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Rapport annuel des évêques

Année: 1917
Pays: Thaïlande
Mission: Siam
Rédacteur:Mgr Perros

CHAPITRE VII
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Groupe des Missions
de l’Indochine Occidentale

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I. — Siam

Population catholique 24.393
Baptêmes d’adultes 255
Baptêmes d’enfants de païens 858
Conversion d’hérétique 1
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« Nous avons eu la joie de célébrer le cinquantenaire de prêtrise de notre doyen, M. Fauque, écrit Mgr Perros.
Hélas ! quelques jours après, nous perdions en la personne de notre vénéré provicaire, M. D’Hondt, un auxiliaire précieux ; peu de semaines auparavant, le plus ancien de nos prêtres indigènes, le P. Michel, et un de nos plus anciens confrères, M. Jung, l’avaient précédé dans la tombe. En ce moment même, la maladie et la fatigue de plusieurs de nos confrères les plus zélés et qui malgré leur âge ne comptent pas avec le travail, me causent de vives inquiétudes.
La vie d’une mission se manifeste par les œuvres. Nous devons remercier le Divin Maître qui nous a permis de les maintenir dans la tourmente actuelle et même parfois de les développer. Comme progrès accomplis dans les œuvres que j’appellerai matérielles, je signale les suivants :
A Sainte-Croix, le zélé P. Guillaume a remplacé l’antique édifice qui tombait en ruines, par une belle et solide église dont la bénédiction solennelle a eu lieu en septembre 1916. Il vient aussi de construire une grande école, confiée aux Sœurs de Saint-Paul de Chartres.
La cathédrale de l’Assomption s’achève grâce à l’activité inlassable du dévoué M. Colombet.
A Samsen, M. Broizat a, dès le début, donné une preuve de son zèle clairvoyant, en dotant le couvent des religieuses indigènes d’un nouveau bâtiment. L’importance de cette œuvre, bien lancée par son vénéré prédécesseur, rendait nécessaire ce développement.
A l’hôpital Saint-Louis, une construction nouvelle, presque achevée actuellement, nous permettra de recevoir et de soigner les enfants de païens qui viennent de plus en plus nombreux.
En dehors de Bangkok, à Bannokkhuek, M. Salmon a construit une nouvelle école de filles et continue les travaux de l’hôpital.
A Thamuang, la chapelle, commencée depuis plusieurs années, a enfin été achevée, laissant au Père chargé de cette chrétienté, tout le temps pour travailler à l’augmentation de son « pusillus grex » qui va se développant au milieu d’une grande agglomération païenne.
Dans les œuvres spirituelles, malgré un léger fléchissement du nombre des confessions, l’augmentation du nombre des communions prouve le zèle de la plupart de nos confrères et prêtres indigènes à faire recevoir par leurs chrétiens le divin aliment des âmes.
Presque tous aussi s’appliquent plus que par le passé à rompre le pain de la parole évangélique, en le proportionnant à la capacité de leurs auditeurs, non seulement par la prédication régulière du dimanche et le catéchisme journalier, mais encore par le catéchisme de persévérance du dimanche ; les fruits en sont palpables en bien des chrétientés.
En présence de l’envahissement des idées nouvelles introduites par les journaux, les livres, les publications de toutes sortes dont le Siam est inondé actuellement, il importe de donner à nos chrétiens une connaissance approfondie de leur religion, et de mettre spécialement la jeunesse en garde contre les attaques et les sophismes qu’une prétendue civilisation répand contre le Christ et son Eglise. Outre l’Echo de l’Assomption pour le collège et un bulletin, destiné à tenir tous les membres de la famille apostolique du Siam en union étroite, et à leur communiquer les décisions du Saint-Siège, ainsi que les lois et décrets utiles à connaître, une publication périodique, rédigée en siamois, s’applique à fournir aux chrétiens une lecture saine, et à faire pénétrer la vérité dans les milieux païens.
Notre grande préoccupation depuis plusieurs années est la question de l’enseignement. De tous côtés, sous l’impulsion du gouvernement, des écoles se fondent ; le prestige du savoir ou de l’apparence du savoir, est d’autant plus grand ici qu’il est de date plus récente. La difficulté de nous procurer des maîtres est considérable, car nous ne pouvons leur assurer les avantages matériels qu’ils trouvent ailleurs. Pour l’instruction des filles, déjà nos religieuses indigènes nous permettent de faire face à la situation avec moins de difficulté.
Depuis plusieurs années, je m’étonnais de la fluctuation du nombre de nos chrétiens. Malgré l’excédent des baptêmes sur les décès, il y avait des variations que je ne pouvais m’expliquer. Le livre du Status animarum, bien tenu dans certains postes, était, malgré mes recommandations, fait avec néligence dans plusieurs autres. Depuis l’année dernière, j’ai demandé que me soit fournie chaque année pour tous les postes chrétiens, la liste par ordre alphabétique de toutes les familles avec le nombre de personnes qui les composent. Ce travail fait consciencieusement dans la presque totalité des chrétientés, montre que le nombre d’émigrants et de nomades est plus considérable que nous ne le pensions. Voici ce que m’écrit à ce sujet M. Peyrical pour le poste de Chanthabun : « Outre les fidèles inscrits au tableau que je vous envoie, il en existe certainement un nombre considérable, chinois, siamois, disséminés dans les diverses localités de la province, et paraissant ne plus se soucier de leurs devoirs religieux. A quel nombre se montent ces brebis errantes ? Je suis persuadé qu’elles dépassent la centaine. Quant aux diverses unités d’une même famille, il est encore plus difficile de savoir si elles sont à Chanthabun, ou parties ailleurs : le bateau est si vite pris et repris. »
Ce même poste de Chanthabun a perdu, il y a quelques mois, le doyen des chrétiens, Ong Trum Ray, âgé de 98 ans. Sa mort a fait l’édification de tous. « C’est une belle figure qui disparaît de la localité, écrit encore M. Peyrical. Jusqu’à son dernier jour Ong Trum Ray n’a cessé d’édifier sa nombreuse famille et la chrétienté. Depuis deux ou trois ans, son grand âge et l’affaiblissement de ses facultés ne lui permettaient plus d’assister aux offices. C’était là une grande privation pour sa piété. Ayant perdu la mémoire, il ne distinguait plus les dimanches d’avec les jours ordinaires ; aussi, en vovant de sa maison un chrétien travailler un de ces jours-là, il lui arrivait de s’indigner, croyant qu’on profanait le dimanche. Il eut le bonheur de recevoir les derniers sacrements le jour même de sa mort. »
M. Calenge, qui a été chargé de Banjao, ajoute à son compte rendu les réflexions suivantes : « Votre Grandeur remarquera l’accroissement considérable de la population chrétienne de Banjao, et il y a de bonnes raisons de penser que d’ici quelques années, le chiffre total atteindra de six à sept cents. La conclusion qui en découle, c’est que la chapelle actuelle a besoin d’agrandissement immédiat, car elle est déjà trop petite. La résidence est finie, et l’école des garçons sera terminée prochainement. Jusqu’ici je logeais dans la sacristie, et la chapelle servait d’école. »
De Pachim, M. Perroy écrit : « Le poste chrétien de Lemkhot a grandi, et, Dieu, aidant, grandira encore. Les chrétiens chinois, qui s’adonnent à la culture des jardins, se plaignent des difficultés qu’ils ont à gagner leur vie à cause des brigandages très fréquents dont ils sont victimes. Il ne se passe presque pas de nuit où ils n’aient à subir l’invasion des voleurs. Pour être un peu en sûreté, il faut aller en groupe et avoir des armes. Les éléphants sauvages viennent aussi parfois faire, soit aux champs, soit aux jardins, des visites qui anéantissent tout le fruit de plusieurs mois de travail. Malgré ces difficultés et pertes matérielles, la plupart des chrétiens ne sont pas découragés. Dans mes tournées à Lemkhot, j’ai constaté que la loi de Dieu est observée par la plupart des chrétiens, et d’une manière fervente par un bon nombre d’entre eux. Plusieurs anciens qui s’étaient écartés du droit chemin, ont demandé à y revenir. Parmi les païens des villages voisins, me disait récemment le Père Joachim, plusieurs ont manifesté le désir de connaître notre religion. Cinq conversions s’annoncent ; puissent-elles avec la grâce de Dieu s’accomplir. »
Dans la partie ouest de la mission, M. Richard remarque « que les païens sont aussi indifférents que par le passé. Leur religion est si facile et leur demande si peu de sacrifices, la vie présente est si aisée, qu’ils prêtent peu d’attention à quiconque leur parle de la vie future. Le poste de Donkabuang continue sa vie normale toujours peu mouvementée. Quelques familles chrétiennes ont quitté les environs de l’église pour aller à Banpong, station importante de chemin de fer où la vie est facile. Depuis plusieurs années j’avais prévu cet exode et fait l’achat d’un terrain. Si ce mouvement de la population catholique continue, je ferai construire une chapelle dans ce centre qui croît sans cesse.
« A Nonghin les misères ne manquent pas ; elles viennent surtout des « angji » (sociétés secrètes chinoises), et de quelques apostats. Mais à côté de ces épreuves, voici un fait consolant à signaler. Non loin de Nonghin est une sage-femme païenne qui étudie la doctrine, mais n’a pas reçu le baptême. Instruite par le P. Marcel sur la manière d’administrer le baptême, elle a déjà conféré ce sacrement à un enfant qui mourut bientôt après. J’ai tout lieu d’espérer que Dieu ne laissera pas sans récompense cet acte de charité, et qu’il accordera une foi vive à celle qui, encore païenne, lui procure déjà des élus.
Notre confrère profite de la facilité des communications créées par le chemin de fer pour aller administrer les sacrements à quelques familles chrétiennes établies à Kolak et à Prang, dans le nord de la presqu’île malaise.
Le bon Dieu bénit visiblement les efforts de nos chers Frères et des Sœurs ; le nombre de leurs élèves continue d’augmenter à tel point que la place fait défaut. La nouvelle école construite à Sainte-Croix pourra recevoir les jeunes filles que la distance empêcherait de venir à nos autres écoles. Espérons que bientôt une nouvelle combinaison nous permettra de recevoir aussi un plus grand nombre de garçons.
Le collège de l’Assomption a perdu un de ses plus dévoués professeurs dans la personne du cher Frère Louis Chanel, tombé sur le champ de bataille de la Somme, le 4 septembre 1916. Presque constamment aux premières lignes avec son régiment de « diables bleus » , ce vaillant religieux, blessé le 9 mai 1915, avait été cité à l’ordre du jour et avait reçu la croix de guerre, en récompense de la bravoure et du sang-froid dont il avait fait preuve depuis le début de la campagne. Du haut du ciel il n’oubliera pas l’œuvre à laquelle il coopérait ici-bas avec tant de dévouement.
Six de nos élèves à Penang, tonsurés en août 1916, viennent de recevoir les ordres mineurs en août 1917. Toute notre reconnaissance est acquise aux vénérés directeurs du Collège général qui dépensent leur vie à nous préparer des collaborateurs. »

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