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Rapport annuel des évêques

Année: 1925
Pays: Thaïlande
Mission: Bangkok
Rédacteur:Mgr Perros

CHAPITRE VII
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Groupe des Missions
de l’Indochine Occidentale

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I. — Bangkok

Population catholique 29.405
Baptêmes d’adultes 263
Baptêmes d’enfants de païens 1.043
Conversions d’hérétiques 4


Mgr Perros nous écrit : « Les résultats de l’exercice 1924-1925 ne sont pas aussi consolants que nous l’espérions. Le nombre total des chrétiens reconnus comme tels est supérieur de près d’un millier à celui de l’année dernière, c’est vrai, mais le chiffre de baptêmes d’adultes a diminué. Les baptêmes d’enfants de païens et celui des enfants de chrétiens ont augmenté un peu. Le progrès constant pour la nombre des confessions et des communions ne correspond pas à ce que devrait régulièrement comporter l’accroissement de la population catholique. Outre les confrères rentrés en France pour raison de santé, et dont malheureusement plusieurs ont perdu espoir de retour, d’autres ici et plusieurs prêtres indigènes sont infirmes ou fatigués au point de ne pouvoir exercer presque aucun ministère actif.
Malgré tout, nous remercions notre Divin Maître des bénédictions qu’il a daigné nous accorder : Nos œuvres se sont maintenues ; de nouveaux postes sont en voie de formation ; des Religieuses d’un autre Institut sont venues nous aider afin de permettre aux Sœurs de Saint-Paul de fonder un nouvel établissement. Ainsi l’influence chrétienne pénètre, malgré toutes les difficultés, dans ce pays si lent à recevoir les grâces d’en-haut.

Je serais heureux de pouvoir reproduire de longs extraits des rapports sur chaque district en particulier, malheureusement les comptes rendus des confrères sont pour la plupart d’un laconisme par trop discret : M. Broizat se félicite de la fondation, dans son poste de Samsen, d’une école secondaire de filles confiée aux Sœurs si dévouées de Saint-Paul de Chartres. Après six mois d’existence, cette Ecole de Saint-François-Xavier compte déjà une soixantaine d’élèves. Le Collège Saint-Gabriel continue, sous l’habile direction des Frères, à mériter la confiance des parents qui y envoient leurs enfants ; il compte près de 600 élèves. Le Couvent du Sacré-Cœur, grâce encore au dévouement des Sœurs de Saint-Paul qui le dirigent, voit augmenter chaque année le nombre des postulantes qui viennent se former à la vie religieuse et à la tenue de nos écoles paroissiales de filles. Cette année 1925 est la vingt-cinquième de sa restauration ; il compte maintenant plus de cent religieuses et novices. Quant à la Crèche-Orphelinat, œuvre annexe du Couvent, elle a reçu cette année 65 nouveaux enfants abandonnés, dont la plupart sont déjà partis prier au ciel pour leurs bienfaiteurs et bienfaitrices.
Un fait digne d’être signalé, c’est la conversion d’un lettré bouddhiste, devenu chrétien avec sa femme et ses quatre enfants. Ce Siamois, âgé d’une quarantaine d’années, a passé une bonne partie de sa vie à la pagode, à étudier la doctrine de Bouddha. Engagé par les Chers Frères comme professeur de langue siamoise, il ne tarda pas à leur demander un catéchisme pour le lire chez lui avec sa femme et l’aînée de ses enfants. Puis il voulut être instruit avec tous les siens. Après six mois d’instruction et d’épreuve, M. Perroudon les admit au baptême et depuis ce jour, le père, la mère et la fille aînée ne manquent pas de se confesser chaque semaine et de recevoir la sainte communion tous les jours ; les autres enfants plus jeunes suivent les cours de catéchisme avec les enfants chrétiens de leur âge pour pouvoir être admis à la communion privée. »
Pour le district de Chanthabun, M. Peyrical constate qu’en 1900 « la population chrétienne de tout le district était d’environ 2.500 âmes ; en 1925 elle est près de 3.300 ; s’il n’y avait pas eu émigration, la population totale s’élèverait à environ 3.900. C’est donc environ 600 personnes qui ont émigré de Chanthabun et succursales dans la période de vingt-cinq ans. »
M. Fouillat m’écrit de Lamsai : « J’ai remarqué une recrudescence d’activité de la part des sociétés secrètes (Ang-ji) contre l’extension de notre Religion, et aussi une audace encore inconnue jusqu’ici de la part des brigands, si bien que la localité du marché a été sous la menace de pillage pendant presque un mois vers la fin de la saison sèche. »
A Songphinong, M. Tapie constate avec regret que le projet d’organiser une chrétienté dans une des multiples agglomérations de ses fidèles éloignées de l’église ne paraît pas pouvoir être réalisé de sitôt : « la difficulté croissante pour les descendants d’Annamites de gagner leur vie par les moyens traditionnels, et la maladie — la phtisie surtout — qui a fortement éprouvé certaines familles, ne consolident pas les espérances du passé. D’autre part, plusieurs familles établies dans la plaine au milieu des païens, tout en se rendant compte que leur situation n’est pas favorable à la bonne éducation de leurs enfants ni à leur conservation personnelle, sont retenues dans l’endroit qu’elles occupent parce qu’elles sont propriétaires de champs et de viviers de poissons... Leurs moyens d’existence sont fixés là. »
A Khorat, M. Rondel espérait avoir plus de baptêmes et autres résultats spirituels : « Le chemin de fer, écrit-il, emmène chrétiens et catéchumènes : beaucoup vont dans les nouveaux centres qui se développent sur le parcours de la voie ferrée en construction entre Khorat et Oubone. C’est l’engouement du début ; le commerce y réussit parce que le pays nouveau s’approvisionne, mais cela ne durera pas. » M. Rondel a réussi à acheter un terrain exceptionnellement bien situé dans la ville même de Khorat et il est en train de le mettre en bel ordre. Enfin de compte, il semble que nous reprenons la marche en avant. Que Dieu daigne nous diriger et bénir nos efforts.

Le Séminaire et l’Ecole Saint-Tarcissius ont continué leur marche normale. Les exigences des nouveaux programmes officiels ne sont pas faites pour diminuer le travail des supérieurs et professeurs, de ces deux établissements ; mais nous avons le plaisir de constater que les résultats atteints ne le cèdent pas à ceux des écoles officielles.
Depuis longtemps nous projetions d’avoir à Samsen, au nord de la ville de Bangkok, une maison, d’instruction secondaire, pour les jeunes filles, établissement vivement désiré par nombre de familles ; enfin ce projet vient d’être réalisé. La Congrégation des Sœurs de Saint-Paul de Chartres ne pouvant suffire à toutes les demandes, la Révérende Mère Thérésa, Provinciale de Saïgon et de Siam, avait proposé, pour fonder cette nouvelle école, de prendre les Sœurs qui étaient à la paroisse du Rosaire. Mais pour ne pas frustrer une église en voulant faire du bien à une autre, il avait été convenu qu’avant de faire ce changement il fallait trouver des remplaçantes aux Religieuses qui allaient être transférées à Samsen. Après bien des démarches de tous côtés, nous avons pu obtenir des Religieuses Ursulines ; elles sont d’autant plus appréciées ici qu’elles ont des Sœurs dans la Mission de Swatow, avec laquelle les chrétiens de la paroisse du Rosaire sont en relations suivies. Notre reconnaissance est acquise à tous ceux qui nous ont aidés à obtenir ce renfort précieux. Malheureusement, en même temps la paroisse de Bannokkuek (Bangxang) était obligée de faire le sacrifice des deux Sœurs qui s’y trouvaient depuis douze ans.
En ce moment une nouvelle fondation dont nous espérons un très grand bien est en voie de réalisation ; c’est celle du Carmel. Espérons que l’année prochaine ce rêve caressé depuis de longues années sera un fait accompli. La prière et l’immolation continuelles des Carmélites attireront les grâces divines si nécessaires à un pays où le bien-être matériel enlise les âmes et les rend insensibles au désir du bonheur véritable, celui des cieux.

Il semble que l’esprit du mal redouble d’efforts pour empêcher les âmes de sortir de l’erreur, et pour faire prendre au bouddhisme comme un regain d’influence. Tel et tel journal en langue siamoise déploient un véritable zèle à inculquer aux gens du peuple le retour à la ferveur d’autrefois (?) ; c’est un thème qui revient à des intervalles assez rapprochés, mais ne paraît pas exciter grand intérêt. Une nouvelle « Revue religieuse » imprimée à Bangkok, et « la Thammakhôsana », destinée à suppléer à l’impossibilité où se trouvent les employés du Gouvernement d’assister aux sermons de la pagode les jours prescrits mais non chômés, leur apportera à domicile, deux fois par mois, les morceaux d’éloquence « religieuse » anciens et contemporains. Le premier numéro contenait entre autres une poésie sur la brièveté de la vie et l’instabilité de toutes choses.
De notre côté, nous nous efforçons de profiter du même moyen pour répandre la doctrine de la Vérité. L’ « Echo de l’Assomption » compte, outre les élèves de nos collèges, un bon nombre de lecteurs auxquels il ne peut faire que du bien ; de plus nous avons un périodique chrétien mensuel destiné en premier lieu à nos fidèles, mais pénétrant aussi dans les milieux païens pour y semer le bon grain. Ce modeste instrument d’apostolat vient d’être retrempé à neuf en recrutant de nouveaux collaborateurs qui, pour être jeunes, n’en ont que plus d’entrain et de bonne volonté. Avec le temps et l’expérience, leur savoir-faire ira se perfectionnant et arrivera, nous en avons la confiance, à faire de cette publication un auxiliaire de valeur.
Les hommes travaillent et Dieu donne la victoire, disait notre chère sainte Jeanne d’Arc ; à nous de travailler, le succès viendra à l’heure déterminée par la divine Miséricorde. »


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