| Année: |
1924 |
| Pays: |
Thaïlande |
| Mission: |
Siam |
| Rédacteur: | Mgr Perros |
CHAPITRE VII
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Groupe des Missions
de I’Indochine Occidentale
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I. — Siam
Mgr Perros signale au commencement de son compte rendu la diminution des ouvriers apostoliques produite par la mort et la fatigue. « Tous ceux qui restent ont fait leur possible pour suppléer les absents : les chiffres des confessions et des communions, toujours en progression, en sont la preuve. Le travail des écoles a été poursuivi avec le même zèle que précédemment et de plus, nous avons eu la consolation de commencer ou de consolider plusieurs nouvelles fondations. »
« Dans la capitale, continue Mgr de Zoara, le progrès de la Religion chrétienne s’affirme davantage ; l’assistance aux offices est assidue et l’église du Rosaire, par exemple, qui jadis paraissait grande, suffit à peine à contenir tous les assistants en certains jours de fête.
« Au nord de la ville, le district de Samsen, administré par M. Broizat efficacement aidé de M. Perroudon et du P. Antoine Toan, est en voie de s’augmenter d’une nouvelle chrétienté : « J’ai essayé, écrit M. Broizat, de donner avec le P. Antoine une nouvelle impulsion à la vieille chrétienté de Koyai, et ai pu ouvrir une nouvelle station à quelques kilomètres de Bangkok, dans le grand marché païen de Banbuathong. Ce marché, déjà important, s’accroît tous les jours. Les négociants y font de bonnes affaires, ayant à fournir d’objets de premières nécessité tous les habitants de la grande plaine qui l’entoure. Avec Banbuathong, c’est une nouvelle province qui s’ouvre à l’évangélisation. Jusqu’ici, tous les efforts pour nous y implanter avaient été vains… Je tâcherai d’y bâtir, aussitôt que se sera possible, une chapelle dédiée à Notre-Dame Médiatrice de toutes les grâces. Déjà j’ai commencé la construction d’une école de filles, qui sera tenue par des religieuses de Samsen, en conformité avec la loi scolaire ; il n’y en a pas encore pour les païennes du marché. L’école de garçons déjà existante sera transportée sur le terrain chrétien. Pour la vie ordinaire du poste ; les sacrements ont été bien fréquentés ; il reste cependant un certain nombre de chrétiens endurcis. »
« En remontant le fleuve et en obliquant à gauche avant d’arriver à Ajuthia, nous trouvons le poste de Banplaina, administré par M. Besrest, secondé par le P. Raymond Ràt. Avec ses succursales, Chaochet et Bannakhok, ce poste compte plus de 1.300 chrétiens. « Je cote cette année, écrit notre confrère, plutôt comme médiocre au point de vue spirituel, mauvaise au temporel, ceci influant un peu sur cela. La réception des sacrements de Pénitence et d’Eucharistie n’a pas fléchi. Mon chagrin, c’est le trop grand nombre d’abstentionnistes, pour raisons diverses, en ce qui concerne le devoir pascal. Il faut comprendre parmi eux nombre d’enfants que leur éloignement empêche de suivre l’école et le catéchisme... La joie de cette année, c’est d’avoir pu à Bannakhok, élever, à côté de la chapelle, une école avec maison d’habitation pour les deux Religieuses qui y sont installées et qui ont déjà commencé à faire la classe. Il reste dans ces parages de nombreux égarés à ramener, et en outre j’espère attirer de nouvelles recrues à notre Divin Sauveur. »
« A quatre heures au-dessus de Paknampho, le P. André Phloi a réussi à réunir plusieurs familles chrétiennes précédemment dispersées loin de toute église, et un certain nombre de catéchumènes, dans une plaine fertile où ils ont des terrains disponibles pour la culture ; les débuts donnent bon espoir. Le Père travaille en même temps à développer le petit poste de Phitsanulok ; il y construit une maison pour qu’un Père puisse y résider à demeure.
« Dans l’est de la Mission, le district de Petriou a perdu, cette année, un Pasteur aimé et vénéré de tous, M. Perbet, qui a passé dans ce district presque toute sa vie de missionnaire. Homme zélé mais n’aimant pas à paraître, il a doté son poste principal de deux écoles tenues par les Frères de Saint-Gabriel et les Sœurs de Saint-Paul. M. Perroy, chargé des postes de Pachim, Lemkhot, Khokvat, avec l’aide des PP. Pascal et Marcel, m’écrit : « A Khokvat, ces deux dernières années, le départ de plusieurs familles allant dans d’autres chrétientés est cause que la population catholique n’a guère augmenté. A Lemkhot, l’augmentation est plus accentuée. A Pachim, ces jours derniers, plusieurs jeunes chinois païens du marché sont venus me demander des livres de doctrine, me disant qu’ils désirent devenir chrétiens ; cela me donne espoir pour l’avenir. La nouvelle chapelle à Pachim est ouverte au public ; celle de Lemkhot est en voie de construction et sera achevée vers la fin de l’année. »
« Dans la région de l’ouest, sur le parcours de la voie ferrée qui relie Siam à la Malaisie, M. Richard se réjouit de voir le développement de la localité où il a construit une chapelle ces années dernières : « Banpong, écrit-il, est un centre qui devient de plus en plus important. On y construit constamment de nouvelles maisons et elles sont louées avant même d’être achevées. La situation de cette localité près du fleuve, sa gare qui rend très faciles les communications soit avec le chef-lieu de la province, soit avec la capitale du royaume, contribuent à son développement. Au point de vue religieux, on peut également la considérer comme le centre du district, non pas que ce soit la chrétienté la plus nombreuse, — elle est de date trop récente — mais parce que, de là, on peut rayonner facilement dans toutes les directions, grâce au chemin de fer et aux routes actuellement tracées. Ce sont ces considérations qui m’ont déterminé à y construire un presbytère, malgré la modicité de mes ressources. La chrétienté du reste ne cesse d’augmenter, les fidèles sont déjà au nombre de deux cents, et ce chiffre serait dépassé, si nous avions des terrains à cultiver. L’école installée dans la chapelle, faute de mieux, compte plus de 80 inscrits… Cette année, vers le premier jour de l’an chinois, mon catéchiste m’amène un homme que ni moi ni mes chrétiens ne connaissions. — « Je suis chrétien, moi aussi, dit-il ; j’ai aperçu la croix sur la chapelle, je me suis informé et je viens vous trouver. » — « Où demeures-tu ? » — « J’habite là-bas, au pied de la montagne ; nous sommes plusieurs venus du même village de Chine ; il y en a plusieurs qui ne sont pas encore baptisés. » Je décidai aussitôt d’aller trouver ces chrétiens et me fis guider par mon interlocuteur. Nous fîmes environ une heure de chemin avant d’arriver à sa demeure ; il y avait là sa vieille mère, sa bru et ses enfants. Une lettre du P. Favre attestait qu’ils avaient étudié la doctrine chez lui et je constatai avec joie que, depuis leur arrivée au Siam, ils avaient continué de pratiquer la religion chez eux. J’y retournai plusieurs fois depuis, et y envoyai mon catéchiste pour parfaire l’instruction de cette famille. Nous avons à amener tous les hommes du village à étudier la Religion. Au mois de juin, j’ai eu la joie de baptiser plusieurs des catéchumènes suffisamment instruits et bien disposés. D’autres continuent de se préparer au baptême. Je songe à établir une maison qui serve à la fois de lieu de réunion et de prières et qui permette au Père et au catéchiste de résider plus souvent et plus longtemps avec eux. »
« La voie ferrée qu’autrefois nos jeunes rêves d’aspirant considéraient comme un luxe de surérogation dans la brousse apostolique, est devenue une réalité très utile, rendant les communications rapides et faciles et permettant de faire beaucoup plus de travail avec moins de perte de temps. Partout où elle pénètre, de nouvelles agglomérations s’établissent près d’elle, prennent une importance autrement grande que celles des petits hameaux dispersés dans la plaine, et avec une plus grande stabilité en perspective. Aussi nous efforçons-nous de nous établir dans ces centres où la parole de Vérité a plus de chances de produire des fruits durables. Sur la ligne de Bangkok à Khorat, à quarante kilomètres de cette dernière ville, le P. Théophane Long, chargé de la chrétienté de Banhan, est en pourparlers pour acquérir un terrain près du chemin de fer, dans la localité importante de Sikhiou, et l’année prochaine verra, espérons-le, une petite chapelle s’élever dans ce nouveau poste.
« Le Gouvernement siamois poursuit activement la construction de la ligne qui doit relier Bangkok au Cambodge et de là à la Cochinchine, en prolongement de celle de Bangkok-Petriou. Nous avons en vue une fondation à Krabin, la localité la plus importante entre Pachim et la frontière cambodgienne. Hélas ! à Siam, les essais sont loin de réussir tous et rapidement : quelquefois il faut de longues années avant que tel embryon de chrétienté, objet de soins et d’efforts incessants, ne se développe ; nombreux sont les postes où le missionnaire a commencé à s’implanter, puis, après un temps plus ou moins long, s’est vu contraint d’abandonner la position à cause de l’apathie ou même l’hostilité du milieu environnant.
Nous ne sommes pas seuls à constater cette indifférence décourageante qui semble être plus spécialement l’apanage des pays imprégnés de bouddhisme. Dernièrement, le journal « Bangkok Times », se faisant l’écho d’une autre feuille locale, émettait des réflexions plutôt mélancoliques sur le peu de ferveur des adeptes de Bouddha : « L’Occident, remarquait-il, se plaint des défections qui se sont produites au point de vue religieux ; aussi n’est-ce pas sans surprise que nous voyons un journal siamois citer la communauté chrétienne de Bangkok en modèle à la communauté bouddhiste pour ce qui est de la fréquentation de l’église, Bien peu d’auditeurs, remarque notre contemporain, vont écouter les sermons donnée à la pagode, et l’auditoire est composé presque uniquement (95 %) de vieilles femmes ; tandis que les églises catholiques comptent une assistance bien plus nombreuse et autrement diversifiée que celle des pagodes... » et alors, remarquant que le dimanche est chômé par beaucoup même de non catholiques, il propose d’établir dans les pagodes, le dimanche, un service religieux supplémentaire — outre celui qui a lieu le huitième et quinzième jour de la lune — et de plus, d’annoncer dans les journaux le sujet des sermons qui seront donnés donc ces occasions… C’est toujours le même aveuglement qui fait prendre l’accessoire pour le principal.
Dans le même ordre d’idées, une Revue bouddhiste, imprimée à Ceylan et envoyée au Siam, s’efforce d’aviver la ferveur religieuse chez ses lecteurs, toujours par voie de comparaison avec le catholicisme : la Sainte Messe est mise en parallèle avec la lecture des « trois véhicules » et la récitation des « cinq préceptes » du bouddhisme ! Et dire que ce sont des Américains et des Européens qui se constituent les champions de ces rêveries !
« Au Séminaire de Bangxang la tête patronale du Sacré Cœur a eu cette année comme complément une autre fête spéciale à l’établissement : M. Carton supérieur, et M. Figuet, professeur, célébraient le vingt-cinquième anniversaire de leur ordination sacerdotale. Ce fut une belle solennité célébrée en famille et à laquelle la Bénédiction du Saint-Père vint, apporter la joie la plus appréciée de nos chers jubilaires.
« Les élèves entrent nombreux au petit séminaire, mais pendant les huit années de premières études, il se produit une sélection qui éclaircit considérablement les rangs. Ce fait, si pénible qu’il soit pour ceux qui ont travaillé à la formation initiale de ces enfants, n’a rien qui doive effrayer ou déconcerter quand on songe à la grande responsabilité que comporte la charge sublime du sacerdoce.
« En dehors des écoles paroissiales auxquelles nos confrères donnent leurs soins assidus, les autres établissements d’instruction et d’éducation continuent de prospérer, sous la direction des Frères de Saint-Gabriel et des Sœurs de Saint-Paul, Le Divin Maître seul peut connaître la somme de dévouement que chacun apporte à la tâche commune ; Il sera lui-même notre récompense.
« L’Ecole Saint-Tharcissius, sous la direction de M. Ferlay, pour la formation des instituteurs-catéchistes, a présenté plusieurs élèves aux examens officiels ; les résultats ne sont pas encore connus, mais nous avons bon espoir.
« Remercions le Divin Maître. Si les résultats ne sont pas aussi considérables que nous le désirerions, nous savons que le succès dépend non de celui qui plante, ni de celui qui arrose, mais de Celui qui donne l’accroissement. »
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