sainte Ecriture, bénédictions, prières d’action de grâces, lui feraient croire qu’il lit le récit d’une cérémonie du culte catholique.
« On voit par là que les bouddhistes eux-mêmes reconnaissent le vide de leurs croyances et que notre sainte religion est la seule vraie, puisqu’ils sont réduits à lui emprunter même ses termes liturgiques. Tout cela ne laisse-t-il rien présager ?... Au seizième siècle, on vit, en Allemagne, des royaumes entiers adopter la religion de leurs souverains ; devenir protestants avec un roi protestant, rester catholiques avec un roi catholique, et donner ainsi naissance à l’adage : cujus regio hujus religio. Serait-il impossible qu’un fait analogue se produisît, un jour, au Siam ? Parmi les princes et les jeunes étudiants, il y a des intelligences distinguées et des volontés droites. Tandis que la plupart de ceux qui vont étudier en Europe, n’en rapportent que des théories erronées, quelques-uns puisent, dans l’enseignement reçu à l’étranger, des idées saines et généreuses. Ils aiment la vérité, bien qu’ils n’aient pas encore le courage de l’embrasser ; arrêtés qu’ils sont, par le respect humain, les passions, ou encore, la crainte, de passer pour amis des occidentaux. L’avenir est le secret de Dieu ; à nous de prier, de nous mortifier, de nous sanctifier, pour que le divin Rédempteur daigne enfin déverser, sur le pays que nous évangélisons, l’abondance de ses grâces. Demandons-lui d’accorder aux âmes des pauvres païens la lumière qui leur fera reconnaître l’erreur, et la force qui leur fera confesser la vérité.
« Après avoir remis en honneur l’Archiconfrérie du Très-Pur et Immaculé Cœur de Marie pour la conversion des pécheurs, j’ai établi la Confrérie du Sacré-Cœur de Jésus et l’Apostolat de la Prière, comme autant de moyens d’attirer les bénédictions divines sur le vicariat du Siam.
« En attendant des jours meilleurs, les missionnaires continuent de glaner quelques épis dans le champ du Père de famille : « j’ai admis tout récemment une nouvelle famille au « catéchuménat, m’écrit M. Gastal. Elle est siamoise et habite un peu au-dessus de Banpeng. « La femme vient vendre des gâteaux dans le village, presque tous les jours. Une chose l’a « beaucoup frappée chez les catholiques : c’est, paraît-il, la confession. « Le Père, dit-elle, « remet les péchés à ses chrétiens : notre talapoin ne peut me remettre les miens ; et, comme « J’en ai aussi bien que d’autres, il me faut aller trouver le Père qui me les remettra. » « J’attends cette famille avec impatience, car je vais avoir ainsi une douzaine d’adultes à « instruire. »
« M. Houille se réjouit, de son coté, du changement qu’il constate dans son district. «. « Certains chrétiens, dit-il, qui négligeaient leurs devoirs religieux depuis plusieurs années, se « sont mis en règle avec Dieu et avec leur conscience. Ceux du village de Ko-chit, en « particulier, se conduisent actuellement d’une manière très édifiante. Chaque dimanche, « malgré la distance qui est de dix kilomètres, quelques-uns d’entre eux viennent à l’église, « pendant que les autres gardent le village par crainte des voleurs. La chose paraît vraiment « méritoire à qui connaît le mauvais état des chemins, dès qu’il pleut.
« La vie chrétienne, écrit M. Perroudon, titulaire du district de Paknamphô, se manifeste de « plus en plus, dans les quelques familles groupées autour de mon église ; la fréquentation des « sacrements et l’assistance aux exercices religieux ne laissent presque rien à désirer. D’un « autre côté, le jubilé, prêché avec succès par MM. Houille et Gastal, a ramené au bercail bon « nombre de brebis égarées loin du pasteur ; c’est ce qui explique le chiffre des confessions et « communions annuelles. Pourquoi faut-il que ces pauvres gens ne comprennent pas encore, « l’avantage qu’il y aurait pour eux à se fixer près de l’église ? Plusieurs, il est vrai, sont « forcés, pour gagner leur vie, de séjourner, à de grandes distances, sur les canaux où la pêche « est fructueuse. Quel crève-cœur de voir un si grand nombre de néophytes, dispersés ainsi « aux quatre coins du ciel et exposés à perdre le précieux trésor de la foi ! »
« Les exercices du Jubilé sont suivis partout avec une grande ferveur, et il y a lieu d’espérer qu’ils produiront des fruits abondants de salut.
« Cette année, nous avons envoyé au Collège général de Pinang sept séminaristes qui, ayant fini leur probation, vont étudier la philosophie et la théologie. Cette combinaison nous permet de recevoir au séminaire de nouveaux élèves, tous les deux ans, sans augmenter le personnel enseignant, et nous donne l’espoir de voir augmenter plus rapidement le nombre de nos prêtres indigènes.
« Parmi les Chinois qui affluent à Bangkok, un certain nombre ne parlent que le dialecte cantonnais, qu’aucun de nos missionnaires ne connaissait jusqu’à présent. Cette lacune vient d’être comblée. J’ai désigné un jeune confrère pour étudier le cantonnais. Tout en s’occupant des chrétiens venus de Chine, il a pu déjà recruter quelques catéchumènes.
« L’école d’instituteurs-catéchistes, ouverte 1’année dernière, compte 17 élèves ; M. Carton, qui la dirige, constate le bon esprit de ces jeunes gens et leur application à l’étude. Placée sous le vocable de saint Tarcisius, l’œuvre est en droit d’attendre une protection toute spéciale de Jésus-Eucharistie.
« Les chers Frères de Saint-Gabriel continuent de se dévouer, avec zèle et succès, à l’éducation de la jeunesse. Le collège de l’Assomption étant devenu trop petit, il a fallu y ajouter un bâtiment provisoire en bois, qui sera remplacé par une construction solide et définitive, dès que la Providence nous aura fourni les ressources nécessaires à cet effet.
« Les Sœurs de Saint-Paul de Chartres se consacrent, avec une patience inlassable et très méritoire devant Dieu, au soulagement de toutes les infirmités humaines. Hôpital, crèches, écoles, orphelinats, tels sont les divers champs d’action, où s’exerce leur charitable dévouement. Une petite grotte de Notre-Dame de Lourdes, abritant une ravissante statue de Marie Immaculée, a été érigée devant l’orphelinat Saint-Joseph. Chaque jour, orphelines et pensionnaires aiment à s’agenouiller pieusement devant l’image de la bonne Mère, pour lui demander secours et protection.
« Une erreur qui s’était glissée, depuis de longues aimées, dans les cartes de nos missions, faisait attribuer au vicariat apostolique de Siam plusieurs provinces, appartenant en réalité au diocèse de Malacca (voir la lettre de la Sacrée Congrégation de la Propagande indiquant les limites du vicariat de Siam, 1870). Ce sont, outre les provinces de Kelantan, Tringanu, Khédah, celle de Pantani sur la côte orientale de la presqu’île de Malacca, et celle de Phuket sur la côte occidentale. En défalquant ces cinq provinces, il reste à la mission de Siam, d’après le recensement officiel de 1912, une population de plus de 5 millions d’habitants ; chiffre énorme, eu égard au petit nombre de missionnaires dont je dispose. J’ai dû, cette année, supprimer deux districts : celui de Paknam, rattaché à la paroisse du Calvaire de Bangkok ; et celui de Tachin-Mekhlong, rattaché en partie à Bangxang, en partie à Sainte-Croix : Messis quidem multa, operarii autem pauci. Que le divin Maître veuille bien nous envoyer des ouvriers ! »
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