| Année: |
1921 |
| Pays: |
Thaïlande |
| Mission: |
Siam |
| Rédacteur: | Mgr Perros |
CHAPITRE VII
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Groupe des Missions
de l’Indochine Occidentale
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I. – Siam.
Population catholique 26.613
Baptêmes d’adultes 295
Baptêmes d’enfants de païens 1.077
La somme totale des confessions et communions, qui continue de progresser chaque année, écrit Mgr Perros, atteste la ferveur d’une quantité de fidèles, mais nous avons à déplorer l’éloignement du bercail d’un certain nombre d’autres chrétiens, parmi les chinois principalement, qui sont retournés à leur pays d’origine, non sans quelque danger pour leur persévérance. Les conversions d’adultes n’augmentent pas considérablement d’une année à l’autre ; seule la moisson de baptêmes d’enfants de païens « in articulo mortis » s’est relevée, depuis ces années dernières grâce en partie aux crèches établies à Bangkok.
La santé de plusieurs de nos confrères nous inspire sans cesse des appréhensions. Le nombre des vaillants diminue, alors que le travail s’annonce plus considérable de toutes parts. L’évolution rapide, qui se produit dans l’administration du pays, nous mettrait vite, si nous n’y prenions garde, dans un état d’infériorité désastreux pour l’évangélisation. La nouvelle organisation scolaire notamment crée un danger imminent pour notre jeunesse chrétienne. La vie de l’Eglise ici-bas est militante, mais l’ennemi des âmes varie sans cesse ses armes et sa tactique. A nous de ne pas nous laisser surprendre à l’improviste.
Quelques consolations cependant sont venues réjouir le cœur des missionnaires. M. Broizat m’écrit au sujet d’une petite chrétienté, établie depuis une trentaine d’années, à quatre heures de bateau au nord de Bangkok : « Le poste de Kojai semble prendre de plus en plus de consistance. Les progrès de la vie chrétienne dans les familles sont réels et constants. Toutefois le jeu fait encore quelques victimes. Les progrès matériels ont été marqués ces dernières années par le renouvellement à peu près complet de l’église et des établissements du poste. La croix qui domine le clocher invite les païens d’alentour. L’an denier, l’école des filles a été construite ; cette année l’école des garçons s’élève à son tour et me fait concevoir les plus belles espérances pour l’instruction des chrétiens et catéchumènes. »
M. Broizat raconte ensuite la conversion édifiante d’un Annamite païen qui avait quitté la Basse Cochinchine depuis trente-sept ans. « Avec d’autres compatriotes, dont quelques-uns étaient chrétiens, il avait suivi la Mission Pavie à travers le Cambodge et le Laos. Lorsque la Mission Pavie eut terminé ses travaux, notre Annamite, ayant pris goût aux voyages, ne voulut pas quitter le Laos. « Il y a un peu plus d’un an, continue M. Broizat, il se joignit à une caravane qui descendait vers le Bas-Siam, et il arriva ici, malade et à bout de forces. Il me manifesta le désir de se faire chrétien. Ce que ses compagnons de voyage lui avaient dit autrefois de la Sainte Vierge, l’avait fortement impressionné. Il voulait mourir disait-il, dans cette religion où l’on est sûr de trouver une Mère, meilleure que toutes les mères de ce monde. Je commençai son instruction. Sa régularité au catéchisme fut parfaite. Le jour de l’Assomption je ne le vis pas à l’église et le soir après les offices, un chrétien vint m’avertir que mon catéchumène malade demandait le baptême. Je courus aussitôt. C’est fini, me dit-il dès qu’il m’aperçut, je vais mourir. Père baptisez-moi. A peine est-il régénéré dans l’eau sainte du baptême, qu’il me remercie d’un geste de sa tête encore humide, et exhale le dernier soupir. La meilleure des Mère avait entendu et sauvé son enfant. »
Monseigneur de Zoara nous fait visiter les divers postes de son Vicariat.
Au nord, les deux postes d’Ajutthia et de Banpeng, qui l’an dernier avaient chacun un missionnaire à leur tête, ont dû être placés sous la direction d’un seul prêtre indigène. Le nombre des confessions et communions a subi une diminution prévue. En revanche, le poste de Paknampho, plus au nord, se relève peu à peu du triste état où il était tombé pendant la guerre. Il est dirigé par un prêtre indigène très dévoué, qui est en même temps chargé de la chrétienté naissante de Phitsanulok.
A l’est de la Mission, Khorat a perdu quelques chrétiens, ce qui s’explique par l’humeur nomade des Laotiens.
A Pokkhlongthalat, M. Juglar rappelle ses tristesses du début, lorsqu’il fut chargé de cette chrétienté de fondation récente : les fidèles étaient tièdes et peu nombreux, et ses efforts furent longtemps stériles. « Aujourd’hui, écrit-il, le poste semble prendre un renouveau de vie chrétienne. Plus nombreux aux offices du dimanche, les fidèles reçoivent plus abondamment la nourriture de l’âme. L’école est encore négligée. Cela vient des anciens chrétiens qui furent baptisés à l’époque où Pakkhlong n’avait encore ni église ni maison pour le Père. Obligés alors d’aller au loin parfaire leur instruction et remplir leurs devoirs religieux, ils ne paraissent point, à l’heure actuelle, assez convaincus de la nécessité de donner à leurs enfants une instruction religieuse approfondie. Les nouvelles générations comprendront mieux leur devoir. Le nombre des chrétiens qui était de 200 en 1905 atteint 400 aujourd’hui. »
A Huaphai, M. Perroudon pratique à la lettre les conseils de saint Paul à son fidèle Thimothée : « Justa opportune, obsecra, increpa, in omni patientia et doctrina. » Les chrétiens sont néophytes pour la plupart, ignorants et incultes. Ils se ressentent de l’influence des païens qui les entourent. Bien graves sont les charges et les soucis du pasteur vigilant qui dirige cette chrétienté. Après avoir relaté qu’une vingtaine de catéchumènes étudient, quoique sans beaucoup d’ardeur, la doctrine, M. Perroudon termine ainsi son rapport : « J’espère que la mentalité de mes chrétiens changera peu à peu ; la Providence a son heure et elle choisit les âmes qui sont fidèles à la grâce. »
De Chanthaboun, M. Peyrical écrit : « Rien de particulier à noter. Les chiffres d’administration sont sensiblement les mêmes que ceux du précédent exercice. La peste, cette année encore, nous a beaucoup éprouvés. »
Dans la province de l’Ouest, continue Mgr Perros, les feuilles d’administration des différentes chrétientés, du district de Bangxang en particulier, accusent une diminution de plus de 400 chrétiens, sur les chiffres de l’année dernière..
Dans ce nombre sont compris, il est vrai, les Chinois qui, ayant ramassé une certaine fortune au Siam, sont retournés dans leur pays d’origine. S’ils restent fidèles à leur foi, il n’y a pas à les regretter. Ils vont augmenter le troupeau du Bon Pasteur dans un autre coin du grand bercail. Malheureusement, tous ne partent pas dans les mêmes conditions. Ayant en vue tout d’abord le profit matériel, ils ne sont pas, du moins quelques-uns et pendant longtemps, la terre féconde qui produit cent pour cent, mais bien le terrain obstrué de ronces et d’épines qui étouffent le grain après qu’il a germé et commencé de pousser. Espérant trouver ailleurs plus de secours et d’appui qu’auprès du Père, ils s’affilient aux Sociétés secrètes qui pullulent plus que jamais. Or nous ne pouvons reconnaître comme fidèles serviteurs de Dieu ceux qui veulent servir deux maîtres.
C’est ce qui ressort du compte rendu de M. Fouillat chargé du poste de Vatphleng. « La propagande des sociétés secrètes se fait de plus en plus forte, écrit ce confrère. Les chrétiens qui se trouvent dans les environs de « Tuakongsi », (c’est le nom d’une de ces sociétés) ont beaucoup à supporter de leur prosélytisme effréné. Quant aux païens, ils sont moralement forcés de faire partie d’une de ces sociétés, autrement il leur est impossible de gagner leur vie et de rester dans l’endroit où ils sont établis. De là la difficulté d’avoir des conversions car ces sociétés se posent comme nos ennemis et ceux qui les abandonnent pour se convertir sont jugés comme traîtres à leur cause. »
Nos dévoués auxiliaires, les frères de Saint-Gabriel et les sœurs de Saint-Paul de Chartres voient leurs efforts récompensés par une augmentation constante de nombre de leurs élèves. Un nouveau bâtiment a dû être ajouté au couvent Saint-Joseph qui jouira ainsi bientôt d’une chapelle autrement spacieuse et mieux disposée que l’ancienne. Malheureusement pour les chers Frères comme pour les Sœurs, l’insuffisance de personnel ne permet pas de faire tout le bien qui se présente.
Au Séminaire, M. Carton est content de son petit monde. « L’année s’est écoulée dans la paix, écrit-il, chacun s’efforçant d’accomplir de son mieux son devoir quotidien. Nos petits séminaristes nous donnent satisfaction tant au point de vue de la piété qu’au point de vue du travail. » Le cher Supérieur de la Mission du Laos a bien voulu nous prêter M. Figuet pour aider à la formation des élèves du Séminaire dont presque un tiers appartient à cette mission. Le travail de sélection qui s’opère inévitablement nous fait espérer de bons résultats pour l’avenir.
A défaut de grandes consolations, conclut Mgr Perros, l’ouvrier apostolique a du moins la conscience qu’il accomplit son devoir. Plus la lutte est longue, plus le mérite augmente ; et au jour du compte rendu suprême, le Souverain Juge aura égard non aux succès mais aux efforts. C’est là la pensée qui nous soutient tous.
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