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Rapport annuel des évêques

Année: 1919
Pays: Thaïlande
Mission: Siam
Rédacteur:Mgr Perros

CHAPITRE VII
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Groupe des Missions
de l’Indochine Occidentale

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I. — Siam

Population catholique 24.701
Baptêmes d’adultes 261
Baptêmes d’enfants de païens 831
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En vous adressant le compte rendu de l’exercice 1918-1919, écrit Mgr Perros, je remercie le bon Dieu des grâces reçues cette année, bien que nos joies soient atténuées par beaucoup de tristesses. Le terrible fléau qui désolait le monde depuis cinq ans est enfin passé, nos confrères mobilisés viennent de rentrer, moins nombreux hélas ! qu’ils n’étaient partis, car deux d’entre eux manquent à l’appel ; M. Sommelet et M. Cavaillé, enlevés au printemps de leur apostolat, ce qui porte à dix le nombre de nos morts depuis le commencement de la guerre.
Le nombre des baptêmes d’adultes est sensiblement le même que l’année dernière : seul le chiffre des baptêmes de petits enfants in articulo mortis a augmenté d’une façon consolante : puisse l’intercession de ces saintes légions, obtenir à leurs compatriotes, les grâces de lumière et de conversion !
L’événement heureux de l’année a été l’ordination de six prêtres indigènes qui venaient de faire leurs études de philosophie et de théologie à Penang, où ils avaient reçu les Ordres jusqu’au diaconat inclusivement. Quatre autres séminaristes y continuent leurs études, sous la direction dévouée des chers Supérieur et Professeurs de cet établissement. Le Séminaire de Bangxang a marché d’une façon normale : nous y avons, outre 41 élèves du Siam, 17 de la Mission du Laos. Une situation difficile nous est créée par la nouvelle loi militaire qui, à l’instar de ce qui se passe en France, oblige nos jeunes gens à faire leur service : elle n’accorde d’exemption qu’à partir de l’âge de vingt-trois ans et seulement dans certaines conditions. C’est une épreuve autrement dure à bien des points de vue, que la probation imposée jusqu’ici entre le temps du petit Séminaire et celui du grand Séminaire.
Les suites de la guerre ont à Siam, pour l’ensemble du pays, une répercussion plus désastreuse que la guerre elle-même. Tout à augmenté de prix dans des proportions inouïes ; celui du riz a triplé et quadruplé à cause de l’exportation, ce qui a drainé toutes les réserves habituelles de la contrée. En ce moment la récolte à venir s’annonce dans des conditions déplorables qui font prévoir pour l’année prochaine, une disette comme Siam n’en a peut-être jamais vu. En outre le change élevé de l’argent, fait que le viatique et les aumônes reçus de France se réduisent à un minimum inquiétant.
De Donkrabuang, M. Richard m’écrit : « Aucun événement sensationnel n’est venu interrompre la vie du poste, si ce n’est la visite de mon bien-aimé frère le Frère Camille, des Ecoles Chrétiennes, Directeur de l’Ecole de Mandalay. Combien je suis reconnaissant envers la divine Providence qui nous a permis de nous revoir !
« Un de mes plus chers désirs se trouve actuellement réalisé : il m’a été possible de faire l’acquisition d’un terrain à Banpong. J’ai confiance que le grand saint Joseph, auquel j’ai promis d’élever là une chapelle, ne tardera pas à me venir en aide, pour me procurer sous peu la somme nécessaire, pour solder l’emprunt que j’ai dû faire et pour lui élever la chapelle désirée.
La récolte dernière a été absolument nulle à Donkrabuang et le prix du riz n’a cessé de monter. Grâces soient rendues à la divine Providence, elle ne m’a pas abandonnée. »
A Vatphleng, chrétienté encore en deuil de son fondateur, le regrette M. Petit, est morte une religieuse qui avait été pendant près de quarante ans la cheville ouvrière du poste : elle a bien travaillé pour la gloire de Dieu. Rencontrer des âmes ainsi dévouées est une consolation d’autant plus grande qu’elle est plus rare.
Dans l’Est de la Mission, à Petriu, les chers Frères ont accepté la direction d’un Collège qui s’ouvrira dans quelques mois : c’est leur premier établissement en dehors de la capitale. Espérons que le succès, couronnant leurs efforts dévoués là comme à Bangkok, leur fera étendre de plus en plus leur champ d’action.
A Pakkhlongthalat et à Thakien, M. Juglar déplore les ravages que le jeu et l’inconduite font parmi ses chrétiens : le voisinage des païens et leurs mauvais exemples produisent un effet funeste que notre confrère n’arrive pas à enrayer.
« A Khokvat, écrit M. Perroy, la fièvre typhoïde a empêché pendant plusieurs mois, un grand nombre d’enfants de venir à l’école. » — Ce confrère est heureux de voir ses chrétiens se consacrer au Sacré-Cœur : « Outre ceux qui ont fait la consécration solennelle, d’autres se sont consacrés d’une façon privée ; la cérémonie officielle et solennelle aura lieu plus tard, je n’ai rien fait pour la hâter, cet acte devant être spontané pour donner de bons résultats. »
De Khorat, M. Bayle qui remplace M. Rondel, obligé de retourner en France pour se faire opérer de la cataracte, m’écrit : « Je vais souvent voir les chrétiens chez eux et les excite à envoyer leurs enfants étudier. Ils n’ont pas d’habits et le riz manque souvent à la maison. Cela fait pitié et les Chinois en abusent. Voyant la misère des Laotiens venus en foule de l’extérieur pour trouver du travail à Khorat, les Chinois ont diminué les salaires, alors que la vie devient de plus en plus chère. En outre, l’offre du travail dépasse de beaucoup la demande, et trop nombreux sont ceux qui ne peuvent travailler qu’un ou deux jours par semaine.
« La mentalité de ces gens ? ce sont des pauvres matériellement et spirituellement. Les hommes d’un certain âge ont le défaut de boire, les jeunes celui de jouer. Voilà de mauvaises notes ; mais j’espère qu’en surveillant de près ces gens qui, au demeurant sont simples, on pourra gagner leur confiance et les corriger. »
L’influenza a sévi au Siam comme dans le reste de l’univers, surtout depuis octobre 1918 jusqu’en février 1919. Les statistiques officielles pendant ces cinq mois portent à 80.223 (soit un pour cent de la population totale du royaume) le nombre des victimes de ce fléau qui sous une apparence bénigne, a fait de si terribles ravages. Parmi nos chrétiens, le nombre des morts a dépassé de plus de la moitié celui de l’année précédente.
Plusieurs de nos confrères ont été bien éprouvés par la maladie, en particulier M. Perbet et le T. C. Frère Directeur du Collège ; nous remercions la divine Providence, qui a daigné nous les conserver encore.
La signature de l’armistice nous avait fait espérer la libération du cher M. Cavaillé, prisonnier en Allemagne depuis quatre ans ; hélas ! alors que nous nous réjouissions à cet espoir, nous apprenions que notre jeune confrère, arrivé à Nancy le 25 novembre, était emporté par la maladie quelques jours plus tard. C’est une grande perte pour notre Mission. Que la Sainte volonté de Dieu soit faite !
A l’issue de notre retraite annuelle, en novembre, un service solennel pour le repos des âmes des victimes de la guerre fut célébré pontificalement à la cathédrale, presque tous les missionnaires étant présents ; M. le Chargé d’Affaires de France, en l’absence du Ministre, la plupart des Français de Bangkok et quelques étrangers, y assistèrent également. Une messe solennelle d’action de grâces suivie du Te Deum y avait été chantée le dimanche après l’armistice, ainsi que dans les autres églises de la Mission.
Nous avons eu la joie, en décembre dernier, de célébrer les « noces d’or sacerdotales » de M. Barbier ; ce fut une fête de famille qui se déroula pieusement au Séminaire avec une assistance de nombreux confrères. Au mois de mars suivant, M. Fauque, dont nous avions célébré les noces d’or deux ans auparavant, s’éteignait dans la paix du Seigneur à l’hôpital Saint-Louis.
Les chers Frères de Saint-Gabriel continuent avec succès leur travail d’éducateurs chrétiens. Le chiffre de plus de 1.600 élèves fréquentant actuellement le Collège de l’Assomption montre combien leur enseignement est apprécié ; les locaux, bien qu’agrandis, ne suffisent plus à recevoir tous les élèves qui se présentent. Le Collège de Samsen, au nord de la ville, va s’ouvrir dans quelques mois ainsi que celui de Pétrin dont j’ai parlé plus haut.
Les établissements des Sœurs de Saint-Paul sont également en pleine prospérité : Ecoles, Noviciat de religieuses indigènes, Ouvroirs, Crèches, Orphelinats. Dans toutes ces maisons, le travail abonde et attire les grâces et bénédictions divines à condition d’être accompli surnaturellement et en vue de la seule gloire de Dieu.
Voilà, le tableau sommaire de nos efforts pendant l’année écoulée. A côté des résultats visibles, certaines constatations moins sensibles ne laissent pas d’être inquiétantes pour l’avenir. D’une part, en effet, il semble que l’hostilité des païens diminue ; en apparence, un certain nombre de jeunes semblent incliner vers la religion chrétienne ; mais, d’autre part, la question du bien-être temporel prédomine un peu partout, et la fascination des jouissances immédiates l’emporte sur l’espérance des réalités éternelles. De plus, le sentiment nationaliste, c’est-à-dire païen, s’affirme avec ostentation. L’amour de la patrie est une chose très belle et très légitime, encore faut-il qu’il soit bien compris et qu’il ne consiste pas à vouloir maintenir son pays dans des erreurs séculaires d’autant plus graves et plus funestes qu’elles ont pour objet la religion qui, seule, peut procurer le véritable bonheur à l’homme. Or la défiance à l’égard du catholicisme subsiste toujours. Officiellement, chacun est libre de suivre la religion qu’il croit la vraie, mais ce n’est est secret pour personne que l’on considère et que l’on vante le bouddhisme comme la religion qui convient seule au pays, et que l’attachement à la patrie implique en même temps la fidélité à la religion de ses ancêtres. Les événements récents n’ont fait, semble-t-il, que fortifier cette illusion orgueilleuse. — D’autre part la facilité avec laquelle les chrétiens cèdent à l’entraînement de l’ambiance païenne est un sujet de douloureux étonnement pour quiconque ne se rend pas compte suffisamment de la faiblesse du cœur humain : c’est même parfois une pierre d’achoppement pour des âmes simples qui s’imaginent que la grâce doit procéder par miracles continuels et rendre incapable de pêcher. Sans doute, la conversion et la persévérance sont l’effet de la grâce, mais cette grâce il faut la demander et l’obtenir par la prière, les sacrements, et y coopérer par l’effort humble et constant. Demandez pour nous surtout des prières de la part des âmes qui aiment le divin Maître, et envoyez nous des ouvriers apostoliques bien surnaturels, détachés d’eux-mêmes, entièrement dévoués à la gloire de Dieu.


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